Louise O’Neill > Asking for it (2015)

It’s the beginning of the summer in a small town in Ireland. Emma O’Donovan is eighteen years old, beautiful, happy, confident. One night, there’s a party. Everyone is there. All eyes are on Emma.

The next morning, she wakes on the front porch of her house. She can’t remember what happened, she doesn’t know how she got there. She doesn’t know why she’s in pain. But everyone else does.

Photographs taken at the party show, in explicit detail, what happened to Emma that night. But sometimes people don’t want to believe what is right in front of them, especially when the truth concerns the town’s heroes…

Il ne m’est jamais arrivé d’écrire ma chronique en même temps que ma lecture de l’ouvrage. J’attends toujours de l’avoir terminé ou quelques jours après pour en parler. Je bouscule mes habitudes avec Asking for it, livre lu dans le cadre du club de lecture de la librairie anglaise, Le Bookshop de Montpellier. Pourquoi un tel changement ? Alors que je commence ce billet, je n’ai pas encore une centaine de pages de ce roman et, pourtant, les idées de sujets à évoquer ne manquent pas. Beaucoup d’aspects du livre me font réagir. Mes impressions se feront en deux temps : avant le viol et après.

Dès les premières pages, c’est presque un dictionnaire du harcèlement qu’une femme peut subir, même à un âge aussi jeune qu’Emma : les Klaxons de voitures, les sifflements, les regards appuyés et les commentaires grivois ou clairement insultants, les accostes douteuses, les mains baladeuses, le slut shaming… Il y a une gradation vers le drame, une des pires violences qui peuvent être faites, le viol. On sent le drame approcher et le lecteur sait qu’il sera inévitable, malheureusement.

Je trouvais le titre français relativement terrible, Une fille facile. En lisant la première partie, je comprends mieux pourquoi ce choix, car c’est ainsi que bien trop souvent des filles ou des femmes partageant le même comportement qu’Emma, le personnage principal, sont qualifiés. Combien de fois n’avons nous pas entendu qu’unetelle était une fille facile parce qu’elle est jolie et en joue ou plaît aux hommes et le sait ? Parce qu’elle flirte souvent ? Parce qu’elle s’amure ou s’habille comme elle l’entend ? Finalement, les deux titres se valent dans l’idée qu’ils souhaitent véhiculer. Cela ne justifie pas pour autant l’acte de violence sexuelle qui sera commis.

À ce titre, je trouve la manière dont l’auteur présente son personnage principal intéressante. Elle rend Emma presque détestable. On ne peut pas dire qu’elle soit la meilleure des amies avec sa jalousie presque maladive pour l’une d’entre elles à cause de son argent. Elle n’est pas du tout compréhensive envers son autre amie, Jamie, qui, on le devine aisément, a aussi été violée. Elle n’hésite à lui dire sans honte, « it’s happened to loads of people. It happens all the time. You wake up the next morning and you regret it or you don’t remember what happened exactly, but it’s easier not to make a fuss.« . Cette déclaration fait un drôle d’écho avec ce qui va se passer ensuite. Par d’autres aspects, Emma m’est sympathique. En effet, tout est toujours ramené à son physique et à sa beauté, même sa mère, dans la toute première scène, ne semble voir que cet aspect de sa fille, et, dès les premières pages, une sorte de malaise s’installe. Emma n’est évoquée que par cela et non pour ses compétences, son intelligence, ses aspirations… Elle est juste jeune et jolie et c’est aussi un reflet de notre société actuelle.

J’ai aimé la manière dont l’auteur fait la jonction entre l’après et l’avant viol d’Emma, en mettant le lecteur à la place de cette dernière, en faisant un espèce de black-out littéraire qui fait écho à celui du personnage principal. De ce fait, j’ai trouvé la manière dont on apprend ce qui s’est réellement passé encore plus choquant et insoutenable, car, comme Emma, le lecteur n’en a pas eu conscience. Cette scène m’a profondément troublé, non seulement par la description des photographies et des vidéos qui ont été postées sur Facebook, mais également par le fait que Louise O’Neill a choisi une narration à la première qui plonge le lecteur directement dans les pensées d’Emma. Tout son fil de pensées se déroule devant nos yeux et ce très court moment m’a particulièrement mis mal à l’aise.

La suite est tout aussi oppressante et surtout révoltante sur bien des aspects. Le premier tient à la manière dont le procès, ou plutôt son absence m’a agacé. Comment ne pas prendre au sérieux la plainte d’Emma alors que les preuves sont aussi parlantes ? Pourquoi les photographies mises sur Facebook ne sont-elles par des preuves recevables alors qu’elles montrent le crime de manière bien évidente ? Il y a un passage qui exprime parfaitement cette idée. Emma rappelle que ses agresseurs sont innocents jusqu’à preuve du contraire alors qu’elle est déjà jugée coupable sans autre forme de procès. Même dans le village irlandais, les camps se déchaînent et tous semblent condamner la jeune fille et la prendre pour la coupable de cette histoire. Le titre du livre revient très souvent et je trouve qu’il prend tout son sens, car c’est ce que tout le monde lui répète, « she was asking for it« . C’est souvent l’excuse ou la phrase qui revient tout le temps chez les violeurs pour justifier leurs actes et c’est juste révoltant.

Mais peut-être pas autant que le comportement des parents d’Emma qui ne font pas du tout face à la réalité. Ils fuient totalement leur fille et ne font preuve d’aucune compassion envers elle. Ils n’essaient même pas de comprendre, de lui demander comment elle va réellement. Ils s’inquiètent plus pour leurs apparences et ce que le village pense d’eux, de manière totalement égoïste. À aucun moment je n’ai senti de soutien de leur part pour leur fille. Je ne les ai pas compris . Le seul qui démontrait un réel intérêt est Bryan, le frère d’Emma qui voulait toujours savoir comment sa soeur allait, quels étaient ses projets pour l’avenir… Il y avait quelque chose de touchant et de désespéré dans sa volonté de ramener l’ancienne Emma.

La fin ne m’a pas choqué. Il est vrai que j’aurai aimé qu’elle soit différente, qu’Emma ait le courage d’aller jusqu’au bout. Cependant, elle est une conclusion logique de tout ce que j’ai rapidement abordé dans les deux derniers paragraphes. Même si je n’approuve pas totalement son choix, je le comprends parfaitement, car elle n’avait personne pour la soutenir. Les dernières pages me semblent plus réalistes ainsi, en fait. Elles finissent sur la touche qu’il fallait. Asking for it n’a pas été une lecture facile tout au long et il y a eu de très nombreux passages difficile, mais je pense que c’est une lecture nécessaire, un roman à mettre entre toutes les mains. Le sujet est difficile, mais terriblement d’actualité. Louise O’Neill le traite brillamment, avec beaucoup de finesse.

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