Top 5 Wednesday • Recent purchases

Thème : Recent purchases

Voilà un autre thème qui m’inspire pour ce mois-ci. La question posée est quels sont les cinq livres que j’ai récemment acheté et que je suis excitée à l’idée de lire ou que j’ai aimé. Ça tombe bien, car j’ai refait mon stock le mois dernier en allant dans mes librairies strasbourgeoises préférées et en passant dans plusieurs Emmaüs. Certains ont déjà été lus, mais j’ai surtout envie de parler de ceux qui ne le sont pas encore, mais qui me tentent énormément.

La famille Karnovski – Israel Joshua Singer

La famille Karnovski retrace le destin de trois générations d’une famille juive qui décide de quitter la Pologne pour s’installer en Allemagne à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. Comment Jegor, fils d’un père juif et d’une mère aryenne, trouvera-t-il sa place dans un monde où la montée du nazisme est imminente?

Publié en 1943 alors que les nazis massacrent les communautés juives en Europe, le roman d’Israël Joshua Singer est hanté par ces tragiques circonstances et par la volonté de démêler le destin complexe de son peuple.

En 2021, j’avais très envie de découvrir la littérature israélienne que je ne connais absolument pas. J’ouvre le bal avec cette saga familiale, adorant ce genre de récits en temps normal. Il me tarde de le lire et il ne restera pas très longtemps dans ma PAL.

Sistersong – Lucy Holland

535 AD. In the ancient kingdom of Dumnonia, King Cador’s children inherit a fragmented land abandoned by the Romans.

Riva, scarred in a terrible fire, fears she will never heal.
Keyne battles to be seen as the king’s son, when born a daughter.
And Sinne, the spoiled youngest girl, yearns for romance.

All three fear a life of confinement within the walls of the hold – a last bastion of strength against the invading Saxons. But change comes on the day ash falls from the sky, bringing Myrddhin, meddler and magician, and Tristan, a warrior whose secrets will tear the siblings apart. Riva, Keyne and Sinne must take fate into their own hands, or risk being tangled in a story they could never have imagined; one of treachery, love and ultimately, murder. It’s a story that will shape the destiny of Britain.

Je l’avais déjà remarqué et il était présent dans un de mes articles sur les sorties VO. Cette histoire m’intrigue énormément et je suis totalement fan de cette couverture, de cette Bretagne magique et mythique. Je triche un peu, mais je suis déjà plongée dedans et j’en ai lu la moitié. Intriguant et, pour le moment, j’aime beaucoup.

Sumerki – Dmitry Glukhovsky

Quand Dmitry Alexeïevitch, traducteur désargenté, insiste auprès de son agence pour obtenir un nouveau contrat, il ne se doute pas que sa vie en sera bouleversée. Le traducteur en charge du premier chapitre ne donnant plus de nouvelles, c’est un étrange texte qui lui échoit : le récit d’une expédition dans les forêts inexplorées du Yucatán au XVIe siècle, armée par le prêtre franciscain Diego de Landa. Et les chapitres lui en sont remis au compte-gouttes par un mystérieux commanditaire. 

Aussi, quand l’employé de l’agence est sauvagement assassiné et que les périls relatés dans le document s’immiscent dans son quotidien, Dmitry Alexeïevitch prend peur. Dans les ombres du passé, les dieux et les démons mayas se sont-ils acharnés à protéger un savoir interdit ? A moins, bien entendu, que le manuscrit espagnol ne lui ait fait perdre la raison. Alors que le monde autour de lui est ravagé par des ouragans, des séismes et des tsunamis, le temps est compté pour découvrir la vérité.

Un auteur qui m’a largement été recommandé, surtout pour sa série Métro. Cependant, n’ayant pas envie de me lancer dans une nouvelle série alors que j’essaie d’en terminer un maximum, j’ai préféré choisir ce titre qui semble plus être un thriller ésotérique, ma marotte du moment.

Richard Oppenheimer, La vengeance des cendres – Harald Gilbers

Berlin, hiver 1946, le plus froid que la capitale ait connu au XXe siècle. La guerre est certes finie mais l’Allemagne commence à peine à panser ses plaies, et les Berlinois manquent de tout, surtout de nourriture. Dans cette atmosphère très tendue, des corps mutilés font mystérieusement surface aux quatre coins de la ville. Chacun a la peau couverte de mots écrits à l’encre, et une liste de noms inconnus fourrée dans la bouche. Le commissaire Oppenheimer est alors mobilisé pour mener l’enquête et découvre vite un point commun entre ces morts : ils avaient tous collaboré avec le régime nazi. À Oppenheimer de parvenir à retracer le passé du tueur, et à anticiper ses prochains meurtres.

Déjà le quatrième tome de cette série que j’aime beaucoup. Il me tardait de connaître la suite des aventures de Richard Oppenheimer. Le cinquième est sorti récemment en grand format.

La Sorcière – Jules Michelet

Michelet sait prêter sa voix aux parias du passé, à ceux qui n’ont pas eu d’histoire. À travers les siècles la femme tient-elle donc toujours le même rôle, celui de la mal aimée ? En embrassant d’un seul regard toute l’étendue du Moyen Âge, de la Renaissance et du Grand Siècle, Michelet discerne pour la première fois la suite rigoureuse d’une tragédie dont l’héroïne serait une femme à la fois révérée et persécutée : la sorcière.

La figure de la sorcière me fascine. J’avais adoré l’essai de Mona Chollet, Sorcières ! La puissance invaincue des femmes, que je recommande chaudement. J’avais très envie de découvrir celui de Michelet, qui date certes un peu, car il est publié pour la première fois en 1862, mais qui a fait autorité pendant longtemps. La recherche a depuis évolué sur le sujet.

Judith Kerr • Quand Hitler s’empara du lapin rose (1971)

Quand Hitler s’empara du lapin rose • Judith Kerr • 1971 • Le Livre de Poche • 314 pages

Imaginez que le climat se détériore dans votre pays, au point que certains citoyens soient menacés dans leur existence. Imaginez surtout que votre père se trouve être l’un de ces citoyens et qu’il soit obligé d’abandonner tout et de partir sur-le-champ, pour éviter la prison et même la mort. C’est l’histoire d’Anna dans l’Allemagne nazie d’Adolf Hitler. Elle a neuf ans et ne s’occupe guère que de crayons de couleur, de visites au zoo avec son « oncle » Julius et de glissades dans la neige. Brutalement les choses changent. Son père disparaît sans prévenir. Puis, elle-même et le reste de sa famille s’expatrient pour le rejoindre à l’étranger. Départ de Berlin qui ressemble à une fuite. Alors commence la vie dure – mais non sans surprises – de réfugiés. D’abord la Suisse, près de Zurich. Puis Paris. Enfin Londres. Odyssée pleine de fatigues et d’angoisses mais aussi de pittoresque et d’imprévu – et toujours drôles – d’Anna et de son frère Max affrontant l’inconnu et contraints de vaincre toutes sortes de difficultés – dont la première et non la moindre: celle des langues étrangères! Ce récit autobiographique de Judith Kerr nous enchante par l’humour qui s’en dégage, et nous touche par cette particulière vibration de ton propre aux souvenirs de famille, quand il apparaît que la famille fut une de celles où l’on s’aime…

J’ai ce roman dans ma liste d’envie depuis quelques années. Il a fallu que son adaptation soit disponible à la demande pour que je me décide enfin à l’acheter et à le lire. J’ai passé un très bon moment avec les deux.

Quand Hitler s’empara du lapin rose est un roman autobiographique. Judith Kerr s’est inspirée de sa propre histoire et celle de sa famille. Son frère et elle deviennent Max et Anna. Elle raconte son exil loin d’Allemagne, après les élections de 1933 qui ont vu l’arrivée des nazis au pouvoir. La famille a été contrainte de fuir, car le père, un intellectuel juif, a souvent pris position contre le national-socialisme. C’est une histoire prenante. Dès les premières pages ou minutes du film, j’ai pris à coeur le destin d’Anna. J’avais tout de même l’espoir que les siens puissent rentrer dans leur pays, même si, en tant qu’adulte et connaissant l’Histoire, je savais que c’était impossible. Finalement, la question a été de savoir où ils allaient définitivement s’installer et se reconstruire.

Il y a beaucoup d’émotions retranscrites et, en tant que lectrice, je suis passée par tellement de sentiments différents, en même temps que la famille Kemper : de la tristesse à la colère, de l’espoir au désespoir le plus total… J’ai été impressionnée par la résilience d’Anna et Max alors qu’ils sont si jeunes, ainsi que de leurs parents. Ils avancent, essaient constamment de se reconstruire. Ils tentent tant bien que mal de s’adapter à chaque fois à un nouveau pays, une nouvelle langue et de découvrir des coutumes différentes. C’est un aspect que j’ai énormément apprécié de ce roman. J’avoue que je n’ai pas pu m’empêcher de penser à mes grands-parents maternels, qui, dans un autre contexte, ont fui la guerre civile espagnole, puis la guerre d’Algérie.

C’est un roman que j’avais tout de même peur de ne pas apprécier à sa juste valeur par son côté très jeunesse. Le public visé est celui qui a l’âge d’Anna, c’est-à-dire une dizaine d’années. Le livre est écrit de son point de vue. Cependant, je l’ai vraiment apprécié par tous les aspects que j’ai évoqués auparavant : un récit d’exil, de résilience, de l’importance de la famille avec toutes les épreuves qu’elle doit traverser. Il y a aussi les différents personnages. La famille est attachante et il y a de très jolis passages. Comme le dit si bien Anna, tant qu’ils sont ensemble, tout va pour le mieux.

En 2019, Quand Hitler s’empara du lapin rose a fait l’objet d’une adaptation par un studio allemand avec Oliver Masucci dans le rôle du père. C’est un acteur que j’apprécie énormément. En France, il est notamment connu pour son rôle d’Ulrich dans la série Dark de Netflix. Je ne connaissais pas les autres acteurs. L’actrice qui joue Anna est très bien, mais elle ne crève pas l’écran non plus. Aucun d’eux d’ailleurs. Ils sont bons dans leurs rôles, mais je n’ai pas vu de performances exceptionnelles.

Cependant, cette adaptation est extrêmement fidèle. Je n’ai relevé que deux différences, sans qu’elles apportent de véritables chamboulements dans l’intrigue. Par exemple, par rapport au livre, il y a un personnage secondaire qui manque à l’appel, mais son absence ne m’a pas dérangé. Elle n’apportait pas grand chose à l’intrigue dans le livre. Le deuxième changement est lorsqu’ils sont à Paris. Ils reçoivent l’aide d’un membre de leur famille dans le livre, une tante si mes souvenirs sont bons, alors que dans le film, il s’agit d’un metteur en scène allemand dont le père d’Anna avait souvent fait la critique. En revanche, j’ai énormément aimé la musique qui accompagne parfaitement les émotions présentes.

Que ce soit pour le livre ou son adaptation cinématographique, je n’ai pas eu de gros coup de coeur. Ça se laisse lire ou regarder, mais je n’en garderai pas un souvenir impérissable. Ils s’arrêtent tous les deux alors que la famille arrive à Londres. Le livre a en effet un deuxième tome, Ici Londres. S’il croise ma route un jour, je le lirai avec plaisir, mais ce n’est pas ma priorité.

Babylon Berlin, Saison 1

En 1929, Gereon Rath, jeune commissaire de Cologne très affecté par son expérience au front, est muté à Berlin pour retrouver des documents compromettants.

Avec : Volker Bruch ; Liv Lisa Fries ; Peter Kurth…

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J’aime beaucoup de ce que font les Allemands au niveau des films et séries. Ils sont de qualité, avec de très bons acteurs et des bandes-sons qui m’ont souvent fait découvrir de nouveaux artistes, comme Dark ou Oktoberfest, pour n’en citer que deux, pris du catalogue Netflix. Babylon Berlin était la prochaine que je souhaitais découvrir. Tout simplement, je raffole des enquêtes policières dans le Berlin des années 1920. La série est l’adaptation des romans de Volker Kutscher. Les trois saisons sont disponibles sur Canal+.

Pour le moment, je n’ai vu que la première saison. J’ai été étonnée par la qualité de la reconstruction historique. Elle nous fait véritablement revivre le Berlin des années folles… Et folles, elles les étaient. Les réalisateurs montrent bien que l’alcool coule à flots. C’est un aussi une période marquée par la prostitution et le développement de la pornographie (qui est d’ailleurs au coeur de l’intrigue de cette première saison). Est aussi évoqué le traumatisme de la Première Guerre mondiale, ainsi que celui de la défaite, à la fois sur les hommes qui en sont revenus, comme Gereon Rath, ou sur la société dans son ensemble. L’agitation politique de la République de Weimar est également présente avec les protestations communistes. La reconstitution des costumes est parfaite. C’est pour moi un véritable point positif.

Concernant cet aspect historique, j’ai adoré les petites références à d’autres événements historiques, à des personnages importants pour l’époque. Par exemple, Gereon Rath, le personnage principal, est envoyé à Berlin pour retrouver un film qui peut nuire à la réputation du maire de Cologne. Son nom n’est jamais donné et, pourtant, il s’agit d’un homme politique de premier plan, surtout après la Seconde Guerre mondiale, car il oeuvra pour la construction européenne. Il s’agit tout simplement de Conrad Adenauer. Je me suis vraiment régalée avec cette première saison.

Babylon Berlin propose une intrigue principale qui est de retrouver un film compromettant et qui se termine à la fin de la saison. À cette dernière s’ajoutent d’autres complots, des événements qui peuvent devenir une nouvelle enquête pour les deux commissaires des moeurs. Et il y a de quoi faire entre la machination des Russes avec l’or, Trosky, la comtesse ou ce qui se trame avec l’industriel allemand et les militaires, le collège de Gereon Rath… Beaucoup de questions restent en suspend. En tout cas, elles me donnent envie de continuer la série avec les deux prochaines saisons pour vérifier mes théories (souvent fausses, d’ailleurs). Babylon Berlin est une série prenante, mais qui n’est pas à recommander à tous. Elle s’ouvre, par exemple, sur le tournage d’un film pornographique. Il y a beaucoup de nudité, parfois du sexe, le tout avec beaucoup de réalisme.

L’intérêt de la série ne réside pas seulement dans la reconstitution historique, aux différentes intrigues, mais également aux personnages et aux jeux des acteurs. Ils fonctionnent beaucoup par duo : Rath et son collègue, le mystérieux commissaire ; Rath et Charlotte… Ils ont des bonnes dynamiques. Volker Bruch, qui interprète le rôle principal, est un excellent acteur, que j’ai déjà pu voir dans d’autres productions. Il est parfait, montrant un côté très abîmé par la vie et la guerre. Liv Lisa Fries est une actrice que je ne connaissais pas, mais elle crève l’écran alors qu’elle n’a pas un rôle facile.

Cette première saison m’a énormément plu sur bien des aspects et m’a totalement convaincue. C’est une série historique de qualité. Il est rare de trouver des séries se déroulant dans le Berlin des années 1920, mais il y aurait vraiment de quoi faire. Il y a un peu plus de romans sur le sujet. En tout cas, un des livres de Kutscher m’attend bien sagement et j’ai hâte de poursuivre la série.

Anne de Rochas • La femme qui reste (2020)

La femme qui reste • Anne de Rochas • Août 2020 • Les Escales • 400 pages

« Que cherchez-vous, mademoiselle ? » À la question posée par Walter Gropius, Clara répond : « Une vie. »

Dans l’Allemagne exsangue et tumultueuse des années 1920, le Bauhaus est plus qu’une école d’art. C’est une promesse. Une communauté dont le but est de mettre en forme l’idée de l’Homme nouveau. En 1926, l’école s’installe à Dessau. Dans le grand bâtiment de verre et d’acier, Clara, Holger et Théo se rencontrent, créant une sorte de Jules et Jim. À Berlin, toute proche, le temps s’assombrit. Les convictions artistiques ou politiques ne sont pas les seuls facteurs qui décident du cours d’une vie. Ce sont aussi, entre rêves d’Amérique et désirs de Russie, d’autres raisons et déraisons. Lorsque l’école sera prise dans les vents contraires de l’Histoire, les étudiants feront leurs propres choix. À qui, à quoi rester fidèle, lorsqu’il faut continuer ?

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Il est rare que je m’intéresse outre mesure à la rentrée littéraire. Je dois noter un ou deux titres chaque année sur la pléthore de livres qui sort à ce moment-là. Cette année, j’en ai noté deux, des romans historiques : La race des orphelins d’Oscar Lalo, que je n’ai pas encore lu, et La femme qui reste d’Anne de Rochas qui retrace l’histoire du Bauhaus. Il ne m’en fallait pas plus, je l’avoue. Malheureusement, je suis passée totalement à côté de ce livre.

Depuis de très longues années, je me passionne pour la période de l’entre-deux-guerres en Allemagne et surtout à Berlin, à la fois d’un point de vue historique, sociétale et, bien entendu, artistique. Les années 20 et 30 sont celles d’Otto Dix, Félix Nussbaum, Georg Grosz, par exemple, mais également du Bauhaus. Ce n’est pas uniquement un courant architectural, car il y avait aussi de la création textile, du design, de la scénographie pour le théâtre… C’est un des points forts du titre, à mon avis, que de remettre le mouvement dans son contexte historique, de rappeler son histoire mouvementée. Quand le roman démarre, Walter Gropius n’est plus à Weimar, la ville ne voulant plus vraiment de son école. Il a fait un court arrêt à Halle, d’où l’héroïne est originaire, pour poursuivre finalement l’aventure à Dessau.

Par ailleurs, je trouve que la position de la société pour la création contemporaine est bien montrée : entre curiosité, approbation et rejet, rejet qui va se faire de plus en plus entendre au fur et à mesure des années, avant d’être considérée comme dégénérée. Le Bauhaus en fera les frais avec le nazisme, puisqu’un certain nombre d’artistes, architectes et autres du mouvement s’exileront à New York. Adorant le Bauhaus, je me suis régalée.

Encore plus quand La femme qui reste me permet de côtoyer des artistes et architectes qui comptent parmi mes préférés comme Wassily Kandinsky, par exemple, ou Walter Gropius. Anne de Rochas s’est parfaitement documentée pour son livre et l’historienne de l’art que je suis à adorer voir la pensée du Bauhaus, sa manière un peu particulière d’enseigner, reprendre vie. C’est vraiment intéressant et passionnant. Toutefois, j’ai trouvé que l’auteur en faisait parfois trop et que cela amenait énormément de longueurs, mais aussi de lourdeurs au roman, au détriment de l’action et de l’évolution des personnages. En effet, elle part dans des envolées lyriques autour du Bauhaus, du processus artistique qui trop souvent n’apportent strictement rien à l’intrigue, ou à la compréhension de ce mouvement. D’autant plus, qu’ils sont également extrêmement redondants.

Un autre point positif est la description de la société allemande de l’entre-deux-guerres. La pauvreté est évoquée, tout comme les conséquences de la crise financière, contrebalancées par les grandes fortunes, souvent mécènes de l’art contemporain. Progressivement, par petites touches, la montée du nazisme et le changement d’attitudes sur l’art prennent le pas sur les Années Folles et celles de gloire du Bauhaus en Allemagne. J’ai vraiment eu l’impression d’y être, de flâner dans les rues de Dessau avec Clara et ses amis, de partager leurs difficultés au quotidien. Cependant, un autre point vient obscurcir le tableau : la temporalité du roman. En effet, Anne de Rochas change parfois d’époque et avance dans le temps. C’est quelque chose avec lequel j’ai souvent du mal, car cela casse le rythme. C’est le cas ici. J’aurais préféré que l’intrigue soit chronologiquement linéaires, sans bonds dans le temps, pour plusieurs raisons.

Premièrement, certains « sauts » dans le temps apportent de la confusion. Deuxièmement, j’aimais beaucoup plus les parties de la jeunesse et formation de Clara et je me demandais quelle allait être son évolution. Or, ces bonds de quelques années après gâchent une bonne partie de l’intrigue, en anticipant trop sur certains points alors que cela aurait pu créer un peu de suspense et d’attente. Le trio de personnages m’a tout de suite plu et, en tant que lectrice, j’ai senti rapidement qu’un drame allait arriver, qu’une cassure allait se produire. C’était inévitable. Malheureusement, le changement de temporalité cassait un peu la construction progressive du drame. C’est vraiment un aspect que j’ai trouvé dommage.

Ce point et les trop nombreuses longueurs et lourdeurs ont eu raison de moi. Pourtant La femme qui reste aurait pu être un coup de coeur absolu, le roman que je n’attendais plus sur le Bauhaus. J’ai abandonné bien avant la fin. La lecture s’est révélée de plus en plus houleuse au fur et à mesure. Grosse déception pour ce roman sur lequel j’avais placé énormément d’espoir.

Kip Wilson • White Rose (2020)

White Rose • Kip Wilson • 2019 • Versify • 368 pages

Disillusioned by the propaganda of Nazi Germany, Sophie Scholl, her brother, and his fellow soldiers formed the White Rose, a group that wrote and distributed anonymous letters criticizing the Nazi regime and calling for action from their fellow German citizens. The following year, Sophie and her brother were arrested for treason and interrogated for information about their collaborators.

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En commençant ce livre, je m’attendais à lire un roman fantastique. Je ne sais même pas pourquoi, à vrai dire. White Rose est un roman jeunesse historique. Je n’avais pas fait le rapprochement avec la Rose Blanche, ce groupe d’étudiants munichois qui avait résisté au régime nazi. J’ai pourtant lu cette année le livre d’Inge Scholl, soeur de Sophie et Hans. Cela aurait dû me rappeler quelques souvenirs. La résistance des Allemands est un sujet qui est peu abordé en temps normal et encore plus dans la littérature jeunesse.

Hans Scholl et sa soeur Sophie ont été pendant de longues années le moteur d’un groupe de résistants, composé surtout d’étudiants et d’un professeur. Leur action a principalement consisté en la rédaction, impression et diffusion de tracts. Certains d’entre eux se sont malheureusement fait arrêter puis assassiner par la Gestapo. Kip Wilson se met dans la peau de Sophie Scholl, cette jeune femme d’un grand courage qui ose défier le régime, à son échelle et avec ses moyens. Je pense que l’auteur a réussi son pari, car elle donne véritablement l’impression que le livre aurait pu être écrit par la jeune femme ou extraits d’un quelconque journal. Il laisse une belle part aux sentiments de révolte de ces jeunes gens qui ne reconnaissent plus leur pays, mais également à l’espoir.

White Rose est un roman qui est écrit sous forme de poèmes. Ce n’est pas novateur en soi, car depuis quelques années, de nombreux livres sont rédigés ainsi. Je pense notamment à Elizabeth Acevedo (The Poet X et Clap when you land). Cela ne veut pas dire que je n’ai pas aimé cette manière de procéder. Au contraire, j’apprécie ce genre de romans dont l’écriture permet d’aller en profondeur des sentiments et des pensées d’un ou plusieurs personnages. La majorité des textes sont « écrits » par Sophie, mais quelques-uns sont des lettres de ses frères ou de son petit ami, de l’officier de la Gestapo chargé de l’interroger, du juge…

Le roman est court, mais plein d’émotions. Il nous raconte l’histoire de la Rose Blanche, mais avec un petit point qui m’a quelque peu chagriné. En effet, le livre est divisé en quelques parties qui elles-mêmes font l’objet d’une autre division en « Avant », « Après » et « La Fin ». Or, dans toutes ces divisions, j’ai eu du mal à dégager une thématique commune, un lien. J’aurais préféré que les divers poèmes s’enchaînent d’une manière chronologique, surtout si c’est un roman destiné avant tout à un public relativement jeune. Ici, il y a une certaine confusion qui s’installe et j’ai vraiment trouvé ça dommage et pas forcément pertinent.

Le coup de coeur n’était pas loin pour ce roman historique qui rend un bel hommage au groupe de la Rose Blanche. Pour évoquer une première fois le sujet du nazisme, de l’endoctrinement de la population qui commence, d’ailleurs, dès le plus jeune âge, de la police politique et de la résistance, je pense que c’est un très bon livre.