I am a Man, la dernière exposition photo du Pavillon Populaire de Montpellier

Durant la saison 2018, le Pavillon Populaire de Montpellier, lieu dédié aux expositions photographiques, a choisi d’explorer les liens existants entre la photographie documentaire et l’histoire, la recherche ethnographique. Elle se clôture par une exposition qui présente trois cent photos autour des luttes pour les droits civiques de la communauté afro-américaine dans les années 1960-1970 dans le sud des États-Unis. Le commissariat a été confié à William Ferris, spécialiste de la culture sudiste américaine.

La qualité exceptionnelle de cette exposition se doit d’être soulignée. Elle tient au nombre de clichés qui ont pu être rassemblés. Près de trois cent clichés rendent compte de ce combat. La plupart d’entre eux ont été pris par des photo-journalistes locaux ou des amateurs proches de ces mouvements. Ils nous rappellent leurs luttes à la fois au quotidien et par les grands événements tels que la marche sur Washington, menée par Martin Luther King.

Le parcours commence par les conditions de vie sociales et économiques de cette communauté en montrant également la ségrégation raciale dans ses formes les plus visibles comme la distinction entre les toilettes pour « colored people » et ceux pour les autres. Ensuite, c’est la conquête des droits civiques. La violence est présente, sans pour autant montrer une seule goutte de sang. Elle se dévoile par les actes, comme avec la série de photographies autour de James Meredith, le premier étudiant de couleur admis au sein d’une université du sud, ou par les mots à travers certaines pancartes de manifestants. Elle se développe également au sein de l’avant-dernière section de l’exposition qui présente le Ku Klux Klan et la violence psychologique que certains klans utilisaient.

Cette (re)découverte des luttes pour les droits civiques se clôture par l’assassinat et les funérailles de Martin Luther King. Une des dernières photographies présentées est celle de Bob Alderman, Manifestant brandissant une pancarte pendant la cérémonie commémorative du Dr. King, pancarte qui a donné son titre à l’exposition, I am a man. C’est cette dernière qui reste en tête une fois la visite de l’exposition terminée par la force de son message qui conclue parfaitement toute cette lutte, cette conquête des droits civiques pour les Afro-américains durant ces deux décennies charnières que sont les années 1960-1970. Pourtant, cette photographie a un goût doux-amer. Elle fait écho à l’actualité du moment et à l’émergence du mouvement Black Lives Matter qui s’est développé en réaction aux violences policières envers les Noirs aux États-Unis. Ces échos se retrouvent également dans la littérature ou dans la protection cinématographique .

Avec cette dernière exposition, le Pavillon Populaire réussit son pari de dévoiler les liens entre la photographie documentaire et la manière dont un discours historique peut se construire, chacun n’excluant pas l’autre. Elle reste toujours d’actualité, malgré les cinquante ans qui nous sépare de ces photographies.

2 réflexions sur “I am a Man, la dernière exposition photo du Pavillon Populaire de Montpellier

  1. Tu indiquais dans ta précédente chronique que tu souhaitais améliorer la qualité de tes articles. Ceux que tu as pu écrire jusqu’à présent étaient déjà très bien (qui a dit que je radotais 😀 ?), celui-ci est excellent.
    Bravo, chapeau et excellente continuation !

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