Vassili Axionov • La saga moscovite I (1992)

À travers les destinées des Gradov, grands médecins, grands militaires, et celles des petites gens qui les entourent, c’est toute la Russie qui respire… comme elle peut, en l’une des périodes les plus dramatiques qu’elle ait connues : 1924-1953, dates du «règne» de Staline. Les Gradov sont des personnages bien romanesques, pris dans une vie quotidienne faite d’ambition, de dévouement, de contradictions, de passions, de rires. Les véritables sagas modernes sont, dans la littérature universelle, rarissimes. Celle-ci mérite bien son nom tant l’horizon qu’elle embrasse est vaste, tant sa phrase est exubérante et précise, tant ses personnages et leur fortune sont attachants. Telle est la magie d’un grand écrivain.

La première raison qui a présidé à l’organisation du mois russe qui arrive en décembre a été de découvrir la littérature du pays. Au moment où cette idée a germé, je n’avais lu qu’Anna Karénine de Léon Tolstoï… Autant dire que je n’étais pas une grande spécialiste de la littérature russe et j’en ai lu quelques uns depuis et c’est un style de lecture que j’apprécie de plus en plus.

Pour m’initier à la littérature contemporaine, j’ai suivi les recommandations d’H. qui organise ce mois dédié à la Russie avec moi. Il m’a parlé en des termes très élogieux de cette fresque familiale qui raconte l’histoire sur trois générations des Gradov. Le premier tome est impressionnant, il comporte plus de mille pages et les deux premiers romans de La saga moscovite. C’est à dire La génération d’hiver et Guerre & Prisons, magnifique clin d’oeil à Guerre & Paix qui est souvent cité par l’auteur (une prochaine lecture ?). J’y suis allée un peu à reculons devant ce pavé. J’avais quelques préjugés tenaces sur la littérature russe, notamment sur son côté indigeste, la multitude des personnages et leurs différentes manières d’être nommés… Cependant, le côté saga familiale est un premier argument en sa faveur, le contexte historique un deuxième. Pour ce premier tome, l’intrigue se déroule de la montée de Staline au pouvoir jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Comment Vassily Axionov m’a réconcilié avec la littérature russe ?

Il m’a certes fallu près de deux semaines pour venir à bout de cette petite brique, mais je m’y remettais chaque soir avec plaisir et pour mon plus grand bonheur. Dès les premières pages Axionov m’a happé dans la vie de cette famille moscovite qui tente tant bien que mal à garder son unité, leur famille intacte malgré l’histoire mouvementée de la Russie durant la majorité du XX siècle. Les Gradov sont une première raison de mon coup de coeur absolu pour ce premier tome. Ils se composent d’une première génération, Boris et Marie, de leurs enfants ensuite – Nikita, Kirill et Nina-, des conjoints et des enfants de ces derniers.

Aux premiers abords, cela semble faire beaucoup de personnages et ma première pensée a été de me dire que je ne m’en sortirai jamais, sachant qu’il faut rajouter également les personnages secondaires de l’intrigue. En réalité, les différents membres de la famille Gradov sont facilement reconnaissables et identifiables du fait de leur caractère diamétralement opposés et des chemins divers qu’ils prennent. Les liens et connexions avec les autres cercles se font aussi très vite et de manière très claire. Pour la famille, malgré leurs profils très variés, Axionov arrive à les rendre tous sympathiques aux yeux du lecteur. Rapidement, un lien s’est créé, car j’ai l’impression de faire partie de la famille ou de l’observer, comme un petit animal à la fenêtre, sentiment qui est renforcé par certains procédés narratifs mis en place par l’auteur et que j’évoquerai plus tard. J’ai véritablement vécu cette lecture au rythme de la famille Gradov. J’ai partagé leurs peines, leurs joies, leurs peurs d’être réveillés la nuit par la Tchéka… L’auteur m’a passionné du début à la fin.

Ce premier tome s’intéresse surtout à Nikita et Nina. Cette dernière permet de croiser certaines figures de la vie culturelle de l’époque, qu’ils soient auteurs, poètes ou peintres comme Pevsner. Je pense que le prochain tome mettra l’accent sur le deuxième frère, Kirill Gradov qui est relativement effacé de ce premier opus. Les dernières pages le réintroduisent et je suis à deux doigts de me jeter sur cette suite pour connaître le dénouement de La saga moscovite. 

L’intrigue qui se développe sur un peu plus de mille pages est prenante et je ne pensais pas du tout à me retrouver un peu trop souvent à une heure du matin avec le livre encore entre les mains et, pourtant, j’ai souvent été incapable de le mettre de côté. Mes pensées y revenaient tout le temps. Vassili Axionov maîtrise le suspens d’une main de maître, sans avoir recours à des cliffhangers racoleurs pour que le lecteur continue. Je n’ai jamais eu à me forcer une seule seconde pour engloutir des pages et des pages. Il donne toujours envie d’en savoir plus. Souvent, je pressentais qu’un drame allait survenir par des changements d’ambiance, des indices. Comment, dans ces cas, poser le livre ne serait-ce qu’une minute ? Absurde et impensable !

Il faut aussi dire qu’Axionov mêle brillamment l’histoire et le destin des Gradov, personnages totalement fictifs, avec la grande Histoire. Je l’ai rapidement évoqué quand je parlai de Nina qui nous fait croiser des grands noms de la scène artistique et culturelle russe. Cependant, elle n’est pas la seule. Nikita et Boris nous font rencontrer Staline, Joukhov, Lavrenti Béria… J’adore quand la réalité historique et la fonction se mêlent si parfaitement que je ne sais plus vraiment dire là où l’une commence et l’autre finit. Même en sachant que les Gradov n’ont pas réellement existé, il est impossible de ne pas les prendre comme étant réels. Ils sont aussi tellement humains avec leurs sentiments, leurs craintes, leurs défauts et leurs erreurs.

De plus, le contexte historique est parfaitement posé, donnant l’impression aux lecteurs d’y être. Les descriptions de l’auteur sur la ville de Moscou m’ont donné envie de m’y rendre juste après avoir terminé le roman. Je rêve de pouvoir visiter la Russie un jour et j’ai presque eu le sentiment d’y être pendant quelques pages, d’avoir fait un bon dans le temps également. L’ambiance est retranscrite à la perfection.

La plume d’Axionov est incroyable et d’une beauté à couper le souffle. Il y a des passages très surprenants dans ce roman, inattendu serait aussi un bon qualificatif. Il y a des moments où l’auteur reprends des passages de la presse internationale et soviétique. C’est à la fois intéressant et perturbant, car je ne comprenais pas toujours les choix de l’auteur. À d’autres chapitres, le lecteur se glisse dans le corps d’un petit animal et c’est son point de vue. Il vient proposer un changement dans la narration qui me semblait intéressant. Ils étaient des grandes figures de l’histoire de la Russie comme Catherine de Russie. Ils permettent d’apporter une autre réflexion sur les événements en cours. Il y a de longs paragraphes qui sont renversants de beauté et de signification. La plume d’Axionov est probablement l’une des plus belles que j’ai pu lire.

M’envoler pour toujours et mourir au loin, songea-t-elle avec force. Quelques mois plus tard, elle avait traversé l’Europe en guerre et venait de se poser sur les tuiles d’un toit, près de la fenêtre d’une mansarde par laquelle on apercevait un homme chauve en maillot de marin. Elle examina de plus près la pente des toits et pleura de les reconnaître. Cependant, le chauve à l’oeil perçant l’avait, d’un seul trait de crayon, portée dans son album, avec son plumage hérissé.

Encore quelques années et ce dessin deviendrait le symbole de paix dont les profiteurs de la guerre froide devaient assez joliment faire leur beurre.

Vassili Axionov, La saga moscovite I, p.697 (Folio).

La saga moscovite est un énorme coup de coeur et j’ai bien fait de suivre les recommandations d’H. pour ce roman (merci !). J’ai adoré chaque aspect de ce livre et, heureusement, il me reste encore le deuxième et dernier tome à lire pour prolonger cette merveilleuse expérience. Il faut lire Axionov. Il m’a définitivement réconcilié avec la littérature russe, en explosant tous les préjugés que j’avais pu avoir au passage.

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BlacKkKlansman (2018)

Au début des années 70, au plus fort de la lutte pour les droits civiques, plusieurs émeutes raciales éclatent dans les grandes villes des États-Unis. Ron Stallworth devient le premier officier Noir américain du Colorado Springs Police Department, mais son arrivée est accueillie avec scepticisme, voire avec une franche hostilité, par les agents les moins gradés du commissariat. Prenant son courage à deux mains, Stallworth va tenter de faire bouger les lignes et, peut-être, de laisser une trace dans l’histoire. Il se fixe alors une mission des plus périlleuses : infiltrer le Ku Klux Klan pour en dénoncer les exactions.

Durée : 2 heures 08 minutes

Un film de : Spike Lee

Avec : John David Washington ; Adam Driver ; Topher Grace…

Ce film de Spike Lee, inspiré par une histoire vraie, est un des films que j’attendais avec le plus d’impatience pour plusieurs raisons. Je suis toujours friande de films basés sur des faits réels et plus encore par les bio pics. Le thème du racisme et du Ku Klux Klan est aussi un aspect qui me semblait intéressant et j’avais très envie de voir comment le réalisateur allait l’exploiter. Ce sujet est au coeur de l’actualité et de nombreux films sortent en réponse du mouvement « Black Lives Matter » et de la recrudescence du racisme aux États-Unis. Il y a eu Détroit, par exemple et, en 2019, sortira The Hate U Give, inspiré du roman du même nom.

Avant d’entrer au coeur du sujet, quelques considérations sur le casting et plus particulièrement sur les deux têtes d’affiche. Premièrement, un fils de… qui fait son entrée dans le monde du cinéma et elle est plutôt fracassante. J’ai nommé John David Washington, fils de Denzel Washington. Il est incroyable d’un bout à l’autre où il démontre un grand talent. Il a parfaitement su montrer les conflits de son personnage, de sa volonté de tout faire pour infiltrer le Ku Klux Klan, tout en devant jongler avec le racisme quotidien… Il irradie à l’écran et ce rôle semblait fait pour lui. Il était Ron Stallworth. Le deuxième acteur est Adam Driver. J’ai longtemps eu une relation compliquée avec cet acteur et j’ai mis du temps à l’apprécier, même si, parfois, il m’insupporte encore. Moins qu’avant, je lui trouve quelques mérites. J’ai tendance à penser qu’il en fait un peu trop dans son jeu, au risque de perdre en crédibilité. Dans Girls, il était insupportable (mais, au final, tous les acteurs de cette série étaient ainsi). Je me suis un peu réconciliée avec lui dans le premier Star Wars, The force awakens. Dans The Last Jedi, je n’ai pas toujours été convaincue par son jeu. J’avais un peu dans BlacKkKlansman. En fait, il est plus que parfait dans le rôle de Flip Zimmerman. Son jeu est fin, subtil et son personnage est l’un des plus attachants du film. Il n’en rajoute pas, avec une belle présence à l’écran. Les deux formes en bon duo, sans se faire de l’ombre.

Ce film, l’adaptation du livre de Ron Stallworth sur son infiltration durant sept mois du Ku Klux Klan, est percutant. Certaines scènes restent gravées dans les mémoires et la réalisation a été absolument parfaite, servant à merveille le propos de Spike Lee. Si je dois en retenir une seule, je dirai le moment où les membres du Ku Klux Klan regardent un film pendant que l’association étudiante de Patrice reçoit un intervenant qui raconte l’assassinat d’un jeune afro-américain, Jesse Washington. Crime raciste et qui répond justement au film que les suprématistes blancs sont en train de regarder. Ces deux moments qui s’alternent m’ont mis mal à l’aise, tout en étant une immense claque et prise de conscience. Pour moi, ce fut une des scènes les plus puissantes du film.

Par ailleurs, j’ai aimé la manière dont le sujet est traité. La bande-annonce laissait présager des moments d’humour. Ils sont parfois des touches bienvenues, car le film est, de temps à autre, oppressant. Comme je l’ai dit, j’ai quelques fois été mal à l’aise, à dessein. Le réalisateur associe la violence des gestes à la violence des paroles et certains discours tenus peuvent marquer. Les mots choisis sont violents et plein de haine. Pourtant, tout est bien balancé, l’humour, la violence… BlacKkKlansman remue parfois le spectateur. Nous pouvons dire que de tels discours ne passent plus aujourd’hui. Vraiment ?

C’est là que la fin du film vient tout mettre en perspective. Elle est totalement inattendue et je pensais pas que le réalisateur terminerait son film ainsi. Pourtant, c’est totalement logique et je ne peux pas imaginer une qui soit meilleure, car elle donne une toute autre portée au film en l’inscrivant dans l’actualité. Rien ou presque n’a changé depuis les années 1970. Et les images de Charlottebourg et des événements qui sont survenus après le démontrent bien. Ce discours de haine et d’intolérance est toujours présent et il continue à séduire. Il était essentiel de le rappeler. Cela renforce le côté glaçant et la prise de conscience du spectateur, tout en constituant la claque finale.

BlacKkKlansman a été un énorme coup de coeur dont j’ai adoré tous les aspects : la manière de raconter l’histoire, la réalisation, la musique, les acteurs… Ce fut brillant et ce Grand Prix au Festival de Cannes est largement mérité. Il est clairement un des films à voir cette année.

La Culture avec un grand A et du latte #4

J’essaie de reprendre mes bonnes habitudes de présenter un petit bilan culturel du mois écoulé. J’ai eu un peu de relâchement ces derniers mois avec le mémoire et le stage. Cela a été un petit mois d’août avec tout de même quatre coups de coeur pour deux films et deux livres. Je vous laisse découvrir tout cela en détail et je commence par les films.

Je ne suis malheureusement pas déplacée dans les salles obscures en août. J’en ai profité pour rattraper quelques films que je voulais absolument voir ces derniers mois ou l’année dernière. J’ai enfin vu The Greatest Showman qui a beaucoup fait parler de lui lors de sa sortie. Il a été mon premier coup de coeur du mois avec une histoire bien rythmée, une esthétique magique et surtout une bande-son de folie. J’écoute encore en boucle This is me, From now on ou Never enough. Je comprends mieux les bons échos que j’ai pu avoir du film ces derniers mois.

Battle of sex, un biopic sur une figure féministe du tennis féminin dans les années 70. Je n’y connais absolument rien à ce sport, je n’ai jamais été une amatrice de tennis. Aussi, je n’ai jamais entendu parler de Billie Jean King. Pourtant, cela ne m’a pas empêché d’apprécier ce film et son combat pour l’égalité entre les joueuses et les joueurs de tennis en démontrant que les femmes sont tout aussi bonnes voire même meilleures que les hommes. Même si l’issu du match final se devine, le film reste prenant, engagé. Cependant, ce n’est pas un coup de coeur.

Mon dernier coup de coeur cinématographique va pour La mort de Staline, adaptation de la bande-dessinée de Thierry Robin et Fabien Nury que j’ai lu au début de l’année et que j’ai beaucoup aimé. Je ne parlerai pas plus en détail du film, j’ai prévu de le présenter lors du Mois Russe en décembre. À côté de ces trois films qui m’ont plutôt marqué, il y en a deux autres qui, sincèrement, ne m’ont guère laissé un souvenir impérissable : The Call Up, dont j’ai du mal à me souvenir de quelques scènes marquantes et Rampage avec The Rock, vite vu et tout aussi vite oublié. 

Au niveau des lectures, j’ai commencé à explorer la littérature russe en prévision du mois de décembre pour voir vers quels auteurs me diriger. La première lecture a été L’Organisation de Maria Galina dont un avis détaillé a déjà été publié sur le blog. Vous pouvez le lire en suivant ce lien. J’ai ensuite enchaîné avec un auteur russe classique, Alexandre Pouchkine avec La Dame de pique suivi des Récits de feu Ivan Petrovitch Belkine. Une découverte et un presque coup de coeur pour la première nouvelle. Avec ces deux premiers livres, je pars plutôt confiante pour partir à la découverte de la Russie ! Le dernier que j’ai lu en lien avec ce pays est Bienvenue chez les Russes de Kirill Privalov. Pareil, je n’en dis pas plus pour le moment, car il ouvrira le mois russe.

Le tout premier livre que j’ai pu lire en août a été l’essai de Philippe Sands, récompensé lors de la dernière rentrée littéraire, East West Street dont une chronique a déjà été publiée, et je vous remets également le lien. Je suis restée dans le thème de la Seconde Guerre mondiale avec un Philip Kerr, La Dame de Zagreb. Un coup de coeur absolu, même si ce n’est pas le meilleur de la série. J’ai encore bien en tête l’avant-dernier que j’ai lu, Les ombres de Katyn (chronique). Cependant, c’est toujours aussi prenant et intéressant à lire. Je me suis aussi intéressée à la Première Guerre mondiale, en prévision du mois de novembre qui sera placé sous le signe de la commémoration du centenaire de la fin de la Grande Guerre. À ce titre, j’ai lu une bande-dessinée autour de la figure du Baron rouge qui se développe sur trois tomes : Le bal des mitraillettes, Pluie de sang et Donjons et dragons de Pierre Vers et Carlos Puerta. Mon avis sera présenté à ce moment-là. 

Deux grosses déceptions également avec deux romans dont j’attendais beaucoup. Le premier fut les mémoires d’Ariel Levy, The rules do not apply. Il est classé dans les lectures féministes, une thématique que j’apprécie énormément et dans lequel je n’hésite pas à découvrir de nouveaux titres. Sincèrement, je ne l’ai pas trouvé intéressant pour un sou. Je ne me suis pas attachée à cette auteur, à ressentir une quelconque émotion. Pourtant, elle évoque les drames qui ont frappé sa vie, comment elle s’en est sortie. Je n’ai eu aucune affinité dès le début et, finalement, j’ai rapidement abandonné. Ma deuxième déception va pour Sweet d’Emmy Laybourne. Depuis un moment que j’ai eu envie de le lire, j’ai été déçue que la romance prenne trop de place. Pour un avis plus détaillé, je vous renvoie vers ma chronique. 

Enfin, je finis sur une note plus positive en vous parlant de mon dernier coup de coeur littéraire du mois… À l’ombre de nos secrets de Lily Haime. Une magnifique romance homosexuelle sous fond de Seconde Guerre mondiale. J’ai autant pleuré que vibré avec les personnages. Cette histoire m’a transporté, bouleversé et j’ai adoré tous les personnages qui constituent la famille de Julien, le personnage principal. Au final, il y a aussi beaucoup d’espoirs dans cette histoire. Je ne peux que le recommander.

L’Organisation (2009) > Maria Galina

URSS, 1979, à la veille des Jeux Olympiques. En cette période de stagnation, la vie est rude : pénurie de biens, queues interminables et suspicion partout. Rosa, 17 ans, accepte à contrecoeur un emploi au service sanitaire du port, bureau SSE/2. Ce qu’elle est censée y faire n’est pas évident, et ce ne sont pas ses collègues revêches qui vont l’aider à y voir plus clair. Peu importe, entre deux rapports à saisir, Rosa s’évade sur les traces d’Angélique, marquise des anges… Il y a bien Vassili, le « spécialiste » du SSE/2, mais ce qu’il raconte n’a aucun sens : que sont ces parasites de deuxième catégorie qu’il traque ? Quel lien avec les cadavres atrocement mutilés découverts par la police ? Et quelle est cette ombre qui la suit dans la nuit ? En découvrant le véritable rôle du SSE/2, Rosa va vivre une aventure qui surpasse de loin celles de son héroïne préférée…

En attendant le lancement officiel du mois russe en décembre prochain, je tâte un peu le terrain en avance. Notamment pour savoir vers quels auteurs me diriger. Maria Galina est une auteur russe contemporaine dont je n’ai jamais entendu parler jusqu’à présent. Je me suis perdue dans les méandres de son Organisation grâce à sa couverture colorée et à son résumé qui rappelle un peu Ghostbuster et les chasses aux fantômes. Un bon programme en perspective !

En refermant ce livre, je suis un peu déboussolée. Clairement, ce roman ne m’a pas laissé indifférente, mais de là à dire que j’ai adoré, ce serait peut-être exagéré. J’ai eu tout au long de l’intrigue une relation d’amour/haine avec ce livre. Des éléments qui ont pu me plaire pendant quelques pages pouvaient m’énerver après. Ça a été surtout le cas des personnages qui passent d’intéressants à agaçants, puis j’ai eu envie d’en savoir plus sur eux. Ils sont parfois attachants et bien souvent, je me suis retrouvée prise entre deux positions contradictoires.

Je peux aussi ramener ça à l’intrigue. J’ai pu avaler des pages entières en le trouvant absolument génial et voulant toujours en connaître davantage. À d’autres moments, j’ai été à deux doigts d’abandonner ma lecture. Je n’ai jamais eu de demi-mesure avec ce roman.

Il m’a aussi fait connaître quelques frustrations. Maria Galina a l’art de passer du coq à l’âne sans prévenir. J’ai été souvent prise au dépourvu, me demandant si je n’avais pas raté quelques pages. J’ai relu un certain nombre de paragraphes pour voir quelle était la suite logique. Il n’y en a pas ou pas toujours. C’est un style parfois déroutant. Deuxième frustration également avec la fin du roman, où j’ai eu le sentiment que beaucoup choses sont restées en suspend.

Cependant, il y a quelque chose dans ce roman que je ne saurai décrire et qui a su me charmer, faisant pencher la balance vers le positif. Est-ce l’univers ? Il est original et, en quelques mots, l’auteur arrive parfaitement à créer un monde avec une organisation, des objectifs à atteindre… Il y a aussi un réalisme social qui m’a plu. Le contexte historique et social est passionnant et il s’en ressent dans chacune des pages : l’atmosphère un peu lugubre, le moral au plus bas, les magasins quasiment vides… Ce sont autant de petit plus qui, au final, font que je garde tout de même une bonne impression de ce roman.

Pour une première immersion dans la littérature russe contemporaine, je ne suis pas déçue. Maria Galina a su me transporter dans son monde et me faire vivre aux côtés de son Organisation. Il s’agit malheureusement de l’unique roman traduit en français de l’auteur.

Sweet (2015) / Emmy Laybourne

Solu’s luxurious celebrity-filled Cruise to Lose is billed as « the best cruise since the Titanic, » and if the new diet sweetener works as promised – dropping five percent of a person’s body weight in just days – it really could be the answer to the world’s obesity problem. But Laurel is starting to regret accepting her friend Viv’s invitation. She’s already completely embarrassed herself in front of celebrity host Tom Forelli (otherwise known as the hottest guy ever!) and she’s too sick to even try the sweetener. And that’s before Viv and all the other passengers start acting really strange. BUT WILL THEY DIE FOR IT, TOO?

Sweet est un roman que j’avais très envie de lire depuis de nombreuses années. Je l’ai repéré dès sa sortie anglaise et il m’a fallu un peu de temps avant de mettre la main dessus et découvrir qu’il n’en valait pas totalement le coup. Pourtant, le livre avait de bons arguments : une croisière de luxe qui tourne à l’apocalypse, une drogue qui rend tout le monde légèrement accro et zombie, sous fond de body positiv. Je signe tout de suite sans y penser deux fois.

L’aspect « body positiv » du roman est peut-être ce que je retiens le plus de ma lecture. Je ne le retrouve pas toujours dans les romans que je peux livre, peut-être dans la poésie contemporaine féministe comme Rupi Kaur ou Amanda Lovelace. Emmy Laybourne part d’une idée qui a de quoi faire rêver : le Solu. Il s’agit d’une espèce de sucre en poudre qui vous permet de perdre 5 à 10% de la masse corporelle, tout en mangeant absolument tout ce que les personnes veulent. L’auteur exprime son idée à travers les trois principaux : Vivika est accro au Solu ; Laurel qui trouve que son corps est parfait comme il est, malgré quelques kilos en trop ; Tom qui s’est taillé le corps qu’il rêvait en mangeant sainement et en faisant énormément de sport. Ils illustrent chacun un aspect de notre relation à notre relation à notre corps. Je me suis retrouvée dans Vivika, sans grande surprise. Je suis loin d’être une Laurel qui s’accepte comme elle est. J’ai pensé que ce choix de personnages était pertinent et ils illustrent bien les propos et la philosophie d’un regard plus positif sur nos corps.

Malheureusement, j’ai eu plus de mal avec l’histoire. Elle a énormément de mal à démarrer. Pour ma part, elle n’a réellement su devenir intéressante vers le dernier tiers, tout en peinant à totalement m’accrocher. Le développement de la romance entre Tom et Laurel prend trop de place par rapport à ce que je m’attendais en commençant Sweet. La romance a été trop omniprésente à mon goût. Ça et une histoire qui ne décolle pas, la lecture a parfois été laborieuse et mon intérêt pour cette dernière très fluctuant. Je ne l’ai pas terminé pour être honnête. Je n’arrivai plus à me remettre dans ma lecture et à y trouver un quelconque intérêt alors qu’il me restait une cinquantaine de pages.

Sweet est ma déception de l’été. En apparence, il avait tout pour que je passe un bon moment voire qu’il soit un coup de coeur. Cependant, certains aspects du roman n’ont pas fait pencher la balance vers le positif. Je m’attendais à peut-être plus de « zombies ». C’est ce que j’ai imaginé en lisant la quatrième de couverture.

Deux clubs de lecture animés par des célébrités

Depuis deux voire trois ans, les clubs de lecture animés par des célébrités ont connu une véritable explosion. Oprah Winfrey a ouvert la voie il y a quelques années, et depuis, ils se sont multipliés, surtout parmi les actrices. Elles proposent des thématiques, de découvrir leurs derniers coups de coeur ou des livres qui les ont inspirés… Pour ma part, j’en suis surtout deux. Je ne lis pas toujours les ouvrages proposés. Tout simplement, je les ai soit déjà lus, soit ils ne m’intéressent guère. Mais j’attends toujours avec impatience le nouveau choix.

Our shared shelves, le club de lecture féministe d’Emma Watson

C’est le premier Book Club que j’ai suivi. Emma Watson est une actrice que j’apprécie et admire depuis de longues années. Quand elle a lancé Our shared Shelves, je ne m’y suis pas tout de suite intéressée. J’y suis venue tardivement, il y a presque deux ans, quand j’ai commencé à me renseigner sur le féminisme, à vouloir en savoir plus.

Le premier livre que j’ai lu a été The Handmaid’s Tale de Margaret Atwood qui a été un énorme coup de coeur. J’en ai lu bien d’autres depuis que l’actrice anglaise nous recommande, tous les deux mois. Sa dernière suggestion est Milk & Honey de Rupi Kaur, un recueil de poésie féministe que j’ai lu et adoré, début 2017. Je passe donc mon tour pour Juillet/Août et je suis impatiente de découvrir le prochain livre.

Pour aller plus loin : mon avis sur le dernier recueil de Rupi Kaur, The Sun and her flowers

Belletrist, par Emma Roberts 

Une découverte plus récente et je n’ai pas encore eu l’occasion de m’y investir, mais les tentations sont nombreuses. J’apprécie la diversité des propositions. Tous les mois, un nouvel ouvrage est sélectionné. J’espère pouvoir en lire quelques uns à l’avenir. Elle ne semble pas suivre un thème particulier.

Le livre du mois d’août est The Incendiaries de R.O. Kwon dont la quatrième de couverture est très tentante et je note cette recommandation. Je suivrai avec attention le prochain livre qui sera choisi en septembre, en croisant les doigts pour qu’il soit dans ma liseuse ou que je puisse l’emprunter.

Il en existe bien d’autres dont celui de Reese Witherspoon, qui se veut également féministe. J’en ai entendu parler et les sélections sont intéressantes. Je pense y jeter un coup d’oeil de temps en temps pour piquer quelques idées lecture. Cependant, je reste profondément attachée à celui d’Emma Watson. J’ai fait de belles découvertes avec ce club, avec des ouvrages qui m’ont beaucoup fait réfléchir.

Et vous, quels sont les clubs de lecture de célébrité que vous suivez ? Vos plus belles découvertes grâce à elles ?

Des détails en peinture…

De ma licence d’histoire de l’art, j’ai appris l’iconographie, à reconnaître les thèmes et les personnages, quelques fois les symboles cachés. Si j’apprécie de connaître le sujet des oeuvres que je vois lorsque je visite un musée, ce n’est pas forcément cet aspect qui me fait m’arrêter pour contempler un tableau. Ce sont des détails qui vont retenir mon attention, une petite partie.

Il y a deux choses que j’apprécie énormément quand je regarde un tableau. Ce sont la manière dont les bijoux sont peints et plus particulièrement les perles et tout ce qui touche au textile, les différents types de tissus. Dans mon esprit, ce sont deux des points les plus difficiles à peindre et où l’artiste peut démontrer tout son talent. Je suis très impressionnée par la technique déployée pour les rendre les plus vraisemblables. Ces prouesses sont notamment possibles avec le développement de la peinture à l’huile.

Le premier artiste à avoir développé mon amour voire ma passion pour les bijoux en peinture est Jan Van Eyck avec son retable de l’Agneau mystique. Le Christ en majesté est une pure merveille de ce point de vue. Il faut regarder la couronne et la manière dont les différentes pierres précieuses sont peintes ainsi que son médaillon. Pour moi, il est le premier à avoir pleinement réussi à peindre. Il est impossible de ne pas citer La jeune fille à la perle de Johannes Vermeer. De ce tableau, cette boucle d’oreille est la première chose que je vois. Elle est parfaite avec cette lumière qui s’y reflète. Cependant, ce ne sont pas les seuls artistes à proposer des bijoux délicatement peints.

Concernant la peinture des vêtements, ce n’est que plus tardivement que j’y suis devenue sensible. C’est lors de ma dernière année d’histoire de l’art. Un de mes enseignants a attiré mon attention sur la manière dont Rembrandt peignait les différents types de tissus : la soie, la fourrure… Cela participe aussi aux charmes et à l’intérêt d’une peinture, portrait ou non. Cet aspect m’intéresse aussi du point de vue de la mode des différents siècles, connaître les tissus les plus prisés, la manière dont ils les ont associés… J’adore pouvoir devenir si c’est de la soie ou du velours, je m’extasie devant les dentelles. En temps normal, ce sont déjà des petits chefs d’oeuvre. En peinture, il y a des petits détails dans les manches, les garnitures dont la beauté est à couper le souffle, notamment par leur précision et le rendu de la texture.

Et vous, quels sont les détails qui vous accrochent quand vous regardez un tableau ?