Pierre Lorrain • La fin tragique des Romanov (2018)

Drame humain à l’intérieur d’un drame historique, tragédie gigogne à la manière matriochki de l’artisanat russe, l’assassinat des Romanov a suscité, tout au long de notre siècle, une abondante littérature où les légendes, confortées par la désinformation, alimentées par les imposteurs et les mythomanes, l’ont emporté en nombre sur les faits avérés. Quatre-vingt-sept ans plus tard, maintenant que les dépouilles mortelles des derniers Romanov trouvent enfin une sépulture définitive dans la forteresse Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg, l’ouverture des archives soviétiques a permis de dissiper les voiles du mystère. Les mémoires et les écrits des geôliers et des membres du peloton d’exécution, les lettres et les journaux intimes du tsar, de l’impératrice et de leurs proches, les documents officiels de l’époque – lettres, télégrammes et rapports marqués du sceau du secret – nous racontent enfin l’histoire vraie de l’assassinat du dernier tsar et de ses proches. Une histoire plus riche, émouvante et fertile en rebondissements que le plus passionnant des romans.

Encore un ouvrage historique sur la famille impériale. Après le très complet et très documenté The Romanovs de l’historien anglais Simon Sebag-Montefiore, je m’intéresse désormais plus particulièrement à leur chute à travers La fin tragique des Romanov de Pierre Lorrain dont la dernière édition date d’avril 2018. Il prend en considération les dernières recherches et fouilles archéologiques. Je suis tombée dessus par hasard dans une librairie d’occasion et le sujet m’a tout de suite parlé, tout en ayant peur des redites par rapport à l’ouvrage de Sebag-Montefiore. Cependant, il y a d’autres partis pris et le style n’est pas forcément le même.

Pierre Lorrain met surtout l’accent autour de la figure du tsar Nicolas II en abordant toute sa vie, les faits qui ont marqué cette dernière, sa personnalité et son caractère comme l’assassinat de son grand-père. Il s’intéresse beaucoup à la relation qu’il entretien avec son épouse, l’impératrice Alexandra Fiodorovna. Le couple impérial est au centre de l’ouvrage, notamment par la manière dont elle s’impliquait dans la politique de la Russie, imposant ses choix et ses caprices à son mari et lui dispensant ses conseils. Des autres membres de la famille, seul Alexei, le tsarévitch, est évoqué longuement, mais souvent par rapport à sa maladie et l’impact qu’elle a sur le couple. L’impression qui se dégage, que l’auteur laisse est que la fin tragique des Romanov est surtout le fait de la mainmise d’Alexandra sur le pouvoir en premier lieu. Puis vient le comportement du tsar et de sa méconnaissance des volontés du peuple, du fait qu’il n’a pas eu envie de réformer l’empire.

Le communisme est évoqué, mais la montée de la Révolution semble surtout être la conséquence du comportement des souverains. Je l’ai perçu ainsi, comme la seule justification du communisme en Russie, mais non aussi l’évolution de la société. Il lie communisme et révolution avec la politique du tsar, la mainmise de l’impératrice sur son mari. J’ai trouvé cela un brin réducteur, car j’ai eu le sentiment que Pierre Lorrain ne met en avant qu’une seule raison qui a mené au pouvoir impérial et qui sert au mieux son propos. Cependant, c’est l’unique point qui m’a déçu. L’ouvrage reste passionnant à lire et j’ai été étonnée par la taille de la bibliographie de l’auteur. Elle est conséquente et permet de pouvoir aller plus loin.

Il y a aussi un recours aux archives et aux documents de cette époque qui ont été ouverts au fur et à mesure. Sur ce point, j’ai été impressionnée par la justification du déroulé de la dernière nuit des Romanov et c’est ce qui s’est passé immédiatement après par le biais des télégrammes envoyés, de la déduction de certaines réponses qui ne sont, malheureusement, pas gardées et qui savait quoi et quand dans les hautes sphères politiques. Il y a un véritable travail de recherches et de chronologie qui permet de replacer rapidement et facilement les événements et leurs suites logiques, sauf à un moment où il anticipe un peu trop en parlant de la mort de Raspoutine, qui réapparaît quelques pages après. Cela m’a un peu perdu dans la chronologie du coeur de l’ouvrage.

En revanche, La fin tragique des Romanov s’ouvre et se termine sur la dernière nuit et j’ai trouvé cette mise en miroir intéressante et elle forme un rappel, tout en montrant l’objectif de l’auteur. Le lecteur sait où il va. Plus encore, j’ai appris de nouvelles informations sur les derniers moments de la famille impériale russe. Pour donner un exemple, j’ignorais que les autorités politiques avaient annoncé uniquement la mort du tsar qui avait « essayé de s’échapper », mais que son épouse et leurs enfants étaient en sécurité, quand bien même ils avaient été assassinés en même temps que le tsar. C’est vraiment ce que j’attendais de cet ouvrage : apprendre de nouveaux aspects sur la fin tragique des Romanov, d’autant plus que j’ai lu plusieurs ouvrages sur ce sujet durant l’année. Il finit sur un aspect de cette tragédie qui déchaîné les passions, car leur fin a vu plusieurs mythes apparaître comme la survie d’une des filles de la famille impériale, Anastasia… Il fait un tour d’horizon des différentes histoires, tout en montrant en quoi elles ne peuvent pas être vraies. Pour ce faire, il met en avant les dernières découvertes archéologiques et les tests scientifiques récentes. Je ne m’attendais pas à cette dernière partie, mais ce fut une bonne surprise et un énorme point positif. C’est aussi de là que vient ma passion pour les Romanov depuis que je suis toute petite. Maintenant, je m’intéresse à la réalité derrière les mythes.

Et cet ouvrage de Pierre Lorrain y participe pleinement. Malgré quelques points d’ombre, La fin tragique des Romanov est un ouvrage qui m’a passionné et qui m’a apporté des connaissances nouvelles sur le sujet, tout en étant très accessible. Les explications données sont simples et claires. Ce sont autant d’éléments qui font que je recommande cet ouvrage et notamment la dernière édition qui est à jour. Le coup de coeur n’était pas loin.

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