Johann Wolfgang Von Goethe • Les Souffrances du jeune Werther (1774)

Les Souffrances du jeune Werther • Johann Wolfgang von Goethe • Folio • 1774 • 240 pages

Manifeste exalté de l’impétueuse jeunesse, Les Souffrances du jeune Werther est le roman qui donna ses lettres de noblesse à Goethe. Le succès de cette oeuvre parue en 1774 fut étonnant pour l’époque et le personnage de Werther devint le symbole d’une génération entière. Quête d’absolu, transcendance de l’amour, lyrisme de la douleur… il s’agit bien là d’un des plus célèbres textes fondateurs du Romantisme. Werther, perché sur le pic solitaire de la passion qu’il éprouve pour Charlotte, est en proie au vertige. L’objet de son désir n’est autre que la fiancée de son meilleur ami, mais la pureté de son âme ne saurait tolérer l’idée même d’une trahison. Goethe ne se contente pas de mettre en scène un terrible dilemme, il livre une analyse extrêmement fine des tourments intérieurs de son personnage qui finira par se donner la mort. Mais le suicide de Werther n’est pas seulement la réaction suprême à un amour impossible, il résulte également d’un terrible constat d’échec : l’humain ne peut atteindre l’absolu, la souffrance est une fatalité à laquelle aucun être sensible ne peut se soustraire. Une oeuvre qui met en lumière la cruauté de l’existence, qui inflige à l’innocence son macabre cortège de désillusions.

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Je n’ai que très peu lu de littérature classique allemande. Les rares auteurs que j’ai lus se situaient plutôt dans l’entre-deux-guerre, comme Erich Maria Remarque et son « roman témoignage » sur la Grande Guerre, À l’ouest rien de nouveau, par exemple. Début 2020, j’ai commencé ma découverte de cette littérature par un recueil de poésie de Friedrich Gottlieb Klopstock (1724-1803). Goethe et lui font tout les deux partie du même mouvement littéraire qui se développe à la seconde moitié du XVIII siècle, le Sturm und Drang (Tempête & Passion). Ce dernier glorifie la nature et la sensibilité et il donnera naissance par la suite au romantisme qui touchera notamment la France et l’Angleterre. Ce seront des ouvrages comme La Nouvelle Héloïse (1761) de Jean-Jacques Rousseau et Les Mémoires d’Outre-Tombe (1848) de Chateaubriand, pour les précurseurs. Parmi les grands auteurs romantiques français, nous pouvons citer Victor Hugo, Alphonse de Lamartine. Pour les Allemands, nous pouvons évoquer les frères Grimm, Jacob et Wilhelm, E.T.A. Hoffmann, auteur de Casse Noisette, Goethe…

La littérature romantique n’est pas forcément celle que je recherche. Je ne suis pas sensible à l’expression excessive des sentiments et des émotions, notamment quand ils sont amoureux. J’avais envie de sortir un peu de ma zone de confort avec ce classique. Les Souffrances du jeune Werther, publié pour la première fois en 1774, s’inspire de la propre vie de Goethe, de son expérience pour créer le personnage de Werther et de Charlotte, ainsi que de leur relation. En effet, l’auteur était lui aussi amoureux d’une certaine Charlotte, épouse d’un de ses amis. J’ai trouvé que la manière de décrire les sentiments sonnaient relativement juste, même si, à notre époque, ils peuvent sembler un brin excessifs. Curieusement, je n’ai pas ressenti cette démesure dans la démonstration des sentiments amoureux. Je n’ai jamais levé les yeux au ciel ou pesté contre Werther. Bien au contraire, je me suis rapidement plongée dans cette histoire d’amour contrariée. 

En premier lieu, j’ai apprécié le choix d’un roman présenté sous la forme épistolaire. Quand nous savons que l’auteur s’est inspiré de sa propre vie, les lettres prennent une toute autre force. D’autant plus que Les Souffrances du jeune Werther a été écrit peu de temps après que cela soit arrivé à Goethe. Nous pouvons imaginer que ce soit le type de lettres qu’il a pu envoyer à un ami. Elles se lisent très bien et j’ai dévoré ce roman en une soirée. Le drame s’anticipe dès les premières pages, quand Werther raconte son émoi amoureux et la rapidité à laquelle il s’est attaché à Charlotte. Un deuxième indice est que le jeune homme éprouve tout intensément. Les signes sur la manière dont Werther compte mettre fin à son calvaire amoureux sont également donnés. Malgré cela, j’ai espéré un tout autre dénouement pour ce personnage que j’ai progressivement appris à apprécier et dont le tourment amoureux m’a (gentiment) pris de pitié. C’est un personnage touchant qui est certes le reflet d’une autre époque. Je ne pensais pas être sensible à ce roman, et pourtant, cela a été le cas. Je ne dirai pas non plus que le livre a eu un effet cathartique sur moi, mais j’ai espéré avec Werther. Il y a un côté prenant à cette histoire. Au moment de sa publication, pour la petite anecdote, Les Souffrances du jeune Werther a conduit de jeunes gens au suicide.

Je referme ce livre en l’ayant grandement apprécié. Pas tout à fait un coup de coeur, car certains passages ont été un brin trop longs à mon goût. Ma première expérience avec Goethe est plus que positive et cela me conforte dans mon envie de découvrir Faust, une autre de ses oeuvres littéraires majeures.

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