Les ombres de Katyn (2013) } Philip Kerr

Mars 1943. Le Reich vient de perdre Stalingrad. Pour Joseph Goebbels, il faut absolument redonner le moral à l’armée allemande et porter un coup aux Alliés. Or sur le territoire soviétique, près de la frontière biélorusse, à Smolensk, ville occupée par les Allemands depuis 1941, la rumeur enfle. Des milliers de soldats polonais auraient été assassinés et enterrés dans des fosses communes. L’armée Rouge serait responsable de ce massacre. Goebbels, qui voit là l’occasion de discréditer les Russes et d’affaiblir les Alliés, décide l’ouverture d’une enquête. Le capitaine Bernie Gunther du Bureau des crimes de guerre, organisme réputé antinazi, est la personne idéale pour accomplir cette délicate mission.

Philip Kerr frappe fort avec ce neuvième tome des aventures de Bernie Gunther. Il s’inspire une nouvelle fois d’un fait historique avéré, le massacre de Katyn où plusieurs milliers de Polonais ont été abattus par les Russes. Malgré l’intérêt que je porte depuis de nombreuses années à la Seconde Guerre mondiale et aux régimes totalitaires, je n’ai jamais eu connaissance de ces charniers. En faisant quelques recherches, j’ai vite compris pourquoi. Il existe encore un certain tabou autour de ce qui s’est passé dans la Forêt de Katyn, près de Smolensk.

Je referme ce roman avec l’impression d’en avoir appris beaucoup sur l’Histoire. Philip Kerr a encore une fois pleinement documenté son livre et il y a beaucoup de choses vraies dans Les ombres de Katyn, notamment ce que Goebbels a voulu en tirer pour sa propagande. L’auteur a un vrai don pour connecter son intrigue policière, oeuvre de fiction, et la grande Histoire. Il nous fait croiser un certain nombre d’aristocrates prussiens qui complotent contre Hitler. À ce propos, ce livre m’a fait penser à un film que j’ai vu il y a quelques années et qui aurait été la suite logique de ce qui se déroule dans le fond, Walkyrie de Kenneth Branagh. Le petit mot de l’auteur à la fin m’a donné raison. J’adore la manière dont des petits détails ouvrent sur des événements plus grands. Le tout est parfaitement bien écrit et ficelé.

Malgré plus de six cent pages, ce neuvième tome est un véritable page-turner, parfaitement maîtrisé d’un bout à l’autre. Philip Kerr sait doser son suspens. À chaque chapitre terminé, je devais en commencer un autre. Les ombres de Katyn a presque été trop vite lu et j’en redemande encore. Bernie Gunther reste un de mes personnages littéraires préférés. J’adore son humour, son cynisme. À Smolensk, il rencontre un aristocrate, von Gersdorff, qui lui a fait un peu de l’ombre de ce point. Certains de leurs échanges ont été plus que savoureux, des petits bijoux à lire. Je ne me lasse pas des romans de cet auteur anglais, parti trop tôt. Il a toujours su se renouveler.

En effet, cette série est une des rares que je suis jusqu’au bout. Même au neuvième tome, je n’ai jamais pensé que l’auteur cédait à la facilité  ou que chaque livre se ressemblait. Les ombres de Katyn est un coup de coeur absolu et sûrement un de mes préférés de la série. Il me reste encore quelques tomes à découvrir.

Publicités

Sky in the deep (2018) ∞ Adrienne Young

Raised to be a warrior, seventeen-year-old Eelyn fights alongside her Aska clansmen in an ancient rivalry against the Riki clan. Her life is brutal but simple: fight and survive. Until the day she sees the impossible on the battlefield—her brother, fighting with the enemy—the brother she watched die five years ago.

Parmi les nouvelles parutions 2018 dans la catégorie Young Adult, Sky in the deep, le premier roman d’Adrienne Young a retenu toute mon attention. La couverture est certes sublime, mais c’est surtout le résumé qui m’a plu. S’intéresser aux Vikings changeait grandement de ce que j’ai pu lire ces derniers temps. Malheureusement, je reste mitigée par cette lecture.

Le premier point qui m’a attristé est le rythme de l’histoire. Il est très inégal tout au long. Les premiers chapitres s’ouvrent sur une scène de bataille plutôt bien menée et une révélation. Après, il ne se passe plus grand chose avant la page 150 environ. Finalement, il y a un bon pôle de début et un autre à la fin. Ce qui se passe entre est un peu plus mou, pas totalement inintéressant non plus. Il s’intéresse à la vie quotidienne des Vikings, leurs croyances…

J’ai trouvé qu’il y a parfois un manque de détails, donnant l’impression qu’Adrienne Young passe un peu vite sur certains points, notamment sur les Heija. Il s’agit des « grands méchants » du roman et quasiment rien n’est dit sur eux. L’auteur le justifie par le fait que c’est un peuple qui n’est pas censé exister. Je n’ai pas été totalement convaincu par cette explication. J’aurai voulu plus d’éléments sur ce peuple qui perd de son côté mythique et effrayant rapidement. De plus, l’auteur va parfois trop vite en besogne. Certains passages, notamment la toute dernière bataille, semblent trop courts. Adrienne Young s’attarde, par exemple, sur la vie d’Eelyn chez les Rikki et elle décrit l’apothéose de l’intrigue en un court chapitre. C’est un peu décevant dans la mesure où j’ai attendu ce passage avec patience.

Concernant les personnages, je n’ai pas réellement eu de coup de coeur pour l’un ou l’autre. Eelyn m’a énervé quasiment tout au long du roman. Pourtant, le fait qu’il s’agisse d’une guerrière, d’une jeune fille indépendante et qui se débrouille seule a de quoi me plaire. Je regrette aussi que le personnage masculin, Fiske, n’ait pas été plus creusé. Il est intéressant, mais trop vite survolé. J’ai eu du mal à me l’imaginer. C’est l’aspect du roman qui m’a le plus chiffonné. Je n’oublie pas non plus que Sky in the deep est le premier roman de l’auteur. Il peut y avoir des imperfections.

Malgré tout, il y a de bonnes idées et le roman se laisse lire. J’ai surtout pointé les aspects qui m’ont quelque peu dérangé, mais cet ouvrage reste agréable à lire. Il n’est pas transcendant, même si l’univers change un peu. J’ai adoré l’ambiance, qui est plutôt bien décrite.

the princess saves herself in this one & the witch doesn’t burn in this one // Amanda Lovelace

« Ah, life- the thing that happens to us while we’re off somewhere else blowing on dandelions & wishing ourselves into the pages of our favorite fairy tales. » A poetry collection divided into four different parts: the princess, the damsel, the queen, & you. the princess, the damsel, & the queen piece together the life of the author in three stages, while you serves as a note to the reader & all of humankind. Explores life & all of its love, loss, grief, healing, empowerment, & inspirations.

La poésie contemporaine ne cesse de m’étonner. En 2017, je découvrais la plume de Rupi Kaur à travers ses deux recueils, Milk & Honey et The Sun & her Flowers. J’ai adoré son style qui s’affranchit des règles de grammaire et de ponctuation, des thèmes qu’elle aborde. En 2018, je me suis promis de découvrir plus d’auteurs dans ce genre, notamment Amanda Lovelace dont les ouvrages m’ont intrigué par leurs titres et la sobriété des couvertures.

Elle est dans la lignée de Rupi Kaur. C’est donc sans surprise que ces deux recueils, the princess saves herself in this one et the witch doesn’t burn in this one, sont des coups de coeur. J’attends avec impatience la sortie du troisième, the mermaid’s Voice returns in this one. Elle a écrit une autre série de poésie, Things that haut. Je suis très sensible à ce type d’écriture, très moderne. L’abandon de toutes les règles d’écriture classique ne me dérange définitivement pas. Il y a un côté authentique et sincère. J’ai le sentiment d’avoir accès aux pensées intimes de l’auteur, de les partager quand elles lui viennent. Ce sont des émotions brutes, sans filtre. Je n’ai pas à deviner ce qu’elle essaie de me dire. Je partage une proximité avec l’auteur le temps de quelques pages. Je trouve ce style d’écriture dynamique également, certaines phrases peuvent avoir des sens totalement différents selon la manière dont elles sont lues.

Quant aux thèmes abordés, elle en évoque plusieurs qui m’ont profondément touché. Ils ont fait écho à ce que je peux ressentir ou à ce que j’ai pu vivre une fois dans ma vie. La poésie contemporaine parle de nos craintes et de nos vies. C’est une des raisons pour laquelle je me tourne très facilement vers ce type d’ouvrages en poésie. Elle parle des relations conflictuelles qu’elle a pu avoir avec sa mère, par exemple.

i am sorry

I wasn’t the daughter

you had in mind

I only ever wanter to make you proud

Elle évoque aussi le dégoût que son corps lui a inspiré. Ce sont aussi des poèmes très engagés, notamment dans le mouvement féministe, en rappelant que les femmes sont capables de réaliser de grandes choses, de dépasser leurs limites.

the princess

locked herself away

in the highest tower

hoping a knight

in shining armor

would come to her

rescue

I didn’t realize I could be my own knight

Les relations amoureuses tiennent également une place importante dans les deux recueils d’Amanda Lovelace. Elle évoque indifféremment la rupture, le rapport à l’autre, les sentiments, les blessures, les joies et les peines.

L’auteur a su me toucher au fil de ses poèmes. Je garde une petite préférence pour le premier livre, car il a l’attrait de la découverte. Elle peut sembler proche de Rupi Kaur sur certains aspects et s’en éloigner sur d’autres. Elles n’abordent pas toujours les mêmes sujets, ni de la même manière.

The Romanovs (2016) > Simon Sebag-Montefiore

The Romanovs were the most successful dynasty of modern times, ruling a sixth of the world’s surface for three centuries. How did one family turn a war-ruined principality into the world’s greatest empire? And how did they lose it all? This is the intimate story of twenty tsars and tsarinas, some touched by genius, some by madness, but all inspired by holy autocracy and imperial ambition. Simon Sebag Montefiore’s gripping chronicle reveals their secret world of unlimited power and ruthless empire-building, overshadowed by palace conspiracy, family rivalries, sexual decadence and wild extravagance, with a global cast of adventurers, courtesans, revolutionaries and poets, from Ivan the Terrible to Tolstoy and Pushkin, to Bismarck, Lincoln, Queen Victoria and Lenin.

Quasiment 700 pages sur l’histoire de la dynastie des Romanov, écrit en tout petit et en anglais… Pas facile de se lancer ! La famille impériale russe continue de fasciner, en témoigne cet imposant pavé de l’historien anglais Simon Sebag-Montefiore. Pour ma part, j’ai depuis longtemps un intérêt prononcé pour cette famille qui est restée de longues années au pouvoir, avant de connaître une fin tragique dont nous fêtons aujourd’hui même les cent ans. Jusqu’à présent, j’ai surtout lu des romans, mais jamais d’essais à proprement parler sur ce sujet. C’est désormais chose faite en venant à bout de cette petite brique.

Qui n’a pas été si terrible que ça, en définitif. Les je-ne-sais combien de pages et la taille de la police de caractère pour l’édition W&N ne m’ont pas abattu, car Simon Sebag-Montefiore sait intéresser le lecteur. De mes années d’études, j’ai pu remarquer une grande différence entre les essais historiques français et ceux écrits par des Anglo-Saxons. En France, les auteurs sont très sérieux dans leur ton, n’hésitant pas à faire de très longues phrases. Les Anglo-Saxons, en revanche, n’ont pas peur de rendre leurs écrits un peu plus vivants, avec parfois des touches d’humour. Ils donnent l’impression de moins se prendre au sérieux, tout en proposant des écrits largement documentés et scientifiques. Ils restent plus agréables à lire. The Romanovs raconte leur histoire, depuis leur avènement jusqu’à leur chute dans un style presque cinématographique, avec des petits suspens judicieusement aménagés. J’ai toujours eu envie d’en savoir plus et, au final, je me suis retrouvée à lire cinquante, cent pages, sans m’en rendre compte.

La mise en page a beaucoup joué, également. Le livre est divisé en acte et, au début, les principaux « acteurs » sont donnés avec un rappel de qui est la fille ou le fils de qui, les ministres, les alliances… Cela permet à chaque fois de replacer la multitude des personnes historiques qui gravitent autour des Romanov et la famille en elle-même. Un autre point tient aussi aux petites annexes, composées des portraits des principaux protagonistes, permettant de fixer plus facilement certains d’entre eux. Au final, même la manière dont le livre est construit participe au fait qu’il se lise facilement. Je ne dis pas rapidement, car il reste dense.

Et passionnant. Simon Sebag-Montefiore couvre toute la période des Romanov, de leur règne, en évoquant tous les tsars, des plus connus au moins connus. Il déconstruit certains mythes, aussi, en montrant leurs travers, leurs faiblesses, leurs passions… Il y a une certaine dimension psychologique dans cet essai qui permet de mieux comprendre les agissements des uns et des autres, les tensions et les complots politiques… Pour ma part, j’ai vraiment trouvé cet ouvrage très complet et l’auteur va réellement au fond des choses. Il exprime très simplement les enjeux politiques, les forces en présence, la géo-politique de l’empire russe… C’est un ouvrage qui, en définitif, reste accessible. Je ne suis pas forcément au point sur l’histoire de l’Europe, mais je n’ai eu aucun mal à suivre la chronologie, les principaux événements…

The Romanovs de Simon Sebag-Montefiore peut devenir un incontournable pour les passionnées de la famille impériale russe. Il est complet, brillamment écrit et il ne s’arrête pas uniquement à leur chute, comme bien souvent. Des différents essais historiques que j’ai pu lire cette année, il fait définitivement partie de mes recommandations.

EnregistrerEnregistrer

The Muse (2016) » Jessie Burton

On a hot July day in 1967, Odelle Bastien climbs the stone steps of the Skelton gallery in London, knowing that her life is about to change forever. Having struggled to find her place in the city since she arrived from Trinidad five years ago, she has been offered a job as a typist under the tutelage of the glamorous and enigmatic Marjorie Quick. But though Quick takes Odelle into her confidence, and unlocks a potential she didn’t know she had, she remains a mystery – no more so than when a lost masterpiece with a secret history is delivered to the gallery.

Au début de l’année, j’ai découvert cette auteur anglaise avec son premier roman, The Miniaturist dont je n’ai toujours pas vu l’adaptation. J’ai donc voulu enchaîner avec The Muse qui avait de quoi me plaire : un tableau retrouvé, le monde l’art et notamment des galeries, deux époques historiques qui se mélangent dans une même narration, des secrets de famille… J’étais persuadée qu’il serait également un coup de coeur. Malheureusement, je suis passée totalement à côté. Pourquoi ?

Je m’attendais à retrouver tout le travail d’ambiance de son premier roman où elle a fait revivre à merveille l’âge d’or hollandais avec une ambiance un peu sombre, froide et humide qui colle à merveille à l’intrigue et à la ville d’Amsterdam telle que je l’imagine. De ce point de vue, The Muse m’a laissé sur ma faim. J’espérais mieux. Pourtant, il y a également une atmosphère faite de secrets et de non-dits qui pèse sur les différents personnages. Jessie Burton échoue là où elle avait pourtant brillé. Sans ce climat particulier, le roman peine à devenir intéressant et il rate quelque peu son effet. En tout cas, il ne sauve pas l’intrigue.

C’est un autre aspect du roman sur lequel je suis déçue. J’y avais placé quelques espoirs, je l’avoue. Je me passionne depuis de longues années pour le monde de l’art, surtout en ce qui concerne les oeuvres volées, disparues, retrouvés, leurs histoires et leurs aventures. Couplés cela à des secrets de famille, des périodes sombres de l’histoire espagnole, j’accours. Je suis plutôt demandeuse de ce type d’ouvrages, peu important qu’il s’agisse de romans ou d’essais. Je commençais cette lecture les yeux fermés. Cependant, l’intrigue avait du mal à démarrer et j’ai trouvé que les moments où l’auteur passe d’une époque historique mal amené. En effet, elle coupait bien souvent une action qui était bien partie, cassant ainsi le rythme, mais également mon intérêt. Dès que ça commençait à devenir vraiment intéressant, elle passait tout de suite à l’autre intrigue et j’étais parfois un peu frustrée de devoir quitter l’un ou l’autre des personnages. À ce titre, je n’ai jamais eu de préférence pour l’un ou l’autre, montrant aussi le peu d’intérêt que j’ai réussi à avoir pour ce roman.

J’ai abandonné le livre alors que j’étais quasiment arrivée à la moitié. En fait, l’histoire aurait pu s’arrêter là, car je venais d’apprendre la véritable identité de l’artiste du tableau. Pour moi, c’était ce qui devait constituer le coeur du roman. Je n’arrivais pas à projeter la suite, ce qu’elle pouvait être, notamment quand l’auteur n’arrivait pas à créer un quelconque suspens, une attente. Il manque un petit truc pour que les pages se tournent toutes seules. Au final, je suis totalement déçue par ce livre. Les personnages m’ont moins marqué que la famille Brandt. Je plaçais beaucoup d’espoir dans The Muse qui se révèle être une grosse déception. Je peux difficilement trouver un aspect du livre qui m’aurait plu. Jessie Burton a réussi à me faire lire un coup de coeur et une déception. Du coup, je ne sais plus si je dois continuer ou non à la lire.

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

Nord et Sud (1855) » Elizabeth Gaskell

C’est le choc de deux Angleterre que le roman nous invite à découvrir : le Sud, paisible, rural et conservateur, et le Nord, industriel, énergique et âpre. Entre les deux, la figure de l’héroïne, la jeune et belle Margaret Hale. Après un long séjour à Londres chez sa tante, elle regagne le presbytère familial dans un village du sud de l’Angleterre. Peu après son retour, son père renonce à l’Eglise et déracine sa famille pour s’installer dans une ville du Nord. Margaret va devoir s’adapter à une nouvelle vie en découvrant le monde industriel avec ses grèves, sa brutalité et sa cruauté. Sa conscience sociale s’éveille à travers les liens qu’elle tisse avec certains ouvriers des filatures locales, et les rapports difficiles qui l’opposent à leur patron, John Thornton.

J’ai toujours eu envie de tenter l’aventure de ce classique de la littérature victorienne. Il change des éternels Sherlock Holmes ou romans gothiques que je peux lire. Nord et Sud me rappelle plus les fresques sociales d’un Zola. L’intrigue se déroule principalement à Milton, ville industrielle du nord de l’Angleterre, et raconte l’histoire d’une famille du sud qui rencontre pour la première fois le monde ouvrier et patronal. Ce roman est un coup de coeur inattendu.

De nombreux aspects variés de cet ouvrage m’ont plu. Le premier tient à la traduction française qui n’est pas si mauvaise. Elle respecte relativement bien le style de l’époque, sans pour autant trop le moderniser. J’aurais préféré le lire en anglais pour réellement m’imprégner de la plume de l’auteur. Malheureusement, je ne l’avais qu’en français à ce moment. J’aime sa manière presque un brin trop lyrique, parfois dramatique, d’exprimer les sentiments. Ils font aussi le charme de ce roman. Tout comme les descriptions des lieux, des personnages et des différentes ambiances. Milton ne ressemble en rien à Helston, petite bourgade perdue dans la campagne anglaise. Durant ma lecture, je me suis souvent imaginée aux côtés de Margaret Hale durant ses visites ou promenades. Il n’est pas difficile de voir l’histoire s’animer.

Margaret est également un personnage qui a su me plaire. J’ai eu peu de devoir entreprendre cette aventure avec une jeune femme frivole, qui voit sa position se dégrader peu à peu, ennuyeuse et plaintive. Or, elle est d’une autre trempe. Certes, son abnégation est exemplaire, elle ne se plaint jamais. Elle peut parfois paraître un peu trop lisse. Cependant, c’est une femme qui est aussi moderne pour son époque, qui n’hésite pas à donner son avis et à prendre position, à faire preuve d’indépendance. Sa relation avec Monsieur Thorton reste classique de cette littérature et je n’ai pas pu m’empêcher à penser à Elizabeth Bennett et Monsieur Darcy. Je me suis toutefois prise au jeu du chat et de la souris, même si l’issue en est connue d’avance.

Nord et Sud est surtout un beau portrait de la société industrielle du nord de l’Angleterre. Elizabeth Gaskell excelle dans la description sociale de son époque. En lisant ce roman, je me suis rendu compte que l’auteur connaît parfaitement le sujet. Par le biais de son personnage principal, Margaret Hale, elle aborde autant les conditions de vie des ouvriers et des patrons, des enjeux des grèves, de l’état du commerce, des contraintes qui pèsent sur les patrons autant que sur les employés… Il y a des passages très intéressants où les points de vue s’affrontent, où Monsieur Thornton rappelle aussi les obligations qui lui sont imposées. Si, au début, Margaret prend position pour un parti, elle prend rapidement conscience qu’il existe d’autres vérités. J’ai apprécié que l’auteur ne se fige pas dans une seule opinion, en diabolisant l’une ou l’autre des parties.

Les classiques de l’époque victorienne sont résolument ceux que je préfère. Il me reste encore un certain nombre d’auteurs à découvrir. Après ce coup de coeur pour Elizabeth Gaskell, je pense lire d’autres ouvrages de sa bibliographie. Je suis aussi curieuse de voir la mini-série de la BBC avec notamment Richard Armitage dans le rôle de John Thornton. Leurs adaptations sont très bonnes et ils savent faire des period dramas comme personne !

Marathon Lecture du mois anglais

Le Read-a-thon a commencé ce matin, mais étant de retour en stage, je n’ai pas pu publier mon article avant ce soir. Il se termine dimanche. C’est la première fois que je participe à un tel marathon officiel. J’essaierai de faire un bilan samedi matin, dimanche et lundi à la suite de cet article sur mon avancée.

Mon premier objectif est de terminer Nord et Sud d’Elizabeth Gaskell, d’enchaîner sur un roman de Virginia Woolf et, pourquoi pas, de lire une histoire de fantôme. Je n’ai pas encore d’idées précises pour ce dernier. Je pense également compter mes pages, pour voir ce que j’ai pu lire durant le week-end en quantité.