La Culture avec un grand A et du latte #5

Le bilan de septembre est plutôt léger comparé aux mois d’été. Avec un déménagement et la rentrée, je n’ai pas autant lu et vu de films que je l’aurai souhaité. En revanche, j’ai largement profité de mes quelques jours de vacances pour découvrir Montpellier. Il m’a fallu deux jours pour tomber sous le charme de cette ville.

De la ville, j’ai pu découvrir, lors des Journées européennes du patrimoine, l’impressionnante cathédrale Saint-Jean, l’ancienne faculté de médecine et la chapelle Sainte-Foy. J’ai aussi passé une après-midi au château de Bournazel pour un colloque autour de l’objet à la Renaissance. Le cadre est absolument sublime. J’ai aussi fait quelques expositions, qui, malheureusement, sont déjà finies. Il y a d’abord eu deux expositions photographiques : Un dictateur en images sur les photographies prises par Heinrich Hoffmann, photographe attitré d’Adolph Hitler de son ascension jusqu’à sa chute et Regards sur les ghettos, deuxième volet de l’exposition à glacer le sang. Il y a aussi eu une exposition Picasso : Donner à voir qui s’intéressait à quatorze moments clés de la carrière de l’artiste. J’ai pu voir quelques oeuvres que j’ai étudié comme Le verre d’absinthe et Nature morte à la chaise cannée.

Pour continuer cet état des lieux du mois de septembre, une petite vue de mes lectures. Durant une bonne partie du mois, j’ai été occupée par mon coup de coeur absolu, La saga moscovite I de Vassily Axionov dont la chronique arrivera dans quelques jours. Elle sera très longueÀ côté de ça, j’ai continué à avancer dans deux séries avec Le prédicateur de Camilla Läckberg et La Tétralogie des Origines, Le Marteau de Thor de Stéphane Przybylski (impossible à écrire). Deux très bonnes lectures et deux séries que je continue avec plaisir. Un petit essai historique aussi sur le thème des Romanov, je ne m’en lasse pas, avec La fin tragique des Romanov de Pierre Lorrain dont vous pouvez lire mon avis juste ici. Ma seule déception pour septembre concerne This is our story d’Ashley Elston. Le roman avait tout pour me plaire : un thriller psychologique avec une bonne idée de départ. Un groupe d’amis part à la chasse et, parmi eux, un ne revient pas.

J’ai tout de même vu quelques films. J’ai recommencé la saga Star Wars pour les avoir vu au moins tous une fois. Je n’ai jamais vu la toute première trilogie à être sortie, par exemple et je ne garde que de vagues souvenirs de la suivante. Cependant, je n’ai eu que deux coups de coeur. Le premier a été pour To all the boys I’ve loved before (2018). Je n’attendais rien de spécial avec ce film, sachant que je n’avais guère apprécié le roman. Ce fut une très bonne surprise. Pour une comédie romantique adolescente, je l’ai trouvé plutôt intelligente et crédible. Le deuxième coup de coeur a été BlacKkKlansman (2018). Je n’en dis pas plus, j’ai déjà publié mon avis.

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Pierre Lorrain • La fin tragique des Romanov (2018)

Drame humain à l’intérieur d’un drame historique, tragédie gigogne à la manière matriochki de l’artisanat russe, l’assassinat des Romanov a suscité, tout au long de notre siècle, une abondante littérature où les légendes, confortées par la désinformation, alimentées par les imposteurs et les mythomanes, l’ont emporté en nombre sur les faits avérés. Quatre-vingt-sept ans plus tard, maintenant que les dépouilles mortelles des derniers Romanov trouvent enfin une sépulture définitive dans la forteresse Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg, l’ouverture des archives soviétiques a permis de dissiper les voiles du mystère. Les mémoires et les écrits des geôliers et des membres du peloton d’exécution, les lettres et les journaux intimes du tsar, de l’impératrice et de leurs proches, les documents officiels de l’époque – lettres, télégrammes et rapports marqués du sceau du secret – nous racontent enfin l’histoire vraie de l’assassinat du dernier tsar et de ses proches. Une histoire plus riche, émouvante et fertile en rebondissements que le plus passionnant des romans.

Encore un ouvrage historique sur la famille impériale. Après le très complet et très documenté The Romanovs de l’historien anglais Simon Sebag-Montefiore, je m’intéresse désormais plus particulièrement à leur chute à travers La fin tragique des Romanov de Pierre Lorrain dont la dernière édition date d’avril 2018. Il prend en considération les dernières recherches et fouilles archéologiques. Je suis tombée dessus par hasard dans une librairie d’occasion et le sujet m’a tout de suite parlé, tout en ayant peur des redites par rapport à l’ouvrage de Sebag-Montefiore. Cependant, il y a d’autres partis pris et le style n’est pas forcément le même.

Pierre Lorrain met surtout l’accent autour de la figure du tsar Nicolas II en abordant toute sa vie, les faits qui ont marqué cette dernière, sa personnalité et son caractère comme l’assassinat de son grand-père. Il s’intéresse beaucoup à la relation qu’il entretien avec son épouse, l’impératrice Alexandra Fiodorovna. Le couple impérial est au centre de l’ouvrage, notamment par la manière dont elle s’impliquait dans la politique de la Russie, imposant ses choix et ses caprices à son mari et lui dispensant ses conseils. Des autres membres de la famille, seul Alexei, le tsarévitch, est évoqué longuement, mais souvent par rapport à sa maladie et l’impact qu’elle a sur le couple. L’impression qui se dégage, que l’auteur laisse est que la fin tragique des Romanov est surtout le fait de la mainmise d’Alexandra sur le pouvoir en premier lieu. Puis vient le comportement du tsar et de sa méconnaissance des volontés du peuple, du fait qu’il n’a pas eu envie de réformer l’empire.

Le communisme est évoqué, mais la montée de la Révolution semble surtout être la conséquence du comportement des souverains. Je l’ai perçu ainsi, comme la seule justification du communisme en Russie, mais non aussi l’évolution de la société. Il lie communisme et révolution avec la politique du tsar, la mainmise de l’impératrice sur son mari. J’ai trouvé cela un brin réducteur, car j’ai eu le sentiment que Pierre Lorrain ne met en avant qu’une seule raison qui a mené au pouvoir impérial et qui sert au mieux son propos. Cependant, c’est l’unique point qui m’a déçu. L’ouvrage reste passionnant à lire et j’ai été étonnée par la taille de la bibliographie de l’auteur. Elle est conséquente et permet de pouvoir aller plus loin.

Il y a aussi un recours aux archives et aux documents de cette époque qui ont été ouverts au fur et à mesure. Sur ce point, j’ai été impressionnée par la justification du déroulé de la dernière nuit des Romanov et c’est ce qui s’est passé immédiatement après par le biais des télégrammes envoyés, de la déduction de certaines réponses qui ne sont, malheureusement, pas gardées et qui savait quoi et quand dans les hautes sphères politiques. Il y a un véritable travail de recherches et de chronologie qui permet de replacer rapidement et facilement les événements et leurs suites logiques, sauf à un moment où il anticipe un peu trop en parlant de la mort de Raspoutine, qui réapparaît quelques pages après. Cela m’a un peu perdu dans la chronologie du coeur de l’ouvrage.

En revanche, La fin tragique des Romanov s’ouvre et se termine sur la dernière nuit et j’ai trouvé cette mise en miroir intéressante et elle forme un rappel, tout en montrant l’objectif de l’auteur. Le lecteur sait où il va. Plus encore, j’ai appris de nouvelles informations sur les derniers moments de la famille impériale russe. Pour donner un exemple, j’ignorais que les autorités politiques avaient annoncé uniquement la mort du tsar qui avait « essayé de s’échapper », mais que son épouse et leurs enfants étaient en sécurité, quand bien même ils avaient été assassinés en même temps que le tsar. C’est vraiment ce que j’attendais de cet ouvrage : apprendre de nouveaux aspects sur la fin tragique des Romanov, d’autant plus que j’ai lu plusieurs ouvrages sur ce sujet durant l’année. Il finit sur un aspect de cette tragédie qui déchaîné les passions, car leur fin a vu plusieurs mythes apparaître comme la survie d’une des filles de la famille impériale, Anastasia… Il fait un tour d’horizon des différentes histoires, tout en montrant en quoi elles ne peuvent pas être vraies. Pour ce faire, il met en avant les dernières découvertes archéologiques et les tests scientifiques récentes. Je ne m’attendais pas à cette dernière partie, mais ce fut une bonne surprise et un énorme point positif. C’est aussi de là que vient ma passion pour les Romanov depuis que je suis toute petite. Maintenant, je m’intéresse à la réalité derrière les mythes.

Et cet ouvrage de Pierre Lorrain y participe pleinement. Malgré quelques points d’ombre, La fin tragique des Romanov est un ouvrage qui m’a passionné et qui m’a apporté des connaissances nouvelles sur le sujet, tout en étant très accessible. Les explications données sont simples et claires. Ce sont autant d’éléments qui font que je recommande cet ouvrage et notamment la dernière édition qui est à jour. Le coup de coeur n’était pas loin.

the princess saves herself in this one & the witch doesn’t burn in this one // Amanda Lovelace

« Ah, life- the thing that happens to us while we’re off somewhere else blowing on dandelions & wishing ourselves into the pages of our favorite fairy tales. » A poetry collection divided into four different parts: the princess, the damsel, the queen, & you. the princess, the damsel, & the queen piece together the life of the author in three stages, while you serves as a note to the reader & all of humankind. Explores life & all of its love, loss, grief, healing, empowerment, & inspirations.

La poésie contemporaine ne cesse de m’étonner. En 2017, je découvrais la plume de Rupi Kaur à travers ses deux recueils, Milk & Honey et The Sun & her Flowers. J’ai adoré son style qui s’affranchit des règles de grammaire et de ponctuation, des thèmes qu’elle aborde. En 2018, je me suis promis de découvrir plus d’auteurs dans ce genre, notamment Amanda Lovelace dont les ouvrages m’ont intrigué par leurs titres et la sobriété des couvertures.

Elle est dans la lignée de Rupi Kaur. C’est donc sans surprise que ces deux recueils, the princess saves herself in this one et the witch doesn’t burn in this one, sont des coups de coeur. J’attends avec impatience la sortie du troisième, the mermaid’s Voice returns in this one. Elle a écrit une autre série de poésie, Things that haut. Je suis très sensible à ce type d’écriture, très moderne. L’abandon de toutes les règles d’écriture classique ne me dérange définitivement pas. Il y a un côté authentique et sincère. J’ai le sentiment d’avoir accès aux pensées intimes de l’auteur, de les partager quand elles lui viennent. Ce sont des émotions brutes, sans filtre. Je n’ai pas à deviner ce qu’elle essaie de me dire. Je partage une proximité avec l’auteur le temps de quelques pages. Je trouve ce style d’écriture dynamique également, certaines phrases peuvent avoir des sens totalement différents selon la manière dont elles sont lues.

Quant aux thèmes abordés, elle en évoque plusieurs qui m’ont profondément touché. Ils ont fait écho à ce que je peux ressentir ou à ce que j’ai pu vivre une fois dans ma vie. La poésie contemporaine parle de nos craintes et de nos vies. C’est une des raisons pour laquelle je me tourne très facilement vers ce type d’ouvrages en poésie. Elle parle des relations conflictuelles qu’elle a pu avoir avec sa mère, par exemple.

i am sorry

I wasn’t the daughter

you had in mind

I only ever wanter to make you proud

Elle évoque aussi le dégoût que son corps lui a inspiré. Ce sont aussi des poèmes très engagés, notamment dans le mouvement féministe, en rappelant que les femmes sont capables de réaliser de grandes choses, de dépasser leurs limites.

the princess

locked herself away

in the highest tower

hoping a knight

in shining armor

would come to her

rescue

I didn’t realize I could be my own knight

Les relations amoureuses tiennent également une place importante dans les deux recueils d’Amanda Lovelace. Elle évoque indifféremment la rupture, le rapport à l’autre, les sentiments, les blessures, les joies et les peines.

L’auteur a su me toucher au fil de ses poèmes. Je garde une petite préférence pour le premier livre, car il a l’attrait de la découverte. Elle peut sembler proche de Rupi Kaur sur certains aspects et s’en éloigner sur d’autres. Elles n’abordent pas toujours les mêmes sujets, ni de la même manière.

The Romanovs (2016) > Simon Sebag-Montefiore

The Romanovs were the most successful dynasty of modern times, ruling a sixth of the world’s surface for three centuries. How did one family turn a war-ruined principality into the world’s greatest empire? And how did they lose it all? This is the intimate story of twenty tsars and tsarinas, some touched by genius, some by madness, but all inspired by holy autocracy and imperial ambition. Simon Sebag Montefiore’s gripping chronicle reveals their secret world of unlimited power and ruthless empire-building, overshadowed by palace conspiracy, family rivalries, sexual decadence and wild extravagance, with a global cast of adventurers, courtesans, revolutionaries and poets, from Ivan the Terrible to Tolstoy and Pushkin, to Bismarck, Lincoln, Queen Victoria and Lenin.

Quasiment 700 pages sur l’histoire de la dynastie des Romanov, écrit en tout petit et en anglais… Pas facile de se lancer ! La famille impériale russe continue de fasciner, en témoigne cet imposant pavé de l’historien anglais Simon Sebag-Montefiore. Pour ma part, j’ai depuis longtemps un intérêt prononcé pour cette famille qui est restée de longues années au pouvoir, avant de connaître une fin tragique dont nous fêtons aujourd’hui même les cent ans. Jusqu’à présent, j’ai surtout lu des romans, mais jamais d’essais à proprement parler sur ce sujet. C’est désormais chose faite en venant à bout de cette petite brique.

Qui n’a pas été si terrible que ça, en définitif. Les je-ne-sais combien de pages et la taille de la police de caractère pour l’édition W&N ne m’ont pas abattu, car Simon Sebag-Montefiore sait intéresser le lecteur. De mes années d’études, j’ai pu remarquer une grande différence entre les essais historiques français et ceux écrits par des Anglo-Saxons. En France, les auteurs sont très sérieux dans leur ton, n’hésitant pas à faire de très longues phrases. Les Anglo-Saxons, en revanche, n’ont pas peur de rendre leurs écrits un peu plus vivants, avec parfois des touches d’humour. Ils donnent l’impression de moins se prendre au sérieux, tout en proposant des écrits largement documentés et scientifiques. Ils restent plus agréables à lire. The Romanovs raconte leur histoire, depuis leur avènement jusqu’à leur chute dans un style presque cinématographique, avec des petits suspens judicieusement aménagés. J’ai toujours eu envie d’en savoir plus et, au final, je me suis retrouvée à lire cinquante, cent pages, sans m’en rendre compte.

La mise en page a beaucoup joué, également. Le livre est divisé en acte et, au début, les principaux « acteurs » sont donnés avec un rappel de qui est la fille ou le fils de qui, les ministres, les alliances… Cela permet à chaque fois de replacer la multitude des personnes historiques qui gravitent autour des Romanov et la famille en elle-même. Un autre point tient aussi aux petites annexes, composées des portraits des principaux protagonistes, permettant de fixer plus facilement certains d’entre eux. Au final, même la manière dont le livre est construit participe au fait qu’il se lise facilement. Je ne dis pas rapidement, car il reste dense.

Et passionnant. Simon Sebag-Montefiore couvre toute la période des Romanov, de leur règne, en évoquant tous les tsars, des plus connus au moins connus. Il déconstruit certains mythes, aussi, en montrant leurs travers, leurs faiblesses, leurs passions… Il y a une certaine dimension psychologique dans cet essai qui permet de mieux comprendre les agissements des uns et des autres, les tensions et les complots politiques… Pour ma part, j’ai vraiment trouvé cet ouvrage très complet et l’auteur va réellement au fond des choses. Il exprime très simplement les enjeux politiques, les forces en présence, la géo-politique de l’empire russe… C’est un ouvrage qui, en définitif, reste accessible. Je ne suis pas forcément au point sur l’histoire de l’Europe, mais je n’ai eu aucun mal à suivre la chronologie, les principaux événements…

The Romanovs de Simon Sebag-Montefiore peut devenir un incontournable pour les passionnées de la famille impériale russe. Il est complet, brillamment écrit et il ne s’arrête pas uniquement à leur chute, comme bien souvent. Des différents essais historiques que j’ai pu lire cette année, il fait définitivement partie de mes recommandations.

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