Guy de Maupassant • Bel-Ami (1885)

Bel-Ami • Guy de Maupassant • Éditions Librio • 2019 • 380 pages

Georges Duroy, dit Bel-Ami, est un jeune homme au physique avantageux. Le hasard d’une rencontre le met sur la voie de l’ascension sociale. Malgré sa vulgarité et son ignorance, cet arriviste parvient au sommet par l’intermédiaire de ses maîtresses et du journalisme. Cinq héroïnes vont tour à tour l’initier aux mystères du métier, aux secrets de la mondanité et lui assurer la réussite qu’il espère. Dans cette société parisienne en pleine expansion capitaliste et coloniale, que Maupassant dénonce avec force parce qu’il la connaît bien, les femmes éduquent, conseillent, œuvrent dans l’ombre. La presse, la politique, la finance s’entremêlent. Mais derrière les combines politiques et financières, l’érotisme intéressé, la mort est là qui veille, et avec elle, l’angoisse que chacun porte au fond de lui-même.

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En 2020, j’ai redécouvert les classiques de la littérature française, notamment des XVIIIe et XIXe siècles. J’en ai lu et étudié certains d’entre eux lorsque j’étais au collège et au lycée, sans en avoir gardé un bon souvenir, tels que Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos, les principaux écrits de Jean-Jacques Rousseau (Du contrat social, en tête), Candide de Voltaire ou La Curée d’Émile Zola. Or, ce sont des lectures que j’ai adoré faire ces derniers mois. Je me rends qu’après mes années d’études en histoire de l’art, j’ai un véritable bagage pour mieux les apprécier, les comprendre.

Un des auteurs qui me faisait le plus peur était Guy de Maupassant, avec Flaubert, d’ailleurs. J’avais étudié Le Horla, qui ne m’a pas laissé un souvenir impérissable. J’y allais un peu à reculons dans Bel-Ami. Pourtant, j’ai beaucoup aimé ce roman, même si ce n’est pas totalement un coup de coeur. Il n’était pas loin.

J’ai été happée dès le début par la plume de l’auteur. Les descriptions sont absolument merveilleuses. La ville de Paris reprend vie sous mes yeux, peut-être avec un peu moins de force que chez Zola. Je garde surtout en mémoire la manière de Maupassant de décrire les intérieurs bourgeois, des pièces et des objets qui les constituent. Une en particulier m’a marqué, car elle m’évoquait l’hôtel particulier qui est actuellement le Musée Jacquemart-André. Je suis une grande admiratrice de cette architecture. Sur cet aspect, je me suis régalée.

Autre point positif, le portrait de la société du Second Empire, qui me rappelle, une fois encore, les Rougon-Macquart, avec la place importante que tiennent les notables et les bourgeois. L’impression qui se dégage de ces romans est celle d’un monde basé sur les apparences, où l’argent est roi. Les arrivistes sont légions et ils sont prêts à tout pour réussir socialement et engrener le plus de richesses possibles, par le biais des relations, des mariages, en utilisant des informations confidentielles… Leurs moral et éthique semblent avoir disparu et Bel-Ami, ou Georges Duroy, en est l’exemple parfait.

Son évolution tout au long du roman est la démonstration parfaite de ce que les ambitieux sont prêts à faire. Il passe d’un homme ambitieux, mais paresseux à un être détestable et prêt à toutes les bassesses pour une meilleure position sociale, un meilleur confort de vie. Mes sentiments ont évolué au fil de ma lecture, pensant qu’il ne pouvait pas faire pire. Cependant, au fur et à mesure que la fin approche, je n’en pouvais plus de ce personnage d’une jalousie féroce, sans scrupule et moral. Guy de Maupassant dresse le portrait-type d’un homme du Second Empire et, même si j’ai eu du mal avec la fin, c’est une évolution logique. Je pense qu’elle est un mal pour un bien, car elle montre aussi le véritable visage de Bel-Ami.

Je ne suis passée loin du coup de coeur. C’est clairement une lecture que j’ai aimé faire et qui confirme mon récent amour pour la littérature classique française du XIXe siècle avec tout en haut du podium, Émile Zola. Par ailleurs, la dernière adaptation cinématographique remonte à 2012 avec Robert Pattinson dans le rôle-titre. Autant dire que je passe mon tour…

6 réflexions sur “Guy de Maupassant • Bel-Ami (1885)

  1. Un de mes pires souvenirs du lycée… Un roman (ou devrais-je dire un personnage) responsable de mon dégoût pour les Intemporels. Il m’aura fallu attendre quinze ans afin de me retourner vers cette littérature.
    Alors, je t’admire de les avoir relus.

    Je pense que je pourrais faire une exception à « Madame Bovary ». Quant à Guy de Maupassant, j’ai très envie de le re-découvrir dans « Une vie ».

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    • C’était le Horla et Une vie, je crois, qui figurent parmi mes pires souvenirs concernant Guy de Maupassant. Mais je comprends le dégoût que peut provoquer ce personnage. Au fur et à mesure que l’histoire avançait, je n’en pouvais plus de ce dernier, mais j’ai trouvé qu’il était aussi le reflet de cette époque. Il m’a aussi fallu une quinzaine d’années pour y revenir, mais pour l’instant, je ne regrette pas car tous les classiques que j’ai réessayé ont été quasiment tous des coups de coeur.

      J’ai aussi bien envie de redécouvrir Une vie à Madame Bovary. aussi. Ce dernier m’a quand même laissé un sentiment un peu plus positif que les autre que j’ai pu étudier.

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  2. Zola et Maupassant sont tous les deux classés parmi les naturalistes et c’est vrai qu’il y a une vraie filiation.
    J’adore Bel-Ami, roman découvert au lycée et relu souvent depuis ; mais il est clair que le personnage est détestable (le pire est je crois quand il entreprend de séduire la fille alors qu’il est l’amant de la mère).
    J’aime beaucoup ce que du dis des descriptions et je note ce musée à aller voir 🙂
    En tout cas, je suis toujours heureuse de voir des gens apprécier les classiques à la relecture (et oui il est parfois utile d’avoir du bagage, c’est pour ça qu’on les étudie avec un accompagnant 😉 )

    Parenthèse sur Le Horla, c’est un des romans fantastiques que je trouve les plus effrayants tant il tient à pas grand-chose. Il existe plusieurs versions et c’est vraiment intéressant de toutes les lire.

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    • C’est aussi ce que j’ai trouvé de pire dans ce personnage : séduire et se marier avec la fille (en l’enlevant au passage en profitant de sa naïveté) alors qu’il est l’amant de sa mère, tout ça pour l’argent, la situation sociale de son père.

      J’ai visité ce musée alors que nous faisions justement un voyage à Paris autour du thème du naturalisme, de Zola et du Second Empire. Rien que pour l’architecture, il vaut le déplacement. Les collections sont aussi très intéressantes. Il me fait aussi penser à la description de la maison de Sacquart dans La Curée.

      Je pense qu’avec l’âge, le fait d’avoir eu une licence en histoire de l’art m’aide beaucoup, de me remettre à jour en histoire pour le concours de conservateur aussi. Je pense retenter le Horla. J’ai encore tellement de classiques à redécouvrir. J’ai aussi moins cette appréhension de mes années lycées.

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