Amy Engel • Les filles de Roanoke (2017)

Les filles de Roanoke • Amy Engel • J’ai Lu • 384 pages

Dans une petite ville du Kansas, les filles Roanoke sont enviées de tous. Belles, jeunes et riches, elles vivent avec leurs grands-parents sur le domaine familial, au coeur des champs de blé. Quand Allegra disparaît, après la fin tragique qu’ont connu Camilla, Penelope et Eleanor, toutes filles de la lignée Roanoke, sa cousine Lane part à sa recherche. Elle découvre de sombres secrets de famille.

Les filles de Roanoke est un roman présent depuis longtemps dans ma liste d’envie. Il sort un peu de ce que j’ai l’habitude de lire, notamment par les thématiques explorées. L’histoire est différente de ce à quoi je m’attendais en lisant le résumé, mais, globalement, j’ai beaucoup aimé cette lecture.

Les chapitres sont plutôt courts, donnant une certaine dynamique au tout. L’intrigue avance rapidement et elle alterne entre « maintenant », alors que Lane revient à Roanoke après la disparition de sa cousine Allegra, et « avant », le premier été que Lane a passé chez ses grands-parents. De temps à autre, il y a d’autres chapitres sur une des filles Roanoke qui ont précédé les deux cousines. Ils permettent de mieux comprendre la manière dont ce secret hante les murs de la demeure familiale et qui fauche une à une les filles alors qu’elles sont encore jeunes. Ils montrent également comment ce secret est gardé et, en définitif, ils donnent des indices avant la confirmation de ce non-dit. Pour mettre en évidence qu’il a quelque chose de pourri au sein de cette famille, Amy Engel insiste parfois lourdement sur la richesse et la beauté des Roanoke, tout en donnant déjà les premiers éléments de réponses. Les filles de Roanoke est un roman prenant, mais il est vrai que je m’attendais à une touche de fantastique en le commençant et en lisant la quatrième de couverture. Il me faisait quelque peu penser au roman de Moira Fowley-Doyle, All the bad apples, qui parle aussi de malédictions familiales, des femmes et filles d’une famille. Au final, il s’agit juste de la cruauté et de la perversité humaine.

Un autre point positif a été l’ambiance que l’auteur met en place pour renforcer l’horreur qui se cache dans cette ville rurale et perdue du Kansas, où tout le monde se connaît. Le temps est sec et chaud, il pèse sur les personnages, notamment Allegra et Lane… De la même manière que le secret pèse sur les Roanoke et les étouffe. En tant que lectrice, j’ai vraiment ressenti toute cette lourdeur, à la fois du climat et de l’atmosphère au sein de la demeure familiale. À cela s’ajoutent les non-dits qui sont observés par le trou de la serrure, un peu comme Lane. Ils participent aussi à cette ambiance sombre, pesante et malsaine qui colle à la peau. Le roman a un côté repoussant, mais également captivant, que l’on le veuille ou non. Cela rend le lecteur encore plus mal à l’aise. Une fois lancée dans la lecture, j’ai eu du mal à le poser. Ce n’est pas tant la révélation de ce secret de famille, qui m’a tenu en haleine que de savoir ce qui est arrivé à Allegra, pourquoi elle a disparu alors qu’elle paraissait si heureuse à Roanoke.

Les thèmes évoqués ne sont pas faciles entre l’inceste et la pédocriminalité. C’est une lecture dont le lecteur ne sort pas indemne, elle m’a beaucoup fait réfléchir à ce qui peut se passer derrière des façades parfaites, sur les silences complices. C’est un sujet d’autant plus d’actualité. Ce côté extrêmement gênant se glisse progressivement, sans s’en rendre compte. L’auteur fait un travail remarquable du point de vue des personnages, notamment de Yates, le grand-père et patriarche de la famille. Il a un côté charmant, ensorceleur et charismatique. On lui donnerait le bon dieu sans confession et, pourtant, c’est sa propre perversité qui est à l’origine de la malédiction qui touche les filles de sa famille. Si c’est un personnage intéressant, qui montre bien deux faces différentes, je n’ai pas trouvé qu’il était le plus complexe du livre. J’ai pensé que la grand-mère de Lane et Allegra bien plus intéressante et énigmatique. Il est difficile d’en dire plus sans trop en dévoiler de l’intrigue, mais elle est loin d’être aussi innocente qu’elle n’y paraît et, tout au long du livre, je me suis demandée si elle savait. Si oui, pourquoi ne protégeait-elle pas les filles de Roanoke.

Les filles de Roanoke est un roman qui m’a marqué et qui m’a doublement sorti de ma zone de confort. Ce n’est pas le genre de livres que j’ai l’habitude de lire, mais aussi par les thèmes abordés. Il m’a énormément mis mal à l’aise, tout en le dévorant d’un bout à l’autre. Amy Engel, connue surtout pour sa série fantastique Young adult, signe ici son premier roman pour un public plus âgé et le coup de coeur n’était pas loin. C’est un roman puissant et dérangeant.

Pour aller plus loin

4 réflexions sur “Amy Engel • Les filles de Roanoke (2017)

    • Je suis pareil en temps normal. Je lis surtout pour déconnecter et oublier les tracas du quotidien. Pourtant, je l’ai vraiment apprécié, mais je ne m’attendais pas à ce que ce roman prenne une telle direction. Je m’attendais à une touche de réalisme fantastique, à vrai dire. Fail… Mais je suis contente de lui avoir donné sa chance.

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