1922 (2017)

Une série de phénomènes persuadent un homme qu’il est hanté par son épouse dont il a commis le meurtre.

Durée : 1 heures 41 minutes

Un film de : Zak Hilditch

Avec : Thomas Jane ; Molly Parker ; Dylan Schmid ; Neal McDonough…

 

 

Même si le succès de Stephen King, dans les librairies ou par le biais des différentes adaptations cinématographiques et télévisées, est toujours au rendez-vous et ce, depuis près de quarante ans, 2017 semble être l’année de l’écrivain. Il y a eu pas moins de trois films tirés de son oeuvre dont le très attendu remake de Ca. Impossible d’échapper au phénomène Stephen King ! Pour ma part, c’est un auteur que je n’ai jamais lu, mais qui commence sérieusement à piquer ma curiosité.

L’histoire est relativement classique et n’est pas sans me rappeler les contes terrifiants d’Edgar Allan Poe. Cependant, 1922 reste une très bonne surprise pour plusieurs raisons. La première tient au fait que, visuellement, les plans sont très léchés. Ils permettent de mieux se plonger dans l’ambiance, tout en jouant sur l’idée d’absence et de présence des personnages, intérieur et extérieur. Ces couples renforcent ainsi le quasi huis-clos qui se déroule devant les yeux du spectateur ainsi que l’ambiance pesante.

De plus, après avoir vu le film, il devient plutôt clair que l’équipe du film a beaucoup misé sur le développement des personnages et sur l’ambiance globale. Tout au long, j’ai été plongée dans un intérieur oppressant et lourd, avec une violence parfois seulement silencieuse mais omniprésente. La musique joue aussi un rôle prépondérant dans cette adaptation. Elle est parfaitement calibrée pour le film avec des sons grinçants qui donnent la chair de poule et elle participe activement à l’attente psychologique, à la dégradation de l’esprit de Wilfred James, à la noirceur de ses pensées… Dans la première partie du film, j’avais ainsi le sentiment que quelque chose allait se passer et il faut attendre un peu avant que l’histoire ne bascule complètement, amenant quelques lenteurs à l’intrigue.

Dans la deuxième partie, les choses changent un peu. L’irréparable a été commis et 1922 devient intéressant à partir de ce moment. Le spectateur se demande si les événements peuvent aller encore plus dans l’horreur, dans l’insoutenable folie qui s’empare de cette maison. J’ai trouvé l’ambiance encore plus malsaine et les acteurs ont fait un travail fantastique. Je ne connaissais aucune des premiers rôles. Pourtant, le père et le fils étaient absolument parfaits et notamment Thomas Jane dans le rôle du fermier taciturne et proche de sa terre, Wilfred James. Il a beaucoup de charisme et cela rend d’autant plus plausible sa manipulation pernicieuse sur son fils. Ce dernier n’est pas en reste non plus. Ils forment tous les deux un très bon duo qui fonctionne très bien à l’écran, avec une réelle présence. Ils jouent énormément sur les regards, les tensions dans le langage corporel. Il y a peu de dialogues mais les acteurs les rendent superflus.

Au final, 1922 est un film avec une intrigue classique, presque un peu convenue. Cependant, il dispose d’arguments de choix en ce qui concernent l’atmosphère générale de l’adaptation et pour l’interprétation des personnages. Je m’attendais à un pur film d’horreur. En tout cas, la bande-annonce allait dans ce sens, mais il s’agit clairement d’un très bon thriller psychologique avec une maîtrise de la tension. Il y a quelques scènes qui peuvent heurter la sensibilité mais ce n’est pas l’objectif principal de l’adaptation qui est vraiment la psychologie des personnages, les relations familiales, la lente folie qui s’empare d’eux… Pour mon plus grand plaisir, d’ailleurs, car les films d’horreur ne sont pas ma tasse de thé. Par ailleurs, j’ai beaucoup aimé le rythme lent et contemplatif donné qui apporte une cohérence avec l’histoire, la musique…

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Cinq livres à offrir à Noël

Offrir un livre reste toujours une bonne idée. Pour mes proches, il y aura deux livres sous le sapin. Il n’est pas toujours facile de trouver le bon avec l’énorme éventail de choix qui s’offrent à nous. Pour remédier à cela, je vous propose une sélection de cinq ouvrages qui ont marqué mon année 2017.

Milk & Honey – Rupi Kaur

Faut-il encore le présenter ? Il a été récemment traduit en français et un plus large public peut ainsi le découvrir. L’auteur aborde de nombreux thèmes comme le fait d’être une femme, son viol, sa relation avec son corps, les relations amoureuses… Je me suis beaucoup retrouvée dans ses poèmes, tout en y voyant également mes soeurs, mes amies…

Hex – Thomas Olde Heuvelt

Encore un livre qui a été traduit et publié récemment en français. Je l’ai lu en anglais et il était impossible à lâcher une fois commencer. L’auteur néerlandais signe ici l’un des meilleurs romans d’horreur que j’ai pu lire. Depuis, je n’ai pas réussi à mettre la main sur un livre d’une qualité équivalente, qui me fasse autant frissoner. J’espère sincèrement que Thomas Olde Heuvelt en écrira d’autres dans la même lignée car, avec celui-ci, cauchemars garantis.

The Handmaid’s Tale – Margaret Atwood

A moins de vivre dans une grotte, il fut presque impossible de passer à côté de l’auteur canadienne cette année. The Handmaid’s Tale ou La servante écarlate était dans toutes les librairies, car il a été adapté en série. Et ce ne fut pas le seul de l’auteur, Captive a aussi fait l’objet d’une telle consécration. Ecrit dans les années 80, La servante écarlate reste toujours d’actualité et un classique à lire.

S.P.Q.R. – Mary Beard

Mary Beard écrit beaucoup sur l’Antiquité romaine, l’un de ses plus connus est consacré à la ville de Pompéi. Professeur d’histoire à l’université de Cambridge, elle s’inscrit dans un effet de vulgarisation de l’histoire, tout en y ajoutant une touche personnelle d’humour, des anecdotes et en donnant une belle part aussi aux sources classiques. C’est très simple à lire et le lecteur referme le livre avec l’impression d’avoir appris plein de choses.

Sleeping Giants – Sylvain Neuvel

Des dieux auraient-ils fouillé notre terre bien avant nous ? Ce premier tome reste l’une de mes plus grandes surprises de cette année. Je ne lis jamais de science-fiction voire pas du tout. Je n’ai jamais été très sensible à ce genre d’ouvrages et pourtant, Sleeping Giants m’a passionné d’un bout à l’autre avec une écriture originale qui rend la lecture très dynamique. De plus, la mythologie est très bien développée avec des vraies questions de fond…

Mon expérience Erasmus #1 | Pourquoi partir à l’aventure ?

Un départ Erasmus était inconcevable pour moi lorsque je préparais ma licence de Droit. Outre le fait que mon niveau en droit était plutôt moyen, à l’exception de celui d’anglais qui était bon, j’étais fermée à toutes les possibilités que l’université pouvait m’offrir. J’ai commencé seulement à prendre conscience que la faculté était aussi un tremplin pour la vie future, professionnelle alors que je terminais ma dernière année de Droit. Mes années d’Histoire de l’art furent marquées par une plus grande ouverture aux activités extra-universitaires comme de la médiation culturelle bénévole. L’idée de partir étudier à l’étranger a commencé à faire son chemin.

Lire les différentes expériences, les retours des personnes qui sont parties grâce à Erasmus a fini de me convaincre de tenter l’aventure. A l’époque, j’envisageais plus un départ en tant que jeune fille au pair, mais, dans mon entourage, les retours de ce type de séjour linguistique n’étaient pas franchement positifs. Erasmus avait l’avantage de proposer un cadre institutionnel durant l’année et au cas où un accident survenait. Il y a des interlocuteurs universitaires non seulement dans la faculté qui envoie l’étudiant et dans celle choisie. Ce cadre me rassurait plus et c’est également une des raisons qui a dicté mon choix de ce type de séjour.

Je voulais absolument un pays anglophone, car l’anglais était la seule langue que je maîtrisais assez pour justifier un départ. Mon université proposait deux partenariats : Leicester et le Trinity College de Dublin. J’avais toujours eu le rêve un peu fou de fréquenter une université de prestige anglo-saxonne. Même si je rêvais de Cambridge ou Oxford, le Trinity College, qui a vu entre ses murs Oscar Wilde, Bram Stocker, entre autres, faisait partie de ma liste. De plus, pour ce départ, j’avais envie de viser haut. Cela me permettait également de réaliser un autre de mes rêves : vivre en Irlande. C’est une culture proche de la culture bretonne dans laquelle j’ai baigné, tout en étant assez éloignée pour être totalement dépaysée. L’Irlande a aussi eu une histoire mouvementée et je désirais voir comment à l’heure actuelle, elle pouvait être encore vivace. L’idée était aussi de confronter ma conception de ce pays, parfois pré-conçues par le biais de mes lectures ou des films que j’ai pu voir, une Irlande fantasmée avec la réalité. Le choix fut vite fait entre Leicester et Dublin.

Il y a également d’autres raisons qu’il me faut évoquer et qui tiennent surtout à la volonté, affichée, de m’améliorer dans une langue. Il serait hypocrite de ma part de dire que je voulais uniquement partir pour découvrir une autre culture. C’est peut-être la première raison, mais devenir bilingue ou presque vient juste après. Mon niveau d’anglais était relativement bon mais je demandais une plus grande immersion dans la langue, d’y être confrontée quotidiennement, sans pouvoir avoir recours au français. La finalité est aussi d’apporter une plus-value au CV.

Par ailleurs, partir était une évidence. Ce n’est pas la première fois que je termine une licence dans une toute autre ville. J’avais commencé ma licence de Droit à Strasbourg, pour la terminer à l’université de Lyon III. J’aime le changement, de voir de nouvelles manières d’organiser et d’enseigner. J’avais déjà remarqué des différences entre deux universités françaises différentes mais toujours dans le domaine du Droit. Pour citer un exemple, le cours du droit de la famille était proposé en première année à Strasbourg et en dernière à Lyon. Les manières de concevoir le cours étaient également opposées : je suis passée de quelque chose de très pratique et concret sur des cas pratiques, de l’application de la loi à un cours beaucoup plus orienté vers des considérations philosophiques, éthiques, sur des questions d’actualité comme la procréation médicalement assistée ou le mariage pour tous qui était le débat en cours lorsque je finissais mon droit.

Que dire de pouvoir intégrer un cursus universitaire anglo-saxon ? Pour une personne curieuse comme moi, c’était du pain béni ! Comme beaucoup de personnes de mon époque, j’ai grandi avec des films et des séries se déroulant dans des universitaires anglaises ou américaines et je voulais voir par moi-même. Autant l’avouer tout de suite… Ce n’est pas toujours ainsi dans la réalité, mais, en définitif, pouvoir comparer le modèle français et le modèle irlandais fut intéressant et enrichissant. Cependant, j’évoquerai mon expérience au Trinity College dans un autre article où je développerai plus longuement ces questions de comparaison. Je ne pensais pas faire un article aussi long sur uniquement les raisons qui m’ont poussé et convaincu à partir. Au final, j’ai prévu toute une série d’articles sur mon expérience Erasmus dont le prochain abordera des thèmes un peu plus prosaïque sur la préparation de mon départ.

Parlons féminisme #1 | Suis-je féministe ?

Je me suis posée très récemment cette question. En fait, j’ai commencé à m’y intéresser alors que j’effectuais ma troisième année de licence en Erasmus, J’étais en Irlande… J’avais déjà entendu le mot « féminisme » mais je dois avouer que j’étais encore ignorante sur le sujet. Je ne savais pas du tout de quoi il en retournait, quelles idées étaient derrière ce mot, les combats…

Durant cette année, j’ai pris conscience que le féminisme n’était pas un combat d’un autre âge et qu’il y avait de vrais engagements derrière. En Irlande, lors de mon séjour, une partie de la population continuait à manifester, à se mobiliser pour l’abrogation du huitième amendement de leur Constitution qui interdisait l’avortement. La religion tient encore une place importante dans la société. Je vivais avec des colocataires qui se disaient féministes dont deux qui s’étaient réellement engagées pour faire changer les choses, qui étaient actives dans leurs revendications. Nous en discutions beaucoup ensemble. Petit à petit, le mot « féminisme » a pris des dimensions, des réalités concrètes pour moi mais il me fallait aussi une définition simple du féminisme. Qu’est-ce que le féminisme en 2017 ?

J’aime connaître tous les tenants et les aboutissants d’une chose avant de me réclamer de cette dernière. Je suis de nature curieuse, je veux toujours tout savoir. Ma première étape fut de trouver une définition du féminisme. Cependant, au fil de mes lectures, des documentaires, des articles que j’ai pu lire, je me suis rendue compte qu’il était difficile voire impossible d’en donner une seule. Il y a plusieurs conceptions du féminisme. J’ai, petit à petit, essayé de me forger ma propre opinion sur le sujet. Au final, ma conception reste la volonté d’une égalité entre les hommes et les femmes, sans pour autant aller dans des extrêmes. En ce sens, j’aime beaucoup la phrase de Kate Nash, « Feminism is not a dirty word. It does not mean you hate men, it does not mean you hate girls that have nice legs and a tan, and it does not mean you are a bitch or a dyke, it means that you believe in equality.« 

Après, il y a plusieurs combats selon nos affinités. Du moins, c’est ainsi que je conçois le féminisme. A travers mes lectures, je me suis surtout focalisée sur les femmes et leurs corps et, en particulier, à travers des questions aussi diverses que l’avortement, la sexualité et la beauté. Ce sont des thématiques qui ont plus facilement trouvé des résonnances en moi que l’égalité des salaires, par exemple, même si c’est un sujet tout aussi important. Cependant, je souffre plus quotidiennement des problématiques liées au corps : la dictature de la maigreur, les corps retouchés et glabres, la place grandissante de la pornographie… Les choses bougent, mais je pense qu’elles doivent profondément changer pour ne plus se sentir coupable de sortir sans maquillage, pas épilée… J’ai vraiment envie d’agir sur ce sujet.

Par ailleurs, dernièrement, avec toutes les affaires de harcèlement sexuel, au travail ou dans la rue mais aussi les violences domestiques, j’ai aussi commencé à rapprocher de ce genre de combats. Il y a eu un élément déclencheur : mon agression en septembre sur un parking par deux jeunes hommes pour me voler mon sac à main. Je connaissais déjà le harcèlement de rue : les mains aux fesses, les regards qui te déshabillent, les « hé mademoiselle« … Je ne me rendais pas compte de ce à quoi cela pouvait mener jusqu’à mon agression en plein jour, sans personne pour m’aider. Je ne me suis plus sentie en sécurité dans la rue. Je souhaite vraiment voir les rues plus sûres pour toutes les femmes. Il est épuisant de devoir rentrer seule le soir, de regarder à gauche, à droite, d’avoir le numéro de la police prêt à être décroché… Finalement, ça arrive bien plus souvent que nous pouvons le penser.

Par mon expérience personnelle, par mes lectures et visionnages, en discutant avec d’autres personnages, j’en suis devenue à me considérer de plus en plus comme une féministe, mais, depuis quelques mois, je l’affirme haut et fort, sans crainte. Je comprends mieux ce que cela veut dire et la nécessité de l’être, même à l’heure actuelle et surtout de nos jours. Il reste encore des choses à faire, des mentalités à changer. La prochaine étape que je souhaite mener à titre personnel est un engagement plus actif pour l’égalité entre les hommes et les femmes, pour limiter le harcèlement…

Prague Fatale (2015) | Philip Kerr

Berlin, 1942. Bernie Gunther, capitaine dans le service du renseignement SS, est de retour du front de l’Est. Il découvre une ville changée, mais pour le pire. Entre le black-out, le rationnement, et un meurtrier qui effraie la population, tout concourt à rendre la vie misérable et effrayante. Affecté au département des homicides, Bernie enquête sur le meurtre d’un ouvrier de chemin de fer néerlandais. Un soir, il surprend un homme violentant une femme dans la rue. Qui est-elle ? Bernie prend des risques démesurés en emmenant cette inconnue à Prague, où le général Reinhard Heydrich l’a invité en personne pour fêter sa nomination au poste de Reichsprotektor de Bohême-Moravie.

Depuis ma première rencontre avec Philip Kerr et son personnage atypique, Bernie Gunther, cette série reste une des rares qui a su garder ma fidélité. Déjà huit tomes de lus pour onze de parus et jamais je m’en suis lassée. Qu’est-ce qui peut expliquer qu’au bout de tant de livres, je reviens toujours vers cet auteur et son détective ? Pour ma part, je continue à lire dans l’ordre de parution et non dans un quelconque ordre chronologique. L’auteur avance ou recule dans le temps au fil des livres, mais sans pour autant qu’elle soit impossible à reconstruire. Dans Prague Fatale, il s’intéresse à ce que son personnage a fait durant les premières années de guerre.

Il doit exister une recette « Philip Kerr » qui réussit à tous les coups. Pour moi, le premier ingrédient magique est le mélange entre la réalité et la fiction qui est exécuté d’une manière absolument parfaire. Il est toujours difficile de savoir où s’arrête l’une et où commence l’autre. Si j’ai conscience que Bernie Gunther est un personnage fictif, il y a parfois d’autres protagonistes, plus secondaires généralement, où la question peut être légitimement posée. Il m’arrive quelques fois de faire des recherches, par pure curiosité pour découvrir qu’il ou elle a réellement existé ou non.

Lire un Philip Kerr, c’est aussi l’impression d’apprendre de nouvelles choses sur la Seconde Guerre mondiale alors que je pensais avoir fait le tour depuis longtemps. Derrière chaque roman de la série, il y a un incroyable travail de recherches qui permet de faire revivre la société nazie à différentes périodes de son existence ou ses principaux dirigeants. Dans Prague Fatale, il s’intéresse aux premières années de guerre et les quelques mois avant l’assassinat de Reinhard Heydrich, le Reichsprotektor de Bohême-Moravie. Le temps d’un tome, une ambiance glaçante est mise en place car il est véritablement décrit comme une personne froide et calculatrice, à qui personne ne peut faire confiance. Même en tant que lectrice, je n’avais pas très envie de le voir apparaître. Je n’avais plus ressenti cela depuis un autre tome où Philip Kerr faisait croiser le chemin de son détective avec celui de Joseph Mengele. Il y avait également un travail fantastique réalisé sur l’ambiance.

Une autre constante est la qualité d’écriture et de l’intrigue, notamment lorsqu’il s’agit de retranscrire les émotions des personnages et leurs caractères, donnant ainsi plus d’épaisseur à ces derniers et de réalisme à l’intrigue. Bernie Gunther est toujours un des personnages que je préfère avec son humour noir et son ironie. Il n’a pas sa langue dans sa poche et dans Prague Fatale, c’est l’une des rares fois où il reste silencieux. Pour des lecteurs qui le connaissent bien, cela renforce l’ambiance lourde de ce tome. Nous ne sommes pas devant n’importe quel officier de la SS et j’ai d’autant plus l’impression de côtoyer les différents personnages au côté de l’ancien policier.

De plus, l’intrigue policière est menée d’une main de maître d’un bout à l’autre. Parfois, Philip Kerr met en place plusieurs enquêtes policières et c’est le cas dans ce huitième tome. Entre celle menée par Bernie Gunther à Berlin, puis une autre ordonnée par Heydrich, il y a une autre enquête menée par la Gestapo qui recherche des terroristes tchèques… Premièrement, je ne me suis pas emmêlée les pinceaux car l’auteur arrive parfaitement à les intégrer dans l’intrigue et elles trouvent toutes plus ou moins une fin. En deuxième lieu, Philip Kerr garde à l’esprit que l’histoire doit rester plausible, comme si elle aurait pu réellement avoir eu lieu. Il reste toujours une dimension réaliste dans chacun de ses livres. Il n’y a pas toujours de coupables ou, comme c’est parfois le cas, Bernie Gunther trouve le coupable mais ce dernier ne sera jamais inquiété par la justice dans la mesure où cela n’arrange pas le pouvoir en place. Le cadre de l’intrigue est un régime politique totalitaire où la notion même de justice est biaisée.

Toutefois, ce que je retiens de ce Prague Fatale, ce sont les influences de l’auteur. Outre le fait que j’adorerai connaître les ouvrages dont Philip Kerr s’inspire pour construire sa série, cette huitième enquête menée par Bernie Gunther n’est pas sans rappeler les romans d’Agatha Christie, transposés dans la société du Troisième Reich. C’est un peu incongru, mais clairement revendiqué, même par le coupable du crime. Au final, cet emprunt fait au classique de la littérature policière fonctionne à merveille dans ce contexte et j’y ai vu un bel hommage aux maîtres du genre, faisant de ce tome un de ceux que j’ai préféré… Même s’ils sont tous incroyablement bons.

Philip Kerr reste une très bonne référence pour les romans policiers historiques. Ce sont des oeuvres de qualité sur tout un tas d’aspects différents : l’écriture, l’intrigue, les recherches documentaires pour donner plus de réalisme. Prague Fatale est déjà le huitième tome, mais je me réjouis de savoir qu’il m’en reste encore à lire. Une des dernières raisons faisant que je continue est qu’il n’y a jamais de redondances. Je n’ai, pour le moment, jamais eu l’impression de lire toujours la même chose et je croise les doigts pour que ça continue ainsi. L’auteur aborde toujours des points différents de l’histoire et de la vie de son personnage principal. Il arrive à me passionner à chaque fois et j’en redemande. Encore un tome qui s’est lu en un claquement de doigts.

Vers une vie sans sucre… L’expérience de Nicole Mowbray

Journaliste trentenaire aimant profiter de la vie, Nicole Mowbray a arrêté du jour au lendemain de manger du sucre – y compris les édulcorants – et tout ce qui en contient. Tout a changé pour elle : sa silhouette, sa peau, son sommeil, sa santé et jusqu’à ses relations avec sa famille et ses amis. Car on le sait aujourd’hui : le sucre n’est pas bon pour la santé. L’OMS a recommandé que l’on réduise de moitié la consommation de sucre, qui est de plus en plus considéré comme une substance addictive, au même titre que l’alcool et le tabac. Dans ce livre qui est à la fois un témoignage, une enquête et un guide pratique, Nicole Mowbray raconte en détail comment elle a procédé pour son sevrage, ses difficultés, mais aussi tous les bénéfices qu’elle en a retirés. Elle interroge de nombreux spécialistes (nutritionnistes, cardiologues, psychologues), donne quantité d’informations pratiques sur ce que l’on peut continuer à manger, et nous montre que si elle l’a fait, tout le monde peut le faire.

Nicole Mowbray est une journaliste qui a écrit pour des magazines féminins et qui, du jour au lendemain, a arrêté de consommer du sucre sous quasiment toutes ses formes (raffiné, fructose…). Ce nouveau mode de vie séduit de plus en plus, en témoigne les nombreux articles de blogs qui y sont dédiés ou les livres publiés sur les bienfaits d’un régime hypoglycémique. Celui de Nicole Mowbray en est un parmi tant d’autres. Danièle Gerkens a aussi écrit un ouvrage dans la même veine, par exemple.

Pourquoi et comment en suis-je venue à me pencher sur le sujet, outre sa certaine popularité ? Depuis quelques mois, je cherche à réellement améliorer mon hygiène de vie, de manière durable et, plus particulièrement, en changeant mes habitudes alimentaires. J’avais vaguement entendu parler de ce nouveau courant du no sucre ou no sugar, mais s’en savoir exactement en quoi il pouvait m’être bénéfique. L’OMS a pourtant recommandé de réduire, dans un premier temps, sa consommation de sucre, responsable de nombreuses maladies cardio-vasculaires, de diabètes et autres. Je me suis retrouvée avec ce livre entre les mains pour simplement me renseigner et je le termine plutôt convaincue d’entreprendre une telle désintoxication au sucre et de faire le premier pas vers une vie sans sucre.

Nicole Mowbray parle de sa propre expérience tout au long du livre : comment plus jeune, elle était totalement accro aux sucreries et aux délices sucrés comme les desserts ; ou comment en grandissant, elle se récompensait par des gâteaux, des pâtisseries, des barres chocolatées… Au final, du moment où se levait, jusqu’à celui du coucher, elle ingérait une quantité énorme de sucre alors que, parfois, elle pensait manger sainement. A travers sa prise de conscience, il y a aussi eu la mienne. Je ne mange peut-être pas autant de sucreries qu’elle, me passant aisément de dessert, ni même de manière aussi régulière, mais j’en mange tout de même beaucoup trop pour mon bien.

En lisant son expérience, j’ai apprécié son honnêteté. En effet, elle ne cache rien des difficultés à supprimer totalement le sucre de son alimentation après des années à en dévorer, mais aussi des effets secondaires de son sevrage et auxquels elle ne s’était pas préparée (nausées, grosses fatigues, baisses d’énergie…), renforçant l’idée que le sucre est une véritable drogue. Elle donne quelques conseils dont certains vont à l’encontre de ce qu’elle a pu faire. Par exemple, elle a arrêté véritablement du jour au lendemain alors qu’elle en consommait régulièrement. Elle explique qu’il vaut mieux réduire progressivement le sucre. Son ouvrage est également ponctué de quelques interventions de nutritionnistes, de coach sportifs, de dermatologues qui viennent appuyer ou compléter les propos de la journaliste, lui donnant une certaine légitimité.

Pour autant, si je pense me lancer dans un tel régime (elle vend plutôt bien les effets positifs qu’il a eus sur elle : un meilleur teint, un meilleur sommeil, une petite perte de poids…), ce n’est pas pour tout de suite. J’attends de me renseigner plus en avant en lisant peut-être d’autres ouvrages et l’expérience d’autres blogueuses dans le domaine. J’ai aussi envie de faire les choses bien.

Je garde aussi à l’esprit que ce livre, No sucre, est un premier lieu le compte-rendu de l’expérience d’une personne qui n’est pas une spécialiste de la nutrition et de la santé, d’où ma volonté d’attendre, de comparer d’autres récits, de voir la manière dont d’autres personnes ont tenté de réduire leur consommation de sucre… Cependant, il constitue une bonne entrée en la matière pour celles et ceux qui souhaiteraient se lancer pour avoir quelques idées sur la réalité de ce régime hypoglycémique. Je suis tout de même convaincue de l’intérêt de réduire ma consommation de sucre après lecture et il se peut que je vous reparle dans quelques temps du no sucre, à travers d’autres ouvrages et, peut-être, de mon expérience personnelle. Je ne reste pas fermée à cette éventualité.

Magic Cottage (1986) | James Herbert

 » Nous pensions avoir trouvé le refuge idéal, un cottage perdu au coeur de la forêt. Il était sans doute un peu délabré, mais tout à fait charmant et si paisible… C’est là que la magie a commencé. Midge et moi, nous avons atteint des sommets de créativité dans nos domaines respectifs : elle a peint des toiles extraordinaires et je me suis mis à jouer de la guitare comme un dieu ! Quant à l’amour qui nous unissait, c’est devenu la magie suprême… Mais, comme toute médaille a son revers, le cottage avait lui aussi son mauvais côté. Et c’est là qu’intervient la mauvaise magie… Aujourd’hui encore, j’ai de la peine à croire que des choses aussi terrifiantes aient pu arriver. Et pourtant… « 

Le mois d’Octobre vient de se terminer et Halloween est déjà derrière nous. Pourtant, mon envie de lectures terrifiantes, qui m’empêchent de dormir la nuit est encore là pour quelques jours encore. Noël prendra bientôt le relais. Je suis relativement exigeante en ce qui concerne les livres d’horreur avec qui je n’ai pas toujours facilement peur, même quand j’ai envie de frissonner, de me cacher sous la couette. En revanche, je ne peux tout simplement pas regarder des films d’horreur sans être traumatisée pendant plusieurs jours… C’est donc avec plaisir (et obligation) que je me rabats sur les œuvres littéraires. Cette année, je tenais à essayer un ouvrage de James Herbert qui est connu pour être un maître de l’horreur anglais. Les divers avis étaient globalement bons, mais, malheureusement, je suis très déçue par ma première immersion dans l’univers de l’auteur.

Tout simplement parce que je m’attendais à mieux. J’avais à l’esprit quelque chose de beaucoup plus sinistre concernant les romans de James Herbert. De plus, le résumé avait ce je-ne-sais-quoi qui avait capturé mon attention. Je voulais savoir de quoi il en retournait exactement et, a priori, l’intrigue semblait bien partie pour me plaire et, pourquoi pas, être un coup de cœur. 

J’ai un petit faible pour les sombres secrets qu’une maison peut receler, cette vie propre qui l’anime. C’est souvent le point de départ de nombreuses histoires qui sont parmi les plus épouvantables (Amytiville en est un très bon exemple ou Poltergeist Autant de films que je n’ai jamais osé voir, d’ailleurs). J’étais curieuse de savoir quels cadavres dans le placard Gramary pouvait receler, cacher. Toutefois, la vérité est que je n’ai pas eu la patience d’attendre pour le découvrir, car je n’ai pas terminé Magic Cottage. J’ai dû lire les deux tiers… Mais pour une bonne raison.

Durant ces quelques pages, à aucun moment, je n’ai eu une vision de pure horreur de ce qui pouvait arriver ou d’un déchaînement de forces plus ou moins obscures, de noirs secrets. Je ne me suis pas dit que ce n’était pas le genre de livres à lire avant de filer au lit… Il ne se passait pas grand chose de véritablement intéressant ou d’effrayant. L’intrigue semblait être une succession de moments dignes de contes de fées, saupoudrée de la démonstration du bonheur conjugal. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire une comparaison avec le Disney Blanche Neige et les Sept Nains avec la présence d’un grand nombre d’animaux autour et dans la maison, qui tournent autour de Midge. C’est son mari, Mike, qui relève les petites choses un bizarres voire angoissantes (pour lui, uniquement). Ces petites phrases éparses, juste parfois des petits indices, auraient dû créer une ambiance un peu différente, plus oppressante. Plus encore, n’auraient-elles pas dû réveiller ma curiosité, mon attention ?

En tout cas, en ce qui me concerne, l’auteur n’a pas réussi. Ces petites incursions dans un monde autre n’ont pas fait leur effet. Je suppose que l’intention de James Herbert était de créer une attente psychologique pour le lecteur qui se pose les mêmes questions que le narrateur, Mike : et si ce n’était qu’une hallucination ? La magie existe-t-elle vraiment ou existe-t-il une explication logique ? Pourquoi Midge semble-t-elle avoir changé ? Pour moi, ça n’a pas pris. Je n’ai pas ressenti cette attente qui est parfois plus terrible que le dénouement final (sauf peut-être dans Hex de Thomas Olde Heuvelt, enfin traduit en français, où l’attente équivaut le final. Si vous aimez vous faire peur, jetez un oeil sur celui-ci…. Impossible de fermer l’œil pendant quelques jours après l’avoir découvert). Herbert n’a pas réussi à me faire tourner les pages de son Magic Cottage. Ma référence en la matière reste La Dame en noir de Susan Hill. Si l’adaptation est dans la pure veine des films d’auteur (oui, je l’ai vu), j’ai tremblé d’une manière totalement différente avec le livre où Hill a vraiment su créer une ambiance sombre, torturée, pesante et… très glauque alors qu’en définitif, il y a très peu de rebondissements tout au long du roman. James Herbert n’a pas eu ce talent. 

Au final, Magic Cottage m’a laissé sur ma faim, car, au lieu d’y être de plus en plus passionnée, ma curiosité s’est émoussée progressivement, même en apprenant que leurs voisins faisaient partie d’un groupe aux idées particulières. En plus d’une attente psychologique qui tombe à plat, arrivée aux deux tiers du roman, je n’avais toujours pas une idée claire de l’intrigue que l’auteur déroulait sous mes yeux. Il n’y avait toujours pas de rebondissements, de révélations qui changeaient tout. Rien qu’une publicité pour le bonheur à deux (avec quelques phrases un brin sexiste de la part du narrateur) et des envolées lyriques, pour la vie à la campagne proche de la nature, pour la prévention contre les drogues… Mais l’intrigue, le fil rouge, l’élément déclencheur… Je les ai attendus et un peu trop longtemps à mon goût, donnant aucun rythme au livre. Ce fut une lecture plate et, oui, je l’affirme, ennuyeuse. Je n’ai pas eu le courage de voir si Magic Cottage s’améliorait en allant vers la fin. 

Ce n’était pas la lecture terrifiante et parfaite que j’espérais pour Halloween. Pourtant, Le secret de Crickley Hall me tente toujours autant, même si le résumé laisse penser à une variation de celui que je viens de lire. Les avis semblent aussi dire qu’il est bien meilleur que Magic Cottage. Une deuxième chance peut être envisagée, mais programmée pour l’année prochaine ! En attendant, je continue ma recherche du livre qui me fera trembler pour Halloween cette année. Si vous êtes dans ce cas également, je réitère ma recommandation : Hex de Thomas Olde Heuvelt qui vous tiendra éveillé(e)s toute la nuit avec son ambiance malsaine.