Judith Kerr • Quand Hitler s’empara du lapin rose (1971)

Quand Hitler s’empara du lapin rose • Judith Kerr • 1971 • Le Livre de Poche • 314 pages

Imaginez que le climat se détériore dans votre pays, au point que certains citoyens soient menacés dans leur existence. Imaginez surtout que votre père se trouve être l’un de ces citoyens et qu’il soit obligé d’abandonner tout et de partir sur-le-champ, pour éviter la prison et même la mort. C’est l’histoire d’Anna dans l’Allemagne nazie d’Adolf Hitler. Elle a neuf ans et ne s’occupe guère que de crayons de couleur, de visites au zoo avec son « oncle » Julius et de glissades dans la neige. Brutalement les choses changent. Son père disparaît sans prévenir. Puis, elle-même et le reste de sa famille s’expatrient pour le rejoindre à l’étranger. Départ de Berlin qui ressemble à une fuite. Alors commence la vie dure – mais non sans surprises – de réfugiés. D’abord la Suisse, près de Zurich. Puis Paris. Enfin Londres. Odyssée pleine de fatigues et d’angoisses mais aussi de pittoresque et d’imprévu – et toujours drôles – d’Anna et de son frère Max affrontant l’inconnu et contraints de vaincre toutes sortes de difficultés – dont la première et non la moindre: celle des langues étrangères! Ce récit autobiographique de Judith Kerr nous enchante par l’humour qui s’en dégage, et nous touche par cette particulière vibration de ton propre aux souvenirs de famille, quand il apparaît que la famille fut une de celles où l’on s’aime…

J’ai ce roman dans ma liste d’envie depuis quelques années. Il a fallu que son adaptation soit disponible à la demande pour que je me décide enfin à l’acheter et à le lire. J’ai passé un très bon moment avec les deux.

Quand Hitler s’empara du lapin rose est un roman autobiographique. Judith Kerr s’est inspirée de sa propre histoire et celle de sa famille. Son frère et elle deviennent Max et Anna. Elle raconte son exil loin d’Allemagne, après les élections de 1933 qui ont vu l’arrivée des nazis au pouvoir. La famille a été contrainte de fuir, car le père, un intellectuel juif, a souvent pris position contre le national-socialisme. C’est une histoire prenante. Dès les premières pages ou minutes du film, j’ai pris à coeur le destin d’Anna. J’avais tout de même l’espoir que les siens puissent rentrer dans leur pays, même si, en tant qu’adulte et connaissant l’Histoire, je savais que c’était impossible. Finalement, la question a été de savoir où ils allaient définitivement s’installer et se reconstruire.

Il y a beaucoup d’émotions retranscrites et, en tant que lectrice, je suis passée par tellement de sentiments différents, en même temps que la famille Kemper : de la tristesse à la colère, de l’espoir au désespoir le plus total… J’ai été impressionnée par la résilience d’Anna et Max alors qu’ils sont si jeunes, ainsi que de leurs parents. Ils avancent, essaient constamment de se reconstruire. Ils tentent tant bien que mal de s’adapter à chaque fois à un nouveau pays, une nouvelle langue et de découvrir des coutumes différentes. C’est un aspect que j’ai énormément apprécié de ce roman. J’avoue que je n’ai pas pu m’empêcher de penser à mes grands-parents maternels, qui, dans un autre contexte, ont fui la guerre civile espagnole, puis la guerre d’Algérie.

C’est un roman que j’avais tout de même peur de ne pas apprécier à sa juste valeur par son côté très jeunesse. Le public visé est celui qui a l’âge d’Anna, c’est-à-dire une dizaine d’années. Le livre est écrit de son point de vue. Cependant, je l’ai vraiment apprécié par tous les aspects que j’ai évoqués auparavant : un récit d’exil, de résilience, de l’importance de la famille avec toutes les épreuves qu’elle doit traverser. Il y a aussi les différents personnages. La famille est attachante et il y a de très jolis passages. Comme le dit si bien Anna, tant qu’ils sont ensemble, tout va pour le mieux.

En 2019, Quand Hitler s’empara du lapin rose a fait l’objet d’une adaptation par un studio allemand avec Oliver Masucci dans le rôle du père. C’est un acteur que j’apprécie énormément. En France, il est notamment connu pour son rôle d’Ulrich dans la série Dark de Netflix. Je ne connaissais pas les autres acteurs. L’actrice qui joue Anna est très bien, mais elle ne crève pas l’écran non plus. Aucun d’eux d’ailleurs. Ils sont bons dans leurs rôles, mais je n’ai pas vu de performances exceptionnelles.

Cependant, cette adaptation est extrêmement fidèle. Je n’ai relevé que deux différences, sans qu’elles apportent de véritables chamboulements dans l’intrigue. Par exemple, par rapport au livre, il y a un personnage secondaire qui manque à l’appel, mais son absence ne m’a pas dérangé. Elle n’apportait pas grand chose à l’intrigue dans le livre. Le deuxième changement est lorsqu’ils sont à Paris. Ils reçoivent l’aide d’un membre de leur famille dans le livre, une tante si mes souvenirs sont bons, alors que dans le film, il s’agit d’un metteur en scène allemand dont le père d’Anna avait souvent fait la critique. En revanche, j’ai énormément aimé la musique qui accompagne parfaitement les émotions présentes.

Que ce soit pour le livre ou son adaptation cinématographique, je n’ai pas eu de gros coup de coeur. Ça se laisse lire ou regarder, mais je n’en garderai pas un souvenir impérissable. Ils s’arrêtent tous les deux alors que la famille arrive à Londres. Le livre a en effet un deuxième tome, Ici Londres. S’il croise ma route un jour, je le lirai avec plaisir, mais ce n’est pas ma priorité.

Matt Haig • The Midnight Library (2020)

The Midnight Library • Matt Haig • Viking • 13 août 2020 • 288 pages

Somewhere out beyond the edge of the universe there is a library that contains an infinite number of books, each one the story of another reality. One tells the story of your life as it is, along with another book for the other life you could have lived if you had made a different choice at any point in your life. While we all wonder how our lives might have been, what if you had the chance to go to the library and see for yourself? Would any of these other lives truly be better?

•••

Matt Haig est un auteur que je souhaitais découvrir depuis un moment. The Midnight Library est son dernier roman et il a d’ailleurs reçu le prix Goodreads dans la catégorie Fiction. Pour ma part, il a été un coup de coeur. Je l’ai lu au moment parfait, avec les difficultés du deuxième confinement. C’était véritablement le livre dont j’avais besoin, sortant aussi un peu de ma zone de confort.

Nora a trente-cinq ans et vit avec beaucoup de regrets. Que se serait-il passé si elle avait continué la natation ? Ou la musique ? Si elle s’était mariée avec son fiancée ? Si elle s’était mieux occupée de son chat Voltaire ? Jusqu’au jour où elle décide de se suicider. Elle se retrouve alors dans une bibliothèque particulière, puisqu’elle permet d’explorer différentes versions de sa vie en fonction des choix qui ont été faits ou non. J’ai énormément aimé cette idée de départ, que je trouve universelle. Qui n’a jamais rêvé de voir ce que pouvait être sa vie s’il ou elle avait pris cette voie plutôt qu’une autre ? Au moment où je lisais ce roman, c’était clairement le genre de questions que je me posais et j’aurai adoré avoir une telle bibliothèque à disposition.

J’ai pu en profiter à travers le personnage de Nora, qui est profondément humaine, imparfaite mais terriblement attachante. Je me suis réellement sentie proche d’elle tout au long de ce roman entre sa déception, son parcours une fois dans la bibliothèque et sa prise de conscience que la vie qu’elle a vaut vraiment la peine d’être vécue, qu’elle n’a pas à regretter ses choix. Même si nous n’avons pas du tout les mêmes vies, j’ai quand même pu me projeter et, tout comme elle, me dire que ce sont mes choix et la vie que j’ai décidé de mener. Malgré des thèmes pas toujours évidents, entre la dépression, le suicide, l’omniprésence des regrets, au fur et mesure, l’espoir arrive et le livre devient beaucoup plus positif. Entre temps, je suis passée par toutes les émotions.

La fin ne m’a pas réellement surprise. Le livre ne pouvait que se finir ainsi, dans une suite logique. J’ai cru à une autre fin à un moment donné, mais je suis heureuse que l’auteur n’a pas fait ce choix. Par ailleurs, l’intrigue aurait pu être redondante : choisir un livre, une nouvelle vie qui est une variante de celle que Nora vit, mais en mieux… Cependant, cela n’a pas été le cas et Matt Haig a su me tenir en haleine autour du destin de son personnage principal. Chaque nouvelle vie qu’elle expérimente lui rappelle celle issue de ses choix, et qu’un élément important et positif y manque. Elle en tire des leçons. Un autre point positif que j’aborde rapidement est la description de la dépression qui est juste. L’auteur montre bien le côté insidieux et parfois invisible de cette maladie. Ce dernier en souffre lui-même et je pense que c’est pour ça que Nora sonne aussi juste.

The Midnight Library est mon premier roman de l’auteur, mais peut-être pas le dernier. Ce n’est pas forcément le genre d’ouvrages vers lesquels je me dirige habituellement et, pourtant, j’ai été plus qu’agréablement surprise par ce roman mêlant feel-good et science-fiction. Il a été un coup de coeur, que je recommande. J’ai How to stop time dans ma liste d’envie lecture.