The Handmaid’s Tale | Saison 1

Dans un monde dystopique où la femme est au centre du pouvoir car elle est en voie de disparition, chaque femme est séparée en trois classes : les Épouses qui ont le pouvoir, les Marthas qui s’occupent de la Maison et enfin les Servantes écarlates dont l’unique rôle est la reproduction.

Dans ce futur où la reproduction se fait rare à cause de la pollution, la religion prend le pas sur la politique dans une sorte de gouvernement totalitaire.

Defred va venir raconter son histoire de Servante écarlate… une vie pleine de souffrances.

Avec : Elisabeth Moss ; Joseph Fiennes ; Yvonne Strahovski ; Max Minghella…

A l’instar de Stephen King, 2017 fut aussi l’année de l’auteur canadienne Margaret Atwood dont l’oeuvre littéraire a été redécouverte non seulement en librairie, mais aussi par le biais d’adaptations avec The Handmaid’s Tale et Alias Grace. Je termine 2017 avec le premier et je commence 2018 avec le deuxième, mais, aujourd’hui, c’est bien de The Handmaid’s Tale que je vais parler. Le  livre, comme la série, furent deux gros coups de coeur, même si j’ai mis un peu plus de temps à me lancer dans la série et ce, malgré les échos positifs que j’ai pu avoir.

De quoi parle cette première saison ? Elle reprend entièrement le livre, en lui étant parfaitement fidèle. C’est la première chose qui m’a étonné, car, vraiment, tout y est. Margaret Atwood avait approuvé cette adaptation de son livre et je peux comprendre pourquoi. La série se rapproche de ce que je pouvais imaginer durant ma lecture. Elle respecte l’univers mis en place par l’auteur et il a si peu besoin de réactualisation. C’est déjà un aspect positif, mais ça ne s’arrête pas là.

En effet, les scénaristes ont rajouté des éléments en plus par rapport à l’histoire de départ. Ce sont ces derniers qui me retenaient de commencer la série, par peur qu’ils en viennent à dénaturer le texte que j’ai adoré et qui m’a marqué. Pourtant, ils apportent un plus à la série, mais également à l’intrigue. Ils gardent le même type de narration que le livre où Offred se remémore des souvenirs de sa vie d’avant. Ils y sont dans cette adaptation, mais ils sont élargis à un plus large panel de personnages : Nick, Serena Joy, Luke… A un moment donné ou un autre, ils auront tous ou presque un épisode où leurs vies d’avant sera évoquée. Qu’est-ce qu’ils faisaient ? Comment en sont-ils venus à cette position au sein de Gilead ? De ce point de vue, le personnage de Serena Joy fut presque une révélation. Je l’ai mieux comprise, tout en restant consciente qu’elle était monstrueuse. Elle doit avoir une des scènes qui m’a le plus pris aux tripes. C’était de la pure torture mentale envers Offred qui cherchait sa fille. Je suis passée par tous les sentiments : la colère, la rage, le désespoir… Il me semble que cette scène n’était pas dans le livre, et, pourtant, elle apporte un véritable plus à l’intrigue.

D’autres scènes s’ajoutent et elles ne sont pas superficielles ou inutiles. Elles viennent admirablement compléter l’univers, en apportant des compléments d’informations qui manquaient parfois au roman. Ainsi est un peu plus explorée, par exemple, la manière dont le régime de Gilead fut mis en place. Il y a aussi une plus grande immersion dans le monde des Tantes ou une petite idée de la politique internationale, de la manière dont la justice est rendue, à la fois par les Servantes et les Commandants. Finalement, j’ai été moins septique par rapport aux libertés prises par le scénario, car les changements apportés sont cohérents et rendent la série un brin au-dessus du roman qui était déjà très bien.

Esthétiquement, The Handmaid’s Tale est une réussite. Le rouge des robes des Servantes tranche sur tous les plans, marquant d’autant plus leur présence. Toutefois, ce n’est pas tant l’esthétique de la série que la manière dont elle a été filmé que je retiens. Certaines scènes explosent tout sur leurs passages. Il y a des plans, des séquences qui bouleversent et qui marquent comme, par exemple, quand les Servantes refusent de mettre à mort l’une d’entre elles. Ces quelques minutes sont pleines de tension, de possibles et montrent que les choses changent et, juste après, elles repartent et la musique se lance… Feeling Good de Nina Simone. Mindblowing ! Je n’ai pas encore trouvé une bonne traduction de ce mot en français. Je pourrai citer d’autres exemples où l’image et le son se complètent parfaitement, se renforçant mutuellement.

La musique d’un film ou d’une série et sa relation avec l’image ou la scène sont primordiales, pour moi. J’y suis très sensible, j’y accorde beaucoup d’attention. Dans cette adaptation, cette relation tend quasiment vers la perfection, que ce soit pour les musiques instrumentales que pour les autres. Chaque musique est placée au bon moment. Quel plaisir de retrouver You don’t own me de Lesley GoreCan’t get you out of my head de Kylie MinogueMorning keep the streets empty for me de Fever Ray… Elle a l’une des meilleurs bandes son de l’année 2017, clairement.

Cependant, ce ne sont pas uniquement ces aspects de la série que je retiens. Il faut aussi parler de la performance des acteurs, avec Elisabeth Moss en tête. Je l’ai découverte récemment et non pas dans The Handmaid’s Tale, mais dans The Square (une satire du monde de l’art contemporain à notre époque qui est loin d’être ennuyeuse). Elle avait certes un petit rôle. Néanmoins, elle avait déjà une certaine présence à l’écran. Dans cette adaptation, elle crève littéralement l’écran par son interprétation parfaite du personnage d’Offred. Elle l’incarne à merveille, rendant tous ses sentiments, sa détresse, sa solitude, sa colère, sa peur, le fait qu’elle ne sache pas où est sa fille, ce qui lui est arrivé… Mais, plus encore, Elisabeth Moss arrive à les faire ressentir aux spectateurs qui partagent ainsi toutes les émotions de son personnage et, souvent, sans aucun filtre. Ce sont des émotions brutes, et je n’ai jamais pensé que l’actrice en faisait trop dans la mesure où j’ai totalement vibré avec elle. Son jeu était franc et vrai. Elle réalise, pour moi, une véritable performance qui éclipse quasiment toutes les autres, qui sont également très bonnes, avec une mention toute particulière pour Madeline Brewer qui joue Janine-Ofwarren.

Ce n’était pas le personnage que je préférais dans le livre, mais l’actrice a su me réconcilier avec Janine qui a été fortement traumatisée par son passage chez les Tantes. Elle démontre toute la fragilité physique et psychologique de son personnage, ses blessures intérieures et extérieures. Elle est également une des rares qui m’a profondément bouleversé par certaines scènes, presque bousculé.

La première saison se finit comme le livre, de manière abrupte et avec beaucoup de surprise. Dans les deux cas, je ne pouvais pas croire que ça finissait ainsi, qu’il devait manquer plusieurs chapitres. Toutefois, cela reste aussi cohérent avec l’histoire et ce type de régime politique que les gens disparaissent soudainement, sans laisser de traces. La deuxième saison devrait apporter des réponses et, pour le coup, la question de la fidélité ne va pas se poser car ça sera de la pure invention. J’ignore encore la date de diffusion, mais j’attends toujours que tous les épisodes sortent pour les regarder les uns à la suite des autres.

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Faut-il manger les animaux ? (2009) | Jonathan Safran Foer

Comment traitons-nous les animaux que nous mangeons? Convoquant souvenirs d’enfance, données statistiques et arguments philosophiques, Jonathan Safran Foer interroge les croyances, les mythes familiaux et les traditions nationales avant de se lancer lui-même dans une vaste enquête. Entre une expédition clandestine dans un abattoir, une recherche sur les dangers du lisier de porc et la visite d’une ferme où l’on élève les dindes en pleine nature, J.S. Foer explore tous les degrés de l’abomination contemporaine et se penche sur les derniers vestiges d’une civilisation qui respectait encore l’animal. Choquant, drôle, inattendu, ce livre d’un des jeunes écrivains américains les plus doués de sa génération a déjà suscité passions et polémiques aux Etats-Unis et en Europe.

Depuis quelques mois, les questions relatives à la nutrition me passionnent… Surtout depuis que j’essaie de changer mon hygiène alimentaire. Je m’étais renseignée sur les méfaits du sucre raffiné avec le témoignage de Nicole Mowbray, No sucre (article). Toutefois, là où j’aimerais apporter de véritables changements dans mes habitudes, c’est en ce qui concerne la consommation de la viande et mon rapport à elle. Je ne saurai encore me définir par une étiquette comme végétarienne, végétalienne ou vegan… J’explore encore. En revanche, je sais que je veux aller vers une consommation plus éclairée. Je n’exclue pas le fait d’arrêter de consommer de la viande ou de continuer mais d’une manière très raisonnée. En tout cas, après la lecture de cet ouvrage, je songe sérieusement à arrêter.

Pourtant, et de manière assez étonnante, Faut-il manger les animaux ? n’est pas forcément un plaidoyer pour le végétarisme, comme je l’attendais. L’auteur est lui-même végétarien et il parle honnêtement de son expérience : les raisons qui l’ont poussé vers ce type de régime alimentaire, les difficultés qu’il a pu rencontrer au début et le fait de s’y tenir, son rapport à la nourriture et l’aspect social et familial de cette dernière… Il en parle, mais jamais je n’ai ressenti l’obligation de penser comme lui ou qu’il s’agisse de la seule manière de faire. Il ne dénigre pas ceux qui choisissent de manger de la viande. Je l’ai trouvé plutôt respectueux de ce point de vue.

Il parle de la consommation de la viande et il dit qu’il n’a rien contre. Il espère juste une consommation plus raisonné des animaux, en diminuant les quantités et en arrêtant d’en manger quotidiennement. Il émet le souhait que, dès lors qu’une personne continue de manger de la viande, elle le fasse en connaissance de cause, en choisissant de la viande issue d’un élevage respectueux des animaux et abattue dans des conditions humaines et acceptables ainsi que d’un producteur local. Cela semble utopique aux premiers abords, mais je pense qu’il y a une demande de plus en plus grande pour une industrie agro-alimentaire plus responsable et respectueuse à la fois des animaux et de l’environnement.

Faut-il manger les animaux ? en fait l’écho. Cet essai, témoignage, enquête plonge le lecteur au coeur de l’industrie agro-alimentaire américaine, tout en faisant quelques comparaisons avec l’Europe également. Il parle de toutes les formes d’élevages intensifs : les volailles, les porcs, les poissons, les boeufs… Il fait vraiment un tour d’horizon de toutes les industries possibles. Il évoque les conditions d’élevage et les conséquences sur les animaux, les premières études des conséquences de l’élevage intensif sur les populations qui vivent près de telles fermes, les conditions d’abattage, le poids des lobbies américains qui font tout pour que rien ne change… L’auteur ne cache rien et, pour construire son livre, il s’est appuyé sur diverses études ou ouvrages qu’il cite. Je trouve ça plutôt positif qu’il cite ainsi ses références, cela donne encore plus de poids à son propos. Safran Foer n’a pas hésité non plus à entrer par effraction dans certaines fermes pratiquant l’élevage intensif pour livrer son ressenti et s’en rendre compte par lui-même. Il a aussi interrogé de nombreuses personnes travaillant dans cette industrie : des éleveurs, des directeurs d’abattoir…

L’impression qui me reste de ce livre est celle d’un ouvrage très bien documenté, qui mêle habilement les chiffres, les témoignages, l’expérience de l’auteur et la réalité. C’est une lecture qui m’a énormément fait réfléchir et réagir. J’ai une tendre pensée pour mon père qui a dû me supporter alors que nous étions en week-end tous les deux. J’étais en train de lire le livre à ce moment et je n’ai pas pu m’arrêter de lui en parler pendant les quasiment dix heures d’un aller-retour Strasbourg-Lyon en voiture. Je pense que le livre a dûment rempli son office. Ce livre de Jonathan Safran Foer est passionnant et je le referme en ayant le sentiment d’avoir appris plein de choses, comme, par exemple, le réel impact écologique et environnemental de l’élevage intensif.

En commençant Faut-il manger les animaux ?, je ne m’attendais pas à être totalement happée par ce que l’auteur disait. Il m’a fait réfléchir, bien plus que ce à quoi je m’étais préparée. Je n’espérais pas de cette étude de remettre en question ce en quoi je croyais. Il est définitivement à mettre entre toutes les mains. L’objectif n’est pas tant de convertir les lecteurs au végétarisme, véganisme et autre que de les renseigner sur cette réalité, ne serait-ce que pour des questions de santé publique. Je le recommande pour celles et ceux qui s’intéressent de près à ce type de questions.

The Sun and her flowers (2017) | Rupi Kaur

this is the recipe of life
said my mother
as she held me in her arms as i wept
think of those flowers you plant
in the garden each year
they will teach you
that people too
must wilt
fall
root
rise
in order to bloom

2017 fut l’année où j’ai découvert la plume du jeune poétesse canadienne qui avait affolé la blogosphère avec son premier recueil, Milk & Honey. Je ne lisais jamais de poésie jusqu’à maintenant ou pas de mon plein gré, et, pourtant, Rupi Kaur a non seulement su me réconcilier avec ce genre littéraire mais également me toucher et me bouleverser. Ses poèmes avaient une grande force et ils abordaient des thèmes universels. Autant dire que quand le deuxième recueil est sorti, il était clair qu’il me le fallait, ne serait-ce que pour retrouver toutes les émotions que j’avais pu ressentir à la lecture de Milk & Honey. 

Cette fois-ci, ce n’est pas le lait et le miel qui guide le lecteur à travers l’oeuvre de Rupi Kaur mais le soleil et les fleurs. Ce sont des fils conducteurs qui sont parfaits pour ce recueil où elle évoque son viol, la dépression, sa mère… Elle les a déjà explorés dans son précédent recueil. Cependant, il n’y a pas de redites par rapport à Milk and Honey. Je n’ai pas eu l’impression de lire deux fois la même chose. Elle les aborde d’une manière différente. Les poèmes m’ont paru plus sombres voire un peu plus matures également. Ils me parlent toujours autant, me touchent et parfois même me bouleversent. De ce point de vue, rien n’a changé et c’est tant mieux. Toutefois, Kaur développe également de nouveaux sujets. Elle se confie beaucoup plus sur sa famille, notamment sa mère, le fait d’être une fille d’immigrés, l’importance de l’éducation, comment associer la culture de ses parents avec celle de ce nouveau pays… J’ai adoré ce chapitre de The Sun and her flowers. Je pense que c’est celui qui m’a le plus marqué, avec sa dépression. Comme avec son premier ouvrage, elle part de son expérience personnelle pour livrer des poèmes qui ont une portée universelle.

De plus, comme je l’ai dit un peu plus haut, j’ai beaucoup aimé la manière dont le soleil et les fleurs servent de fil conducteur. Ils rythment son passage de l’ombre à la lumière, les fleurs filant la métaphore de la renaissance, de la croissance qui sont au coeur de l’ouvrage. Sur un terrain fertile et propice, elle grandit doucement, réapprend à vivre. Il y a toujours les thèmes principaux qu’elle évoque dans les différents chapitres et d’autres sont plus à lire entre les lignes et ils expliquent aussi  la progression des poèmes et des chapitres. Il est vrai que je m’attendais aussi à ce qu’elle renouvelle quelque peu les différents sujets pour en aborder d’autres. Elle a certes introduit quelques nouveautés, que j’ai adorées, tout comme le reste d’ailleurs, mais je m’attendais à plus.

Cependant, je n’ai pas boudé mon plaisir d’avoir le nouveau Rupi Kaur entre les mains et il a été déjà lu et relu. Je suis de nouveau passée par toutes les émotions possibles et elle sait comment créer un lien d’empathie avec son lecteur, comment créer une intimité entre lui et elle, de faire en sorte qu’il ne se sente pas seul. Finalement, on sent qu’elle s’investit énormément dans ce qu’elle fait. Outre le fait qu’il y a une vraie charge émotionnelle, j’apprécie toujours autant les petites oeuvres d’art qui s’ajoutent à certains des poèmes. J’admire la simplicité du trait, ce simple trait donnant une petite oeuvre d’art d’une certaine finesse et dégageant aussi une certaine poésie. Clairement, l’image et le texte ne vont pas l’un sans l’autre. Ils fonctionnent ensemble pour former une oeuvre d’art totale.

J’apprécie le style particulier de l’auteur. Milk & Honey était écrit en faisant fi des règles de grammaire et de ponctuation. Elle récidive avec The Sun and her flowers, donnant au lecteur la possibilité de donner son propre rythme et son propre sens aux mots et aux phrases. Personnellement, je trouve que ça se lit tout seul et de manière relativement plaisante pour selon qu’elle brise les codes.

The Sun and her flowers reste un coup de coeur, au même titre que le premier recueil. Cependant, il est dans la même lignée. Il n’est pas meilleur ni pire, mais il a fait son effet et il reste efficace. J’en garderai un très bon souvenir et je suis déjà dans l’attente du prochain.

Cinq livres à offrir à Noël

Offrir un livre reste toujours une bonne idée. Pour mes proches, il y aura deux livres sous le sapin. Il n’est pas toujours facile de trouver le bon avec l’énorme éventail de choix qui s’offrent à nous. Pour remédier à cela, je vous propose une sélection de cinq ouvrages qui ont marqué mon année 2017.

Milk & Honey – Rupi Kaur

Faut-il encore le présenter ? Il a été récemment traduit en français et un plus large public peut ainsi le découvrir. L’auteur aborde de nombreux thèmes comme le fait d’être une femme, son viol, sa relation avec son corps, les relations amoureuses… Je me suis beaucoup retrouvée dans ses poèmes, tout en y voyant également mes soeurs, mes amies…

Hex – Thomas Olde Heuvelt

Encore un livre qui a été traduit et publié récemment en français. Je l’ai lu en anglais et il était impossible à lâcher une fois commencer. L’auteur néerlandais signe ici l’un des meilleurs romans d’horreur que j’ai pu lire. Depuis, je n’ai pas réussi à mettre la main sur un livre d’une qualité équivalente, qui me fasse autant frissoner. J’espère sincèrement que Thomas Olde Heuvelt en écrira d’autres dans la même lignée car, avec celui-ci, cauchemars garantis.

The Handmaid’s Tale – Margaret Atwood

A moins de vivre dans une grotte, il fut presque impossible de passer à côté de l’auteur canadienne cette année. The Handmaid’s Tale ou La servante écarlate était dans toutes les librairies, car il a été adapté en série. Et ce ne fut pas le seul de l’auteur, Captive a aussi fait l’objet d’une telle consécration. Ecrit dans les années 80, La servante écarlate reste toujours d’actualité et un classique à lire.

S.P.Q.R. – Mary Beard

Mary Beard écrit beaucoup sur l’Antiquité romaine, l’un de ses plus connus est consacré à la ville de Pompéi. Professeur d’histoire à l’université de Cambridge, elle s’inscrit dans un effet de vulgarisation de l’histoire, tout en y ajoutant une touche personnelle d’humour, des anecdotes et en donnant une belle part aussi aux sources classiques. C’est très simple à lire et le lecteur referme le livre avec l’impression d’avoir appris plein de choses.

Sleeping Giants – Sylvain Neuvel

Des dieux auraient-ils fouillé notre terre bien avant nous ? Ce premier tome reste l’une de mes plus grandes surprises de cette année. Je ne lis jamais de science-fiction voire pas du tout. Je n’ai jamais été très sensible à ce genre d’ouvrages et pourtant, Sleeping Giants m’a passionné d’un bout à l’autre avec une écriture originale qui rend la lecture très dynamique. De plus, la mythologie est très bien développée avec des vraies questions de fond…

Prague Fatale (2015) | Philip Kerr

Berlin, 1942. Bernie Gunther, capitaine dans le service du renseignement SS, est de retour du front de l’Est. Il découvre une ville changée, mais pour le pire. Entre le black-out, le rationnement, et un meurtrier qui effraie la population, tout concourt à rendre la vie misérable et effrayante. Affecté au département des homicides, Bernie enquête sur le meurtre d’un ouvrier de chemin de fer néerlandais. Un soir, il surprend un homme violentant une femme dans la rue. Qui est-elle ? Bernie prend des risques démesurés en emmenant cette inconnue à Prague, où le général Reinhard Heydrich l’a invité en personne pour fêter sa nomination au poste de Reichsprotektor de Bohême-Moravie.

Depuis ma première rencontre avec Philip Kerr et son personnage atypique, Bernie Gunther, cette série reste une des rares qui a su garder ma fidélité. Déjà huit tomes de lus pour onze de parus et jamais je m’en suis lassée. Qu’est-ce qui peut expliquer qu’au bout de tant de livres, je reviens toujours vers cet auteur et son détective ? Pour ma part, je continue à lire dans l’ordre de parution et non dans un quelconque ordre chronologique. L’auteur avance ou recule dans le temps au fil des livres, mais sans pour autant qu’elle soit impossible à reconstruire. Dans Prague Fatale, il s’intéresse à ce que son personnage a fait durant les premières années de guerre.

Il doit exister une recette « Philip Kerr » qui réussit à tous les coups. Pour moi, le premier ingrédient magique est le mélange entre la réalité et la fiction qui est exécuté d’une manière absolument parfaire. Il est toujours difficile de savoir où s’arrête l’une et où commence l’autre. Si j’ai conscience que Bernie Gunther est un personnage fictif, il y a parfois d’autres protagonistes, plus secondaires généralement, où la question peut être légitimement posée. Il m’arrive quelques fois de faire des recherches, par pure curiosité pour découvrir qu’il ou elle a réellement existé ou non.

Lire un Philip Kerr, c’est aussi l’impression d’apprendre de nouvelles choses sur la Seconde Guerre mondiale alors que je pensais avoir fait le tour depuis longtemps. Derrière chaque roman de la série, il y a un incroyable travail de recherches qui permet de faire revivre la société nazie à différentes périodes de son existence ou ses principaux dirigeants. Dans Prague Fatale, il s’intéresse aux premières années de guerre et les quelques mois avant l’assassinat de Reinhard Heydrich, le Reichsprotektor de Bohême-Moravie. Le temps d’un tome, une ambiance glaçante est mise en place car il est véritablement décrit comme une personne froide et calculatrice, à qui personne ne peut faire confiance. Même en tant que lectrice, je n’avais pas très envie de le voir apparaître. Je n’avais plus ressenti cela depuis un autre tome où Philip Kerr faisait croiser le chemin de son détective avec celui de Joseph Mengele. Il y avait également un travail fantastique réalisé sur l’ambiance.

Une autre constante est la qualité d’écriture et de l’intrigue, notamment lorsqu’il s’agit de retranscrire les émotions des personnages et leurs caractères, donnant ainsi plus d’épaisseur à ces derniers et de réalisme à l’intrigue. Bernie Gunther est toujours un des personnages que je préfère avec son humour noir et son ironie. Il n’a pas sa langue dans sa poche et dans Prague Fatale, c’est l’une des rares fois où il reste silencieux. Pour des lecteurs qui le connaissent bien, cela renforce l’ambiance lourde de ce tome. Nous ne sommes pas devant n’importe quel officier de la SS et j’ai d’autant plus l’impression de côtoyer les différents personnages au côté de l’ancien policier.

De plus, l’intrigue policière est menée d’une main de maître d’un bout à l’autre. Parfois, Philip Kerr met en place plusieurs enquêtes policières et c’est le cas dans ce huitième tome. Entre celle menée par Bernie Gunther à Berlin, puis une autre ordonnée par Heydrich, il y a une autre enquête menée par la Gestapo qui recherche des terroristes tchèques… Premièrement, je ne me suis pas emmêlée les pinceaux car l’auteur arrive parfaitement à les intégrer dans l’intrigue et elles trouvent toutes plus ou moins une fin. En deuxième lieu, Philip Kerr garde à l’esprit que l’histoire doit rester plausible, comme si elle aurait pu réellement avoir eu lieu. Il reste toujours une dimension réaliste dans chacun de ses livres. Il n’y a pas toujours de coupables ou, comme c’est parfois le cas, Bernie Gunther trouve le coupable mais ce dernier ne sera jamais inquiété par la justice dans la mesure où cela n’arrange pas le pouvoir en place. Le cadre de l’intrigue est un régime politique totalitaire où la notion même de justice est biaisée.

Toutefois, ce que je retiens de ce Prague Fatale, ce sont les influences de l’auteur. Outre le fait que j’adorerai connaître les ouvrages dont Philip Kerr s’inspire pour construire sa série, cette huitième enquête menée par Bernie Gunther n’est pas sans rappeler les romans d’Agatha Christie, transposés dans la société du Troisième Reich. C’est un peu incongru, mais clairement revendiqué, même par le coupable du crime. Au final, cet emprunt fait au classique de la littérature policière fonctionne à merveille dans ce contexte et j’y ai vu un bel hommage aux maîtres du genre, faisant de ce tome un de ceux que j’ai préféré… Même s’ils sont tous incroyablement bons.

Philip Kerr reste une très bonne référence pour les romans policiers historiques. Ce sont des oeuvres de qualité sur tout un tas d’aspects différents : l’écriture, l’intrigue, les recherches documentaires pour donner plus de réalisme. Prague Fatale est déjà le huitième tome, mais je me réjouis de savoir qu’il m’en reste encore à lire. Une des dernières raisons faisant que je continue est qu’il n’y a jamais de redondances. Je n’ai, pour le moment, jamais eu l’impression de lire toujours la même chose et je croise les doigts pour que ça continue ainsi. L’auteur aborde toujours des points différents de l’histoire et de la vie de son personnage principal. Il arrive à me passionner à chaque fois et j’en redemande. Encore un tome qui s’est lu en un claquement de doigts.