À la découverte de deux prix littéraires 2017

Pour la première fois depuis des années, je me suis à nouveau intéressée à la rentrée littéraire et à la production des auteurs français contemporains que je ne lisais plus du tout également. J’avoue que je faisais une petite overdose de les voir partout : dans les librairies, les blogosphères… Je fuyais ce rendez-vous littéraire incontournable, pour finalement mieux y revenir.

Cette rentrée littéraire 2017 fut placée sous le signe de la Seconde Guerre mondiale avec de nombreux livres publiés autour de cette thématique, mais surtout des livres récompensés. Retour à Lamberg de Philip Sands a eu le prix Médicis dans la catégorie essai. Le prix Goncourt a été attribué à Eric Vuillard pour L’ordre du jour, qui aborde également un aspect de cette période historique. Le prix Renaudot est allé à La disparition de Josef Mengele d’Olivier Guez. J’ai lu très récemment ces deux prix littéraires… Après tout le monde, je sais…

Cependant, ils ont eu un effet inattendu : ils m’ont réconcilié avec la littérature française, au point d’avoir continué dans ma lancée depuis. Je ne suis pas encore prête à lire du Zola, Balzac ou Proust, pour ne citer qu’eux, mais pourquoi pas ! Eric Vuillard et Olivier Guez me redonnent envie de voir ce qu’il se passe du côté des Français et plus uniquement des Anglo-Saxons.

Je ne saurais résumer le roman d’Eric Vuillard qui est assez particulier. Il part d’une rencontre entre les grands industriels allemands et le nouveau chancelier, Adolf Hitler, pour ensuite parler d’un homme politique autrichien qui a essayé de tenir tête au Führer, de l’Annexion de l’Autriche, pour passer par l’utilisation des prisonniers des camps dans les usines allemandes. Il finit par une petite morale qui rappelle que ses usines n’ont que peu été inquiétées à la fin de la guerre, étant toujours actives à l’heure actuelle pour certaines. Je suis plutôt mitigée sur cet Ordre du jour.

Même si c’est très bien écrit, avec beaucoup de fluidité, j’ai eu une impression de brouillon. Quel est le lien, le fil rouge entre tout ce qu’il évoque ? Je n’ai jamais réellement su où Eric Vuillard voulait en venir, sa finalité. Mon ressenti est que le lecteur suit un peu l’enchaînement des pensées de l’auteur, sans avoir la raison qui lui fait passer d’une idée à l’autre. Les premières pages m’avaient mis sur une piste de ce que le roman allait aborder : les industriels allemands durant le roman. Peut-être dans un des premiers tomes de la Trilogie berlinoise de Philip Kerr. Chez Vuillard, c’est juste le début et la fin.

Le résumé ne dévoilait rien de l’intrigue et ce fut la découverte. Même si certains aspects de l’histoire m’ont quelque peu chagriné, cela ne m’a pas empêché de dévorer ce roman d’un bout à l’autre. Il y a quand même un certain rythme, une volonté de savoir où l’auteur allait m’amener. Et, pour ne rien gâcher, c’est bien écrit ! Mais j’ai été plus convaincue par La disparition de Josef Mengele.. d’Olivier Guez. Déjà, je connaissais déjà un peu la vie de Josef Mengele… Enfin les très grandes lignes : il était médecin à Auschwitz et était considéré comme un criminel de guerre parmi les plus importants. Il s’est enfui en Amérique du Sud. Les éléments biographiques se limitaient à cela.

Je referme ce livre avec l’impression première d’avoir appris de nouveaux aspects de la traque des criminels nazis, l’accueil qui leur a été fit en Amérique, qui est également très bien évoquée dans le roman Une douce flamme de Philip Kerr, les réseaux d’entraide entre anciens hauts gradés et fonctionnaires. Olivier Guez apporte son regard de journaliste en mêlant habilement des éléments d’enquête et la narration qui vient aussi combler les vides biographiques. Les deux se mélangent habilement, au point de ne pas toujours différencier ce qui pouvait être vrai ou inventé. J’ai trouvé l’ensemble cohérent et crédible.

Surtout, j’ai été étonnée par la manière dont l’auteur fait revivre Josef Mengele et il imagine son caractère, sa psychologie. Il met en scène un homme qui s’inquiète de ne pas retrouver le même niveau de vie qu’il avait lors de la guerre, son absence de culpabilité par rapport à ce qu’il a fait. Il n’a jamais changé de discours durant toute sa vie, ni même montrer de remords. Finalement, c’est aussi un des aspects qui m’a fortement marqué dans ce roman. Olivier Guez dépeint l’endoctrinement, la croyance de certains hommes d’être supérieur aux autres de manière très forte. De nous donner accès à ses pensées m’a souvent mise mal à l’aise. Ça ne laisse pas le lecteur indifférent.

Je retiens aussi la façon dont il amène progressivement la paranoïa et la folie qui s’empare de lui. Sa peur d’être arrêté, de se voir jugé par un tribunal lui semble insupportable et il a l’impression de voir des agents israéliens à tous les coins de rue. C’est très bien décrit par l’auteur qui couple cela à son déclin physique. La fin place le lecteur dans une position inconfortable. Des sentiments contradictoires se sont emparés de moi : de la pitié de voir ce vieil homme relâcher les mêmes inepties, que sa punition a pu être la folie et la paranoïa qui s’est emparée, mais, en tant qu’ancienne étudiante en droit, j’aurai préféré en procès.

Finalement, La disparition de Josef Mengele est beaucoup plus marquant que le roman d’Eric Vuillard. Il a fait son petit effet et des deux que j’ai pu lire, c’est celui que je retiendrai. Cependant, les deux ouvrages m’ont réconcilié avec les auteurs français, mais pas encore totalement avec la rentrée littéraire.

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11 réflexions au sujet de “À la découverte de deux prix littéraires 2017”

      1. Pas encore. Je ne sais pas si l’éditeur fait le pont, mais ça sera ma lecture pour le mois de mai. Ton avis sur ton suivi m’a totalement convaincu. J’ai réservé la BD à la médiathèque, et je ne sais pas quand elle va arriver.

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    1. Je ne m’y intéressais plus du tout également, et cette année, il y avait (miraculeusement) quelques titres qui me plaisaient. J’ai donc tenté, et je ne suis pas déçue. Un roman qui se laisse plutôt bien lire et un coup de coeur…

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