ACEVEDO, Elizabeth • The Poet X (2018)

A young girl in Harlem discovers slam poetry as a way to understand her mother’s religion and her own relationship to the world. Debut novel of renowned slam poet Elizabeth Acevedo.
Xiomara Batista feels unheard and unable to hide in her Harlem neighborhood. Ever since her body grew into curves, she has learned to let her fists and her fierceness do the talking. But Xiomara has plenty she wants to say, and she pours all her frustration and passion onto the pages of a leather notebook, reciting the words to herself like prayers—especially after she catches feelings for a boy in her bio class named Aman, who her family can never know about. With Mami’s determination to force her daughter to obey the laws of the church, Xiomara understands that her thoughts are best kept to herself.
So when she is invited to join her school’s slam poetry club, she doesn’t know how she could ever attend without her mami finding out, much less speak her words out loud. But still, she can’t stop thinking about performing her poems.
Because in the face of a world that may not want to hear her, Xiomara refuses to be silent.

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Sorti en 2018, The Poet X d’Elizabeth Acevedo est un des romans que j’étais le plus impatiente de découvrir. Mon premier de l’auteur, à vrai dire. Outre une couverture très jolie, le roman a de nombreux arguments pour faire pencher la balance en sa faveur. Les thèmes qu’il semblait aborder ont une portée universelle et des résonances dans l’actualité. De plus, la forme sous laquelle il se présente est intéressante : écrire tout un roman en slam. Un pari que je trouve audacieux.

Qu’est-ce que le slam ?

Le slam est un genre poétique particulier qui vient du mot anglais « to slam » signifiant claquer. Il se distingue par des règles minimales dans la construction du texte, il en existe certaines lors de soirées slam qui sont d’ailleurs présentées dans l’ouvrage. C’est une poésie qui se veut surtout orale et il peut autant être déclamé que chanté. Un des grands compositeurs de slam en France est Grand Corps Malade. Ce n’est pas forcément le genre littéraire, poétique avec lequel je suis le plus familière, mais j’aime aussi prendre des risques et diversifier mes lectures. 

Une poésie orale, mais écrite ?

La forme originale de ce roman est une des raisons pour lesquelles j’ai eu envie de me plonger dans The Poet X. Il peut sembler contradictoire d’écrire tout un roman en utilisant les codes d’une poésie qui se veut avant tout oral. Comment faire passer cette moralité dans un texte écrit ? En écoutant, par exemple Grand Corps Malade déclamer ses slams, il y a beaucoup de rythme qui donne du sens au texte, mais également qui fait jouer les mots et leurs sonorités. Pourtant, Elizabeth Acevedo réussit brillamment à donner une certaine moralité aux différents textes de Xiomara et certains plus que d’autres, il est vrai. 

Il y a des entrées que j’avoue avoir lu à voix haute pour bien m’imprégner des mots, leur donner tout leur rythme et leur sens. D’autres n’en ont pas eu besoin. Globalement, je pense que c’est une réussite et que le caractère oral des textes est parfaitement rendu. En même temps, l’auteur connaît son sujet, car elle pratique elle-même le slam. De proposer un roman mettant en avant ce genre poétique est intéressant, car cela permet de mieux le faire découvrir, surtout à travers un ouvrage destiné à un public jeune adulte. Un autre aspect qui me fait dire que le roman est une réussite de ce point de vue est le fait que les sentiments sont très bien retranscrits et, en tant que lectrice, je me suis surprise à les partager en même temps que Xiomara, le personnage principal du roman. J’ai ressenti sa rage, sa révolte, sa colère, sa fierté aussi de s’impliquer dans quelque chose qui lui tient à coeur et pour laquelle elle est douée. Il y a un lien très étroit entre les émotions et les textes qui fait que l’oralité et le ton donné sont faciles à déduire. 

Et l’histoire dans tout ça ?

C’est une histoire classique en tout point et le lecteur peut y retrouver des schémas narratifs connus. Xiomara grandit dans une famille dans laquelle la religion catholique tient une place extrêmement importante et il est inenvisageable d’avoir des relations sexuelles avant le mariage, où il est à peine question d’embrasser un garçon alors que le personnage principal expérimente les premiers émois amoureux, ce qui est parfaitement normal à son âge. Du coup, il y a aussi la perception de l’homosexualité. Les parents sont peu ouverts d’esprit et il est impossible de communiquer avec eux. Alors, leurs enfants leur cachent des choses essentielles de leurs vies. Très vite, le drame se pressent du fait des positions de chacun. L’intrigue rentre parfaitement dans une suite logique des événements. Cependant, le roman reste très agréable à lire et je n’ai pas boudé mon plaisir. Certes, l’originalité de la proposition de l’auteur joue peut-être un peu ainsi que le fait qu’elle nous place directement dans le coeur émotionnel de l’histoire en me donnant accès aux pensées les plus intimes de Xiomara. 

De plus, il y a de nombreuses thématiques qu’Elizabeth Acevedo aborde et qui s’inscrivent dans l’actualité. L’homosexualité en fait partie, ainsi que l’homophobie sans pour autant être approfondi. Elles doivent être évoquées dans deux passages dans mes souvenirs. J’ai été plus sensible à la question du corps du personnage principal. Elle évoque souvent le regard des hommes sur son corps, leurs remarques. Il y a une entrée à ce sujet que j’ai trouvé criante de vérité et dans laquelle je me suis complètement projetée. Quelle femme n’a jamais vécu ce qu’elle y décrit ? Les regards appuyés, les commentaires… J’ai trouvé la position de la mère assez choquante et effrayante. Elle éduque sa fille à avoir honte de son corps, à le cacher pour justement ne pas attirer le regard des hommes. Le deuxième thème que je retiens après cette lecture est aussi la manière dont elle s’épanouit quand elle fait ce qu’elle aime. Elle ose s’opposer à ses parents, à remettre en question ses croyances et à ré-apprendre à communiquer au sein de sa famille. 

D’un autre côté, il y a un aspect du roman avec lequel j’ai eu un peu de mal et c’est l’omniprésence de la religion catholique. Cela tient à des raisons totalement personnelles et mon blog n’est pas forcément le lieu pour en parler. Tout est toujours ramené à la foi catholique de la mère qui tient sa famille sous son joug parce qu’elle place ses croyances au coeur de tout et avant le bien-être de ses enfants. C’est aussi une réalité sociale qui n’est pas forcément la mienne, mais que je peux concevoir. Toutefois, ce point précis du roman ne m’en a pas donné une vision totalement négative du roman, qui par ailleurs, a été une très bonne lecture et qui n’était pas loin du coup de coeur. Il forme un tout avec les autres parties du roman. Au final, c’est plus la surprise de le trouver là.

The Poet X est à la fois original dans sa forme et un fond intéressant qui peut parler à de nombreux jeunes et même à des adultes, notamment pour les question relatives au corps, au sexisme. Je l’ai déjà recommandé à ma petite soeur de vingt-et-un ans et je reste persuadée que c’est un roman qui peut être mis dans toutes les mains. J’en garde personnellement un bon souvenir et le sentiment que c’est le type d’ouvrage que je pourrai relire sans problème. 

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TOLSTOÏ, Léon • Anna Karénine (1886)

La quête d’absolu s’accorde mal aux convenances hypocrites en vigueur dans la haute société pétersbourgeoise de cette fin du XIXe siècle. Anna Karénine en fera la douloureuse expérience. Elle qui ne sait ni mentir ni tricher – l’antithèse d’une Bovary – ne peut ressentir qu’un profond mépris pour ceux qui condamnent au nom de la morale sa passion adultère. Et en premier lieu son mari, l’incarnation parfaite du monde auquel il appartient, lui plus soucieux des apparences que véritablement peiné par la trahison d’Anna. Le drame de cette femme intelligente, sensible et séduisante n’est pas d’avoir succombé à la passion dévorante que lui inspire le comte Vronski, mais de lui avoir tout sacrifié, elle, sa vie de femme, sa vie de mère. Vronski, finalement lassé, retrouvera les plaisirs de la vie mondaine. Dans son insondable solitude, Anna, qui ne peut paraître à ses côtés, aura pour seule arme l’humiliante jalousie pour faire vivre les derniers souffles d’un amour en perdition. Mais sa quête est vaine, c’est une « femme perdue ».

Classique de la littérature russe, Anna Karénine a été le seul que j’ai lu pendant longtemps. Même si j’en ai gardé des bons souvenirs, je n’étais pas allée au-delà de ma découverte de Tolstoï et de la culture russe. Je me suis rattrapée depuis ! À l’occasion du passage à Montpellier du ballet de Boris Elfman de Saint-Pétersbourg, j’en ai profité pour relire ce roman… Pour mon plus grand plaisir.

Anna Karénine fait partie des rares classiques que je relis avec plaisir et j’ai presque eu l’impression de le redécouvrir. C’est une histoire qui me touche à chaque fois. Souvent pour des raisons différentes. La première fois que je l’ai lu, c’était le couple Kitty/Levine qui m’avait captivé. Je l’avais trouvé presque parfait. À la relecture, ils le sont un peu moins que dans mes souvenirs. Ils ont aussi leurs failles et leurs imperfections. Durant ma lecture, c’était plutôt Anna et Vronsky qui m’ont intéressé, leur coup de foudre au premier regard, leur passion absolue et destructrice. J’ai abordé la manière dont Tolstoï aborde la folie de son personnage féminin. D’abord par touche, puis tout d’un coup.

La plume de l’auteur est parfaite. En premier lieu, les descriptions permettent au lecteur de visualiser parfaitement les lieux et les personnages, les différentes ambiances, tout en décrivant la société russe de la fin du XIX siècle. À chaque page, Tolstoï nous donne à voir le poids des convenances sociales qui écrasent les femmes et les mettent au ban de la société dès lors qu’elles sortent du moule. Anna l’illustre parfaitement. En choisissant de suivre son coeur, elle est sortie de la bonne société. Il nous montre parfaitement à quel point la décision d’Anna la rend parfois heureuse, mais également très malheureuse. C’est aussi l’hypocrisie qui règne dans cette société qui m’a frappé. Le personnage principal est autant admiré, un brin jalousé par certaines de ses connaissances. À côté de ça, elle est aussi traité en paria. Toute cette fresque sociale est un des aspects les plus fascinants de cette oeuvre monumentale et je pourrai parler pendant des heures durant de ce simple point de ce roman.

Et ce n’est pas le seul ! Je pourrai aussi consacrer de longues minutes aux différents personnages, notamment les principaux. Ce qui est également remarquable aussi concerne l’épaisseur qui est donnée aux personnages secondaires dans l’intrigue. Ils sont aussi bien construits qu’Anna ou Vronsky, par exemple. Au final, j’ai eu le sentiment de lire un véritable portrait de la société russe à cette époque et pas uniquement du point de vue des convenances sociales. Sont également évoquées les relations entre les différentes classes sociales. C’est passionnant et cela aurait pu se dérouler en vrai. J’adore ce genre de romans qui s’intéressent à parts égales aux personnages, à l’histoire et à la société dans laquelle l’intrigue prend place pour donner quelque chose de très réaliste. C’est un régal à lire, surtout avec la plume de Tolstoï.

De cette relecture, c’est surtout Anna que je retiens. Sa peine et sa détresse sont parfaitement retranscrites ainsi que toutes les émotions présentes dans le roman. Un autre sentiment que j’ai ressenti tout au long de ma lecture est une horrible attente en pressentant le drame qui arrive inéluctablement. Les graines de ce dernier sont plantées dès les premiers chapitres. J’ai adoré le parallèle entre la première rencontre entre Anna et Vronsky et la fin de leur histoire d’amour et la manière dont le drame monte crescendo. Cependant, j’aurai aimé que le roman s’achève sur cette dernière scène. La tension dramatique est à son apogée et cette chute clôt parfaitement le roman. La dernière partie serait presque en trop à mon avis, elle gâche un peu ce qui s’est passé avant.

Il n’en reste pas moins qu’Anna Karénine est un énorme coup de coeur. J’avais envie de le relire depuis des années et c’est désormais chose faite. Plus encore, je me sens prête à me lancer dans Guerre & Paix, dont je n’ai pas encore tenté la lecture.

SULLIVAN, Deirdre • Tangleweed & Brine (2017)

A collection of twelve dark, feminist retellings of traditional fairytales are given a witchy makeover, not for the faint-hearted, from one of Ireland’s leading writers for young people. You make candles from stubs of other candles. You like light in your room to read. Gillian wants thick warm yellow fabric, soft as butter. Lila prefers cold. All icy blues. Their dresses made to measure. No expense spared. And dancing slippers. One night’s wear and out the door like ash. You can’t even borrow their cast-offs. You wear a pair of boots got from a child. Of sturdy stuff, that keeps the water out and gets you around.

L’ouvrage retenu pour le club de lecture de novembre de la librairie anglaise de Montpellier a été Tangleweed & Brine de l’auteur irlandaise Deirdre Sullivan. Ce sont des réécritures de contes célèbres qui se déclinent sous la forme de petites nouvelles d’une quinzaine de pages, chacune étant illustrée par une pleine page de Karen Vaughan.

Comme bien souvent avec les recueils de nouvelles, j’ai eu quelques préférences pour l’une ou l’autre des histoires. Bien souvent, je retiens les réécritures des contes que j’ai toujours appréciés comme Le Petit Chaperon rouge, La Petite Sirène ou La Belle et la Bête. Ce sont des récits dont je me souviens encore parfaitement des rebondissements et des enjeux. Je les connais presque par coeur. D’autres n’ont que de vagues résonances comme Raiponce ou Peau d’âne. Cependant, cela ne veut pas dire qu’elles ont été moins appréciées. Bien au contraire, je les découvre. C’est aussi là que réside le talent de l’auteur. Elle propose une lecture inédite et originale de ces histoires qui ont marqué notre enfance.

Deirdre Sullivan prend un point de vue qui est très intéressant. Elle laisse la parole aux princesses des contes. Ces dernières sont loin d’être les gentilles héroïnes à la Disney. Elles nous montrent leur côté sombre qu’elles embrassent sans aucune honte. Elles ne font pas ce qu’elles attendent d’elles, préférant vivre leurs vies. Elles utilisent la magie pour se venger… Bref, ce sont autant de personnages qui s’éloignent de notre vision d’elles. J’ai adoré ces différents portraits de femmes et filles, pris sous un angle plus sombre, plus psychologique et plus féministe.

Et c’est d’autant plus un plaisir à lire que chacune des réécritures sont parrainent écrites. Chacune d’entre elles est un petit bijou. Le style d’écriture du conte est présent et empreint de poésie. C’est de la belle prose anglaise et les illustrations de Karen Vaughan renforce la magie des nouvelles proposées par l’auteur. Elles sont magnifiques et collent parfaitement à l’ambiance très noire et torturée, tout en célébrant la beauté de la femme.

Tangleweed & Brine est une belle surprise et j’en garde définitivement un bon souvenir dans la mesure où il change de ce que j’ai pu lire jusqu’à maintenant dans ce genre littéraire. C’est encore un roman catégorisé « young adult » qui pourrait se retrouver dans toutes les mains.