Le Musée de la Romanité de Nîmes et ses dispositifs numériques

Depuis toute jeune, l’Antiquité romaine est une période historique qui me fascine et sur laquelle j’ai pu mettre l’accent durant mes années de licence d’Histoire de l’art. Au début de l’été 2018, la ville de Nîmes a inauguré un nouveau musée retraçant l’histoire et l’évolution de la ville durant cette période. Il est l’un des plus grands d’Europe dédié à ce sujet. J’aurai pu parler de l’architecture, de la scénographie… Mais les dispositifs numériques d’aide à la médiation sont omniprésents au sein de cette nouvelle institution. J’en ai jamais vu autant et, tout au long du parcours muséographique, il y en a 65.

Que trouvons-nous parmi ces dispositifs numériques ?

Des projections immersives avec notamment des reconstitutions en trois dimensions de monuments qui ne sont plus visibles en élévation comme le sanctuaire de la Fontaine, des cartes interactives, de nombreuses vidéos explicatives, des dispositifs de réalité augmentée pour se déguiser en romain(e)… Il y a des applications vraiment variées et le Musée de la Romanité est un parfait exemple de ce que le numérique peut apporter à un musée, notamment en terme de médiation et d’expérience immersive.

Ce type de dispositifs se développe très vite et devient quasiment une évidence, surtout pour des musées nouvellement crées. La question de la place du numérique dans les institutions est un des grands thèmes liés au monde de la culture qui me passionne avec la restitution d’oeuvres d’art.

Qu’ai-je pensé de ces dispositifs ? Qu’est-ce que j’en retiens ?

L’émerveillement avant la lassitude

Dès le début du parcours, les dispositifs de médiation numériques sont présents et ils s’enchainent rapidement. Dans chacune des salles, il peut y avoir jusqu’à deux ou trois dispositifs différents. Au début, je dois avouer que j’ai été émerveillée par leur diversité et l’envie de tout tester était présente. Je me suis prise au jeu, allant presque tout de suite vers les bornes en entrant dans la salle d’exposition et puis, au bout d’un moment, je les ai délaissées pour ne quasiment plus les regarder à partir du milieu du parcours.

Une petite overdose se fait ressentir à force. Par mes études, mais également mes préférences personnelles, j’aime l’objet, pouvoir l’admirer et voir ce qu’il peut m’apprendre en premier lieu, sans avoir besoin de recourir tout de suite à une médiation, sous quelques formes que ce soient. Avec cette démultiplication du numérique, j’ai presque oublié l’objet en lui-même. Or, c’est pour ça que je me déplace dans un musée ou toute autre institution culturelles, pour admirer des oeuvres et non des tablettes numériques et autres dispositifs. J’ai vraiment trouvé qu’il y en avait beaucoup trop, surtout devant la beauté et la richesse des collections, qui se trouvent occultées par ces derniers. Pour donner un exemple, je n’ai pas compris pourquoi ils ont doublé de très jolies maquettes des lieux et monuments de Nîmes, qui parlent clairement d’elles-mêmes, de vidéos ou petits programmes d’immersion sur tablette. Et ce d’autres plus que je ne les ai pas trouvé très intuitifs.

Des aspects intéressants de ces médiations numériques

Je ne regrette pas tous les dispositifs numériques mis en place par le Musée de la Romanité, bien au contraire. Je regrette juste que certains ne présentent au final qu’un intérêt limité. D’autres ont vraiment été passionnants, apportant une réelle plus-value durant la visite. Ce sont eux que je retiens, même quelques semaines après ma visite. Ils auraient presque tous dû être ainsi. J’en garde trois en mémoire.

Le premier concerne les cartes. J’ai vraiment adoré la manière dont elles bougent pour montrer les flux migratoires ou les échanges commerciaux, le mouvement des frontières de l’Empire romain, l’expansion de la ville de Nîmes sur un support en relief reprenant la topographie des lieux par une projection zénithale. Animer ces différents éléments est tout simplement une idée brillante, à mon avis. J’ai toujours eu quelques soucis avec la géographie, la topographie, de visualiser des changements dans le temps. Avec ces cartes, j’ai pu visualiser parfaitement et me rendre plus facilement compte de certains aspects. Je fonctionne beaucoup par le visuel et elles étaient faite pour moi, car j’ai tendance à fuir les cartes simples habituellement. Le tout est fait de manière très claire et chaque couche d’informations vient progressivement pour un outil numérique à la fois pédagogique et ludique.

Le monde roman nous a laissé un large corpus d’inscriptions épigraphiques. Ce ne sont pas forcément les objets les plus faciles à mettre en valeur pour le public. Or, la manière dont elle sont valorisées et expliquées est très intelligente et elle rend ce type d’objets beaucoup plus accessibles. Ils ont mis en lumière l’inscription latine pendant quelques minutes, puis, toujours en projetant sur le bloc, une petite animation donne les principaux éléments d’explication et de contexte. Je n’ai jamais vu cela alors que je fréquente beaucoup ce type de musées qui ont ma préférence. J’ai adoré cette idée de voir la pierre s’animer et raconter son histoire. Pour moi, un musée, ce sont des objets qui racontent une histoire, la leur ou la grande Histoire… Avec ce dispositif, nous sommes pleinement dans ce concept et c’était incroyable et vraiment très bien réalisé.

Le troisième et dernier point de l’utilisation du numérique dans le parcours est quand je suis arrivée à la partie consacrée à la vie quotidienne où les fresques et les mosaïques sont présentées. Personnellement, ce sont deux catégories d’art que j’adore et admire. Je peux rester des heures devant une mosaïque. Afin de donner une idée de ce à quoi pouvait ressembler un intérieur roman, ils ont utilisé le numérique et toutes les possibilités qu’il peut offrir en proposant des reconstitutions avec les mosaïques au sol et la projection sur les murs des décors qui ont été retrouvés lors de fouilles. Ou bien, à partir des fragments de peintures murales retrouvées, de recomposer via la projection, l’entièreté du décor…

Le Musée de la Romanité présente une véritable diversité des dispositifs numériques. Peut-être trop à mon goût et, au final, je ne garde en souvenir que trois en particulier qui m’ont réellement intéressant et qui augmentent l’expérience de visite en apportant des informations complémentaires ou de manière plus claire. Le reste ne m’a pas marqué, parfois même, il était en trop.

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I am a Man, la dernière exposition photo du Pavillon Populaire de Montpellier

Durant la saison 2018, le Pavillon Populaire de Montpellier, lieu dédié aux expositions photographiques, a choisi d’explorer les liens existants entre la photographie documentaire et l’histoire, la recherche ethnographique. Elle se clôture par une exposition qui présente trois cent photos autour des luttes pour les droits civiques de la communauté afro-américaine dans les années 1960-1970 dans le sud des États-Unis. Le commissariat a été confié à William Ferris, spécialiste de la culture sudiste américaine.

La qualité exceptionnelle de cette exposition se doit d’être soulignée. Elle tient au nombre de clichés qui ont pu être rassemblés. Près de trois cent clichés rendent compte de ce combat. La plupart d’entre eux ont été pris par des photo-journalistes locaux ou des amateurs proches de ces mouvements. Ils nous rappellent leurs luttes à la fois au quotidien et par les grands événements tels que la marche sur Washington, menée par Martin Luther King.

Le parcours commence par les conditions de vie sociales et économiques de cette communauté en montrant également la ségrégation raciale dans es formes les plus visibles comme la distinction entre les toilettes pour « colored people » et ceux pour les autres. Ensuite, c’est la conquête des droits civiques. La violence est présente, sans pour autant montrer une seule goutte de sang. Elle se dévoile par les actes, comme avec la série de photographies autour de James Meredith, le premier étudiant de couleur admis au sein d’une université du sud, ou par les mots à travers certaines pancartes de manifestants. Elle se développe également au sein de l’avant-dernière section de l’exposition qui présente le Ku Klux Klan et la violence psychologique que certains klans utilisaient.

Cette (re)découverte des luttes pour les droits civiques se clôture par l’assassinat et les funérailles de Martin Luther King. Une des dernières photographies présentées est celle de Bob Alderman, Manifestant brandissant une pancarte pendant la cérémonie commémorative du Dr. King, pancarte qui a donné son titre à l’exposition, I am a man. C’est cette dernière qui reste en tête une fois la visite de l’exposition terminée par la force de son message qui conclue parfaitement toute cette lutte, cette conquête des droits civiques pour les Afro-américains durant ces deux décennies charnières que sont les années 1960-1970. Pourtant, cette photographie a un goût doux-amer. Elle fait écho à l’actualité du moment et à l’émergence du mouvement Black Lives Matter qui s’est développé en réaction aux violences policières envers les Noirs aux États-Unis. Ces échos se retrouvent également dans la littérature ou dans la protection cinématographique .

Avec cette dernière exposition, le Pavillon Populaire réussit son pari de dévoiler les liens entre la photographie documentaire et la manière dont un discours historique peut se construire, chacun n’excluant pas l’autre. Elle reste toujours d’actualité, malgré les cinquante ans qui nous sépare de ces photographies.