HENRY, Christina • The Mermaid (2018)

Once there was a mermaid called Amelia who could never be content in the sea, a mermaid who longed to know all the world and all its wonders, and so she came to live on land. Once there was a man called P. T. Barnum, a man who longed to make his fortune by selling the wondrous and miraculous, and there is nothing more miraculous than a real mermaid. Amelia agrees to play the mermaid for Barnum and walk among men in their world, believing she can leave anytime she likes. But Barnum has never given up a money-making scheme in his life, and he’s determined to hold on to his mermaid.

Christina Henry a fait des réécritures de « contes » une de ses spécialités et elle leur donne un côté très sombre et torturé, parfois malsain. Elle a déjà sévi dans les univers d’Alice au Pays des Merveilles avec Alice et Red Queen et celui de Peter Pan avec Lost Boy qui se prêtent parfaitement à des visions très noires. Au regard du titre et en connaissant un peu l’auteur, j’ai commencé cette lecture dans cette perspective, en pensant lire une nouvelle écriture du conte d’Andersen avec un côté un peu glauque. Dans cette veine, j’avais eu un coup de coeur pour le premier roman d’Alexandra Christo, … Ces derniers mois, je suis vraiment captivé par l’univers des sirènes, de la mer et de ces créatures fantastiques.

De ce fait, je n’ai pas été totalement déçue de ne pas lire une pure réécriture de la Petite Sirène. Certains éléments sont communs comme une créature de la mer attirée par la terre ferme et une vie humaine, des touches de magie… La ressemblance s’arrête là, à vrai dire. Finalement, quelques jours après avoir terminé ce roman, je me rends compte que le monde des sirènes est très peu développé. Rien n’est dit ou très peu de la vie d’Amelia sous l’océan. Christina Henry se concentre surtout sur sa vie terrestre, la manière dont elle s’est plus ou moins adaptée, comment les autres la percevait en créant un fort contraste entre sa vie dans le Maine où, en définitif, les gens ne semblaient pas attacher d’importance à ses origines et à ses bizarreries et New York, ville foisonnante de monde où elle devient un objet de toutes les curiosités. En définitif, avoir la vie d’une sirène sur terre, dans ce cas précis, était presque plus intéressant.

Elle permet de développer la question, certes classique, de qui sont en réalité les monstres : les hommes ou les créatures surnaturelles. Plusieurs fois, le texte insiste sur le fait qu’elle n’est pas une créature de Dieu, même si elle a une forme humaine la plupart du temps. Pour créer ce contraste, Christina Henry oppose à Amelia, la sirène, un personnage historique, P.T. Barnum et place la majeure partie de son intrigue dans le musée des monstres et bizarreries de ce dernier. Il a fait récemment l’objet d’une comédie musicale qui a beaucoup fait parler d’elle quand elle est sortie, The Greatest Showman. J’ai beaucoup aimé ce film, mais qui donne aussi une belle image de cet homme, proche de sa famille et qui semble donner une deuxième famille aux personnes qu’il a à sa charge. Pourtant, il a aussi quelques scandales à son actif. Le roman est loin de cette image très policée, lisse de celui qui aurait inventé le show business.

En effet, l’auteur convoque un homme plus intéressé par son enrichissement personnel au détriment souvent du personnel qu’il embauche, notamment ceux qui créent des performances autour de certaines de leurs particularités ou de leurs talents cachés. Il est présenté comme avare, aimant accumuler mais n’aimant pas dépenser, même pour améliorer quelque peu le quotidien de sa femme et de ses filles, ou pour la sécurité d’Amelia. C’est un homme austère, antipathique, arrogant et prêt à tout pour s’enrichir. Cet aspect est vraiment très bien montré dans les différents rapports de force entre lui et la sirène concernant sa performance, sa rémunération, la fin de son contrat… Le lecteur sent qu’il veut se l’attacher comme un objet et non une personne humaine, vu qu’elle n’est pas une créature de Dieu, surtout qu’elle lui rapporte beaucoup. Cette dualité entre créatures surnaturelles plus humains que les hommes et les hommes qui sont presque des bêtes cruelles est presque grossière avec la pureté et la gentillesse d’Amelia contre la grossièreté et la dureté de Barnum. Elle n’est pas subtile, mais, dans la dynamique du roman, elle fonctionne. En tant que lectrice, je me suis prise au jeu. C’est aussi tout un enjeu de l’histoire : savoir si Amelia va réussir à sortir des griffes de Barnum, comment, si elle va retourner à la mer ou dans son village…

Ce point est ce qui m’a motivée à continuer le roman. Cette sirène est terriblement attachante, même si elle parle peu et montre peu ses sentiments. Il y a quelques choses de pur et d’innocent en elle qui fait que le lecteur prend vite son partie et déteste très rapidement Barnum qui l’arrache à sa tranquillité pour en faire un objet de musée, qui ne prend pas de précaution pour la protéger. Malgré ce côté manichéen, il y a du suspens pour savoir lequel des deux, finalement, va remporter le duel. Une fois commencé, j’ai eu du mal à lâcher The Mermaid, même si j’avais rapidement quelques idées sur la manière dont l’histoire se terminerait et certaines de mes hypothèses se sont révélées justes. Outre le fait de vouloir connaître le destin d’Amelia, le roman est aussi bien écrit. Christina Henri a une écriture fluide et prenante, elle arrive parfaitement à mélanger la part de fantastique et de magie avec l’époque historique qui voit le développement des cirques et des curiosités, avec aussi une population encore proche de la religion. Le contexte a également beaucoup joué dans l’appréciation globale de ce roman qui reste vraiment une très bonne lecture.

Christina Henry, malgré les défauts que j’ai pu pointer, a su me passionner d’un bout à l’autre avec cette histoire. Elle est bien racontée, dans une plume fluide et agréable avec des personnages attachants. Ce n’est prise de tête et pas aussi sombre que ce à quoi je m’attendais (surtout en ayant lu Alice où, dans ce cas, c’est vraiment très sombre et torturé, mettant le lecteur un peu mal à l’aise). The Mermaid m’a fait pensé à un film sorti sur Netflix cet hiver, La Petite Sirène avec William Moseley et Poppy Dayton.

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ACEVEDO, Elizabeth • The Poet X (2018)

A young girl in Harlem discovers slam poetry as a way to understand her mother’s religion and her own relationship to the world. Debut novel of renowned slam poet Elizabeth Acevedo.
Xiomara Batista feels unheard and unable to hide in her Harlem neighborhood. Ever since her body grew into curves, she has learned to let her fists and her fierceness do the talking. But Xiomara has plenty she wants to say, and she pours all her frustration and passion onto the pages of a leather notebook, reciting the words to herself like prayers—especially after she catches feelings for a boy in her bio class named Aman, who her family can never know about. With Mami’s determination to force her daughter to obey the laws of the church, Xiomara understands that her thoughts are best kept to herself.
So when she is invited to join her school’s slam poetry club, she doesn’t know how she could ever attend without her mami finding out, much less speak her words out loud. But still, she can’t stop thinking about performing her poems.
Because in the face of a world that may not want to hear her, Xiomara refuses to be silent.

*

Sorti en 2018, The Poet X d’Elizabeth Acevedo est un des romans que j’étais le plus impatiente de découvrir. Mon premier de l’auteur, à vrai dire. Outre une couverture très jolie, le roman a de nombreux arguments pour faire pencher la balance en sa faveur. Les thèmes qu’il semblait aborder ont une portée universelle et des résonances dans l’actualité. De plus, la forme sous laquelle il se présente est intéressante : écrire tout un roman en slam. Un pari que je trouve audacieux.

Qu’est-ce que le slam ?

Le slam est un genre poétique particulier qui vient du mot anglais « to slam » signifiant claquer. Il se distingue par des règles minimales dans la construction du texte, il en existe certaines lors de soirées slam qui sont d’ailleurs présentées dans l’ouvrage. C’est une poésie qui se veut surtout orale et il peut autant être déclamé que chanté. Un des grands compositeurs de slam en France est Grand Corps Malade. Ce n’est pas forcément le genre littéraire, poétique avec lequel je suis le plus familière, mais j’aime aussi prendre des risques et diversifier mes lectures. 

Une poésie orale, mais écrite ?

La forme originale de ce roman est une des raisons pour lesquelles j’ai eu envie de me plonger dans The Poet X. Il peut sembler contradictoire d’écrire tout un roman en utilisant les codes d’une poésie qui se veut avant tout oral. Comment faire passer cette moralité dans un texte écrit ? En écoutant, par exemple Grand Corps Malade déclamer ses slams, il y a beaucoup de rythme qui donne du sens au texte, mais également qui fait jouer les mots et leurs sonorités. Pourtant, Elizabeth Acevedo réussit brillamment à donner une certaine moralité aux différents textes de Xiomara et certains plus que d’autres, il est vrai. 

Il y a des entrées que j’avoue avoir lu à voix haute pour bien m’imprégner des mots, leur donner tout leur rythme et leur sens. D’autres n’en ont pas eu besoin. Globalement, je pense que c’est une réussite et que le caractère oral des textes est parfaitement rendu. En même temps, l’auteur connaît son sujet, car elle pratique elle-même le slam. De proposer un roman mettant en avant ce genre poétique est intéressant, car cela permet de mieux le faire découvrir, surtout à travers un ouvrage destiné à un public jeune adulte. Un autre aspect qui me fait dire que le roman est une réussite de ce point de vue est le fait que les sentiments sont très bien retranscrits et, en tant que lectrice, je me suis surprise à les partager en même temps que Xiomara, le personnage principal du roman. J’ai ressenti sa rage, sa révolte, sa colère, sa fierté aussi de s’impliquer dans quelque chose qui lui tient à coeur et pour laquelle elle est douée. Il y a un lien très étroit entre les émotions et les textes qui fait que l’oralité et le ton donné sont faciles à déduire. 

Et l’histoire dans tout ça ?

C’est une histoire classique en tout point et le lecteur peut y retrouver des schémas narratifs connus. Xiomara grandit dans une famille dans laquelle la religion catholique tient une place extrêmement importante et il est inenvisageable d’avoir des relations sexuelles avant le mariage, où il est à peine question d’embrasser un garçon alors que le personnage principal expérimente les premiers émois amoureux, ce qui est parfaitement normal à son âge. Du coup, il y a aussi la perception de l’homosexualité. Les parents sont peu ouverts d’esprit et il est impossible de communiquer avec eux. Alors, leurs enfants leur cachent des choses essentielles de leurs vies. Très vite, le drame se pressent du fait des positions de chacun. L’intrigue rentre parfaitement dans une suite logique des événements. Cependant, le roman reste très agréable à lire et je n’ai pas boudé mon plaisir. Certes, l’originalité de la proposition de l’auteur joue peut-être un peu ainsi que le fait qu’elle nous place directement dans le coeur émotionnel de l’histoire en me donnant accès aux pensées les plus intimes de Xiomara. 

De plus, il y a de nombreuses thématiques qu’Elizabeth Acevedo aborde et qui s’inscrivent dans l’actualité. L’homosexualité en fait partie, ainsi que l’homophobie sans pour autant être approfondi. Elles doivent être évoquées dans deux passages dans mes souvenirs. J’ai été plus sensible à la question du corps du personnage principal. Elle évoque souvent le regard des hommes sur son corps, leurs remarques. Il y a une entrée à ce sujet que j’ai trouvé criante de vérité et dans laquelle je me suis complètement projetée. Quelle femme n’a jamais vécu ce qu’elle y décrit ? Les regards appuyés, les commentaires… J’ai trouvé la position de la mère assez choquante et effrayante. Elle éduque sa fille à avoir honte de son corps, à le cacher pour justement ne pas attirer le regard des hommes. Le deuxième thème que je retiens après cette lecture est aussi la manière dont elle s’épanouit quand elle fait ce qu’elle aime. Elle ose s’opposer à ses parents, à remettre en question ses croyances et à ré-apprendre à communiquer au sein de sa famille. 

D’un autre côté, il y a un aspect du roman avec lequel j’ai eu un peu de mal et c’est l’omniprésence de la religion catholique. Cela tient à des raisons totalement personnelles et mon blog n’est pas forcément le lieu pour en parler. Tout est toujours ramené à la foi catholique de la mère qui tient sa famille sous son joug parce qu’elle place ses croyances au coeur de tout et avant le bien-être de ses enfants. C’est aussi une réalité sociale qui n’est pas forcément la mienne, mais que je peux concevoir. Toutefois, ce point précis du roman ne m’en a pas donné une vision totalement négative du roman, qui par ailleurs, a été une très bonne lecture et qui n’était pas loin du coup de coeur. Il forme un tout avec les autres parties du roman. Au final, c’est plus la surprise de le trouver là.

The Poet X est à la fois original dans sa forme et un fond intéressant qui peut parler à de nombreux jeunes et même à des adultes, notamment pour les question relatives au corps, au sexisme. Je l’ai déjà recommandé à ma petite soeur de vingt-et-un ans et je reste persuadée que c’est un roman qui peut être mis dans toutes les mains. J’en garde personnellement un bon souvenir et le sentiment que c’est le type d’ouvrage que je pourrai relire sans problème. 

30 livres avant 30 ans

Dans deux ans, je fêterai mes trente ans. Autant dire que la prise de conscience m’a fait un choc. Mais cette prochaine étape m’a aussi inspiré ce petit défi personnel et cet article : 30 livres avant 30 ans. La liste est constituée de classiques que j’aimerai vraiment lire, mais également d’ouvrages que j’ai très souvent eu entre les mains, mais que j’ai reposé et ceux, depuis des années. Je pense fait un bilan tous les six mois de ma progression, des séries que j’aimerai enfin commencer (et terminer).

1. Les cinq personnes que j’ai rencontré là-haut de Mitch Albom

« Nous avons tous notre petite idée sur le Ciel. Cette histoire est racontée pour que les gens qui ont pu croire leur passage sur terre sans importance se rendent au contraire compte qu’ils en ont eu beaucoup, et aussi combien ils ont été aimés. »

Cinq personnes que vous avez croisées de votre vivant vous attendent là-haut. Leur sort est intimement lié au vôtre, et pourtant vous ne les connaissez pas forcément. Ces cinq rencontres, belles ou terribles, vous révèleront les fils invisibles qui nous relient tous les uns aux autres.

Ignorant tout cela, le vieil Eddie, chargé de l’entretien des manèges d’une fête foraine, fait ses premiers pas là-haut. Au fil des rencontres qui lui sont destinées, il découvrira les clefs de la vérité pour plonger enfin dans une bienfaisante éternité.

2. Le pouvoir de Naomi Alderman

Et si les femmes prenaient enfin le pouvoir dans le monde entier ?

Aux quatre coins du monde, les femmes découvrent qu’elles détiennent « le pouvoir ».

Du bout des doigts, elles peuvent soudain infliger une douleur fulgurante – et même la mort.

Soudain, les hommes comprennent qu’ils deviennent le « sexe faible ».

Mais jusqu’où iront les femmes pour imposer ce nouvel ordre ?

3. Le cycle de Fondation (série) d’Isaac Asimov

En ce début de trentième millénaire, l’Empire n’a jamais été aussi puissant, aussi étendu à travers toute la galaxie. C’est dans sa capitale, Trantor, que l’éminent savant Hari Seldon invente la psychohistoire, une science toute nouvelle, à base de psychologie et de mathématiques, qui lui permet de prédire l’avenir… C’est-à-dire l’effondrement de l’Empire d’ici cinq siècles et au-delà, trente mille années de chaos et de ténèbres. Pour empêcher cette catastrophe et sauver la civilisation, Seldon crée la Fondation.

 

4. Sherlock Holmes (série) d’Arthur Conan Doyle

Au n°3 de Lauriston Garden, près de Londres, dans une maison aide, un homme est trouvé mort. Assassiné ? Aucune blessure apparente ne permet de le dire, en dépit des taches de sang qui maculent la pièce alentour. Sur le mur, griffonnée à la hâte, une inscription : Rache ! Vengeance ! Vingt ans plus tôt, en 1860, dans les gorges de la Nevada, Jean Ferrier est exécuté par de sanguinaires Mormons chargés de faire respecter la loi du prophète. Sa fille, Lucie, est séquestrée dans le harem du fils de l’Ancien. Quel lien entre ces deux événements aussi insolites que dramatiques Un fil ténu, un fil rouge que seul Sherlock Holmes est capable de dévider. Une intrigue tout en subtilités où, pour la première fois, Watson découvre le maître…

5. La Passe-miroir (série) de Christelle Dabos

Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l’Arche d’Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d’un complot mortel.

6. La Divine Comédie de Dante Alighieri

Peut-on encore aujourd’hui aimer Francesca, être troublé par Ugolino, trembler aux tourments des damnés de la Comédie ? L’Enfer de Dante, poétique et médiéval, n’a-t-il pas pâli irréparablement auprès des Enfers tout proches, et actifs, que notre époque n’a pas encore fini, semble-t-il, de susciter ? L’imagination créatrice de Dante est si puissante, et si précise, qu’elle semble décrire par avance, parfois, l’inimaginable horreur moderne.

Le gigantesque entonnoir de l’Enfer, qui se creuse jusqu’au centre de la terre, est dépeint comme le réceptacle de tout le mal de l’univers, comme une sorte de sac où viennent s’engouffrer tous les noyaux, tous les atomes de mal épars sur la planète. Mais nous lisons aussi autre chose dans L’Enfer plus que le catalogue effrayant des péchés et des châtiments possibles, il correspond pour nous au départ de l’exploration, à la première étape du grand roman initiatique d’une civilisation qui est la racine de la nôtre.

7. Les frères Karamazov de Fédor Dostoïevski

Il y a le père, Fiodor Pavlovich, riche, malhonnête et débauché, et ses trois fils légitimes : Mitia, impulsif, orgueilleux, sauvage ; Yvan, intellectuel, raffiné, intransigeant ; Aliocha, sincère, pieux, naïf. Et puis il y a le fils illégitime, Smerdiakov, libertin cynique, vivant en serviteur chez son père. L’un d’eux sera parricide.

8. Les monologues du vagin d’Eve Ensler

Depuis leur parution aux Etats-Unis en 1998, Les Monologues du vagin ont déclenché un véritable phénomène culturel : rarement pièce de théâtre aura été jouée tant de fois, en tant de lieux différents, devant des publics si différents… Mais que sont donc ces Monologues dans lesquels toutes les femmes se reconnaissent ? Il s’agit ni plus ni moins de la célébration touchante et drôle du dernier des tabous : celui de la sexualité féminine. Malicieux et impertinent, tendre et subtil, le chef-d’œuvre d’Eve Ensler donne la parole aux femmes, à leurs fantasmes et craintes les plus intimes. Qui lit ce texte ne regarde plus le corps d’une femme de la même manière.

9. Moi, ce que j’aime, c’est les monstres d’Emil Ferris

Chicago, fin des années 1960. Karen Reyes, dix ans, adore les fantômes, les vampires et autres morts-vivants. Elle s’imagine même être un loup-garou: plus facile, ici, d’être un monstre que d’être une femme. Le jour de la Saint-Valentin, sa voisine, la belle Anka Silverberg, se suicide d’une balle dans le cœur. Mais Karen n’y croit pas et décide d’élucider ce mystère. Elle va vite découvrir qu’entre le passé d’Anka dans l’Allemagne nazie, son propre quartier prêt à s’embraser et les secrets tapis dans l’ombre de son quotidien, les monstres, bons ou mauvais, sont des êtres comme les autres, ambigus, torturés et fascinants. Journal intime d’une artiste prodige, Moi, ce que j’aime, c’est les monstres est un kaléidoscope brillant d’énergie et d’émotions, l’histoire magnifiquement contée d’une fascinante enfant. Dans cette œuvre magistrale, tout à la fois enquête, drame familial et témoignage historique, Emil Ferris tisse un lien infiniment personnel entre un expressionnisme féroce, les hachures d’un Crumb et l’univers de Maurice Sendak.

10. Hunger, Une histoire de mon corps de Roxane Gay

“I ate and ate and ate in the hopes that if I made myself big, my body would be safe. I buried the girl I was because she ran into all kinds of trouble. I tried to erase every memory of her, but she is still there, somewhere. . . . I was trapped in my body, one that I barely recognized or understood, but at least I was safe.”

In her phenomenally popular essays and long-running Tumblr blog, Roxane Gay has written with intimacy and sensitivity about food and body, using her own emotional and psychological struggles as a means of exploring our shared anxieties over pleasure, consumption, appearance, and health. As a woman who describes her own body as “wildly undisciplined,” Roxane understands the tension between desire and denial, between self-comfort and self-care. In Hunger, she explores her own past—including the devastating act of violence that acted as a turning point in her young life—and brings readers along on her journey to understand and ultimately save herself.

With the bracing candor, vulnerability, and power that have made her one of the most admired writers of her generation, Roxane explores what it means to learn to take care of yourself: how to feed your hungers for delicious and satisfying food, a smaller and safer body, and a body that can love and be loved—in a time when the bigger you are, the smaller your world becomes.

11. Tess d’Uberville de Thomas Hardy

Jeune paysanne innocente placée dans une famille, Tess est séduite puis abandonnée par Alec d’Urberville, un de ses jeunes maîtres. L’enfant qu’elle met au monde meurt en naissant.

Dans la puritaine société anglaise de la fin du XIXe siècle, c’est là une faute irrémissible, que la jeune fille aura le tort de ne pas vouloir dissimuler. Dès lors, son destin est une descente aux enfers de la honte et de la déchéance.

12. Une brève histoire du temps de Stephen Hawking

Voici le premier livre que Stephen Hawking ait écrit pour le grand public.

Il y expose, dans un langage accessible à tous, les plus récentes découvertes des astrophysiciens. Retraçant les grandes théories du cosmos depuis Galilée jusqu’à Einstein, racontant les ultimes découvertes en cosmologie, expliquant la nature des trous noirs, il propose ensuite de relever le plus grand défi de la science moderne : la recherche d’une théorie permettant de concilier la relativité générale et la mécanique quantique.

Stephen Hawking lutte depuis plus de vingt ans contre une maladie neurologique très grave. Malgré ce handicap, il a consacré sa vie à tenter de percer les secrets de l’univers et à nous faire partager ses découvertes. Un livre fascinant.

13. Salem de Stephen King

Comment une petite bourgade du Maine peut elle, du jour au lendemain, devenir une ville fantôme ? Jerusalem’s Lot – Salem – n’avait pourtant pas de caractéristiques particulières sinon, sur la colline, la présence de cette grande demeure – Marsten House – inhabitée depuis la mort tragique de ses propriétaires, vingts ans auparavant. Et lorsque Ben mears y revient, c’est seulement pour y retrouver ses souvenirs d’enfance. Mais très vite, il devrait se rendre à l’évidence : il se passe des choses très étrange à Salem. Un chien est immolé, un enfant disparaît et l’horreur s’infiltre, s’étend, se répand, aussi inéluctable que la nuit qui descend sur Salem…

14. Terremer (série) d’Ursula Le Guin

Ici il y a des dragons.

Et là où il y a des dragons, il y a des enchanteurs, une mer immense, et des îles.
Mais le monde de Terremer n’est pas un univers conventionnel de fantaisie. Il n’appartient ni à notre passé ni à notre avenir. Il est ailleurs. C’est un univers où la magie fonctionne et s’enseigne comme la science et la technologie dans le notre.

Terremer contient trois livres: Le sorcier de Terremer raconte l’initiation de Ged en l’île de Roke, comment il devient un sorcier convenable capable de commander les éléments et d’affronter les dragons, et aussi comment son audace faillit le perdre.

Les tombeaux d’Atuan évoquent a terrible histoire de la petite fille, Tenar, choisie pour devenir la Grande Prêtresse des Tombeaux, qui haïra Ged et finira par combattre avec lui l’emprise des Innommables.

Et enfin L’Ultime Rivage, où le pouvoir des sorciers sera soumis à celui du temps, le grand rongeur.

15. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee

Dans une petite ville d’Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Homme intègre et rigoureux, cet avocat est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche. Celui-ci risque la peine de mort.

16. Les cendres d’Angela de Frank McCourt

Franck Mc court est né à Brooklyn en pleine Dépression, de parents irlandais récemment immigrés : sa mère, Angela,vient du Sud, et son farouche patriote de père, Malachy, du Nord. Leur première rencontre, un « tremblé de genoux « , annonce une longue série de grossesses pour Angela. Mais il n’y a pas d’argent pour nourrir les enfants, et les rares fois où Malachy travaille, il boit son salaire aussitôt après.

Quand meurt la petite soeur de Franck, Angela et Malachy, accablés de chagrin, décident de retourner en Irlande. Mais les ruelles crasseuses et humides de Limerick font rétrospectivement paraître Brooklyn comme une sorte de paradis. avec des pièces de pneus de bicyclette clouées à ses chaussures en guise de semelles, une tête de cochon pour le repas de Noël et du charbon ramassé sur le bas-côté des routes pour allumer le feu du foyer, Franck supporte la plus misérable des enfances _ mais survit pour raconter son histoire avec exhubérance et, chose remarquable, sans la moindre rancune. Superbement écrit, Les Cendres d’Angela a été salué comme un véritable phénomène littéraire.

17. October de China Mieville

Award-winning writer China Mieville has long been inspired by the ideals of the Russian Revolution and here, on the centenary of the revolution, he provides his own distinctive take on its history. In February 1917, in the midst of bloody war, Russia was still an autocratic monarchy: nine months later, it became the first socialist state in world history. How did this unimaginable transformation take place? How was a ravaged and backward country, swept up in a desperately unpopular war, rocked by not one but two revolutions? This is the story of the extraordinary months between those upheavals, in February and October, of the forces and individuals who made 1917 so epochal a year, of their intrigues, negotiations, conflicts and catastrophes. From familiar names like Lenin and Trotsky to their opponents Kornilov and Kerensky; from the byzantine squabbles of urban activists to the remotest villages of a sprawling empire; from the revolutionary railroad Sublime to the ciphers and static of coup by telegram; from grand sweep to forgotten detail. Historians have debated the revolution for a hundred years, its portents and possibilities: the mass of literature can be daunting.But here is a book for those new to the events, told not only in their historical import but in all their passion and drama and strangeness.

18. Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell

Pendant la guerre de Sécession, alors que le Sud esclavagiste auquel ils appartiennent tous les deux est en train de perdre ses dernières batailles contre le Nord, Rhett Butler et Scarlett O’Hara s’aiment et se déchirent.

– Il doit y avoir de la place pour moi dans votre coeur. Cessez de vous tortiller comme un ver. Je vous fais une déclaration d’amour. Je vous ai désirée dès que je vous ai vue pour la première fois […] lorsque vous étiez en train d’ensorceler le pauvre Charlie Hamilton. Je vous désire plus que je n’ai jamais désiré une autre femme… et, pour vous, j’ai attendu plus longtemps que je n’ai jamais attendu pour une autre femme.

La surprise lui coupa le souffle. Malgré toutes ses injures, il l’aimait, mais il était si mauvaise tête qu’il ne voulait pas le reconnaître franchement et qu’il n’osait pas parler de peur qu’elle n’éclatât de rire. Eh bien ! elle allait lui montrer de quel bois elle se chauffait, et ça n’allait pas tarder.

19. Lolita de Vladimir Nabokov

Humbert Humbert est en prison pour meurtre. Il raconte tout ce qui l’a conduit jusqu’ici, de son enfance avec son premier amour à sa rencontre des dizaines d’années plus tard avec Dolorès Haze une « nymphette » de 12 ans. Humbert est subjugué par la jeune fille et accepte même d’épouser la mère de Dolorès pour rester près d’elle. Jusqu’au jour où la « Grosse Haze » comme la surnomme Humbert découvre la vérité et meurt accidentellement. Commence alors un long voyage en tête à tête entre Humbert et l’adolescence.

20. Becoming de Michelle Obama

In a life filled with meaning and accomplishment, Michelle Obama has emerged as one of the most iconic and compelling women of our era. As First Lady of the United States of America—the first African-American to serve in that role—she helped create the most welcoming and inclusive White House in history, while also establishing herself as a powerful advocate for women and girls in the U.S. and around the world, dramatically changing the ways that families pursue healthier and more active lives, and standing with her husband as he led America through some of its most harrowing moments. Along the way, she showed us a few dance moves, crushed Carpool Karaoke, and raised two down-to-earth daughters under an unforgiving media glare.

In her memoir, a work of deep reflection and mesmerizing storytelling, Michelle Obama invites readers into her world, chronicling the experiences that have shaped her—from her childhood on the South Side of Chicago to her years as an executive balancing the demands of motherhood and work, to her time spent at the world’s most famous address. With unerring honesty and lively wit, she describes her triumphs and her disappointments, both public and private, telling her full story as she has lived it—in her own words and on her own terms.

21. Les métamorphoses d’Ovide

A nouveau disponible dans son intégralité en français, l’un des textes fondateurs de la littérature universelle revisité ici par une traduction en vers libres qui en restitue toute l’âme et la fraîcheur poétique. L’ouvrage est enrichi d’une préface, de notes, d’un glossaire et d’un index.

22. Le treizième conte de Diane Setterfield

Vida Winter, auteur de best-sellers vivant à l’écart du monde, s’est inventé plusieurs vies à travers des histoires toutes plus étranges les unes que les autres et toutes sorties de son imagination. Aujourd’hui, âgée et malade, elle souhaite enfin lever le voile sur l’extraordinaire existence qui fut la sienne. Sa lettre à Margaret Lea est une injonction : elle l’invite à un voyage dans son passé, à la découverte de ses secrets. Margaret succombe à la séduction de Vida mais, en tant que biographe, elle doit traiter des faits, non de l’imaginaire. Et elle ne croit pas au récit de Vida. Dès lors, les deux femmes vont confronter les fantômes qui hantent leur histoire pour enfin cerner leur propre vérité…

23. Journal russe de John Steinbeck

Essai qui relate le voyage de Steinbeck en Union Soviétique, en compagnie du célèbre photographe Robert Capa.

24. Le Chardonneret de Donna Tartt

Theo Decker a treize ans. Il vit les derniers instants de sa vie d’enfant. Survivant miraculeux d’une explosion gigantesque en plein New York, il se retrouve seul dans la ville, orphelin, et se réfugie chez les parents d’un ami pour échapper aux services sociaux. Mais cette situation ne pourra être que temporaire. Désormais Theo va comprendre très jeune, qu’il ne peut compter que sur lui-même. Tout ce qui lui reste de cette journée où il a perdu sa mère, c’est un tableau, une toile de maître minuscule, envoûtante, infiniment précieuse et qu’il n’a pas le droit de posséder. Mais il ne peut plus s’en détacher. Et elle va l’entraîner dans les mondes souterrains et mystérieux de l’art.

25. Guerre & Paix de Léon Tolstoï

1805 à Moscou, en ces temps de paix fragile, les Bolkonsky, les Rostov et les Bézoukhov constituent les personnages principaux d’une chronique familiale. Une fresque sociale où l’aristocratie, de Moscou à Saint-Pétersbourg, entre grandeur et misérabilisme, se prend au jeu de l’ambition sociale, des mesquineries, des premiers émois.

1812, la guerre éclate et peu à peu les personnages imaginaires évoluent au sein même des événements historiques. Le conte social, dépassant les ressorts de l’intrigue psychologique, prend une dimension d’épopée historique et se change en récit d’une époque. La « Guerre » selon Tolstoï, c’est celle menée contre Napoléon par l’armée d’Alexandre, c’est la bataille d’Austerlitz, l’invasion de la Russie, l’incendie de Moscou, puis la retraite des armées napoléoniennes.

Entre les deux romans de sa fresque, le portrait d’une classe sociale et le récit historique, Tolstoï tend une passerelle, livrant une réflexion philosophique sur le décalage de la volonté humaine aliénée à l’inéluctable marche de l’Histoire ou lorsque le destin façonne les hommes malgré eux.

26. Une vie de Simone Veil

Simone Veil accepte de se raconter à la première personne. Personnage au destin exceptionnel, elle est la femme politique dont la légitimité est la moins contestée en France et à l’étranger ; son autobiographie est attendue depuis longtemps. Elle s’y montre telle qu’elle est : libre, véhémente, sereine.

27. Underground Railroad de Colson Whitehead

Cora, 16 ans, est une jeune esclave née sur une plantation de coton en Géorgie. Grâce à César, elle réussit à s’échapper. Leur première étape est la Caroline du Sud, dans une ville qui semble être le refuge idéal mais qui cache une terrible vérité. Il leur faut fuir à nouveau, d’autant plus que Ridgeway, le chasseur d’esclaves, est à leurs trousses.

28. La Nuit d’Eli Wiesel

La Nuit est un récit d’Elie Wiesel fondé sur son expérience lorsque, jeune juif orthodoxe, il fut déporté avec sa famille dans le camp d’extermination nazi d’Auschwitz, puis dans le camp de concentration de Buchenwald, dont il fut libéré le 11 avril 1945, à l’âge de 16 ans.

Issu d’un milieu fortement religieux, sa confiance en Dieu et en l’humanité fut fortement ébranlée par l’expérience concentrationnaire, qu’il décida de ne pas évoquer pendant dix ans. Il la transcrivit au terme de cette période sous forme d’un manuscrit en yiddish, qui fut publié en 1955 sous le titre d’…Un di Velt Hot Geshvign (…Et le monde se taisait), puis traduit (ou, selon certains, adapté pour un public plus large) en français. Cinquante ans plus tard, le volume de 178 pages, décrit comme « dévastateur dans sa simplicité », est considéré comme un pilier de la littérature de la Shoah, aux côtés de Si c’est un homme de Primo Levi et du Journal d’Anne Frank.

29. Les Rougon-Macquart (série) d’Emile Zola

Issus de la paysannerie enrichie, les Rougon portent en eux l’avidité du pouvoir et de l’argent. Une des branches de la famille, les Macquart, sera marquée par l’hérédité de l’alcoolisme, du vice et de la folie. Le coup d’Etat du 2 décembre 1851 entraîne les Rougon dans la conquête de Plassans, la capitale provençale du roman. La haine de l’empereur pousse Silvère, petit-fils de la matriarche, et Miette, sa femme, dans l’insurrection républicaine. De ces passions et de ces fureurs naîtront cent personnages, et celui, aux mille visages anonymes, de la foule et de la collectivité qui préfigure le XXe siècle.

30. Les heures rouges de Leni Zumas

États-Unis, demain. Avortement interdit, adoption et PMA pour les femmes seules sur le point de l’être aussi. Non loin de Salem, Oregon, dans un petit village de pêcheurs, cinq femmes voient leur destin se lier à l’aube de cette nouvelle ère. Ro, professeure célibataire de quarante-deux ans, tente de concevoir un enfant et d’écrire la biographie d’Eivor, exploratrice islandaise du XIXème. Des enfants, Susan en a, mais elle est lasse de sa vie de mère au foyer – de son renoncement à une carrière d’avocate, des jours qui passent et se ressemblent. Mattie, la meilleure élève de Ro, n’a pas peur de l’avenir : elle sera scientifique. Par curiosité, elle se laisse déshabiller à l’arrière d’une voiture… Et Gin. Gin la guérisseuse, Gin au passé meurtri, Gin la marginale à laquelle les hommes font un procès en sorcellerie parce qu’elle a voulu aider les femmes.

GESSEN, Masha • The Man without a face, The unlikely rise of Vladimir Putin (2010)

The Man Without a Face is the chilling account of how a low- level, small-minded KGB operative ascended to the Russian presidency and, in an astonishingly short time, destroyed years of progress and made his country once more a threat to her own people and to the world
Handpicked as a successor by the « family » surrounding an ailing and increasingly unpopular Boris Yeltsin, Vladimir Putin seemed like a perfect choice for the oligarchy to shape according to its own designs. Suddenly the boy who had stood in the shadows, dreaming of ruling the world, was a public figure, and his popularity soared. Russia and an infatuated West were determined to see the progressive leader of their dreams, even as he seized control of media, sent political rivals and critics into exile or to the grave, and smashed the country’s fragile electoral system, concentrating power in the hands of his cronies.
As a journalist living in Moscow, Masha Gessen experienced this history firsthand, and for The Man Without a Face she has drawn on information and sources no other writer has tapped. Her account of how a « faceless » man maneuvered his way into absolute-and absolutely corrupt-power has the makings of a classic of narrative nonfiction.

Ce n’est pas la première fois que je parle du président russe sur Autumn & Latte à travers une chronique littéraire. Il y a quelques semaines, j’ai publié mon avis sur Vladimir Vladimirovitch de Bernard Chambraz, qui propose une biographie romancée de Poutine. Je n’ai pas spécialement gardé de bons souvenirs de cette dernière et je tente une dernière fois l’aventure avec The Man without a face, The unlikely rise of Vladimir Putin de la journaliste russe, Masha Gessen.

À lire également : Vladimir Vladimirovitch de Bernard Chambraz

Malheureusement, je ressors de cette lecture plutôt mitigée. Elle n’est pas inintéressante, mais il y a de nombreux points sur lesquels j’ai à redire et ce sont surtout ces derniers que je vais aborder un par un. Avant, je pense que je dois aborder la question de mes attentes concernant cet ouvrage pour comprendre ma déception sur cette biographie. Le sous-titre est The unlikely rise of Vladimir Putin. En soi, le sujet m’intéresse : savoir comme un presque inconnu est devenu le président de la Russie et se maintient depuis près de vingt ans au pouvoir. Le programme semble intéressant et vendeur.

Or, ce n’est pas réellement ce que j’ai eu l’impression de lire. Je parle d’une biographie écrite par une journaliste russe. Je m’attends à un minimum d’objectivité, de présenter des faits sans montrer de préférences personnelles. Dès le départ, les positions de Masha Gessen sont claires et cela transparaît dans chacun des mots, à chacune des pages. Je partage son point de vue et je reste choquée par la corruption qui règne en Russie. Cependant, je n’aime pas qu’un auteur me force la main et m’impose son point de vue, et encore plus quand je lis un essai. Je veux en savoir plus, comprendre et surtout me forger ma propre opinion. C’est un de reproches que je formule à l’encontre de cet ouvrage. Il y a beaucoup trop de biais pour permettre au lecteur de se former une idée à soi. Masha Gessen amène trop d’émotions personnelles. Le livre n’est plus vraiment une biographique ou un essai politique, mais quelque chose qui se rapproche plus des mémoires de l’auteur avec quelques passages trop romancés.

J’ai lu quasiment la moitié et, pour un livre traitant de Vladimir Poutine, il est étonnant de voir qu’il apparaît très peu, au final, dans cette première partie. Il s’intègre dans une chronologie qui est celle des dernières années du régime communiste, sa chute et l’après. À vrai dire, j’ai vraiment apprécié ce côté très historique qui sont vraiment intéressants, surtout pour ce qui se passe après la chute du communisme et la manière dont la Russie s’est cherchée politiquement. Cependant, ce n’est pas l’objectif principal de l’ouvrage, ni même la raison pour laquelle je l’ai commencé en premier lieu. Le contexte est amplement développé et très présent. Cela permet de bien tout situer et de comprendre ce qu’a été la Russie après le communisme. J’en reviens au fait que ce n’est pas le but de ce livre et un décalage s’est ainsi crée.

Un des points qui m’a le plus gêné est l’absence de preuves concrètes. Masha Gessen base tout un ouvrage en pointant des coïncidences (certes, troublantes, je suis d’accord), des concours de circonstances des on-m’a-dit… Je suis désolée, mais ce n’est pas suffisant pour moi. J’ai besoin que le propos soit étayé par des preuves. De ce point de vue, je suis une pure juriste qui ne peut pas se contenter de ce que l’auteur présente. J’adore les notes de bas de pages, les documents, les bibliographies… Je nuance tout de suite mon propos également. Trouver les preuves et plus encore les publier doit aussi relever d’un véritable parcours du combattant ou d’une mission impossible. Masha Gessen a tout de même le mérite de pointer des choses qui vont pas dans son pays et dont nous ne sommes pas forcément au courant. The Man without a face, The unlikely rise of Vladimir Putin reste un ouvrage intéressant pour celui qui se passionne véritablement pour le sujet.

Pour ma part, je ne suis pas allée jusqu’au bout. Au final, ce n’était pas tant le fond que la forme qui m’a déçu. Les biographies et autobiographies ne sont pas ma tasse de thé et il arrive bien souvent que je ne les termine pas. De plus, ce livre n’est pas ce à quoi je m’attendais en le commençant. La lecture a parfois été laborieuse, le timing n’a pas été le bon… Je suis totalement passée à côté de cet essai.

LACOMBE, Benjamin & ECHEGOYEN, Paul • Léonard & Salaï, Il Salaïno (2014)

Ce roman graphique atypique nous entraîne dans l’intimité d’un homme devenu l’incarnation du génie créateur, un artiste au talent jamais égalé.
Qui pourraient être mieux placés que deux hommes, deux artistes, pour vous conter l’histoire d’amour qui lia, pendant près de trente ans, Léonard de Vinci à un jeune apprenti qu’il baptisa Salaï (« petit diable »).
Immergez-vous au cœur de cette évocation romanesque qui présente une autre vision de Léonard de Vinci, de son entourage et de sa vie. Au-delà du mythe, de ses incroyables inventions et de sa modernité (fervent écologiste, végétarien, humaniste…), il était détesté par ses pairs, autant pour son immense talent que pour son physique avantageux, ou encore pour la cour qui l’encerclait.
Comment a-t-il vécu, aimé, souffert ? L’histoire s’intéresse à son amour pour Salaï, personnage oublié, écorché vif, petit voyou fainéant au grand talent, et dont on attribua certaines œuvres au Maître, à son Maître.

Je connais les dessins et illustrations de Benjamin Lacombe, dont j’ai souvent admiré le travail sur différentes couvertures, mais je n’ai jamais dépassé ce stade. Léonard & Salaï est véritablement le premier ouvrage de cet artiste que je découvre et je ne pouvais pas mieux tomber pour commencer que d’être en compagnie de Léonard de Vinci, un des grands génies de la Renaissance dont nous fêtons les cinq cent ans de la mort cette année. En tant qu’ancienne étudiante en histoire de l’art, le livre avait de fortes chances de me plaire.

Léonard de Vinci, Étude pour la tête de Léda, 1504-1506.
Encre brune et pierre noire.
Windsor Castle, Royal Library.

J’avais toutefois quelques attentes et appréhensions en le commençant. Même si Léonard de Vinci n’est pas mon peintre préféré, je connais très bien ses oeuvres et dessins et je peux pas m’empêcher de les admirer. Ce sont des tableaux et des projets magnifiques dont un de deux que j’adore est le projet de tête pour Léda et le Cygne dont le tableau est perdu. J’espérais vraiment de voir son travail, ainsi que la manière dont il s’intègre dans la vie de l’artiste. Je ne suis pas déçue de ce point de vue. Le lecteur peut découvrir ce que cela implique réellement d’être un peintre durant la Renaissance italienne, de devoir souvent se mettre au service d’un protecteur ou d’un riche mécène pour pouvoir survivre et que même des grands peintres de renom comme Léonard de Vinci ont rencontré des difficultés financières, de réaliser des commandes en temps et en heure… Dans ce magnifique ouvrage, Benjamin Lacombe et Paul Echegoyen démystifient un peu la figure de ce peintre et c’est intéressant d’avoir cette vision, plus proche de la réalité historique et de ce qui a réellement été la carrière de Vinci, tout en gardant en tête qu’il était un homme peu commun. Je ne m’attendais pas à ce que les auteurs aillent aussi loin et la surprise a été des plus agréables. Juste grâce à cet aspect, je recommande les yeux fermés Léonard & Salaï.

Mais pas uniquement grâce à ce point, car Benjamin Lacombe et Paul Echegoyen m’ont également surprise par le style des illustrations. Avec un ouvrage abordant la carrière et la vie intime de Léonard de Vinci, je ne savais pas à quel type de styles j’allais avoir affaire : celui des deux illustrateurs ou quelques chose qui se rapproche plus de celui du peintre. Le choix opéré est surprenant et, pourtant, il fonctionne à merveille dans une émulation commune entre les trois artistes, et plus particulièrement entre Léonard de Vinci et Benjamin Lacombe. Il a d’abord choisi une palette chromatique proche de celle des tableaux et de l’Italien avec beaucoup d’ocres, de brun et des touches de cramoisi… L’impression qui s’en dégage est celle de plonger dans le monde, l’univers pictural de Léonard et notamment de ses carnets à dessin qui, aujourd’hui, ont cette couleur sépia, tout en lui rendant un bel hommage.

Léonard de Vinci, Saint Jean Baptiste, 1513-1515. Huile sur toile. Paris, Musée du Louvre Salaï aurait posé pour ce tableau. Nous pouvons voir les points communs avec la couverture.

Cependant, je retiens plus précisément la manière dont Benjamin Lacombe se réapproprie les différents tableaux de de Vinci. Il garde l’idée originale et l’adapte à sa propre vision et à sa manière propre de dessiner. C’est un mélange que j’ai trouvé amplement réussi et respectueux l’un de l’autre. Esthétiquement, chaque planche est une petite merveille. Tout au long de ma lecture, j’ai eu envie de voir quelle proposition les auteurs allaient montrer et je n’ai jamais été déçue. Ce sont des images de toute beauté à chaque fois et je ne me lasse pas de les admirer, notamment les pleines-pages.

Léonard & Salaï est un coup de foudre total. J’en oublierai presque le personnage de Salaï, qui donne le sous-titre à ce premier tome, m’a parfois légèrement porté sur les nerfs. Cependant, c’est presque anodin comparé au reste. La seule chose qui me chagrine est que la fin laisse présager un deuxième tome, mais je n’ai trouvé aucune information à ce sujet, mais je doute qu’il paraisse un jour. Dommage, mais j’ai encore tous les autres ouvrages de Benjamin Lacombe à découvrir.

Mes 10 livres de 2018

En 2018, j’ai lu 122 livres, soit une dizaine de moins que pour 2017, mais j’ai dévoré de nombreux pavés, notamment de la littérature russe. En un an, cela représente 38.181 pages (merci Goodreads de tenir le compte).

En cliquant sur les titres, vous pouvez lire la chronique que j’ai publié sur le livre et avoir mon avis complet.

Quels sont les dix livres qui m’ont marqué durant 2018 et que je recommande les yeux fermés ?

1 – The Miniaturist de Jesse Burton

On a brisk autumn day in 1686, eighteen-year-old Nella Oortman arrives in Amsterdam to begin a new life as the wife of illustrious merchant trader Johannes Brandt. But her new home, while splendorous, is not welcoming. Johannes is kind yet distant, always locked in his study or at his warehouse office, leaving Nella alone with his sister, the sharp-tongued and forbidding Marin.

L’intrigue prend place durant l’âge d’or hollandais à Amsterdam. Elle est remplie de mystères, de secrets de famille et de non-dits qui en font un parfait page-tourner dans une ambiance lugubre des plus réussies.

2 – Lumikko de Pasi Ilmari Jääskeläienen

Au sein d’un petit village finlandais prospère une étrange société littéraire secrète composée de neuf écrivains réunis autour de la figure tutélaire de Laura Lumikko, auteur à succès d’une série de livres fantastiques pour la jeunesse. En pénétrant peu à peu dans l’intimité de cette société – grâce à un Jeu aux règles complexes permettant d’arracher la vérité aux membres de la société – Ella, une jeune professeur de finlandais aux ovaires déficients, découvre le sombre secret de leur inspiration. Pendant ce temps, Laura Lumikko disparaît, tandis qu’une étrange peste semble s’être abattue sur les livres de la bibliothèque : certains livres voient leur fin subtilement altérer…

Ce roman est peut-être l’un des ouvrages les plus bizarres que j’ai pu lire cette année. Dès les premières pages, je ne savais pas où l’auteur m’emmenait ou quel était son but… Je me suis laissée porter et j’ai adoré le fait que Jääskeläienen flirtait parfois avec le fantastique, brouillant très souvent les frontières avec la réalité. Encore une très belle atmosphère.

3 – Little Monsters de Kara Thomas

« Vous est-il déjà arrivé de vouloir quelque chose au point d’en mourir ?  » Quand elle emménage à Broken Falls, une nouvelle vie commence pour Kacey. Tout le monde ici est tellement gentil. Et elle se fait même des amies, Bailey et Jade, qui l’accueillent à bras ouverts. Mais, soudaine, ces dernières se montrent étrangement distantes. Et elles omettent de l’inviter à la plus grosse soirée de l’année. Kacey, décidée à confronter ses amies, n’en aura pourtant jamais l’occasion : après la fête Bailey disparaît sans laisser de traces. Broken Falls ne semble plus si chaleureuse. Surtout pour elle, la nouvelle. Kacey est sur le point d’apprendre deux choses très importantes : parfois, les apparences peuvent se révéler trompeuses. Et parfois, quand on est la nouvelle, il ne faut faire confiance à personne.

Mon premier Kara Thomas est sûrement pas mon dernier. L’auteur nous livre un des meilleurs thrillers psychologiques que j’ai pu lire cette année. L’intrigue est incroyablement menée et il faut se méfier des apparences. Elles sont souvent bien trompeuses.

4 – the princess saves herself in this one d’amanda lovelace

« Ah, life – the thing that happens to us while we’re off somewhere else blowing on dandelions & wishing ourselves into the pages of our favorite fairytales. » A poetry collection divided into four different parts : the princess, the damsel, the queen, & you. The princess, the damsel, & the queen piece together the life of the author in three stages, while you serves as a note to the reader & all of humankind. Explores lives & all of its love, loss, grief, healing, empowerment, & inspirations. 

Depuis Rupi Kaur et son premier recueil de poésie, je m’essaie de plus en plus à la poésie contemporaine. Durant l’année, j’ai découvert r.h. sin et amanda lovelace et je garde surtout cette dernière en mémoire. J’adore sa poésie féministe, bienveillante avec des thèmes qui me parlent.

5 – Nord et Sud d’Elizabeth Gaskell

C’est le choc de deux Angleterre que le roman nous invite à découvrir : le Sud, paisible, rural et conservateur, et le Nord, industriel, énergique et âpre. Entre les deux, la figure de l’héroïne, la jeune et belle Margaret Hale. Après un long séjour à Londres chez sa tante, elle regagne le presbytère familial dans un village du sud de l’Angleterre. Peu après son retour, son père renonce à l’Eglise et déracine sa famille pour s’installer dans une ville du Nord. Margaret va devoir s’adapter à une nouvelle vie en découvrant le monde industriel avec ses grèves, sa brutalité et sa cruauté. Sa conscience sociale s’éveille à travers les liens qu’elle tisse avec certains ouvriers des filatures locales, et les rapports difficiles qui l’opposent à leur patron, John Thornton.

Cela faisait des années que je souhaitais me lancer dans ce classique de la littérature anglaise. Chose faite ! J’ai apprécié chacune des pages, les personnages et la relation amoureuse qui se tisse doucement ainsi que la période historique.

6 – Bernie Gunther, Les ombres de Katyn de Philip Kerr

Mars 1943. Le Reich vient de perdre Stalingrad. Pour Joseph Gobbels, il faut absolument redonner le moral à l’armée allemande et porter un coup aux Alliés. Or, sur le territoire soviétique, près de la frontière biélorusse, à Smolensk, ville occupée par les Allemands, depuis 1941, la rumeur enfle. Des milliers de soldats polonais auraient été assassinés et enterrés dans les fosses communes. L’Armée rouge serait responsable de ce massacre. Goebbels, qui voit là l’occasion de discréditer les Russes et d’affaiblir les Alliés, décide l’ouverture d’une enquête. Le capitaine Bernie Gunther du Bureau des crimes de guerres, organisme réputé antinazi, est la personne idéale pour accomplir cette délicate mission.

2018 a été marqué par la perte de mon auteur préféré, Philip Kerr. J’ai lu plusieurs de ses ouvrages autour de son détective allemand cette année. Tous étaient très bons, mais Les ombres de Katyn m’a époustouflé. C’est un de ses meilleurs.

7 – The Romanovs de Simon Sebag-Montefiore

The Romanovs were the most successful dynasty of modern times, ruling a sixth of the world’s surface for three centuries. How did one family turn a war-ruined principality into the world’s greatest empire? And how did they lose it all? This is the intimate story of twenty tsars and tsarinas, some touched by genius, some by madness, but all inspired by holy autocracy and imperial ambition. Simon Sebag-Montefiore’s gripping chronicle reveals their secret world of unlimited rivalries, sexual decadence and wild extravagance, with a global cast of adventurers, courtesans, revolutionaries and poets, from Ivan the Terrible to Tolstoy and Pushkin, to Bismarck, Lincoln, Queen Victoria and Lenin.

En 2018, la Russie a été à l’honneur sur le blog à travers la lecture de nombreux classiques et des auteurs plus contemporains, des essais, des films… Cet ouvrage de Simon Sebag-Montefiore est un des meilleurs et des plus complets que j’ai pu lire sur les Romanov.

8 – La saga moscovite de Vassili Axionov

À travers les destinées des Gradov, grands médecins, grands militaires, et celles de petites gens qui les entourent, c’est toute la Russie qui respire… Comme elle peut, en l’une des périodes les plus dramatiques qu’elle ait connues : 1924-1953, dates du « règne » de Staline. Les Gradov sont des personnages bien romanesques, pris dans une vie quotidienne faite d’ambition, de dévouement, de contradictions, de passions, de rires. Les véritables sagas modernes sont, dans la littératures universelle, rarissimes. Celle-ci mérite bien son nom tant l’horizon qu’elle embrasse est vaste, tant sa phrase est exubérante et précise, tant ses personnages et leur fortune sont attachants. Telle est la magie d’un grand écrivain.

Lu sur les sages recommandations de V., les deux tomes de cette saga familiale m’ont passionné. Une fois commencé, elle est impossible à mettre de côté. J’ai toujours voulu savoir quel allait être le destin des membres du clan Gradov. Une fois la dernière page tournée, j’ai eu un énorme pincement au coeur de savoir qu’il n’y avait pas de troisième tome.

9 – Asking for it de Louise O’Neill

It’s the beginning of the summer in a small town in Ireland. Emma O’Donovan is eighteen years old, beautiful, happy, confident. One night, there’s a party. Everyone is there. All eyes are on Emma.

The next morning, she wakes on the front porch of her house. She can’t remember what happened, she doesn’t know how she got there. She doesn’t know why she’s in pain. But everyone else does.

Photographs taken at the party show, in explicit detail, what happened to Emma that night. But sometimes people don’t want to believe what is right in front of them, especially when the truth concerns the town’s heroes…

Le roman qui m’a le plus bouleversé et révolté cette année. Il est à mettre entre toutes les mains, car l’histoire est criante de vérité et encore et toujours d’actualité.

10 – Anna Karénine de Léon Tolstoï

La quête d’absolu s’accorde mal aux convenances hypocrites en vigueur dans la haute société pétersbourgeoise de cette fin du XIXe siècle. Anna Karénine en fera la douloureuse expérience. Elle qui ne sait ni mentir ni tricher – l’antithèse d’une Bovary – ne peut ressentir qu’un profond mépris pour ceux qui condamnent au nom de la morale sa passion adultère. Et en premier lieu son mari, l’incarnation parfaite du monde auquel il appartient, lui plus soucieux des apparences que véritablement peiné par la trahison d’Anna. Le drame de cette femme intelligente, sensible et séduisante n’est pas d’avoir succombé à la passion dévorante que lui inspire le comte Vronski, mais de lui avoir tout sacrifié, elle, sa vie de femme, sa vie de mère. Vronski, finalement lassé, retrouvera les plaisirs de la vie mondaine. Dans son insondable solitude, Anna, qui ne peut paraître à ses côtés, aura pour seule arme l’humiliante jalousie pour faire vivre les derniers souffles d’un amour en perdition. Mais sa quête est vaine, c’est une « femme perdue ».

Encore de la littérature russe pour terminer ce top 10 de mes meilleures lectures pour l’année 2018. Il n’est pas besoin de le présenter et j’ai enfin pris le temps de le relire. Il est toujours aussi exceptionnel et un régal à lire.

CHAMBRAZ, Bernard • Vladimir Vladimirovitch (2015)

Pendant une année, Vladimir Vladimirovitch Poutine, homonyme du président russe, consigne la vie de son double dans trois cahiers. Le cahier rouge raconte son enfance puis son entrée au KGB. Le gris retrace ses cinq années comme agent secret en Allemagne puis sa lente métamorphose en homme de l’ombre dans les années 1990. Le noir décrit sa vie depuis son accession à la présidence.

Pour cette journée consacrée à un personnage emblématique de la Russie, comment ne pas parler de l’actuel tsar, pardon, président ? Omniprésent, il est difficile de ne pas connaître Vladimir Vladimirovitch Poutine, qu’il soit admiré ou condamné. Si je me situe dans cette deuxième catégorie, je dois avouer qu’il m’intrigue tout de même. Pourtant, je n’avais pas envie de me lancer dans une biographie, même s’il en existe un certain nombre. Mon choix s’est tourné vers ce roman de Bernard Chambaz qui me semblait relativement original.

Publié pour la première fois lors de la rentrée littéraire 2015, l’auteur propose un roman à deux avec deux Vladimir Vladimirovitch Poutine. Le premier est un simple citoyen russe, homonyme du président et le deuxième est ce même président russe. L’intrigue commence juste après la défaite de l’équipe de Russie au hockey lors des Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi. Notre simple Vladimir, qui, pour plus de facilité, sera appelé V1 à partir de maintenant, est marqué par la tristesse de V2, le président donc. C’est un peu l’excuse, le point de départ pour démarrer une biographie de Poutine, romancée et à travers les yeux d’un autre homme.

Malheureusement, je reste dubitative sur ce roman. La partie de V1 ouvre le roman et elle est loin d’être intéressante. J’ai espéré une critique ou au moins un instantané de la société russe à travers ce personnage. Cependant, il se révèle mou et plus intéressé par sa relation avec sa voisine et ses carnets où il compile la vie de V2 que par toutes autres choses. Peut-être les Jeux Olympiques… J’ai rapidement commencé à sauter ces chapitres pour lire les carnets qui sont la partie biographique du roman… Là où j’ai encore placé quelques espoirs…

Ils commencent par l’enfance du président et je suppose qu’ils se terminent au mois jusqu’à cette fameuse scène des Jeux Olympiques. Pour être honnête, je n’ai même pas réussi à terminer ce roman et ce deuxième aspect du livre. Ce n’est pas tant le style de l’auteur qui m’a dérangé que le contenu. Le parti pris de romancer la biographie, d’essayer de ne pas s’arrêter aux seuls faits bruts en montrant les sentiments, les caractères des différents intervenants ne me dérangent pas. Cela humanise quelque peu le président russe, pouvant parfois mettre mal à l’aise le lecteur. Quant au contenu, rapidement, je me suis lassée, parfois ennuyée de lire les carnets. Je me suis rendu compte que je n’avais pas vraiment d’intérêt pour cette biographie et pour certains aspects de la vie de Vladimir Poutine. Je m’intéresse plus à la manière dont il est arrivé et resté au pouvoir tout ce temps, par exemple.

Vladimir Vladimirovitch est une déception. Je n’ai pas réussi à finir ce roman et je ne le recommande pas.