Christina Henry • The Mermaid (2018)

The Mermaid • Christina Henry • Titan Books • Juin 2018 • 321 pages

Once there was a mermaid called Amelia who could never be content in the sea, a mermaid who longed to know all the world and all its wonders, and so she came to live on land. Once there was a man called P. T. Barnum, a man who longed to make his fortune by selling the wondrous and miraculous, and there is nothing more miraculous than a real mermaid. Amelia agrees to play the mermaid for Barnum and walk among men in their world, believing she can leave anytime she likes. But Barnum has never given up a money-making scheme in his life, and he’s determined to hold on to his mermaid.

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2019 a été une année placée sous le signe de l’auteur américaine Christina Henry, et notamment de ses réécritures sombres, torturées voire malsaines de contes. Elle a déjà sévi dans les univers d’Alice au pays des merveilles avec la duologie Alice et Red Queen (le seul qui me reste à lire à l’heure actuelle) et celui de Peter Pan avec Lost Boy. Ils se prêtent parfaitement à des visions très noires et glauques. Avec The Mermaid, elle s’attaque à l’univers des sirènes.

Elle ne tire pas son inspiration du conte de Hans Christian Andersen, car les points de ressemblance sont peu nombreux : une sirène qui choisir la vie sur terre, quelques touches de magie… Le véritable point de départ est une histoire vraie, celle de P.T. Barnum, personnage historique rendu célèbre par le film The Greatest Showman. Dans son musée, il a présenté une sirène qui avait fait scandale, la sirène des Fidji. Et si après, il découvre l’existence d’une authentique sirène ?

La sirène des Fidji, présentée par Barnum, en 1842. Elle est en réalité un montage taxidermiste, avec le buste d’un singe et la queue d’un poisson (lien).

L’univers des sirènes est très peu développé ainsi que la vie d’Amelia sous l’océan. J’ai été un peu étonnée au départ. Christina Henry se concentre surtout sur la vie terrestre, la manière dont elle s’est plus ou moins adaptée au fil des années. Elle crée un fort contraste entre sa vie dans le Maine, où le gens ne semblent attacher guère d’importance à ses origines et bizarreries, et la ville de New York, foisonnante de monde et où elle est perçue comme un objet de curiosité. En définitif, la vie d’une sirène sur terre est presque plus intéressante.

L’auteur développe la question, certes classique, de ce qui sont, en réalité, les monstres : les hommes et les créatures magiques. À plusieurs reprises, le texte insiste sur le fait qu’elle n’est pas une « créature de Dieu », même si la plupart du temps, elle est sous sa forme humaine. Pour créer ce contraste, Amelia est opposée à P.T. Barnum. Elle place la majeure partie de son intrigue dans le musée des « monstres » de ce dernier. La vision que donne Christina Henry de cet homme est différente de celle de la comédie musicale. J’ai beaucoup aimé cette dernière. Barnum est un homme proche de sa famille et il semble donner une deuxième famille aux personnes dont il a la charge. Pourtant, il a aussi quelques scandales à son actif. Le roman est loin de cette image policée et lisse de celui a inventé le show business.

En effet, l’auteur convoque un homme plus intéressé par son enrichissement personnel, au détriment de ses employés et notamment ceux qui réalisent des performances autour de certaines de leurs particularités. Il est présenté comme avare, aimant accumuler les richesses, mais non les dépenser… Même pour améliorer quelque peu le quotidien de sa femme et de ses filles, ou pour la sécurité d’Amelia. C’est un homme austère, antipathique, arrogant et prêt à tout pour s’enrichir. Cet aspect est très bien développé dans les différents rapports de force entre lui et la sirène, concernant sa performance, sa rémunération…

Le lecteur sent qu’il veut se l’attacher, non comme une personne humaine, mais comme un objet. Surtout qu’elle lui rapporte beaucoup. Cette dualité entre les créatures surnaturelles plus humaines que les hommes et les hommes qui sont des bêtes sauvages est un peu grossière, très manichéenne. La pureté et la gentillesse d’Amelia s’opposent à la grossièreté et la dureté de Barnum. Elle n’est pas subtile, mais, dans la dynamique du roman, elle fonctionne. En tant que lectrice, je me suis prise au jeu, car c’est un des enjeux de l’intrigue : savoir si Amelia va réussir à sortir des griffes de Barnum, si elle va retourner à l’océan ou dans son village du Maine…

Ce point a été une de mes motivations à continuer ce roman. Amelia est terriblement attachante, même si elle parle peu et dévoile peu ses sentiments. Il y a quelque chose de pur et d’innocent en elle. Par conséquent, le lecteur prend vite son partie et déteste très rapidement Barnum qui l’arrache à sa tranquillité pour en faire un objet de musée, qui prend aucune précaution pour la protéger. Malgré ce côté manichéen, il y a du suspense.

Le roman est impossible à lâcher pour connaître le fin mot de l’histoire, même si j’ai eu rapidement quelques idées sur la manière dont l’intrigue allait se conclure. Certaines de mes hypothèses se sont révélées justes. Outre le fait de vouloir connaître le destin d’Amelia, le roman est aussi bien écrit. Christina Henry a une écriture fluide et prenante. Elle arrive parfaitement à mélanger la part de fantastique et de magie avec l’époque historique qui voit le développement, avec une population encore proche de la religion. Le contexte a également beaucoup joué dans mon appréciation globale de ce roman, qui reste une très bonne lecture.

The Mermaid est peut-être le roman de Christina Henry le moins torturé et glauque que j’ai pu lire d’elle… Surtout après Alice. Il y a quelques défauts, mais, globalement, l’ambiance mise en place reste très bonne. Au niveau de l’intrigue, elle me rappelle un film avec William Moseley et Poppy Dayton, La petite sirène. Elles son vraiment très proches, sauf du point de vue de l’atmosphère.

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