LACOMBE, Benjamin & ECHEGOYEN, Paul • Léonard & Salaï, Il Salaïno (2014)

Ce roman graphique atypique nous entraîne dans l’intimité d’un homme devenu l’incarnation du génie créateur, un artiste au talent jamais égalé.
Qui pourraient être mieux placés que deux hommes, deux artistes, pour vous conter l’histoire d’amour qui lia, pendant près de trente ans, Léonard de Vinci à un jeune apprenti qu’il baptisa Salaï (« petit diable »).
Immergez-vous au cœur de cette évocation romanesque qui présente une autre vision de Léonard de Vinci, de son entourage et de sa vie. Au-delà du mythe, de ses incroyables inventions et de sa modernité (fervent écologiste, végétarien, humaniste…), il était détesté par ses pairs, autant pour son immense talent que pour son physique avantageux, ou encore pour la cour qui l’encerclait.
Comment a-t-il vécu, aimé, souffert ? L’histoire s’intéresse à son amour pour Salaï, personnage oublié, écorché vif, petit voyou fainéant au grand talent, et dont on attribua certaines œuvres au Maître, à son Maître.

Je connais les dessins et illustrations de Benjamin Lacombe, dont j’ai souvent admiré le travail sur différentes couvertures, mais je n’ai jamais dépassé ce stade. Léonard & Salaï est véritablement le premier ouvrage de cet artiste que je découvre et je ne pouvais pas mieux tomber pour commencer que d’être en compagnie de Léonard de Vinci, un des grands génies de la Renaissance dont nous fêtons les cinq cent ans de la mort cette année. En tant qu’ancienne étudiante en histoire de l’art, le livre avait de fortes chances de me plaire.

Léonard de Vinci, Étude pour la tête de Léda, 1504-1506.
Encre brune et pierre noire.
Windsor Castle, Royal Library.

J’avais toutefois quelques attentes et appréhensions en le commençant. Même si Léonard de Vinci n’est pas mon peintre préféré, je connais très bien ses oeuvres et dessins et je peux pas m’empêcher de les admirer. Ce sont des tableaux et des projets magnifiques dont un de deux que j’adore est le projet de tête pour Léda et le Cygne dont le tableau est perdu. J’espérais vraiment de voir son travail, ainsi que la manière dont il s’intègre dans la vie de l’artiste. Je ne suis pas déçue de ce point de vue. Le lecteur peut découvrir ce que cela implique réellement d’être un peintre durant la Renaissance italienne, de devoir souvent se mettre au service d’un protecteur ou d’un riche mécène pour pouvoir survivre et que même des grands peintres de renom comme Léonard de Vinci ont rencontré des difficultés financières, de réaliser des commandes en temps et en heure… Dans ce magnifique ouvrage, Benjamin Lacombe et Paul Echegoyen démystifient un peu la figure de ce peintre et c’est intéressant d’avoir cette vision, plus proche de la réalité historique et de ce qui a réellement été la carrière de Vinci, tout en gardant en tête qu’il était un homme peu commun. Je ne m’attendais pas à ce que les auteurs aillent aussi loin et la surprise a été des plus agréables. Juste grâce à cet aspect, je recommande les yeux fermés Léonard & Salaï.

Mais pas uniquement grâce à ce point, car Benjamin Lacombe et Paul Echegoyen m’ont également surprise par le style des illustrations. Avec un ouvrage abordant la carrière et la vie intime de Léonard de Vinci, je ne savais pas à quel type de styles j’allais avoir affaire : celui des deux illustrateurs ou quelques chose qui se rapproche plus de celui du peintre. Le choix opéré est surprenant et, pourtant, il fonctionne à merveille dans une émulation commune entre les trois artistes, et plus particulièrement entre Léonard de Vinci et Benjamin Lacombe. Il a d’abord choisi une palette chromatique proche de celle des tableaux et de l’Italien avec beaucoup d’ocres, de brun et des touches de cramoisi… L’impression qui s’en dégage est celle de plonger dans le monde, l’univers pictural de Léonard et notamment de ses carnets à dessin qui, aujourd’hui, ont cette couleur sépia, tout en lui rendant un bel hommage.

Léonard de Vinci, Saint Jean Baptiste, 1513-1515. Huile sur toile. Paris, Musée du Louvre Salaï aurait posé pour ce tableau. Nous pouvons voir les points communs avec la couverture.

Cependant, je retiens plus précisément la manière dont Benjamin Lacombe se réapproprie les différents tableaux de de Vinci. Il garde l’idée originale et l’adapte à sa propre vision et à sa manière propre de dessiner. C’est un mélange que j’ai trouvé amplement réussi et respectueux l’un de l’autre. Esthétiquement, chaque planche est une petite merveille. Tout au long de ma lecture, j’ai eu envie de voir quelle proposition les auteurs allaient montrer et je n’ai jamais été déçue. Ce sont des images de toute beauté à chaque fois et je ne me lasse pas de les admirer, notamment les pleines-pages.

Léonard & Salaï est un coup de foudre total. J’en oublierai presque le personnage de Salaï, qui donne le sous-titre à ce premier tome, m’a parfois légèrement porté sur les nerfs. Cependant, c’est presque anodin comparé au reste. La seule chose qui me chagrine est que la fin laisse présager un deuxième tome, mais je n’ai trouvé aucune information à ce sujet, mais je doute qu’il paraisse un jour. Dommage, mais j’ai encore tous les autres ouvrages de Benjamin Lacombe à découvrir.

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