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SULLIVAN, Deirdre • Tangleweed & Brine (2017)

A collection of twelve dark, feminist retellings of traditional fairytales are given a witchy makeover, not for the faint-hearted, from one of Ireland’s leading writers for young people. You make candles from stubs of other candles. You like light in your room to read. Gillian wants thick warm yellow fabric, soft as butter. Lila prefers cold. All icy blues. Their dresses made to measure. No expense spared. And dancing slippers. One night’s wear and out the door like ash. You can’t even borrow their cast-offs. You wear a pair of boots got from a child. Of sturdy stuff, that keeps the water out and gets you around.

L’ouvrage retenu pour le club de lecture de novembre de la librairie anglaise de Montpellier a été Tangleweed & Brine de l’auteur irlandaise Deirdre Sullivan. Ce sont des réécritures de contes célèbres qui se déclinent sous la forme de petites nouvelles d’une quinzaine de pages, chacune étant illustrée par une pleine page de Karen Vaughan.

Comme bien souvent avec les recueils de nouvelles, j’ai eu quelques préférences pour l’une ou l’autre des histoires. Bien souvent, je retiens les réécritures des contes que j’ai toujours appréciés comme Le Petit Chaperon rouge, La Petite Sirène ou La Belle et la Bête. Ce sont des récits dont je me souviens encore parfaitement des rebondissements et des enjeux. Je les connais presque par coeur. D’autres n’ont que de vagues résonances comme Raiponce ou Peau d’âne. Cependant, cela ne veut pas dire qu’elles ont été moins appréciées. Bien au contraire, je les découvre. C’est aussi là que réside le talent de l’auteur. Elle propose une lecture inédite et originale de ces histoires qui ont marqué notre enfance.

Deirdre Sullivan prend un point de vue qui est très intéressant. Elle laisse la parole aux princesses des contes. Ces dernières sont loin d’être les gentilles héroïnes à la Disney. Elles nous montrent leur côté sombre qu’elles embrassent sans aucune honte. Elles ne font pas ce qu’elles attendent d’elles, préférant vivre leurs vies. Elles utilisent la magie pour se venger… Bref, ce sont autant de personnages qui s’éloignent de notre vision d’elles. J’ai adoré ces différents portraits de femmes et filles, pris sous un angle plus sombre, plus psychologique et plus féministe.

Et c’est d’autant plus un plaisir à lire que chacune des réécritures sont parrainent écrites. Chacune d’entre elles est un petit bijou. Le style d’écriture du conte est présent et empreint de poésie. C’est de la belle prose anglaise et les illustrations de Karen Vaughan renforce la magie des nouvelles proposées par l’auteur. Elles sont magnifiques et collent parfaitement à l’ambiance très noire et torturée, tout en célébrant la beauté de la femme.

Tangleweed & Brine est une belle surprise et j’en garde définitivement un bon souvenir dans la mesure où il change de ce que j’ai pu lire jusqu’à maintenant dans ce genre littéraire. C’est encore un roman catégorisé « young adult » qui pourrait se retrouver dans toutes les mains.

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CHRISTO, Alexandra • To kill a kingdom (2018)

Princess Lira is siren royalty and the most lethal of them all. With the hearts of seventeen princes in her collection, she is revered across the sea. Until a twist of fate forces her to kill one of her own. To punish her daughter, the Sea Queen transforms Lira into the one thing they loathe most—a human. Robbed of her song, Lira has until the winter solstice to deliver Prince Elian’s heart to the Sea Queen or remain a human forever.
The ocean is the only place Prince Elian calls home, even though he is heir to the most powerful kingdom in the world. Hunting sirens is more than an unsavory hobby—it’s his calling. When he rescues a drowning woman in the ocean, she’s more than what she appears. She promises to help him find the key to destroying all of sirenkind for good—But can he trust her? And just how many deals will Elian have to barter to eliminate mankind’s greatest enemy?

Premier roman de l’auteur anglaise, Alexandra Christo revoit et corrige l’histoire de La Petite Sirène qui a bercé mon enfance. Parmi les parutions pour 2018, To kill a Kingdom était de celle que j’attendais avec impatience. Je ne lis que très peu autour des sirènes et celui-ci m’a donné envie de changer la donne et de m’intéresser à ces créatures fantastiques. Je ne dirai pas qu’il s’agit d’un coup de coeur, mais définitivement d’une bonne surprise. Avant d’aller plus loin, je vous propose de votre mettre un peu dans l’ambiance en écoutant ce morceau d’Hans Zimmer qui m’a accompagné durant ma lecture.

Hans Zimmer – Mermaids

Pour commencer, j’ai aimé la manière dont l’auteur a repris cette histoire d’Andersen, repris ensuite par Disney. Certains éléments se retrouvent facilement : une sirène et un prince, une méchante reine de l’Océan… Toutefois, il y a des différences qui rendre l’intrigue et l’ambiance bien plus sombres. Ce n’est plus vraiment un conte pour enfants. Les sirènes sont issues de l’imagerie populaire par leurs beautés et leurs voix qui envoûtent les marins pour mieux les noyer et leur arracher le coeur, signes de pouvoir au fond de l’océan. Le prince est aussi un pirate qui chasse les sirènes. Les deux peuples se vouent une haine féroce et ils cherchent à s’exterminer. C’est réellement sur ce point que l’histoire reste classique et peu originale. La Reine de l’Océan ressemble physiquement et dans son comportement à Ursula du dessin animé. Elles partagent un certain nombre de caractéristiques et le rapprochement est facile à faire. Celle proposée par Alexandra Christo est juste un peu plus extrême (moins enfantin, je dirai) et torture volontiers sa fille.

Ce sont ces changements que j’ai très largement appréciés : un prince pirate, une ambiance beaucoup plus lugubre et portée sur la violence, une princesse guerrière qui n’hésite pas à tuer… Ils sont très bien exploités, mettant presque l’histoire d’amour entre Lira, la princesse et future reine des sirènes, et Elian, le prince-pirate, au second plan. Le plus important est leur quête d’un objet sacré, leurs raisons personnelles d’y arriver et comment ils comptent l’utiliser, les alliances qu’ils forgent… Comme convenu, sachant qu’ils viennent de deux races différentes, leurs buts ne sont pas les mêmes. L’intrigue est aussi faite de ces petits moments un peu sans surprise qui font que j’ai deviné rapidement certains événements, constituant une suite logique. Cependant, c’est assez divertissant de voir comment ils vont parvenir à atteindre leurs objectifs, tout en essayant de ne pas s’entretuer et, au final, c’est principalement ce que j’attendais en commençant ce roman, ni plus ni moins. D’où aussi le fait qu’il s’agisse d’une bonne surprise. Les pages se tournent et l’auteur a su me passionner par une intrigue qui est tout de même rythmée.

À dire vrai, je n’avais aucune attente particulière concernant ce premier roman et, au final, j’ai découvert un univers riche et parfois original, notamment pour les royaumes « terrestres », qui m’a tout de suite charmé avec une plume plaisante à lire, même si certains aspects restent conventionnels. Alexandra Christo arrive parfaitement à alterner les différents points de vue, en les rendant tout aussi intéressants l’un que l’autre et tout en ne cassant jamais le rythme.

Mes trois lectures d’Halloween

Cette période de l’année rime avec Halloween et, pour l’occasion, j’aime toujours me plonger dans quelques lectures frissonnantes. J’ai choisi trois lectures abordant des thèmes différents. Malheureusement, 2018 n’a pas été une très bonne année avec cette sélection.

Asylum de Madeleine Roux

For sixteen-year-old Dan Crawford, New Hampshire College Prep is more than a summer program—it’s a lifeline. An outcast at his high school, Dan is excited to finally make some friends in his last summer before college. But when he arrives at the program, Dan learns that his dorm for the summer used to be a sanatorium, more commonly known as an asylum. And not just any asylum—a last resort for the criminally insane.

As Dan and his new friends, Abby and Jordan, explore the hidden recesses of their creepy summer home, they soon discover it’s no coincidence that the three of them ended up here. Because the asylum holds the key to a terrifying past. And there are some secrets that refuse to stay buried.

Le premier ouvrage de ma sélection. Pour ma part, les asiles sont des lieux d’horreur et d’épouvante par excellence, détestant tout, absolument tout ce qui touche au monde du médical. Ils sont même à la première place. À vrai dire, c’est plutôt à cause de ma peur panique de ce milieu que ce roman de Madeleine Roux m’a fait peur… Et encore ! Il est loin de m’avoir donné des cauchemars ou m’empêcher de le lire une fois la nuit venue. De ce point de vue, qui est juste primordial à mes yeux, l’effet est un peu raté.

Cependant, ce livre n’est pas non plus une totale déception. Tout au long de ma lecture, j’ai toujours eu envie d’en savoir plus, d’apprendre ce qui allait arriver aux différents personnages et pourquoi ils semblaient lier à cet endroit. Il y a quelques petites interrogations intéressantes et dont j’ai eu envie de connaître les réponses. La fin m’a tout de même fait dire « tout ça, pour ça…« . Le roman se termine de manière satisfaisante, tous les mystères trouvant leurs résolutions, je ne compte pas lire la suite.

The Call de Peadar O Guilin

Imagine a world where you might disappear any minute, only to find yourself alone in a grey sickly land, with more horrors in it than you would ever wish to know about. And then you hear a horn and you know that whoever lives in this hell has got your scent and the hunt has already begun.

Could you survive the Call?

De ma pré-sélection, c’est le roman que j’étais le plus impatiente de découvrir. Il a fait l’objet d’un club de lecture au Trinity College, le seul que j’ai manqué. Ce premier tome avait réellement tout pour me plaire : l’action se déroulant en Irlande, l’utilisation du folklore et de la mythologie irlandaise et une idée de départ très originale.

Très vite, le drame ! Malgré un univers amplement développé et très bien expliqué, l’auteur prenant son temps pour disposer les différents éléments de l’intrigue, le tout manque presque d’un peu de dynamisme et je me suis profondément ennuyée. Certains aspects sont plaisants : savoir ce qui se passe durant l’Appel de quelques personnages. Toutefois, ils sont secondaires voire tertiaires dans l’intrigue et le lecteur peut parfois s’y perdre. Pour ma part, je me suis posée la question si l’auteur n’en a pas oublié Nessa, son personnage principale. J’ai eu le sentiment d’attendre trop longtemps pour que ça soit son tour que je me suis lassée de voir les autres encore et encore. Petit à petit, j’ai perdu tout intérêt pour ce roman au point de l’abandonner.

Harmony House de Nic Sheff

Jen Noonan’s father thinks a move to Harmony House is the key to salvation, but to everyone who has lived there before, it is a portal to pure horror.

After Jen’s alcoholic mother’s death, her father cracked. He dragged Jen to this dilapidated old manor on the shore of New Jersey to “start their new lives”—but Harmony House is more than just a creepy old estate. It’s got a chilling past—and the more Jen discovers its secrets, the more the house awakens. Strange visions follow Jen wherever she goes, and her father’s already-fragile sanity disintegrates before her eyes. As the forces in the house join together to terrorize Jen, she must find a way to escape the past she didn’t know was haunting her—and the mysterious and terrible power she didn’t realize she had.

Changement de thématiques avec cette fois-ci une maison hantée. Le roman m’a attiré par sa couverture et son résumé. Je me suis dit qu’il serait parfait pour frissonner lors de la période d’Halloween. Le prologue et le premier chapitre ont été une bonne surprise et m’ont laissé comme un bon présage pour la suite. Malheureusement, le livre ne s’est pas totalement révélé à la hauteur de mes espérances.

Ce prologue n’a pas grand chose à voir avec le reste de l’intrigue. C’est une récurrence tout au fil du roman. L’auteur introduit souvent des nouveaux éléments dans son histoire qu’il exploite et qu’il évacue tout aussi vite. Ce prologue n’est qu’un exemple parmi d’autres. L’impression qui s’en dégage est brouillonne et inachevée. Pourquoi amener des aspects nouveaux dans l’histoire si ce n’est pas pour les utiliser ? À cela s’ajoutent des révélations et des événements qui arrivent comme un cheveu sur la soupe. Ils s’enchaînent parfois très mal et il y a de nombreux passages que j’ai dû relire. Il y a pourtant du potentiel avec des moments où la tension et le super naturel forment un bon mélange, plutôt bien dosé. Cependant, tout s’enchaîne trop vite. Je suis vraiment très déçue par ce roman.

O’NEILL, Louise • Asking for it (2015)

It’s the beginning of the summer in a small town in Ireland. Emma O’Donovan is eighteen years old, beautiful, happy, confident. One night, there’s a party. Everyone is there. All eyes are on Emma.

The next morning, she wakes on the front porch of her house. She can’t remember what happened, she doesn’t know how she got there. She doesn’t know why she’s in pain. But everyone else does.

Photographs taken at the party show, in explicit detail, what happened to Emma that night. But sometimes people don’t want to believe what is right in front of them, especially when the truth concerns the town’s heroes…

Il ne m’est jamais arrivé d’écrire ma chronique en même temps que ma lecture de l’ouvrage. J’attends toujours de l’avoir terminé ou quelques jours après pour en parler. Je bouscule mes habitudes avec Asking for it, livre lu dans le cadre du club de lecture de la librairie anglaise, Le Bookshop de Montpellier. Pourquoi un tel changement ? Alors que je commence ce billet, je n’ai pas encore une centaine de pages de ce roman et, pourtant, les idées de sujets à évoquer ne manquent pas. Beaucoup d’aspects du livre me font réagir. Mes impressions se feront en deux temps : avant le viol et après.

Dès les premières pages, c’est presque un dictionnaire du harcèlement qu’une femme peut subir, même à un âge aussi jeune qu’Emma : les Klaxons de voitures, les sifflements, les regards appuyés et les commentaires grivois ou clairement insultants, les accostes douteuses, les mains baladeuses, le slut shaming… Il y a une gradation vers le drame, une des pires violences qui peuvent être faites, le viol. On sent le drame approcher et le lecteur sait qu’il sera inévitable, malheureusement.

Je trouvais le titre français relativement terrible, Une fille facile. En lisant la première partie, je comprends mieux pourquoi ce choix, car c’est ainsi que bien trop souvent des filles ou des femmes partageant le même comportement qu’Emma, le personnage principal, sont qualifiés. Combien de fois n’avons nous pas entendu qu’unetelle était une fille facile parce qu’elle est jolie et en joue ou plaît aux hommes et le sait ? Parce qu’elle flirte souvent ? Parce qu’elle s’amure ou s’habille comme elle l’entend ? Finalement, les deux titres se valent dans l’idée qu’ils souhaitent véhiculer. Cela ne justifie pas pour autant l’acte de violence sexuelle qui sera commis.

À ce titre, je trouve la manière dont l’auteur présente son personnage principal intéressante. Elle rend Emma presque détestable. On ne peut pas dire qu’elle soit la meilleure des amies avec sa jalousie presque maladive pour l’une d’entre elles à cause de son argent. Elle n’est pas du tout compréhensive envers son autre amie, Jamie, qui, on le devine aisément, a aussi été violée. Elle n’hésite à lui dire sans honte, « it’s happened to loads of people. It happens all the time. You wake up the next morning and you regret it or you don’t remember what happened exactly, but it’s easier not to make a fuss.« . Cette déclaration fait un drôle d’écho avec ce qui va se passer ensuite. Par d’autres aspects, Emma m’est sympathique. En effet, tout est toujours ramené à son physique et à sa beauté, même sa mère, dans la toute première scène, ne semble voir que cet aspect de sa fille, et, dès les premières pages, une sorte de malaise s’installe. Emma n’est évoquée que par cela et non pour ses compétences, son intelligence, ses aspirations… Elle est juste jeune et jolie et c’est aussi un reflet de notre société actuelle.

J’ai aimé la manière dont l’auteur fait la jonction entre l’après et l’avant viol d’Emma, en mettant le lecteur à la place de cette dernière, en faisant un espèce de black-out littéraire qui fait écho à celui du personnage principal. De ce fait, j’ai trouvé la manière dont on apprend ce qui s’est réellement passé encore plus choquant et insoutenable, car, comme Emma, le lecteur n’en a pas eu conscience. Cette scène m’a profondément troublé, non seulement par la description des photographies et des vidéos qui ont été postées sur Facebook, mais également par le fait que Louise O’Neill a choisi une narration à la première qui plonge le lecteur directement dans les pensées d’Emma. Tout son fil de pensées se déroule devant nos yeux et ce très court moment m’a particulièrement mis mal à l’aise.

La suite est tout aussi oppressante et surtout révoltante sur bien des aspects. Le premier tient à la manière dont le procès, ou plutôt son absence m’a agacé. Comment ne pas prendre au sérieux la plainte d’Emma alors que les preuves sont aussi parlantes ? Pourquoi les photographies mises sur Facebook ne sont-elles par des preuves recevables alors qu’elles montrent le crime de manière bien évidente ? Il y a un passage qui exprime parfaitement cette idée. Emma rappelle que ses agresseurs sont innocents jusqu’à preuve du contraire alors qu’elle est déjà jugée coupable sans autre forme de procès. Même dans le village irlandais, les camps se déchaînent et tous semblent condamner la jeune fille et la prendre pour la coupable de cette histoire. Le titre du livre revient très souvent et je trouve qu’il prend tout son sens, car c’est ce que tout le monde lui répète, « she was asking for it« . C’est souvent l’excuse ou la phrase qui revient tout le temps chez les violeurs pour justifier leurs actes et c’est juste révoltant.

Mais peut-être pas autant que le comportement des parents d’Emma qui ne font pas du tout face à la réalité. Ils fuient totalement leur fille et ne font preuve d’aucune compassion envers elle. Ils n’essaient même pas de comprendre, de lui demander comment elle va réellement. Ils s’inquiètent plus pour leurs apparences et ce que le village pense d’eux, de manière totalement égoïste. À aucun moment je n’ai senti de soutien de leur part pour leur fille. Je ne les ai pas compris . Le seul qui démontrait un réel intérêt est Bryan, le frère d’Emma qui voulait toujours savoir comment sa soeur allait, quels étaient ses projets pour l’avenir… Il y avait quelque chose de touchant et de désespéré dans sa volonté de ramener l’ancienne Emma.

La fin ne m’a pas choqué. Il est vrai que j’aurai aimé qu’elle soit différente, qu’Emma ait le courage d’aller jusqu’au bout. Cependant, elle est une conclusion logique de tout ce que j’ai rapidement abordé dans les deux derniers paragraphes. Même si je n’approuve pas totalement son choix, je le comprends parfaitement, car elle n’avait personne pour la soutenir. Les dernières pages me semblent plus réalistes ainsi, en fait. Elles finissent sur la touche qu’il fallait. Asking for it n’a pas été une lecture facile tout au long et il y a eu de très nombreux passages difficile, mais je pense que c’est une lecture nécessaire, un roman à mettre entre toutes les mains. Le sujet est difficile, mais terriblement d’actualité. Louise O’Neill le traite brillamment, avec beaucoup de finesse.

SANDS, Philippe • East West Street (2016)

A uniquely personal exploration of the origins of international law, centring on the Nuremberg Trials, the city of Lviv and a secret family history. When he receives an invitation to deliver a lecture in the Ukrainian city of Lviv, international lawyer Philippe Sands begins a journey on the trail of his family’s secret history. In doing so, he uncovers an astonishing series of coincidences that lead him halfway across the world, to the origins of international law at the Nuremberg trial. Interweaving the stories of the two Nuremberg prosecutors (Hersch Lauterpacht and Rafael Lemkin) who invented the crimes or genocide and crimes against humanity, the Nazi governor responsible for the murder of thousands in and around Lviv (Hans Frank), and incredible acts of wartime bravery, East West Street is an unforgettable blend of memoir and historical detective story, and a powerful meditation on the way memory, crime and guilt leave scars across generations.

Largement récompensé à l’étranger comme en France avec le prix Médicis, East West Street a été l’essai de 2017. Philippe Sands y retrace sa quête des origines de sa famille à Lemberg. Il s’intéresse également à deux théoriciens du droit qui ont aussi vécu dans cette ville. Nous leur devons les notions de crimes contre l’humanité (contre des individus) et génocide (contre un groupe spécifiquement identifié).

De nombreux sujets sont évoqués avec pour lien la ville de Lemberg. De ce point de vue, j’ai pu me rendre compte du talent de l’auteur. Il parle autant de droit (tout en restant très accessibles pour les non-juristes, aucune base n’est requise pour comprendre et apprécier l’essai), d’histoires familiales que de la grande Histoire, de philosophie, de son expérience intime… Pourtant, il ne pars jamais dans tous les sens et reste très cohérent. Le lecteur saisit rapidement le cheminement de la pensée de Philippe Sands et la manière dont l’ouvrage est construit. Et puis, quand c’est aussi bien écrit, la lecture devient un vrai régal.

Je ne saurai dire quel aspect du livre j’ai apprécié le plus, car East West Street forme un tout où chaque aspect s’imbrique dans un autre. Il rend compte de sa quête de réponses du passé de sa famille avec beaucoup d’humilité, ne cachant rien des petits éléments qu’il a trouvé, des déceptions parfois de ne pas pouvoir aller plus loin, de ne pas avoir toutes les réponses. Il a partagé cette expérience avec ses enfants. Quant aux aspects plus juridiques ou théoriques de l’essai, j’ai trouvé que les questions qu’il s’est posé intéressantes et pertinentes. Quelle coïncidence extraordinaire que les deux hommes qui ont théorisé les deux notions les plus importantes du droit pénal international ont vécu dans la même ville, ont fait leurs études dans la même université. Pourtant, les deux notions présentent des différences, des conceptions opposées. Qu’est-ce qui peut expliquer cet état de fait ? Comment ont-elles émergé et font depuis foi ?

East West Street : On the origins of genocide and crimes against humanity, pour le titre complet est un essai qui m’a plus sous bien des aspects : les thèmes abordés et il est brillamment écrit avec un style très fluide et qui transmet très bien les émotions de l’auteur. C’est un ouvrage que je retiens et que j’envisage de relire et feuilleter sans souci. Rares sont les essais que je peux ressortir de ma bibliothèque et relire certains passages.

LAYBOURNE, Emmy • Sweet (2015)

Solu’s luxurious celebrity-filled Cruise to Lose is billed as « the best cruise since the Titanic, » and if the new diet sweetener works as promised – dropping five percent of a person’s body weight in just days – it really could be the answer to the world’s obesity problem. But Laurel is starting to regret accepting her friend Viv’s invitation. She’s already completely embarrassed herself in front of celebrity host Tom Forelli (otherwise known as the hottest guy ever!) and she’s too sick to even try the sweetener. And that’s before Viv and all the other passengers start acting really strange. BUT WILL THEY DIE FOR IT, TOO?

Sweet est un roman que j’avais très envie de lire depuis de nombreuses années. Je l’ai repéré dès sa sortie anglaise et il m’a fallu un peu de temps avant de mettre la main dessus et découvrir qu’il n’en valait pas totalement le coup. Pourtant, le livre avait de bons arguments : une croisière de luxe qui tourne à l’apocalypse, une drogue qui rend tout le monde légèrement accro et zombie, sous fond de body positive. Je signe tout de suite sans y penser deux fois.

L’aspect « body positive » du roman est peut-être ce que je retiens le plus de ma lecture. Je ne le retrouve pas toujours dans les romans que je peux livre, peut-être dans la poésie contemporaine féministe comme Rupi Kaur ou Amanda Lovelace. Emmy Laybourne part d’une idée qui a de quoi faire rêver : le Solu. Il s’agit d’une espèce de sucre en poudre qui vous permet de perdre 5 à 10% de la masse corporelle, tout en mangeant absolument tout ce que les personnes veulent. L’auteur exprime son idée à travers les trois principaux : Vivika est accro au Solu ; Laurel qui trouve que son corps est parfait comme il est, malgré quelques kilos en trop ; Tom qui s’est taillé le corps qu’il rêvait en mangeant sainement et en faisant énormément de sport. Ils illustrent chacun un aspect de notre relation à notre relation à notre corps. Je me suis retrouvée dans Vivika, sans grande surprise. Je suis loin d’être une Laurel qui s’accepte comme elle est. J’ai pensé que ce choix de personnages était pertinent et ils illustrent bien les propos et la philosophie d’un regard plus positif sur nos corps.

Malheureusement, j’ai eu plus de mal avec l’histoire. Elle a énormément de mal à démarrer. Pour ma part, elle n’a réellement su devenir intéressante vers le dernier tiers, tout en peinant à totalement m’accrocher. Le développement de la romance entre Tom et Laurel prend trop de place par rapport à ce que je m’attendais en commençant Sweet. La romance a été trop omniprésente à mon goût. Ça et une histoire qui ne décolle pas, la lecture a parfois été laborieuse et mon intérêt pour cette dernière très fluctuant. Je ne l’ai pas terminé pour être honnête. Je n’arrivai plus à me remettre dans ma lecture et à y trouver un quelconque intérêt alors qu’il me restait une cinquantaine de pages.

Sweet est ma déception de l’été. En apparence, il avait tout pour que je passe un bon moment voire qu’il soit un coup de coeur. Cependant, certains aspects du roman n’ont pas fait pencher la balance vers le positif. Je m’attendais à peut-être plus de « zombies ». C’est ce que j’ai imaginé en lisant la quatrième de couverture.

YOUNG, Adrienne • Sky in the deep (2018)

Raised to be a warrior, seventeen-year-old Eelyn fights alongside her Aska clansmen in an ancient rivalry against the Riki clan. Her life is brutal but simple: fight and survive. Until the day she sees the impossible on the battlefield—her brother, fighting with the enemy—the brother she watched die five years ago.

Parmi les nouvelles parutions 2018 dans la catégorie Young Adult, Sky in the deep, le premier roman d’Adrienne Young a retenu toute mon attention. La couverture est certes sublime, mais c’est surtout le résumé qui m’a plu. S’intéresser aux Vikings changeait grandement de ce que j’ai pu lire ces derniers temps. Malheureusement, je reste mitigée par cette lecture.

Le premier point qui m’a attristé est le rythme de l’histoire. Il est très inégal tout au long. Les premiers chapitres s’ouvrent sur une scène de bataille plutôt bien menée et une révélation. Après, il ne se passe plus grand chose avant la page 150 environ. Finalement, il y a un bon pôle de début et un autre à la fin. Ce qui se passe entre est un peu plus mou, pas totalement inintéressant non plus. Il s’intéresse à la vie quotidienne des Vikings, leurs croyances…

J’ai trouvé qu’il y a parfois un manque de détails, donnant l’impression qu’Adrienne Young passe un peu vite sur certains points, notamment sur les Heija. Il s’agit des « grands méchants » du roman et quasiment rien n’est dit sur eux. L’auteur le justifie par le fait que c’est un peuple qui n’est pas censé exister. Je n’ai pas été totalement convaincu par cette explication. J’aurai voulu plus d’éléments sur ce peuple qui perd de son côté mythique et effrayant rapidement. De plus, l’auteur va parfois trop vite en besogne. Certains passages, notamment la toute dernière bataille, semblent trop courts. Adrienne Young s’attarde, par exemple, sur la vie d’Eelyn chez les Rikki et elle décrit l’apothéose de l’intrigue en un court chapitre. C’est un peu décevant dans la mesure où j’ai attendu ce passage avec patience.

Concernant les personnages, je n’ai pas réellement eu de coup de coeur pour l’un ou l’autre. Eelyn m’a énervé quasiment tout au long du roman. Pourtant, le fait qu’il s’agisse d’une guerrière, d’une jeune fille indépendante et qui se débrouille seule a de quoi me plaire. Je regrette aussi que le personnage masculin, Fiske, n’ait pas été plus creusé. Il est intéressant, mais trop vite survolé. J’ai eu du mal à me l’imaginer. C’est l’aspect du roman qui m’a le plus chiffonné. Je n’oublie pas non plus que Sky in the deep est le premier roman de l’auteur. Il peut y avoir des imperfections.

Malgré tout, il y a de bonnes idées et le roman se laisse lire. J’ai surtout pointé les aspects qui m’ont quelque peu dérangé, mais cet ouvrage reste agréable à lire. Il n’est pas transcendant, même si l’univers change un peu. J’ai adoré l’ambiance, qui est plutôt bien décrite.