Adrian McKinty • Une terre si froide (2012)

Une terre si froide • Adrian McKinty • Le Livre de Poche • 2012 • 432 pages

Carrickfergus, Irlande du Nord. Le gréviste de la faim Bobby Sands vient de mourir et la région est sous haute tension. C’est dans ce contexte oppressant que le sergent Sean Duffy est appelé d’urgence pour résoudre une étrange enquête : un homme a été retrouvé dans un terrain vague, une main coupée. La victime est un homosexuel notoire. Un mobile suffisant ? Puis une deuxième victime est découverte, présentant les mêmes sévices. Aurait-on affaire au premier serial killer de l’histoire du pays ? Duffy sait toutefois que les apparences sont souvent trompeuses, lui qui incarne un paradoxe en Ulster : il est fl ic et catholique. Adrian McKinty réussit le pari de faire vivre la violence de la guerre civile en même temps qu’il nous entraîne au coeur d’une enquête palpitante, maniée avec un humour noir si cher aux Irlandais.

Lu dans le cadre de l’Emerald Island Challenge, Une terre si froide faisait partie de ma petite pile à lire. Il était celui qui me faisait le moins envie et, pourtant le coup de coeur n’était pas loin pour ce premier tome de la série Sean Duffy.

Le premier point que j’ai apprécié est le contexte historique. L’intrigue se déroule à Belfast, en Irlande du Nord, en pleine émeute, grèves de la faim des prisonniers de l’IRA. Bobby Sands est mort quelques jours avant que l’histoire ne démarre. Les tensions entre les Catholiques et les Protestants sont à leur summum. L’auteur nous présente un certain nombre de principaux mouvements indépendantistes et loyalistes. J’avais peur de m’y perdre, car même au sein d’entre eux, il y a des subtilités, des alliances, des histoires de territoires… Cependant, pas d’inquiétude ! Adrian McKinty livre des explications très claires. Je ne me suis pas embrouillée dans tous ces groupes ou pour savoir qui est protestant ou catholique. Ce contexte historique est très développé et l’auteur a réalisé un travail fantastique sur l’ambiance qui m’a fait vivre les tensions et les dangers à chaque fois que la police sort, quand le personnage principal, le sergent Sean Duffy, regarde sous sa voiture tous les matins à la recherche d’une bombe. Cela correspond parfaitement au temps gris et froid de l’Irlande du Nord, présent dans le livre.

Concernant l’intrigue, elle se déploie autour d’un possible tueur en série dans la région de Belfast, qui s’en prend aux homosexuels. À cette époque, l’homosexualité est encore considérée comme un délit, comme illégale en Irlande du Nord. Alors que ce n’était pas l’ouvrage qui me faisait le plus envie sur le moment, dès les premières pages, j’ai été totalement happée par l’histoire. L’ambiance y joue certes un rôle, mais la plume de l’auteur également. Cette enquête reste pourtant classique dans un certain sens avec deux groupes de meurtres qui ne sont pas en lien en apparence… Mais rien est gratuit dans ce genre de romans et le lecteur essaie de chercher le point commun entre eux. C’est plutôt prenant, car l’enquête avance pour mieux reculer. Sean Duffy tatillonne et le lecteur avec lui. Le fait de suivre ses pensées, questionnements permet de comprendre son raisonnement pour découvrir le coupable. Ainsi, je n’ai pas eu l’impression de rater un épisode dans le cheminement vers l’identité du meurtrier. J’ai commencé à avoir quelques doutes dans les derniers chapitres… Pour que ce dernier soit confirmé à la fin. Une enquête qui rappelle que les apparences sont parfois trompeuses.

J’ai aussi apprécié le personnage de Sean Duffy. Cynique, il apporte quelques touches d’humour en pointant parfois certaines situations ridicules, que les deux ennemis de toujours peuvent s’entendre quand ils ont des intérêts communs. Il a un côté attachant et profondément humain. L’auteur montre ses qualités, sans rien cacher non plus de ses défauts et/ou de ses doutes. Il ne manque pas de profondeur. La vulgarité qui est présente ne m’a pas gêné outre mesure, car cela correspondait bien à l’ambiance, le lieu et l’enquête.

Une terre si froide a été une bonne surprise où l’enquête sert surtout à évoquer l’histoire de l’Irlande du Nord. La fin est à la fois fermée – l’enquête étant bouclée – et ouverte. Il y a un second tome, qui s’intitule Dans la rue j’entends les sirènes. S’il croise un jour ma route, pourquoi pas.

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