Hommage à Philip Kerr – Trois bonnes raisons de lire sa Trilogie berlinoise

J’ai appris hier la mort d’un de mes auteurs préférés, Philip Kerr. Je l’ai découvert avec sa Trilogie berlinoise, qui s’est finalement étoffée au fil des ans. C’était typiquement la série que j’aimais retrouver dès que mon moral était au plus bas, quand j’avais une petite panne de lecture… Je savais d’instinct que j’allais passer un bon moment de lecture en compagne de Bernie Gunther, que j’allais pendant quelques pages m’évader. Les romans de Philip Kerr ont une place privilégiée dans ma bibliothèque et j’ai du mal à me dire que l’aventure s’arrête si brusquement. Voici quelques (très) bonnes raisons de commencer à lire La Trilogie berlinoise.

Explorer la Seconde Guerre mondiale et le nazisme en étant au coeur du système

Le premier tome parle de la montée du nazisme et des Jeux Olympiques de Munich. D’autres prennent place bien après la fin de la guerre, lors de la traque des criminels nazis. C’est un très long tableau du nazisme que l’auteur dépeint, sondant les heures les plus sombres de l’Histoire, mettant parfois en avant des faits peu connus. Personnellement, j’apprécie qu’il ne se limite pas uniquement aux années de guerre, mais également à ce qui a pu avoir avant et après. J’ai toujours eu l’impression d’apprendre quelque chose en lisant un livre de Philip Kerr. Il se documente énormément. En tant que lecteur, vous allez avoir l’impression d’être totalement immergé dans l’intrigue. Rares sont les ouvrages qui m’ont donné ce sentiment.

Encore mieux, si je puis dire, vous serez au coeur du nazisme, car le personnage principal, Bernie Gunther, fréquente les hautes sphères du pouvoir. Il est possible de croiser Reinhard Heydrich ou Josef Mengele au fil de ses enquêtes. Ils sont parmi les meilleurs tomes de la série du point de vue de l’ambiance. Ce sont ceux où nous pouvons le mieux imaginer ce que ça devait être de vivre sous le nazisme. Les ambiances glaçantes sont parfaitement maîtrisées et je comprends la difficulté de l’inspecteur à savoir à qui se fier, à mener à bien ses enquêtes. D’un point de vue historique, c’est une des meilleures séries que j’ai pu lire.

Le talent de conteur de Philip Kerr

Je l’ai déjà un peu évoqué en parlant de son génie à créer des ambiances sombres, dangereuses et qui peuvent parfois mettre mal à l’aise le lecteur. C’est aussi sa capacité à faire revivre toute une période historique en ayant le sentiment de partager le quotidien de Bernie. Vous allez en redemander encore, pourtant. Chaque tome est brillamment écrit avec de nombreux petits détails qui rendent les intrigues tellement crédibles. Il arrive à brouiller les frontières entre la réalité et la fiction. Souvent, je faisais aussi ma petite enquête pour savoir si tel ou tel personnage a réellement existé ou non. Vous serez étonné de voir combien sont réels et combien sont fictifs.

Un autre aspect de l’oeuvre de Kerr que j’apprécie énormément est la manière dont il dirige les enquêtes de Bernie Gunther. Nous sommes aussi dans une vision très réaliste : les coupables ne sont pas toujours mis derrière les barreaux. Parfois, les responsables d’un crime sont aussi ceux qui ont demandé l’enquête. Vous n’aurez aucun mal à croire que les choses pouvaient se passer ainsi sous le régime nazi. De temps en temps, plusieurs enquêtes s’entremêlent, mais le livre garde toute sa cohérence. Ce sont des petits bijoux qui se dévorent.

Bernie Gunther, son personnage phare

Il fait définitivement partie de mon palmarès de mes personnages littéraires préférés, au même titre que Sherlock Holmes, par exemple. Dès le premier tome, je suis tombée sous le charme de ce détective berlinois atypique. Un anti-nazi qui doit travailler pour eux est déjà tout un programme. Quand ce dernier n’a pas sa langue dans sa poche et qu’il a un solide sens de l’humour noir et de l’ironie… Ça devient parfois explosif. C’est aussi ce décalage que j’adore dans ce personnage. Il évolue dans un monde où le moindre faux pas peut signifier la mort et il s’amuse avec les hauts dignitaires. Bernie est comme un vieil ami pour lequel je m’inquiète toujours. C’est un personnage complexe dont j’adore suivre les aventures et dont je pardonne très facilement les petits clichés. Il aime les femmes autant que l’alcool. Je le trouve profondément humain et imparfait.

Il me reste encore quelques tomes à découvrir des enquêtes de Bernie. Je vais les savourer encore plus, sachant qu’ils figurent parmi les derniers. Cependant, La Trilogie berlinoise et ses différentes suites font partie de ma vie de lectrice. Ils m’ont profondément marqué et que j’ai très largement recommandé à mon entourage. Je pourrai en parler pendant des heures. Mon préféré restera Prague fatale et vient juste ensuite La mort entre autre. Vous n’êtes pas obligés de les lire dans l’ordre de publication, ce que je fais, personnellement. Il peut aussi être intéressant dans un ordre chronologique, en fonction de la vie de Bernie. En tout cas, je ne sera jamais assez reconnaissante à l’auteur pour ces nuits d’insomnie à dévorer ses romans. J’espère vous avoir donner envie de le lire.

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The Miniaturist (2014) | Jessie Burton

On a brisk autumn day in 1686, eighteen-year-old Nella Oortman arrives in Amsterdam to begin a new life as the wife of illustrious merchant trader Johannes Brandt. But her new home, while splendorous, is not welcoming. Johannes is kind yet distant, always locked in his study or at his warehouse office—leaving Nella alone with his sister, the sharp-tongued and forbidding Marin.

Les intérieurs de Vermeer, Pieter de Hooch, Samuel van Hoogstraten, les petites rues et ruelles, les places qui sont peintes nous ont toujours donné à voir la vie quotidienne des Hollandais des XVI et XVII siècle. Cependant, ils gardent tout de même une part de mystères sur la vie privée et intime, même s’il y a quelques tableaux dans ce sens. The Miniaturist de Jessie Burton imagine ce qu’il peut se passer derrière ces fenêtres et ces portes.

L’âge d’or hollandais fait partie de ces périodes historiques que j’adore que j’ai eu la chance de pouvoir étudier. En revanche, ce roman est véritablement un des premiers que je lis concernant cette période. Après avoir terminé celui-ci, je ne pense pas m’arrêter en si bon chemin, car il fut un coup de coeur sous bien des aspects dont l’un des premiers tient au talent de l’auteur pour faire revivre la société hollandaise de cette époque. Elle se rapproche d’une vérité historique, même si le livre a un petit côté fantastique, fantasmagorique. Les principaux éléments sont présents : l’importance de la ville (tout doit être fait pour sa gloire, et notamment par delà ses murs), l’importance également accordée à l’argent quoi doit être autant montré que caché, une société marchande avant tout, la religion et sa place parfois ambiguë… Je les ai trouvé bien développés dans la mesure où ils m’ont donné l’impression de vivre et d’évoluer aux côtés de Nella et de sa nouvelle vie à Amsterdam. Je n’ai pas eu l’impression d’un gros décalage historique ou d’énormes anachronismes.

L’aspect historique est un premier positif. Cependant, couplé à l’ambiance que Jessie Burton met doucement en place, il ne m’en fallait pas plus pour que le coup de coeur s’annonce. Je suis relativement friande de mystères qui se cachent derrière les portes, de secrets de famille bien cachés… J’ai vraiment été servie, car dans The Miniaturist, l’auteur propose révélations sur révélations. Elles peuvent paraître parfois un peu rocambolesques, mais elles ont sur aussi me charmaient, car elles me montraient différents aspects de la société d’Amsterdam en mettant en scène un personnage de couleur, un homosexuel, des femmes de toute conditions. La manière dont ils essaient de composer avec la société qui les observe et les juge constamment, prête à sauter sur leur moindre faux pas, renforce l’ambiance pesante du roman. Comme les personnages, le lecteur ne sait plus sur quel pied danser et à qui faire confiance. Cette oppression, ce sentiment lugubre qui habite la maison de Nella se retrouve aussi dans les descriptions de la ville et du temps. Du coup, le sentiment d’évoluer auprès des personnages s’en trouve renforcé. J’ai véritablement été immergée dans leurs vies quotidiennes et leurs drames. Impossible de lâcher le livre avant de savoir la fin.

De plus, j’ai trouvé toute l’intrigue autour du miniaturiste et de la maison de poupée absolument génial. Le fait qu’elle permettait au personnage principal d’en apprendre plus sur son entourage m’a énormément plu. J’ai adoré cette idée et la manière dont elle a été développée. Elle apporte aussi sa touche de mystère. Tout comme Nella, j’attendais avec impatience la prochaine livraison. Avec un peu d’anxiété également ! C’est un élément étonnant de l’intrigue qui apporte quelque chose en plus, sans pour autant prendre toute la place. Cette maison n’est parfois qu’une présence fantomatique.

Le roman m’a enfin marqué par l’ensemble des personnages féminins, notamment les trois femmes de la famille Brandt : Petronella, la jeune mariée ; Marin, la soeur d’un riche marchand et célibataire, et Cornelia, la servante. Elles démontrent trois types de conditions, mais aussi la manière dont elles essaient de se faire une place dans la société avec les libertés qui leurs sont laissées. J’ai vraiment aimé le portrait que Jessie Burton fait d’elles. Je les ai toutes appréciées, chacune pour de raisons différentes. Cornelia, par exemple, m’a plu pour sa loyauté à toute épreuve. Nella m’a impressionné par son évolution au fil des pages. D’une jeune fille peu sûre d’elle, elle s’impose doucement mais sûrement au point d’avoir le destin de sa famille entre ses mains… Elles furent toutes les trois le genre de personnages que je retiens.

The Miniaturist fut ma première découverte de la plume de Jessie Burton et je ne pense pas m’arrêter là. Elle a publié un deuxième roman, The Muse, qui propose une histoire prenant place dans le monde de l’art qui ne pourrait que me plaire. Depuis, j’ai aussi appris que le livre a été adapté par une mini-série, par la BBC. Ils sont généralement très bons pour les period dramas. Je pense m’y plonger prochainement.

La Culture avec un grand A et du latte #1

Parmi mes résolutions de 2018, j’avais envie d’explorer de nouveaux genres littéraires et cinématographiques. En 2017, j’avais lu et adoré de la poésie et de la science-fiction, sortant ainsi de mes habitudes. Je voulais continuer durant la nouvelle année, mais sans avoir d’idées précises. Le mois de Janvier fut relativement classique. Je ne suis pas vraiment partie à la découverte, mais je me suis rattrapée en Février.

Une conférence sur l’image de la femme dans les westerns américains m’a fait prendre conscience que je n’y connaissais absolument rien en la matière. Je pense en avoir vu deux dans toute ma vie : Django Unchained (2013) et Le bon, la brute et le cinglé (2008). Le conférencier a donné un grand nombre de références et de classiques dont même le nom ne me disait rien. Du coup, il faut que je répare cela. Cependant, j’ai expliqué l’univers des westerns par une pièce de théâtre qui s’interrogeait aussi sur les femmes et leurs conditions à cette époque qui sont limitées à trois rôles : l’épouse, la prostituée et l’esclave. Wild West Women était joué par trois femmes de talent : deux actrices et une bruiteuse qui était à couper le souffle et qui rendait la pièce encore plus vivante. Les deux actrices étaient tout aussi incroyables. Elles jouaient plusieurs personnages en même temps et arrivaient toujours à leur donner parfaitement vie les uns après les autres. Je n’ai pas vu les trois heures quarante-cinq minutes que durait la pièce. C’est un énorme coup de coeur pour des performances à vous couper le souffle… Et quel bonheur de retourner au théâtre.

En revanche, je n’ai pas vu encore de westerns, mais pourquoi pas en mars. Du point de vue des films vus durant Février, le bilan est plutôt mitigé. Ma seule véritable surprise tenait à Wonder (2017). Il ne me disait rien et pourtant… C’est une très belle histoire d’amitié, d’acceptation de soi et de l’autre, des différences. Ce film fut un mélange incroyable de moments d’émotion, de bonheur et de joie de vivre. Pour ma déception du mois, le grand gagnant est sûrement The Shape of water (2018), le nouveau film de Guillermo del Toro. Ce film a beaucoup fait parler de lui et j’avais encore en tête l’incroyable Labyrinthe de Pan (2006). J’ai pu retrouver la touche esthétique de Del Toro avec des plans travaillés, des couleurs sombres et bleutées. Je n’ai rien à redire des performances des principaux acteurs, Sally Hawkins et Michael Shannon. Là où je suis déçue, c’est concernant l’intrigue. L’histoire est sans surprise et la fin se devine bien avant qu’elle arrive. Elle n’apporte rien de plus au thème de la différence.

Parmi les autres films vus, il y a eu The Snowman (2017), Invincible (2014) qui est un bon film historique, La Tour sombre (2017). Elle fait partie des nombreuses adaptations de l’oeuvre de Stephen King de 2017. Malheureusement, je n’ai pas été conquise par cet univers (ou ce qu’ils en ont fait). Rien n’est abouti, l’univers et les personnages sont à peine effleurés. Je pense qu’il y avait matière à faire quelque chose de bien mieux. A futile and stupid gesture (2017) ainsi que Jupiter, Le destin de l’univers (2015) ne me laisseront pas un souvenir impérissable. Ils m’ont même un peu ennuyée… J’ai aussi vu (enfin) Dunkerque (2017) et ce fut une bonne surprise. Les plans aériens étaient époustouflants. Ce n’est pas non plus un coup de coeur, mais un film intéressant, plein de tension. J’avais un peu peu d’un Harry Styles acteur, mais ça passait. Le Crime de l’Orient Express (2017) fut le dernier film vue pour Février et il se finit sur une bonne note. Visuellement irréprochable, il réunit un très bon casting. Je ne me suis pas ennuyée et je me suis facilement prise au jeu, devinant un peu avant le dénouement le coupable. Une victoire pour moi ! De plus, il m’a vraiment donné envie de me plonger dans l’oeuvre d’Agatha Christie que je connais très mal, ayant seulement lu Dix petits nègres.

En parlant de romans, je dois avouer que c’est plutôt de ce côté que je suis sortie des sentiers battus en lisant deux romans de la rentrée littéraire de septembre 2017. Cela faisait un moment que je fuis non seulement les auteurs français mais également la rentrée littéraire. Je n’en ai plus lu depuis au moins quatre ans. J’y suis revenue avec deux ouvrages traitant de la Seconde Guerre mondial et qui furent récompensés par le prix Goncourt et le prix Renaudot. J’ai nommé L’ordre du jour d’Eric Vuillard et La disparition de Josef Mengele d’Olivier Guez. Si je suis un peu mitigée sur le livre de Vuillard, j’ai trouvé celui de Guez passionnant. Ils m’ont réconcilié avec les auteurs français. Au point d’en lire un autre qui sort également de mes lectures habituelles, une bande dessinée. Aveline m’a recommandé La Mort de Staline de Fabien Nury et Thierry Robin en prévision du film qui va bientôt sortir. Il a l’air franchement bien, quoique plus drôle que la BD. Bref, quasiment un sans faute pour les auteurs français et j’ai continué mon exploration en ce début du mois de Mars.

Pour les auteurs étrangers, j’ai adoré The Miniaturist de Jessie Burton qui propose une immersion dans les Pays-Bas de l’âge d’or. Il a d’ailleurs fait l’objet d’une adaptation sous la forme d’une mini-série par la BBC. Je compte également m’y intéresser car j’ai vraiment été conquise par cette histoire et les personnages. Je pense d’ailleurs lire son autre roman, The Muse dont l’intrigue se déroule dans le monde de l’art. Il ne peut que me plaire. Ma plus grande déception du mois va pour So near the horizon de Jessica Koch. Il m’a été chaudement recommandé et je parlerai plus en détail de ce livre dans un billet prochainement.

Du coup, dans mes envies de Mars, il y a encore des auteurs français. Je les découvre à nouveau et avec moins d’a priori qu’avant. 2018 commence sous leur signe, quand bien même ce n’était pas du tout ce que j’avais en tête pour de nouvelles découvertes. Je varie les plaisirs. J’aimerais aussi terminer Sapiens, A brief history of humankind de Yuval Noah Harari qui est un essai brillant et très bien écrit. Je ne fais aucune autre prévision que ce livre. Je ne suis pas habituée au pile à lire du mois, changeant souvent d’avis.

Pour finir, le mois de Février fut également riche culturellement, mais d’une autre manière. Je me suis enfin décidé à réellement me promener dans Metz. Je suis allé voir la Porte des Allemands, les vitraux de Jean Cocteau qui sont une merveille de beauté et de poésie. J’ai visité les deux expositions du Centre Pompidou. Dumb Types a un côté un peu dérangeant avec une scénographie plongée dans le noir, des bruits et des lumières qui clignotent. Et pourtant, certaines oeuvres avait un côté absolument fascinant. Elle est sincèrement à recommander, surtout que c’est la première fois que le collectif expose en France. Cependant, c’est avec la deuxième partie de Japanorama que j’ai été séduite. Je ne connaissais aucun des artistes présents, mais il y avait un certain nombre d’oeuvres sur lesquelles je me suis longuement attardée. Néanmoins, rien à comparer de l’Infinity Mirror Room de Yayoi Kusama. Ce fut un choc de la voir. Je pense qu’il s’agit de la plus belles oeuvres que j’ai pu voir de ma vie et je compte prochainement y retourner pour de nouveau m’y perdre. Je prépare un article dessus, il sera un peu différent de ce que je peux proposer sur le blog, mais j’ai envie d’un peu de changements.

Je vous retrouve le mois prochain pour un nouveau bilan culturel, de mes envies en la matière. Si vous avez des recommandations, des suggestions de westerns, de romans ou d’auteurs français, n’hésitez pas à me les laisser en commentaire.