Lara Prescott • The secrets we kept (2019)

The Secret we kept • Lara Prescott • Knopf • Septembre 2019 • 368 pages

At the height of the Cold War, two secretaries are pulled out of the typing pool at the CIA and given the assignment of a lifetime. Their mission: to smuggle Doctor Zhivago out of the USSR, where no one dare publish it, and help Pasternak’s magnum opus make its way into print around the world. Glamorous and sophisticated Sally Forrester is a seasoned spy who has honed her gift for deceit all over the world–using her magnetism and charm to pry secrets out of powerful men. Irina is a complete novice, and under Sally’s tutelage quickly learns how to blend in, make drops, and invisibly ferry classified documents.

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Lara Prescott signe avec The secret we kept son premier roman. Elle s’inspire d’une histoire vraie pour bâtir son intrigue, celle de la publication à l’Ouest du roman de Boris Pasternak, Docteur Jivago, avant même l’URSS qui refusait de le publier. À cela, s’ajoute une histoire d’espionnage, en pleine Guerre Froide.

Le roman se découpe en deux parties qui correspondent au clivage Est/Ouest. Avoir les deux points de vue a été intéressant durant toute la lecture. À l’Est, l’auteur évoque la relation de l’auteur Boris Pasternak avec sa maîtresse et muse, ce qu’elle a vécu à cause de lui, l’écriture de son roman et la manière dont il a été finalement publié. À l’Ouest, ce sont les secrétaires qui ont retenu l’attention de l’auteur, notamment deux : une ancienne de l’OSS qui a officié durant la Seconde Guerre mondiale et une jeune Russo-américaine qui vient tout juste d’être recrutée. Finalement, les deux parties se complètent bien, car elles permettent d’avoir tous les tenants et aboutissants de la “Mission Jivago”. Leur alternance est bien réalisée, elle ne coupe pas le rythme de l’intrigue. C’est souvent un reproche que je formule dans les romans à plusieurs voix ou temporalités : un rythme inégal. Et un intérêt variable.

Le tout est cohérent et la frontière entre la réalité historique et la fiction est bien mince, car Lara Prescott s’inspire de beaucoup de faits avérés. Quand je lis un roman historique, c’est pour moi un point essentiel de brouiller les délimitations entre réalité et fiction. J’aime refermer un livre en me demandant quels aspects relèvent de quoi et, du coup, de vouloir en savoir plus, de faire des recherches sur le sujet. J’apprécie encore plus quand l’auteur, à la fin de son ouvrage, cite les ouvrages de référence qu’il a consulté. Même si c’est un roman, et par définition une oeuvre de fiction, je trouve cela très bien de mettre les sources. Cela permet de pouvoir les consulter et d’explorer ce sujet, tout en donnant des idées de lecture. Je suis parfois frustrée dans certains livres où l’auteur ne donne pas une petite bibliographie, car c’est vraiment un point qui attise ma curiosité.

Chaque partie est passionnante à sa manière, car elles abordent des thématiques très diverses et largement documentées. Il y a des thèmes que j’ai véritablement trouvé passionnant tels que la place des auteurs en Russie et la manière dont ils sont considérés (le gouvernement leur a offert des datchas dans un endroit spécifique, pour mieux les contrôler, leur obligation de publier d’abord en URSS avant de pouvoir le faire à l’étranger…), la manière dont l’Agence assurait une propagande américaine à travers la littérature et notamment en essayant de faire passer en URSS des ouvrages qui ont été refusés dans le pays, écrits par des auteurs russes comme Docteur Jivago. J’ai trouvé cette idée intéressante, comme une espèce de guerre passive basée sur la littérature, la musique et le cinéma et le pouvoir qu’ils peuvent avoir à nous faire réfléchir, à semer les graines d’un changement.

Cependant, un des aspects sur lequel j’ai été passionnée est le sort des femmes qui ont servi comme espionne, à des degrés différents durant la Seconde Guerre mondiale et le peu de reconnaissance qu’elles ont eu de leur pays à la fin qui les a relégué à des postes de secrétaire. Un autre aspect de The secrets we kept m’a également interpellé et c’est un sujet que je retrouve peu dans mes lectures. En dire plus en dévoilerait beaucoup de l’intrigue, car c’est aussi un des petits rebondissements de l’histoire, et j’ai trouvé intéressant de l’avoir inclus, car cela a permis de montrer un fait historique parfois peu connu.

Beaucoup de points positifs se dégagent de cette lecture. Elle est très bien construite et absolument passionnante d’un bout à l’autre. J’ai eu du mal à la mettre de côté ne serait-ce que quelques minutes, car je me suis attachée aux différents personnages, même s’il faut s’accrocher au début pour savoir qui est qui, surtout dans la partie “Ouest”. Les chapitres ne sont pas intitulés selon le nom des personnages principaux, qui ne sont, d’ailleurs, que des femmes. Ils donnent leurs fonctions et la manière dont elles évoluent au fil des pages, “The Mistress”, “The Carrier”, par exemple. Un coup de coeur pour ce roman d’espionnage. Quant à savoir si la lecture du Docteur Zhivago est obligatoire pour lire ce roman, la réponse est non. Mais je referme ce livre en ayant une envie de folle de courir en librairie l’acheter pour découvrir cette histoire qui a déchaîné les passions.

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Pour aller plus loin, voici quelques suggestions de lectures, de films ou séries sur des thèmes similaires ou proches.

  • Saga Moscovite de Vassili Axionov : une saga familiale qui couvre plusieurs années. Nina Gradov est une poétesse et, à travers son histoire, elle croise de nombreux artistes. Une autre manière de comprendre les positions difficiles des artistes (écrivains, peintres, sculpteurs) dans la Russie communiste. Vous pouvez retrouver mon avis sur le blog.
  • Une journée d’Ivan Denissovitch d’Alexandre Soljéntsyne : le livre raconte une journée dans un camp en Sibérie. Une oeuvre à lire absolument. L’auteur a également le Prix Nobel de littérature en 1970.

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