Au banc des essais #2

Je vous propose une petite sélection de trois essais que j’ai lus dernièrement. Deux sont relativement proches et un autre change de sujet du tout ou tout. J’essaie, dans la mesure du possible, de présenter des ouvrages qui soient accessibles à tous, qui n’ont pas besoin de connaissances poussées dans le domaine pour les apprécier. Ma volonté est vraiment de mettre plus en avant ce genre littéraire, parfois boudé des blogs.

La voiture du peuple et le sac Vuitton de Éve Charrin

Glisser dans un sac à main le désarroi de nos classes moyennes. Caser dans une petite voiture low-cost la croissance rapide et inégalitaire des grands pays émergents, ou montrer qu’un climatiseur peut souffler, à l’occasion, l’air frais de la démocratie… Dire le monde en une quinzaine d’objets, c’est le pari de ce livre. Porteurs de désirs et d’espoirs, nés du travail et de l’argent, les objets reflètent notre imaginaire et trahissent les rapports de force qui façonnent une époque. Luxueux ou modestes, ils sont les héros de ces fables contemporaines qui mènent de Paris à Bombay en passant par Londres et Dubaï. Dans le prolongement des Mythologies de Roland Barthes, Ève Charrin combine la lucidité de l’enquête et la subjectivité du récit pour explorer ce que nous révèlent les choses.

L’idée de départ est d’établir des liens avec des objets iconiques avec un fait de société. Elle aborde, par exemple, le sac Pliage Longchamp qui parle à toutes les générations et à toutes les classes sociales. C’est un texte qui m’a, du coup, énormément plu, car j’en possède moi-même pas moins de cinq ou six différents. J’ai ainsi pu m’identifier à ses propos, voir dans quelle catégorie elle allait me mettre… Dans un autre texte, elle se pose la question suivante : comment la pomme, un des fruits les plus accessibles, peut également devenir un objet de luxe ou qui véhicule un message politique ?

Ce sont des courts textes qui ne sont pas sans rappeler les Mythologies de Roland Barthes, mais en plus accessibles, et passionnants, car elle se situe réellement dans notre époque. Nous connaissons les objets dont elle parle, ce qui n’est pas toujours le cas avec Barthes. Cet essai fut vraiment une bonne surprise, malgré des textes d’une qualité très variable, dont un qui m’a semblé quelque peu hors sujet. Certains m’ont paru très justes dans l’analyse de notre société, notamment celui sur le sac Vuitton. Je n’ai pas spécialement de notions de sociologie, ce qui ne m’a pas empêché de comprendre ce qu’elle voulait dire.

Mythologies de Roland Barthes

Notre vie quotidienne se nourrit de mythes : le catch, le striptease, l’auto, la publicité, le tourisme… qui bientôt nous débordent. Isolés de l’actualité qui les fait naître, l’abus idéologique qu’ils recèlent apparaît soudain. Roland Barthes en rend compte ici avec le souci – formulé dans l’essai sur le mythe aujourd’hui qui clôt l’ouvrage – de réconcilier le réel et les hommes, la description et l’explication, l’objet et le savoir. « Nous voguons sans cesse entre l’objet et sa démystification, impuissants à rendre sa totalité : car si nous pénétrons l’objet, nous le libérons mais nous le détruisons ; et si nous lui laissons son poids, nous le respectons, mais nous le restituons encore mystifié ».

Un des classiques du genre et qui a inspiré de nombreuses générations de sociologues après lui, dont l’essai que j’ai évoqué plus haut. Ce sont des textes plus ou moins longs sur différentes thématiques, comme la nouvelle Citroën, le plastique qui venait d’apparaître et d’être très largement produit, les pages horoscope du magazine Elle (qui semble un bon sujet d’étude, car il revient souvent)… Il réagit à l’actualité de son temps.

Du coup, certains textes peuvent nous sembler légèrement dépassés, et nous ne savons plus vraiment de quoi il parle. Cependant, juste pour la méthodologie, la manière de penser, de construire le propos, je pense qu’il reste passionnant à lire voire essentiel. D’autres peuvent encore avoir des échos à l’heure actuelle. J’avoue avoir eu parfois du mal avec quelques textes et j’ai mis plusieurs mois à le terminer. Ce n’est pas un ouvrage que j’ai réussi à lire d’un bout à l’autre, mais par petits essais. J’en avais pourtant déjà lu et étudié. Toutefois, ce n’est pas un ouvrage qui se laisse facilement appréhendé, par moment.

Le musée disparu d’Hector Feliciano

Printemps 1940 : au fur et à mesure de la progression de la Wehrmacht sur le territoire français, des services nazis de confiscation, spécialement institués, entreprennent, à partir de listes établies bien avant le déclenchement de la guerre, le pillage et la confiscation, qui dureront tout le temps de l’Occupation, de milliers d’œuvres d’art. Des collections publiques et privées, des tableaux mais aussi des millions de livres, manuscrits, meubles et objets de valeur partent vers l’Allemagne. Volés systématiquement et méthodiquement, ou plus fortuitement par les officiers et les soldats, nombre n’ont aujourd’hui encore pas été retrouvés. En 1995, Hector Feliciano publiait en France le fruit de huit années d’enquête, au terme desquelles il avait retrouvé la trace de certaines œuvres. Les traductions de cet ouvrage à l’étranger l’enrichirent chaque fois de découvertes nouvelles, puisqu’elles s’inscrivaient dans le mouvement international de restitution aux héritiers des biens confisqués et presque toujours récupérés après la guerre par les États nationaux, mais pas par les familles, faute le plus souvent d’informations. 

Fruit de huit années de recherches et d’enquêtes, Hector Feliciano aborde le pillage des musées, mais surtout des collections privées de marchands d’art, de banquiers, d’industriels juifs… Son ouvrage est très amplement documenté et absolument passionnant. Il se lit presque comme un roman, une saga historique dramatique où l’Histoire se fait implacable. À la lecture, j’ai pu croiser les Rotschild, Paul Rosenberg, mais également Braque, Picasso… Ce sont des noms de collectionneurs et marchands d’art que je connaissais. Ils ont joué un rôle primordial en faisant connaître et en supportant des artistes de l’avant-garde. En revanche, j’ignorais tout du sort de leurs collections.

C’est un sujet qui était relativement peu abordé. Malgré quelques années à dévorer tout ce que je pouvais (ou presque) autour de la Seconde Guerre mondiale, l’art, les collections privées et publiques et le patrimoine n’ont quasiment jamais été abordés. J’en ai seulement pris conscience avec la sortie du film Monument Men, inspiré d’une autre enquêté, réalisée par Robert M. Edsel, puis d’un autre film, La femme au tableau qui aborde la question de la restitution des oeuvres. Le musée disparu s’intéresse surtout au cas de la France, une raison de plus de le lire. J’ai aussi appris que certaines oeuvres n’ont jamais été retrouvées. Parfois, des visuels existent permettant de se faire une idée. Mais, au final, combien d’oeuvres ne pourrons-nous jamais voir ? Où sont les oeuvres qui ont disparu ?

Sincèrement, je recommande cette lecture enrichissante qui m’a appris plein de choses que j’ignorais… Le tout dans un style très accessible qui peut faire penser aux romans d’enquête. Si ces questions vous intéressent, c’est le premier à lire, je pense.

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Origine (2017) / Dan Brown

Bilbao, Espagne. Robert Langdon, le célèbre professeur en symbologie et iconographie religieuse, arrive au musée Guggenheim pour assister à une cérémonie historique avec l’annonce d’une découverte scientifique révolutionnaire. L’organisateur de cette soirée n’est autre que le grand futurologue Edmond Kirsch, un milliardaire de quarante ans dont les inventions et les prédictions audacieuses ont fait de lui une célébrité mondiale. Kirsch, qui a été dans sa jeunesse l’étudiant de Langdon à Harvard, est sur le point d’annoncer le résultat de ses recherches… et d’apporter enfin une réponse aux deux questions fondamentales de l’humanité.

C’est toujours avec une impatience non dissimulée que j’attends chacune des parutions de cet auteur américain. Son personnage de Robert Langdon est un de mes préférés et j’ai du mal à me passer de ses aventures qui mélangent savamment histoire, art, technologie et, souvent, théories du complot. Il y a une véritable recette « Dan Brown », qui se retrouve dans tous les romans de la série et, pour être honnête, ça ne marche pas toujours à 100%.

Origine ne fera peut-être pas partie de mes coups de coeur de la série, gardant une préférence très nette pour Da Vinci Code et Anges et Démons, les premiers que j’ai lu et qui parlaient beaucoup d’art et d’histoire, avec des intrigues tournant également autour de la religion catholique et du Vatican. L’auteur revient un peu à cette thématique en mettant en avant des groupes religieux catholiques qui peuvent s’apparenter à des sectes. Il évoque encore une fois la relation entre religion et technologie. Encore un point qu’il a déjà abordé, notamment dans Anges et Démons.

Aux premiers abords, j’ai peut-être eu un petit mouvement de recul en me disant que ça sentait le déjà-vu. Je me rappelle l’intrigue d’Anges et Démons (je sens que je vais beaucoup le citer !), autour de la particule de Dieu. Elle répondait aussi à la question d’où venons-nous ? Question qui est au coeur d’Origine, avec où allons-nous ? Ce sont véritablement des problématiques dans l’air du temps, en témoignent les best-sellers de l’écrivain Yuval Noah Harari. Je n’en parlerai pas plus, car je suis encore dans la lecture du premier tome. Dan Brown convoque la science et la technologie pour construire tout l’argumentaire d’un de ses personnages centraux qui détiendrait enfin la réponse. Pour être franche, je n’ai su que penser de ce passage du livre. Il y avait un petit côté prophétique qui me dérangeait un peu, même si j’arrive aisément à savoir pourquoi il propose cette réponse à la question « où allons-nous ? ». Pour le reste, je ne pense pas avoir les connaissances pour juger de son côté plausible. C’est une possibilité et l’auteur sait se montrer convaincant, tout en ne le suivant pas totalement dans cette voie.

Je n’irai pas non plus jusqu’à dire que je n’ai pas apprécié ce nouvel opus des aventures de Robert, que j’ai peut-être trouvé un peu plus mou que dans les autres tomes, avec moins de grandes explications sur l’histoire et l’art. Elles sont présentes, dans la mesure où il est question du Guggenheim de Bilbao (il fallait bien mettre en avant un grand musée, comme chacun des livres le fait) et de l’oeuvre de Gaudi, notamment la Sagrada Familia. Commencer un roman de Dan Brown est, pour moi, la certitude de voyager. Après Paris, Rome, Florence et Istanbul, Washington, direction Bilbao et Barcelone. L’art et la littérature trouvent toujours leur place, pour guider la quête, apportant ainsi peu de changement chez un auteur qui ne se renouvelle pas toujours et qui utilise encore ce qui a déjà marché pour d’autres romans.

Même si je suis un peu plus critique avec tome, je ne boude pas totalement mon plaisir d’avoir eu ce roman entre mes ains et de l’avoir dévoré en deux jours, le lisant même en cours, alors que je ne le fais jamais. J’avais aussi quelques attentes concernant ce livre, sachant que j’attendais la prochaine publication de Dan Brown de pieds fermes. Je voulais un certain renouveau de la « recette », avec l’abandon de partenaires féminines, belles et douées… Raté. La trame varie peu, et c’est dommage. Il y a quelques révélations inattendues, sans pour autant me faire l’effet d’un choc.

Origine fait partie de ceux que j’ai le moins aimé avec Le symbole perdu. Même si j’ai relevé énormément d’aspects du livre qui m’ont quelque peu déçue, Dan Brown reste un des auteurs que je préfère. Malgré tout, il reste un auteur qui arrive toujours à me divertir, à m’emporter dans des histoires plus rocambolesques les unes que les autres, mais qui me tiennent en haleine du début à la fin. J’ai encore et toujours envie de vivre de telles aventures aux côtés de Langdon, de découvrir les villes qu’il cite et leurs musées. Au final, malgré quelques défauts, n’est-ce pas le principal ? Pour ma part, oui, et je continuerai à le lire aussi longtemps qu’il publiera.

Hommage à Philip Kerr – Trois bonnes raisons de lire sa Trilogie berlinoise

J’ai appris hier la mort d’un de mes auteurs préférés, Philip Kerr. Je l’ai découvert avec sa Trilogie berlinoise, qui s’est finalement étoffée au fil des ans. C’était typiquement la série que j’aimais retrouver dès que mon moral était au plus bas, quand j’avais une petite panne de lecture… Je savais d’instinct que j’allais passer un bon moment de lecture en compagne de Bernie Gunther, que j’allais pendant quelques pages m’évader. Les romans de Philip Kerr ont une place privilégiée dans ma bibliothèque et j’ai du mal à me dire que l’aventure s’arrête si brusquement. Voici quelques (très) bonnes raisons de commencer à lire La Trilogie berlinoise.

Explorer la Seconde Guerre mondiale et le nazisme en étant au coeur du système

Le premier tome parle de la montée du nazisme et des Jeux Olympiques de Munich. D’autres prennent place bien après la fin de la guerre, lors de la traque des criminels nazis. C’est un très long tableau du nazisme que l’auteur dépeint, sondant les heures les plus sombres de l’Histoire, mettant parfois en avant des faits peu connus. Personnellement, j’apprécie qu’il ne se limite pas uniquement aux années de guerre, mais également à ce qui a pu avoir avant et après. J’ai toujours eu l’impression d’apprendre quelque chose en lisant un livre de Philip Kerr. Il se documente énormément. En tant que lecteur, vous allez avoir l’impression d’être totalement immergé dans l’intrigue. Rares sont les ouvrages qui m’ont donné ce sentiment.

Encore mieux, si je puis dire, vous serez au coeur du nazisme, car le personnage principal, Bernie Gunther, fréquente les hautes sphères du pouvoir. Il est possible de croiser Reinhard Heydrich ou Josef Mengele au fil de ses enquêtes. Ils sont parmi les meilleurs tomes de la série du point de vue de l’ambiance. Ce sont ceux où nous pouvons le mieux imaginer ce que ça devait être de vivre sous le nazisme. Les ambiances glaçantes sont parfaitement maîtrisées et je comprends la difficulté de l’inspecteur à savoir à qui se fier, à mener à bien ses enquêtes. D’un point de vue historique, c’est une des meilleures séries que j’ai pu lire.

Le talent de conteur de Philip Kerr

Je l’ai déjà un peu évoqué en parlant de son génie à créer des ambiances sombres, dangereuses et qui peuvent parfois mettre mal à l’aise le lecteur. C’est aussi sa capacité à faire revivre toute une période historique en ayant le sentiment de partager le quotidien de Bernie. Vous allez en redemander encore, pourtant. Chaque tome est brillamment écrit avec de nombreux petits détails qui rendent les intrigues tellement crédibles. Il arrive à brouiller les frontières entre la réalité et la fiction. Souvent, je faisais aussi ma petite enquête pour savoir si tel ou tel personnage a réellement existé ou non. Vous serez étonné de voir combien sont réels et combien sont fictifs.

Un autre aspect de l’oeuvre de Kerr que j’apprécie énormément est la manière dont il dirige les enquêtes de Bernie Gunther. Nous sommes aussi dans une vision très réaliste : les coupables ne sont pas toujours mis derrière les barreaux. Parfois, les responsables d’un crime sont aussi ceux qui ont demandé l’enquête. Vous n’aurez aucun mal à croire que les choses pouvaient se passer ainsi sous le régime nazi. De temps en temps, plusieurs enquêtes s’entremêlent, mais le livre garde toute sa cohérence. Ce sont des petits bijoux qui se dévorent.

Bernie Gunther, son personnage phare

Il fait définitivement partie de mon palmarès de mes personnages littéraires préférés, au même titre que Sherlock Holmes, par exemple. Dès le premier tome, je suis tombée sous le charme de ce détective berlinois atypique. Un anti-nazi qui doit travailler pour eux est déjà tout un programme. Quand ce dernier n’a pas sa langue dans sa poche et qu’il a un solide sens de l’humour noir et de l’ironie… Ça devient parfois explosif. C’est aussi ce décalage que j’adore dans ce personnage. Il évolue dans un monde où le moindre faux pas peut signifier la mort et il s’amuse avec les hauts dignitaires. Bernie est comme un vieil ami pour lequel je m’inquiète toujours. C’est un personnage complexe dont j’adore suivre les aventures et dont je pardonne très facilement les petits clichés. Il aime les femmes autant que l’alcool. Je le trouve profondément humain et imparfait.

Il me reste encore quelques tomes à découvrir des enquêtes de Bernie. Je vais les savourer encore plus, sachant qu’ils figurent parmi les derniers. Cependant, La Trilogie berlinoise et ses différentes suites font partie de ma vie de lectrice. Ils m’ont profondément marqué et que j’ai très largement recommandé à mon entourage. Je pourrai en parler pendant des heures. Mon préféré restera Prague fatale et vient juste ensuite La mort entre autre. Vous n’êtes pas obligés de les lire dans l’ordre de publication, ce que je fais, personnellement. Il peut aussi être intéressant dans un ordre chronologique, en fonction de la vie de Bernie. En tout cas, je ne sera jamais assez reconnaissante à l’auteur pour ces nuits d’insomnie à dévorer ses romans. J’espère vous avoir donner envie de le lire.

The Miniaturist (2014) | Jessie Burton

On a brisk autumn day in 1686, eighteen-year-old Nella Oortman arrives in Amsterdam to begin a new life as the wife of illustrious merchant trader Johannes Brandt. But her new home, while splendorous, is not welcoming. Johannes is kind yet distant, always locked in his study or at his warehouse office—leaving Nella alone with his sister, the sharp-tongued and forbidding Marin.

Les intérieurs de Vermeer, Pieter de Hooch, Samuel van Hoogstraten, les petites rues et ruelles, les places qui sont peintes nous ont toujours donné à voir la vie quotidienne des Hollandais des XVI et XVII siècle. Cependant, ils gardent tout de même une part de mystères sur la vie privée et intime, même s’il y a quelques tableaux dans ce sens. The Miniaturist de Jessie Burton imagine ce qu’il peut se passer derrière ces fenêtres et ces portes.

L’âge d’or hollandais fait partie de ces périodes historiques que j’adore que j’ai eu la chance de pouvoir étudier. En revanche, ce roman est véritablement un des premiers que je lis concernant cette période. Après avoir terminé celui-ci, je ne pense pas m’arrêter en si bon chemin, car il fut un coup de coeur sous bien des aspects dont l’un des premiers tient au talent de l’auteur pour faire revivre la société hollandaise de cette époque. Elle se rapproche d’une vérité historique, même si le livre a un petit côté fantastique, fantasmagorique. Les principaux éléments sont présents : l’importance de la ville (tout doit être fait pour sa gloire, et notamment par delà ses murs), l’importance également accordée à l’argent quoi doit être autant montré que caché, une société marchande avant tout, la religion et sa place parfois ambiguë… Je les ai trouvé bien développés dans la mesure où ils m’ont donné l’impression de vivre et d’évoluer aux côtés de Nella et de sa nouvelle vie à Amsterdam. Je n’ai pas eu l’impression d’un gros décalage historique ou d’énormes anachronismes.

L’aspect historique est un premier positif. Cependant, couplé à l’ambiance que Jessie Burton met doucement en place, il ne m’en fallait pas plus pour que le coup de coeur s’annonce. Je suis relativement friande de mystères qui se cachent derrière les portes, de secrets de famille bien cachés… J’ai vraiment été servie, car dans The Miniaturist, l’auteur propose révélations sur révélations. Elles peuvent paraître parfois un peu rocambolesques, mais elles ont sur aussi me charmaient, car elles me montraient différents aspects de la société d’Amsterdam en mettant en scène un personnage de couleur, un homosexuel, des femmes de toute conditions. La manière dont ils essaient de composer avec la société qui les observe et les juge constamment, prête à sauter sur leur moindre faux pas, renforce l’ambiance pesante du roman. Comme les personnages, le lecteur ne sait plus sur quel pied danser et à qui faire confiance. Cette oppression, ce sentiment lugubre qui habite la maison de Nella se retrouve aussi dans les descriptions de la ville et du temps. Du coup, le sentiment d’évoluer auprès des personnages s’en trouve renforcé. J’ai véritablement été immergée dans leurs vies quotidiennes et leurs drames. Impossible de lâcher le livre avant de savoir la fin.

De plus, j’ai trouvé toute l’intrigue autour du miniaturiste et de la maison de poupée absolument génial. Le fait qu’elle permettait au personnage principal d’en apprendre plus sur son entourage m’a énormément plu. J’ai adoré cette idée et la manière dont elle a été développée. Elle apporte aussi sa touche de mystère. Tout comme Nella, j’attendais avec impatience la prochaine livraison. Avec un peu d’anxiété également ! C’est un élément étonnant de l’intrigue qui apporte quelque chose en plus, sans pour autant prendre toute la place. Cette maison n’est parfois qu’une présence fantomatique.

Le roman m’a enfin marqué par l’ensemble des personnages féminins, notamment les trois femmes de la famille Brandt : Petronella, la jeune mariée ; Marin, la soeur d’un riche marchand et célibataire, et Cornelia, la servante. Elles démontrent trois types de conditions, mais aussi la manière dont elles essaient de se faire une place dans la société avec les libertés qui leurs sont laissées. J’ai vraiment aimé le portrait que Jessie Burton fait d’elles. Je les ai toutes appréciées, chacune pour de raisons différentes. Cornelia, par exemple, m’a plu pour sa loyauté à toute épreuve. Nella m’a impressionné par son évolution au fil des pages. D’une jeune fille peu sûre d’elle, elle s’impose doucement mais sûrement au point d’avoir le destin de sa famille entre ses mains… Elles furent toutes les trois le genre de personnages que je retiens.

The Miniaturist fut ma première découverte de la plume de Jessie Burton et je ne pense pas m’arrêter là. Elle a publié un deuxième roman, The Muse, qui propose une histoire prenant place dans le monde de l’art qui ne pourrait que me plaire. Depuis, j’ai aussi appris que le livre a été adapté par une mini-série, par la BBC. Ils sont généralement très bons pour les period dramas. Je pense m’y plonger prochainement.

Livre et adaptation | Alias Grace

Alias Grace relate l’histoire de Grace Marks, jeune immigrée irlandaise au Canada devenue domestique. Accusée, avec James McDermott, du meurtre de ses employeurs, Thomas Kinnear et Nancy Montgomery en 1843, elle purge une peine de prison à vie quand le Dr Jordan se passionne pour son histoire et entreprend avec elle de retracer sa vie.

Alias Grace, le livre autant que son adaptation par Netflix, faisait partie de mes priorités pour 2018. L’année d’avant, je découvrais Margaret Atwood à travers sa dystopie féministe. The Handmaid’s Tale ou La servante écarlate était un énorme coup de coeur et la série est encore mieux, chose que je pensais impossible. C’est donc tout naturellement que je me suis dirigée vers ce nouveau titre et son adaptation.

Pas de dystopie féministe pour cette fois, Alias Grace nous plonge dans l’histoire vraie de Grace Marks qui aurait tué, avec l’aide de James McDermott, ses employeurs. Encore une fois, c’est un portrait de femmes de l’auteur que l’auteur nous propose et pas de n’importe quelle femme. A vrai dire, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre en commençant le roman. Etait-ce une pure oeuvre de fiction retraçant cette histoire sordide, tout en profitant pour démontrer la condition de la femme à cette époque ? Ou une enquête romancée qui cherche à déterminer si elle était coupable ou innocente, un peu dans la lignée de ce que nous pouvons trouver pour Jack l’Eventreur, toute proportion gardée ?

Je penche personnellement pour la première solution, car, à aucun moment, je n’ai vu transparaître l’opinion de l’auteur à ce sujet. Coupable ou innocente, ce n’est pas le centre de son propos. C’est plutôt ce qu’essaie de déterminer le docteur Simon Jordan. J’y vois plutôt un moment pour Grace Marks de pouvoir s’exprimer, tout d’abord, librement, et, ensuite, en manipulant son auditeur, pas forcément en pensant mal, mais pour lui faire plaisir. Il est un des rares qui lui prêtait une oreille attentive, à être intéressée pour ce qu’elle a à dire et non pour le fait qu’elle était une meurtrière célèbre.

Le livre autant que la série le montrent parfaitement. Ils attendent tous les deux avec impatience ces moments où l’un parle enfin à quelqu’un qui l’écoute et respecte sa parole et l’autre écoute, pour satisfaire sa curiosité et avec un autre objectif en tête : le fait de prouver, dans un certain sens, l’innocence de la jeune fille. Toutefois, ce n’est pas ce que j’ai trouvé le plus intéressant dans cette relation entre Grace et Simon. Ce serait plutôt cette forme d’amour qui tient plus au fantasme et la subtile manipulation de la jeune fille envers le docteur qui lui donne ce qu’il attend. Il y a également beaucoup de sensualité qui se dégage, notamment dans la série avec des jeux de regards, des gestes qui semblent anodins et, parfois, lourds de sens. L’adaptation met aussi plus facilement en avant les fantasmes du docteur Jordan que le livre.

Cependant, ce que la série occulte un peu plus que le roman est tout ce qui touche à la sexualité, qui est beaucoup plus évoquée et qui est aussi une des raisons du départ du docteur Jordan. La question de la sexualité n’est pas centrale, mais elle tient une certaine place. Il y a une plus grande tension sexuelle avec le docteur et les différents personnages féminins. Dans la série, par exemple, la scène où Lydia, la fille du Gouverneur, prend la main de Simon Jordan lors d’une séance d’hypnose semble un peu incongrue dans la série dans la mesure où c’est un personnage qui a été peu vue dans l’adaptation. Elle est bien plus présente dans le roman et, en le lisant, le spectateur comprend mieux ce geste. Les relations entre toujours ce même docteur et sa logeuse ont aussi été raccourcies dans la série.

C’est aussi ce qui me fait voir cette dernière comme un résumé visuel et un peu détaillé du livre de Margaret Atwood. Peu d’autres éléments ont été apportés. Cette adaptation se concentre surtout sur les entretiens entre Grace et le docteur Jordan et les souvenirs de cette dernière. Il y a des éléments du livre qui sont parfois replacés, mais de manière incongrue. J’en ai quelques uns en tête et j’en ai déjà cité un peu plus haut. Le livre va plus loin. L’histoire du docteur a une importance quasiment égale et il y a des passages épistolaires entre sa mère et lui, avec un ami, des collègues. Il est aussi question de ses conquêtes, de ses propres souvenirs d’enfance avec les servantes de sa maison.

C’est ainsi qu’il réagit aux paroles de Grace et à ce qu’elle lui raconte. Cela démontre aussi qu’il est un homme de son temps, qui ne pense pas forcément aux femmes comme son égal, mais comme une servante, une épouse ou une prostituée. Nous avons vraiment ces trois figures dans la manière dont Simon Jordan perçoit les femmes. Elles ne peuvent pas être autres choses. Ce n’est clairement pas le personnage féministe de l’ouvrage, mais il met vraiment l’accent sur la condition et la vision de la femme durant le XIX siècle. Le pénitentiaire montre que la folie des femmes est surtout le fait des hommes. L’histoire de Grace démontre tout ce qu’elles peuvent endurer : le harcèlement des employeurs ainsi que le harcèlement sexuel, la condition de servante, la violence physique et verbale des hommes…

La série va ainsi à l’essentiel et ce n’est pas plus mal. Le livre m’a parfois donné du fil à retordre, non pas à cause du niveau de langue (c’est un anglais relativement facile), mais à cause de certaines longueurs. Comme dit plus haut, Margaret Atwood ne se concentre pas uniquement sur Grace, son histoire et les entretiens avec le docteur Jordan. Elle donne aussi un temps de parole à des personnages plus secondaires, notamment le fameux docteur. Cela casse parfois le rythme de l’histoire, car, même en tant que lectrice, j’étais suspendue aux lèvres de Grace, n’attendant que le moment où elle allait en arriver aux meurtres. Cependant, cela met trop de temps à arriver. Sur une petite brique de plus de cinq cent pages, il faut bien attendre de dépasser les trois cent pour que l’intrigue démarre réellement, à mon avis. Ces longueurs se font ressentir et, heureusement, l’adaptation faite par Netflix les occulte totalement… Et c’est tant mieux. Elle va à l’essentiel et se débarrasse du superflu. Pour autant, ce n’est pas une lecture qui m’a totalement déplu, ni même qui m’a donné envie d’explorer la bibliographie de Margaret Atwood. Son dernier roman me tente énormément. Je trouve qu’elle a tout de même un don pour raconter des histoires et pour mettre en scène des personnages féminins.

De la série, je retiens surtout l’incroyable interprétation de Sarah Gardon, qui tient le rôle principal. Ce n’est pas seulement parce qu’il s’agit du personnage central de la série, mais elle a une réelle présence à l’écran et elle écrase Edward Holcroft, qui joue Simon Jordan. Il est bon, mais l’actrice capte le regard. Elle joue parfaitement la candeur de Grace Marks, mais aussi la sensualité, la manipulation subtile que son personnage exerce et qui passe notamment par le regard et les gestes, les sourires ambigus. Dans le livre autant que dans son adaptation, nous ne savons pas toujours si elle est totalement honnête et innocente. J’ai parfois eu du mal à la croire. D’un autre côté, j’ai eu énormément de mal à la juger, car elle a des circonstances atténuantes. Indéniablement, c’est un personnage qui ne m’a pas laissé indifférente, que j’ai trouvé à la fois fascinante et dangereuse.

Alias Grace ne fut pas le coup de coeur que j’espérais pour ce début d’année, que ce soit pour le livre ou son adaptation, même si la balance penche plus pour la série. Cependant, je ne regrette pas cette découverte d’une histoire vraie dont j’ignorais tout. Je garde, pour l’instant, une petite préférence pour The Handmaid’s Tale. 

Au banc des essais #1 | 3 essais autour du féminisme

Une nouvelle catégorie sur le blog pour aborder les différents essais que je peux lire mais que je ne présente jamais. Ils ne sont que représentés sur la blogosphère littéraire et je n’ai jamais osé en parler non plus. Cependant, c’est dommage de les bouder ainsi et j’ai envie de les mettre un peu plus en avant à travers cette série d’articles qui peut être thématique ou juste une présentation des derniers essais lus. Pour le premier billet, je vous présente trois essais autour du féminisme ou du girl empowerment. 

Le deuxième sexe I de Simone de Beauvoir

« Nous commencerons par discuter les points de vue pris sur la femme par la biologie, la psychanalyse, le matérialisme historique. Nous essaierons de montrer ensuite positivement comment la « réalité féminine » s’est constituée, pourquoi la femme a été définie comme l’Autre et quelles en ont été les conséquences du point de vue des hommes. Alors nous décrirons du point de vue des femmes le monde tel qu’il leur est proposé ; et nous pourrons comprendre à quelles difficultés elles se heurtent au moment où, essayant de s’évader de la sphère qui leur a été jusqu’à présent assignée, elles prétendent participer au mitsein humain. »

Un des classiques de la littérature féministe que j’étais un peu intimidée à l’idée de lire et, pourtant, ce premier tome est très accessible. J’avais peur de ne pas tout comprendre des propos de l’auteur mais ce ne fut pas le cas. Il se lit parfaitement bien.

Pour ma part, je me suis surtout passionné pour la deuxième partie de l’ouvrage, Histoire, où l’auteur se propose de retrouver l’histoire de la femme. Depuis, de telles études ont été entreprises et il existe des ouvrages rendant compte de cette histoire. Je ne peux pas vous en proposer, malheureusement, car je n’en ai pas encore lu, mais c’est prévu.

Simone de Beauvoir écrivait en 1949 et pourtant, il reste des passages entiers de son oeuvre qui reste terriblement d’actualité comme l’égalité entre les hommes et les femmes dans le monde du travail. Ce premier tome est très enrichissant sur la condition de la femme ainsi que sur la vision que l’homme peut avoir de cette dernière. Indéniablement, c’est très bien écrit et documenté. Cependant, je ne saurai dire s’il m’a réellement marqué ou non. D’autres essais m’ont beaucoup plus fait réfléchir autour du féminisme et de certaines questions en particulier qui me tiennent à coeur.

L’action des femmes n’a jamais été qu’une agitation symbolique ; elles n’ont gagné que ce que les hommes ont bien voulu leur concéder ; elles n’ont rien : elles ont reçu.

The Beauty Myth de Naomi Wolf

Every day, women around the world are confronted with a dilemma – how to look. In a society embroiled in a cult of female beauty and youthfulness, pressure on women to conform physically is constant and all-pervading. In this shortened edition you will find the essence of Wolf’s groundbreaking book. It is a radical, gripping and frank exposé of the tyranny of the beauty myth, its oppressive function and the destructive obsession it engenders.

Je m’intéresse beaucoup au féminisme sous le prisme de la beauté, des diktats de la société dans ce domaine, leur apparition et évolution dans le temps. Naomi Wolf a écrit ce court ouvrage à la fin des années 1990. Il est certes relativement court, mais il pousse à la réflexion et de ceux que je présente, c’est clairement un de mes essais préférés sur le sujet. Il reste, malheureusement d’actualité, même en 2018.

Le point de départ est un constat glaçant.

More women have more money and power and scope and legal recognition than we ever had before; but in term of how we feel about ourselves physically, we may actually be worse off than our unliberated grandmothers.

Elle aborde la question de la pornographie, du cinéma, des magasines, de la littérature, mais elle a surtout pointé du doigt dont j’essaie de me défaire depuis quelques années maintenant. Cette dernière peut conduire à des troubles du comportement alimentaire, à des dépressions, … J’en ai souffert, mais elle reste encore à l’esprit. Il faut dire que nous sommes conditionnés pour penser ainsi. Naomi Wolf dit, en effet

A girl learns that stories happen to beautiful women, whethere they are interesting or not. And interesting or not, stories do not happen to women who are not beautiful.

Cette idée circule encore aujourd’hui, et avec d’autant plus de force que nous sommes dans l’ère des réseaux sociaux et Instagram pourrait être considéré comme la bannière du culte de la beauté et d’une vie parfaite. C’est un endroit où certaines personnes peuvent ressentir de l’insécurité et il est parfois difficile de se détacher de ces hommes ou femmes que nous prenons pour modèle. J’appliquais énormément cette idée durant mes années de droit, faisant le lien, biaisé, entre réussite et « beauté ».

The Beauty Myth est un court ouvrage qui a eu beaucoup d’échos en moi, me faisant prendre conscience de beaucoup de choses sur ma manière de penser et de me comporter face à la beauté. Il m’a quelque peu secoué.

Girlboss de Sophia Amoruso

The first thing Sophia Amoruso sold online wasn’t fashion – it was a stolen book. She spent her teens hitchhiking, committing petty theft, and dumpster diving. By age twenty-two, she had resigned herself to employment, but was still broke, directionless, and checking IDs in the lobby of an art school—a job she’d taken for the health insurance.

It was in that lobby that Sophia decided to start selling vintage clothes on eBay. Flash forward eight years to today, and she’s the Founder, CEO and Creative Director of Nasty Gal, a $100+ million online fashion retailer with over 350 employees. Sophia’s never been a typical CEO, or a typical anything, and she’s written #GIRLBOSS for girls like her: outsiders (and insiders) seeking a unique path to success, even when that path is windy as all hell and lined with naysayers. 

Après avoir vu la série, qui m’avait tout de même laissé un sentiment plutôt mitigé, j’avais tout de même envie de tester le livre dont elle s’est inspirée. L’adaptation reprend peu ou prou les principaux aspects du bouquin : comment d’une bonne idée, Sophia Amoruso a réussi à bâtir un empire. C’est le genre d’ouvrages que j’aime beaucoup lire et qui m’inspire, me donnant envie de faire mieux, de me dépasser et de me dire que je peux le faire.

Cependant, je n’ai pas apprécié outre mesure ce livre pour un certain nombre de raisons. La première tient au fait que Sophia Amoruso n’aborde que très peu ou de manière superficielle les difficultés qu’elle a rencontré en créant puis en développant son entreprise. Pour moi, c’était un des aspects les plus importants de cet ouvrage et une des raisons (pour ne pas dire la raison) pour lesquelles j’ai voulu découvrir #Girlboss après la série.

J’ai aussi beaucoup de mal avec Sophia Amoruso et je n’arrive pas du tout à l’imaginer comme un modèle. Elle se présente comme une bonne patronne, qui aime s’entourer d’employés qui veulent véritablement s’investir dans son entreprise. C’est légitime en soi, mais j’ai du mal à y croire. Elle a été au coeur d’un scandale pour des licenciements abusifs. De plus, son manque d’humilité m’a quelque peu dérangé. Elle a le droit d’être fière de ce qu’elle a accompli, là n’est pas la question, mais elle m’a souvent donné l’impression de rabaisser les autres qui n’ont pas connu le succès. Au final, je ne me sentais pas du tout comme une girlboss, et notamment par son rapport à l’échec. Du coup, je n’avais pas l’impression de faire partie de son club élitiste, impression renforcée par les interviews qui clôturent chacun des chapitres.

Je ne garde pas totalement un bon souvenir de cet ouvrage. L’auteur a peut-être réussi, mais elle a totalement échoué à m’inspirer et à me donner envie de me dépasser. Toutefois, sa définition d’une girlboss peut être intéressante et je la garde à l’esprit.

A girlboss is someone who’s in charge of her own ride. She gets what she wants because she works for it. As a girlboss, you take control and accept responsibility. You’re a fighter. (…) You’re a badass.

Faut-il manger les animaux ? (2009) | Jonathan Safran Foer

Comment traitons-nous les animaux que nous mangeons? Convoquant souvenirs d’enfance, données statistiques et arguments philosophiques, Jonathan Safran Foer interroge les croyances, les mythes familiaux et les traditions nationales avant de se lancer lui-même dans une vaste enquête. Entre une expédition clandestine dans un abattoir, une recherche sur les dangers du lisier de porc et la visite d’une ferme où l’on élève les dindes en pleine nature, J.S. Foer explore tous les degrés de l’abomination contemporaine et se penche sur les derniers vestiges d’une civilisation qui respectait encore l’animal. Choquant, drôle, inattendu, ce livre d’un des jeunes écrivains américains les plus doués de sa génération a déjà suscité passions et polémiques aux Etats-Unis et en Europe.

Depuis quelques mois, les questions relatives à la nutrition me passionnent… Surtout depuis que j’essaie de changer mon hygiène alimentaire. Je m’étais renseignée sur les méfaits du sucre raffiné avec le témoignage de Nicole Mowbray, No sucre (article). Toutefois, là où j’aimerais apporter de véritables changements dans mes habitudes, c’est en ce qui concerne la consommation de la viande et mon rapport à elle. Je ne saurai encore me définir par une étiquette comme végétarienne, végétalienne ou vegan… J’explore encore. En revanche, je sais que je veux aller vers une consommation plus éclairée. Je n’exclue pas le fait d’arrêter de consommer de la viande ou de continuer mais d’une manière très raisonnée. En tout cas, après la lecture de cet ouvrage, je songe sérieusement à arrêter.

Pourtant, et de manière assez étonnante, Faut-il manger les animaux ? n’est pas forcément un plaidoyer pour le végétarisme, comme je l’attendais. L’auteur est lui-même végétarien et il parle honnêtement de son expérience : les raisons qui l’ont poussé vers ce type de régime alimentaire, les difficultés qu’il a pu rencontrer au début et le fait de s’y tenir, son rapport à la nourriture et l’aspect social et familial de cette dernière… Il en parle, mais jamais je n’ai ressenti l’obligation de penser comme lui ou qu’il s’agisse de la seule manière de faire. Il ne dénigre pas ceux qui choisissent de manger de la viande. Je l’ai trouvé plutôt respectueux de ce point de vue.

Il parle de la consommation de la viande et il dit qu’il n’a rien contre. Il espère juste une consommation plus raisonné des animaux, en diminuant les quantités et en arrêtant d’en manger quotidiennement. Il émet le souhait que, dès lors qu’une personne continue de manger de la viande, elle le fasse en connaissance de cause, en choisissant de la viande issue d’un élevage respectueux des animaux et abattue dans des conditions humaines et acceptables ainsi que d’un producteur local. Cela semble utopique aux premiers abords, mais je pense qu’il y a une demande de plus en plus grande pour une industrie agro-alimentaire plus responsable et respectueuse à la fois des animaux et de l’environnement.

Faut-il manger les animaux ? en fait l’écho. Cet essai, témoignage, enquête plonge le lecteur au coeur de l’industrie agro-alimentaire américaine, tout en faisant quelques comparaisons avec l’Europe également. Il parle de toutes les formes d’élevages intensifs : les volailles, les porcs, les poissons, les boeufs… Il fait vraiment un tour d’horizon de toutes les industries possibles. Il évoque les conditions d’élevage et les conséquences sur les animaux, les premières études des conséquences de l’élevage intensif sur les populations qui vivent près de telles fermes, les conditions d’abattage, le poids des lobbies américains qui font tout pour que rien ne change… L’auteur ne cache rien et, pour construire son livre, il s’est appuyé sur diverses études ou ouvrages qu’il cite. Je trouve ça plutôt positif qu’il cite ainsi ses références, cela donne encore plus de poids à son propos. Safran Foer n’a pas hésité non plus à entrer par effraction dans certaines fermes pratiquant l’élevage intensif pour livrer son ressenti et s’en rendre compte par lui-même. Il a aussi interrogé de nombreuses personnes travaillant dans cette industrie : des éleveurs, des directeurs d’abattoir…

L’impression qui me reste de ce livre est celle d’un ouvrage très bien documenté, qui mêle habilement les chiffres, les témoignages, l’expérience de l’auteur et la réalité. C’est une lecture qui m’a énormément fait réfléchir et réagir. J’ai une tendre pensée pour mon père qui a dû me supporter alors que nous étions en week-end tous les deux. J’étais en train de lire le livre à ce moment et je n’ai pas pu m’arrêter de lui en parler pendant les quasiment dix heures d’un aller-retour Strasbourg-Lyon en voiture. Je pense que le livre a dûment rempli son office. Ce livre de Jonathan Safran Foer est passionnant et je le referme en ayant le sentiment d’avoir appris plein de choses, comme, par exemple, le réel impact écologique et environnemental de l’élevage intensif.

En commençant Faut-il manger les animaux ?, je ne m’attendais pas à être totalement happée par ce que l’auteur disait. Il m’a fait réfléchir, bien plus que ce à quoi je m’étais préparée. Je n’espérais pas de cette étude de remettre en question ce en quoi je croyais. Il est définitivement à mettre entre toutes les mains. L’objectif n’est pas tant de convertir les lecteurs au végétarisme, véganisme et autre que de les renseigner sur cette réalité, ne serait-ce que pour des questions de santé publique. Je le recommande pour celles et ceux qui s’intéressent de près à ce type de questions.