Vassili Axionov • La saga moscovite I (1992)

À travers les destinées des Gradov, grands médecins, grands militaires, et celles des petites gens qui les entourent, c’est toute la Russie qui respire… comme elle peut, en l’une des périodes les plus dramatiques qu’elle ait connues : 1924-1953, dates du «règne» de Staline. Les Gradov sont des personnages bien romanesques, pris dans une vie quotidienne faite d’ambition, de dévouement, de contradictions, de passions, de rires. Les véritables sagas modernes sont, dans la littérature universelle, rarissimes. Celle-ci mérite bien son nom tant l’horizon qu’elle embrasse est vaste, tant sa phrase est exubérante et précise, tant ses personnages et leur fortune sont attachants. Telle est la magie d’un grand écrivain.

La première raison qui a présidé à l’organisation du mois russe qui arrive en décembre a été de découvrir la littérature du pays. Au moment où cette idée a germé, je n’avais lu qu’Anna Karénine de Léon Tolstoï… Autant dire que je n’étais pas une grande spécialiste de la littérature russe et j’en ai lu quelques uns depuis et c’est un style de lecture que j’apprécie de plus en plus.

Pour m’initier à la littérature contemporaine, j’ai suivi les recommandations d’H. qui organise ce mois dédié à la Russie avec moi. Il m’a parlé en des termes très élogieux de cette fresque familiale qui raconte l’histoire sur trois générations des Gradov. Le premier tome est impressionnant, il comporte plus de mille pages et les deux premiers romans de La saga moscovite. C’est à dire La génération d’hiver et Guerre & Prisons, magnifique clin d’oeil à Guerre & Paix qui est souvent cité par l’auteur (une prochaine lecture ?). J’y suis allée un peu à reculons devant ce pavé. J’avais quelques préjugés tenaces sur la littérature russe, notamment sur son côté indigeste, la multitude des personnages et leurs différentes manières d’être nommés… Cependant, le côté saga familiale est un premier argument en sa faveur, le contexte historique un deuxième. Pour ce premier tome, l’intrigue se déroule de la montée de Staline au pouvoir jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Comment Vassily Axionov m’a réconcilié avec la littérature russe ?

Il m’a certes fallu près de deux semaines pour venir à bout de cette petite brique, mais je m’y remettais chaque soir avec plaisir et pour mon plus grand bonheur. Dès les premières pages Axionov m’a happé dans la vie de cette famille moscovite qui tente tant bien que mal à garder son unité, leur famille intacte malgré l’histoire mouvementée de la Russie durant la majorité du XX siècle. Les Gradov sont une première raison de mon coup de coeur absolu pour ce premier tome. Ils se composent d’une première génération, Boris et Marie, de leurs enfants ensuite – Nikita, Kirill et Nina-, des conjoints et des enfants de ces derniers.

Aux premiers abords, cela semble faire beaucoup de personnages et ma première pensée a été de me dire que je ne m’en sortirai jamais, sachant qu’il faut rajouter également les personnages secondaires de l’intrigue. En réalité, les différents membres de la famille Gradov sont facilement reconnaissables et identifiables du fait de leur caractère diamétralement opposés et des chemins divers qu’ils prennent. Les liens et connexions avec les autres cercles se font aussi très vite et de manière très claire. Pour la famille, malgré leurs profils très variés, Axionov arrive à les rendre tous sympathiques aux yeux du lecteur. Rapidement, un lien s’est créé, car j’ai l’impression de faire partie de la famille ou de l’observer, comme un petit animal à la fenêtre, sentiment qui est renforcé par certains procédés narratifs mis en place par l’auteur et que j’évoquerai plus tard. J’ai véritablement vécu cette lecture au rythme de la famille Gradov. J’ai partagé leurs peines, leurs joies, leurs peurs d’être réveillés la nuit par la Tchéka… L’auteur m’a passionné du début à la fin.

Ce premier tome s’intéresse surtout à Nikita et Nina. Cette dernière permet de croiser certaines figures de la vie culturelle de l’époque, qu’ils soient auteurs, poètes ou peintres comme Pevsner. Je pense que le prochain tome mettra l’accent sur le deuxième frère, Kirill Gradov qui est relativement effacé de ce premier opus. Les dernières pages le réintroduisent et je suis à deux doigts de me jeter sur cette suite pour connaître le dénouement de La saga moscovite. 

L’intrigue qui se développe sur un peu plus de mille pages est prenante et je ne pensais pas du tout à me retrouver un peu trop souvent à une heure du matin avec le livre encore entre les mains et, pourtant, j’ai souvent été incapable de le mettre de côté. Mes pensées y revenaient tout le temps. Vassili Axionov maîtrise le suspens d’une main de maître, sans avoir recours à des cliffhangers racoleurs pour que le lecteur continue. Je n’ai jamais eu à me forcer une seule seconde pour engloutir des pages et des pages. Il donne toujours envie d’en savoir plus. Souvent, je pressentais qu’un drame allait survenir par des changements d’ambiance, des indices. Comment, dans ces cas, poser le livre ne serait-ce qu’une minute ? Absurde et impensable !

Il faut aussi dire qu’Axionov mêle brillamment l’histoire et le destin des Gradov, personnages totalement fictifs, avec la grande Histoire. Je l’ai rapidement évoqué quand je parlai de Nina qui nous fait croiser des grands noms de la scène artistique et culturelle russe. Cependant, elle n’est pas la seule. Nikita et Boris nous font rencontrer Staline, Joukhov, Lavrenti Béria… J’adore quand la réalité historique et la fonction se mêlent si parfaitement que je ne sais plus vraiment dire là où l’une commence et l’autre finit. Même en sachant que les Gradov n’ont pas réellement existé, il est impossible de ne pas les prendre comme étant réels. Ils sont aussi tellement humains avec leurs sentiments, leurs craintes, leurs défauts et leurs erreurs.

De plus, le contexte historique est parfaitement posé, donnant l’impression aux lecteurs d’y être. Les descriptions de l’auteur sur la ville de Moscou m’ont donné envie de m’y rendre juste après avoir terminé le roman. Je rêve de pouvoir visiter la Russie un jour et j’ai presque eu le sentiment d’y être pendant quelques pages, d’avoir fait un bon dans le temps également. L’ambiance est retranscrite à la perfection.

La plume d’Axionov est incroyable et d’une beauté à couper le souffle. Il y a des passages très surprenants dans ce roman, inattendu serait aussi un bon qualificatif. Il y a des moments où l’auteur reprends des passages de la presse internationale et soviétique. C’est à la fois intéressant et perturbant, car je ne comprenais pas toujours les choix de l’auteur. À d’autres chapitres, le lecteur se glisse dans le corps d’un petit animal et c’est son point de vue. Il vient proposer un changement dans la narration qui me semblait intéressant. Ils étaient des grandes figures de l’histoire de la Russie comme Catherine de Russie. Ils permettent d’apporter une autre réflexion sur les événements en cours. Il y a de longs paragraphes qui sont renversants de beauté et de signification. La plume d’Axionov est probablement l’une des plus belles que j’ai pu lire.

M’envoler pour toujours et mourir au loin, songea-t-elle avec force. Quelques mois plus tard, elle avait traversé l’Europe en guerre et venait de se poser sur les tuiles d’un toit, près de la fenêtre d’une mansarde par laquelle on apercevait un homme chauve en maillot de marin. Elle examina de plus près la pente des toits et pleura de les reconnaître. Cependant, le chauve à l’oeil perçant l’avait, d’un seul trait de crayon, portée dans son album, avec son plumage hérissé.

Encore quelques années et ce dessin deviendrait le symbole de paix dont les profiteurs de la guerre froide devaient assez joliment faire leur beurre.

Vassili Axionov, La saga moscovite I, p.697 (Folio).

La saga moscovite est un énorme coup de coeur et j’ai bien fait de suivre les recommandations d’H. pour ce roman (merci !). J’ai adoré chaque aspect de ce livre et, heureusement, il me reste encore le deuxième et dernier tome à lire pour prolonger cette merveilleuse expérience. Il faut lire Axionov. Il m’a définitivement réconcilié avec la littérature russe, en explosant tous les préjugés que j’avais pu avoir au passage.

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Pierre Lorrain • La fin tragique des Romanov (2018)

Drame humain à l’intérieur d’un drame historique, tragédie gigogne à la manière matriochki de l’artisanat russe, l’assassinat des Romanov a suscité, tout au long de notre siècle, une abondante littérature où les légendes, confortées par la désinformation, alimentées par les imposteurs et les mythomanes, l’ont emporté en nombre sur les faits avérés. Quatre-vingt-sept ans plus tard, maintenant que les dépouilles mortelles des derniers Romanov trouvent enfin une sépulture définitive dans la forteresse Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg, l’ouverture des archives soviétiques a permis de dissiper les voiles du mystère. Les mémoires et les écrits des geôliers et des membres du peloton d’exécution, les lettres et les journaux intimes du tsar, de l’impératrice et de leurs proches, les documents officiels de l’époque – lettres, télégrammes et rapports marqués du sceau du secret – nous racontent enfin l’histoire vraie de l’assassinat du dernier tsar et de ses proches. Une histoire plus riche, émouvante et fertile en rebondissements que le plus passionnant des romans.

Encore un ouvrage historique sur la famille impériale. Après le très complet et très documenté The Romanovs de l’historien anglais Simon Sebag-Montefiore, je m’intéresse désormais plus particulièrement à leur chute à travers La fin tragique des Romanov de Pierre Lorrain dont la dernière édition date d’avril 2018. Il prend en considération les dernières recherches et fouilles archéologiques. Je suis tombée dessus par hasard dans une librairie d’occasion et le sujet m’a tout de suite parlé, tout en ayant peur des redites par rapport à l’ouvrage de Sebag-Montefiore. Cependant, il y a d’autres partis pris et le style n’est pas forcément le même.

Pierre Lorrain met surtout l’accent autour de la figure du tsar Nicolas II en abordant toute sa vie, les faits qui ont marqué cette dernière, sa personnalité et son caractère comme l’assassinat de son grand-père. Il s’intéresse beaucoup à la relation qu’il entretien avec son épouse, l’impératrice Alexandra Fiodorovna. Le couple impérial est au centre de l’ouvrage, notamment par la manière dont elle s’impliquait dans la politique de la Russie, imposant ses choix et ses caprices à son mari et lui dispensant ses conseils. Des autres membres de la famille, seul Alexei, le tsarévitch, est évoqué longuement, mais souvent par rapport à sa maladie et l’impact qu’elle a sur le couple. L’impression qui se dégage, que l’auteur laisse est que la fin tragique des Romanov est surtout le fait de la mainmise d’Alexandra sur le pouvoir en premier lieu. Puis vient le comportement du tsar et de sa méconnaissance des volontés du peuple, du fait qu’il n’a pas eu envie de réformer l’empire.

Le communisme est évoqué, mais la montée de la Révolution semble surtout être la conséquence du comportement des souverains. Je l’ai perçu ainsi, comme la seule justification du communisme en Russie, mais non aussi l’évolution de la société. Il lie communisme et révolution avec la politique du tsar, la mainmise de l’impératrice sur son mari. J’ai trouvé cela un brin réducteur, car j’ai eu le sentiment que Pierre Lorrain ne met en avant qu’une seule raison qui a mené au pouvoir impérial et qui sert au mieux son propos. Cependant, c’est l’unique point qui m’a déçu. L’ouvrage reste passionnant à lire et j’ai été étonnée par la taille de la bibliographie de l’auteur. Elle est conséquente et permet de pouvoir aller plus loin.

Il y a aussi un recours aux archives et aux documents de cette époque qui ont été ouverts au fur et à mesure. Sur ce point, j’ai été impressionnée par la justification du déroulé de la dernière nuit des Romanov et c’est ce qui s’est passé immédiatement après par le biais des télégrammes envoyés, de la déduction de certaines réponses qui ne sont, malheureusement, pas gardées et qui savait quoi et quand dans les hautes sphères politiques. Il y a un véritable travail de recherches et de chronologie qui permet de replacer rapidement et facilement les événements et leurs suites logiques, sauf à un moment où il anticipe un peu trop en parlant de la mort de Raspoutine, qui réapparaît quelques pages après. Cela m’a un peu perdu dans la chronologie du coeur de l’ouvrage.

En revanche, La fin tragique des Romanov s’ouvre et se termine sur la dernière nuit et j’ai trouvé cette mise en miroir intéressante et elle forme un rappel, tout en montrant l’objectif de l’auteur. Le lecteur sait où il va. Plus encore, j’ai appris de nouvelles informations sur les derniers moments de la famille impériale russe. Pour donner un exemple, j’ignorais que les autorités politiques avaient annoncé uniquement la mort du tsar qui avait « essayé de s’échapper », mais que son épouse et leurs enfants étaient en sécurité, quand bien même ils avaient été assassinés en même temps que le tsar. C’est vraiment ce que j’attendais de cet ouvrage : apprendre de nouveaux aspects sur la fin tragique des Romanov, d’autant plus que j’ai lu plusieurs ouvrages sur ce sujet durant l’année. Il finit sur un aspect de cette tragédie qui déchaîné les passions, car leur fin a vu plusieurs mythes apparaître comme la survie d’une des filles de la famille impériale, Anastasia… Il fait un tour d’horizon des différentes histoires, tout en montrant en quoi elles ne peuvent pas être vraies. Pour ce faire, il met en avant les dernières découvertes archéologiques et les tests scientifiques récentes. Je ne m’attendais pas à cette dernière partie, mais ce fut une bonne surprise et un énorme point positif. C’est aussi de là que vient ma passion pour les Romanov depuis que je suis toute petite. Maintenant, je m’intéresse à la réalité derrière les mythes.

Et cet ouvrage de Pierre Lorrain y participe pleinement. Malgré quelques points d’ombre, La fin tragique des Romanov est un ouvrage qui m’a passionné et qui m’a apporté des connaissances nouvelles sur le sujet, tout en étant très accessible. Les explications données sont simples et claires. Ce sont autant d’éléments qui font que je recommande cet ouvrage et notamment la dernière édition qui est à jour. Le coup de coeur n’était pas loin.

La Culture avec un grand A et du latte #4

J’essaie de reprendre mes bonnes habitudes de présenter un petit bilan culturel du mois écoulé. J’ai eu un peu de relâchement ces derniers mois avec le mémoire et le stage. Cela a été un petit mois d’août avec tout de même quatre coups de coeur pour deux films et deux livres. Je vous laisse découvrir tout cela en détail et je commence par les films.

Je ne suis malheureusement pas déplacée dans les salles obscures en août. J’en ai profité pour rattraper quelques films que je voulais absolument voir ces derniers mois ou l’année dernière. J’ai enfin vu The Greatest Showman qui a beaucoup fait parler de lui lors de sa sortie. Il a été mon premier coup de coeur du mois avec une histoire bien rythmée, une esthétique magique et surtout une bande-son de folie. J’écoute encore en boucle This is me, From now on ou Never enough. Je comprends mieux les bons échos que j’ai pu avoir du film ces derniers mois.

Battle of sex, un biopic sur une figure féministe du tennis féminin dans les années 70. Je n’y connais absolument rien à ce sport, je n’ai jamais été une amatrice de tennis. Aussi, je n’ai jamais entendu parler de Billie Jean King. Pourtant, cela ne m’a pas empêché d’apprécier ce film et son combat pour l’égalité entre les joueuses et les joueurs de tennis en démontrant que les femmes sont tout aussi bonnes voire même meilleures que les hommes. Même si l’issu du match final se devine, le film reste prenant, engagé. Cependant, ce n’est pas un coup de coeur.

Mon dernier coup de coeur cinématographique va pour La mort de Staline, adaptation de la bande-dessinée de Thierry Robin et Fabien Nury que j’ai lu au début de l’année et que j’ai beaucoup aimé. Je ne parlerai pas plus en détail du film, j’ai prévu de le présenter lors du Mois Russe en décembre. À côté de ces trois films qui m’ont plutôt marqué, il y en a deux autres qui, sincèrement, ne m’ont guère laissé un souvenir impérissable : The Call Up, dont j’ai du mal à me souvenir de quelques scènes marquantes et Rampage avec The Rock, vite vu et tout aussi vite oublié. 

Au niveau des lectures, j’ai commencé à explorer la littérature russe en prévision du mois de décembre pour voir vers quels auteurs me diriger. La première lecture a été L’Organisation de Maria Galina dont un avis détaillé a déjà été publié sur le blog. Vous pouvez le lire en suivant ce lien. J’ai ensuite enchaîné avec un auteur russe classique, Alexandre Pouchkine avec La Dame de pique suivi des Récits de feu Ivan Petrovitch Belkine. Une découverte et un presque coup de coeur pour la première nouvelle. Avec ces deux premiers livres, je pars plutôt confiante pour partir à la découverte de la Russie ! Le dernier que j’ai lu en lien avec ce pays est Bienvenue chez les Russes de Kirill Privalov. Pareil, je n’en dis pas plus pour le moment, car il ouvrira le mois russe.

Le tout premier livre que j’ai pu lire en août a été l’essai de Philippe Sands, récompensé lors de la dernière rentrée littéraire, East West Street dont une chronique a déjà été publiée, et je vous remets également le lien. Je suis restée dans le thème de la Seconde Guerre mondiale avec un Philip Kerr, La Dame de Zagreb. Un coup de coeur absolu, même si ce n’est pas le meilleur de la série. J’ai encore bien en tête l’avant-dernier que j’ai lu, Les ombres de Katyn (chronique). Cependant, c’est toujours aussi prenant et intéressant à lire. Je me suis aussi intéressée à la Première Guerre mondiale, en prévision du mois de novembre qui sera placé sous le signe de la commémoration du centenaire de la fin de la Grande Guerre. À ce titre, j’ai lu une bande-dessinée autour de la figure du Baron rouge qui se développe sur trois tomes : Le bal des mitraillettes, Pluie de sang et Donjons et dragons de Pierre Vers et Carlos Puerta. Mon avis sera présenté à ce moment-là. 

Deux grosses déceptions également avec deux romans dont j’attendais beaucoup. Le premier fut les mémoires d’Ariel Levy, The rules do not apply. Il est classé dans les lectures féministes, une thématique que j’apprécie énormément et dans lequel je n’hésite pas à découvrir de nouveaux titres. Sincèrement, je ne l’ai pas trouvé intéressant pour un sou. Je ne me suis pas attachée à cette auteur, à ressentir une quelconque émotion. Pourtant, elle évoque les drames qui ont frappé sa vie, comment elle s’en est sortie. Je n’ai eu aucune affinité dès le début et, finalement, j’ai rapidement abandonné. Ma deuxième déception va pour Sweet d’Emmy Laybourne. Depuis un moment que j’ai eu envie de le lire, j’ai été déçue que la romance prenne trop de place. Pour un avis plus détaillé, je vous renvoie vers ma chronique. 

Enfin, je finis sur une note plus positive en vous parlant de mon dernier coup de coeur littéraire du mois… À l’ombre de nos secrets de Lily Haime. Une magnifique romance homosexuelle sous fond de Seconde Guerre mondiale. J’ai autant pleuré que vibré avec les personnages. Cette histoire m’a transporté, bouleversé et j’ai adoré tous les personnages qui constituent la famille de Julien, le personnage principal. Au final, il y a aussi beaucoup d’espoirs dans cette histoire. Je ne peux que le recommander.

L’Organisation (2009) > Maria Galina

URSS, 1979, à la veille des Jeux Olympiques. En cette période de stagnation, la vie est rude : pénurie de biens, queues interminables et suspicion partout. Rosa, 17 ans, accepte à contrecoeur un emploi au service sanitaire du port, bureau SSE/2. Ce qu’elle est censée y faire n’est pas évident, et ce ne sont pas ses collègues revêches qui vont l’aider à y voir plus clair. Peu importe, entre deux rapports à saisir, Rosa s’évade sur les traces d’Angélique, marquise des anges… Il y a bien Vassili, le « spécialiste » du SSE/2, mais ce qu’il raconte n’a aucun sens : que sont ces parasites de deuxième catégorie qu’il traque ? Quel lien avec les cadavres atrocement mutilés découverts par la police ? Et quelle est cette ombre qui la suit dans la nuit ? En découvrant le véritable rôle du SSE/2, Rosa va vivre une aventure qui surpasse de loin celles de son héroïne préférée…

En attendant le lancement officiel du mois russe en décembre prochain, je tâte un peu le terrain en avance. Notamment pour savoir vers quels auteurs me diriger. Maria Galina est une auteur russe contemporaine dont je n’ai jamais entendu parler jusqu’à présent. Je me suis perdue dans les méandres de son Organisation grâce à sa couverture colorée et à son résumé qui rappelle un peu Ghostbuster et les chasses aux fantômes. Un bon programme en perspective !

En refermant ce livre, je suis un peu déboussolée. Clairement, ce roman ne m’a pas laissé indifférente, mais de là à dire que j’ai adoré, ce serait peut-être exagéré. J’ai eu tout au long de l’intrigue une relation d’amour/haine avec ce livre. Des éléments qui ont pu me plaire pendant quelques pages pouvaient m’énerver après. Ça a été surtout le cas des personnages qui passent d’intéressants à agaçants, puis j’ai eu envie d’en savoir plus sur eux. Ils sont parfois attachants et bien souvent, je me suis retrouvée prise entre deux positions contradictoires.

Je peux aussi ramener ça à l’intrigue. J’ai pu avaler des pages entières en le trouvant absolument génial et voulant toujours en connaître davantage. À d’autres moments, j’ai été à deux doigts d’abandonner ma lecture. Je n’ai jamais eu de demi-mesure avec ce roman.

Il m’a aussi fait connaître quelques frustrations. Maria Galina a l’art de passer du coq à l’âne sans prévenir. J’ai été souvent prise au dépourvu, me demandant si je n’avais pas raté quelques pages. J’ai relu un certain nombre de paragraphes pour voir quelle était la suite logique. Il n’y en a pas ou pas toujours. C’est un style parfois déroutant. Deuxième frustration également avec la fin du roman, où j’ai eu le sentiment que beaucoup choses sont restées en suspend.

Cependant, il y a quelque chose dans ce roman que je ne saurai décrire et qui a su me charmer, faisant pencher la balance vers le positif. Est-ce l’univers ? Il est original et, en quelques mots, l’auteur arrive parfaitement à créer un monde avec une organisation, des objectifs à atteindre… Il y a aussi un réalisme social qui m’a plu. Le contexte historique et social est passionnant et il s’en ressent dans chacune des pages : l’atmosphère un peu lugubre, le moral au plus bas, les magasins quasiment vides… Ce sont autant de petit plus qui, au final, font que je garde tout de même une bonne impression de ce roman.

Pour une première immersion dans la littérature russe contemporaine, je ne suis pas déçue. Maria Galina a su me transporter dans son monde et me faire vivre aux côtés de son Organisation. Il s’agit malheureusement de l’unique roman traduit en français de l’auteur.

Les ombres de Katyn (2013) } Philip Kerr

Mars 1943. Le Reich vient de perdre Stalingrad. Pour Joseph Goebbels, il faut absolument redonner le moral à l’armée allemande et porter un coup aux Alliés. Or sur le territoire soviétique, près de la frontière biélorusse, à Smolensk, ville occupée par les Allemands depuis 1941, la rumeur enfle. Des milliers de soldats polonais auraient été assassinés et enterrés dans des fosses communes. L’armée Rouge serait responsable de ce massacre. Goebbels, qui voit là l’occasion de discréditer les Russes et d’affaiblir les Alliés, décide l’ouverture d’une enquête. Le capitaine Bernie Gunther du Bureau des crimes de guerre, organisme réputé antinazi, est la personne idéale pour accomplir cette délicate mission.

Philip Kerr frappe fort avec ce neuvième tome des aventures de Bernie Gunther. Il s’inspire une nouvelle fois d’un fait historique avéré, le massacre de Katyn où plusieurs milliers de Polonais ont été abattus par les Russes. Malgré l’intérêt que je porte depuis de nombreuses années à la Seconde Guerre mondiale et aux régimes totalitaires, je n’ai jamais eu connaissance de ces charniers. En faisant quelques recherches, j’ai vite compris pourquoi. Il existe encore un certain tabou autour de ce qui s’est passé dans la Forêt de Katyn, près de Smolensk.

Je referme ce roman avec l’impression d’en avoir appris beaucoup sur l’Histoire. Philip Kerr a encore une fois pleinement documenté son livre et il y a beaucoup de choses vraies dans Les ombres de Katyn, notamment ce que Goebbels a voulu en tirer pour sa propagande. L’auteur a un vrai don pour connecter son intrigue policière, oeuvre de fiction, et la grande Histoire. Il nous fait croiser un certain nombre d’aristocrates prussiens qui complotent contre Hitler. À ce propos, ce livre m’a fait penser à un film que j’ai vu il y a quelques années et qui aurait été la suite logique de ce qui se déroule dans le fond, Walkyrie de Kenneth Branagh. Le petit mot de l’auteur à la fin m’a donné raison. J’adore la manière dont des petits détails ouvrent sur des événements plus grands. Le tout est parfaitement bien écrit et ficelé.

Malgré plus de six cent pages, ce neuvième tome est un véritable page-turner, parfaitement maîtrisé d’un bout à l’autre. Philip Kerr sait doser son suspens. À chaque chapitre terminé, je devais en commencer un autre. Les ombres de Katyn a presque été trop vite lu et j’en redemande encore. Bernie Gunther reste un de mes personnages littéraires préférés. J’adore son humour, son cynisme. À Smolensk, il rencontre un aristocrate, von Gersdorff, qui lui a fait un peu de l’ombre de ce point. Certains de leurs échanges ont été plus que savoureux, des petits bijoux à lire. Je ne me lasse pas des romans de cet auteur anglais, parti trop tôt. Il a toujours su se renouveler.

En effet, cette série est une des rares que je suis jusqu’au bout. Même au neuvième tome, je n’ai jamais pensé que l’auteur cédait à la facilité  ou que chaque livre se ressemblait. Les ombres de Katyn est un coup de coeur absolu et sûrement un de mes préférés de la série. Il me reste encore quelques tomes à découvrir.

La Culture avec un grand A et du latte #4

Je n’ai pas publié ce type d’articles depuis quelques mois, mais l’été est l’occasion parfaite pour reprendre quelques bonnes habitudes. Le mois d’août est déjà bien entamé et c’est le moment de proposer mon bilan de juillet. Les vacances d’été sont définitivement propices à la lecture…

Je n’ai vu que très peu de films. Trois pour être précise. Je ne me suis déplacée qu’une seule fois dans les salles obscures, pour voir le nouveau Jurassic World, Fallen KingdomIl a d’ailleurs été mon seul coup de coeur du mois. Il avait tous les ingrédients pour faire un opus réussi, tout en ouvrant d’autres possibilités. Je suis une grande fan de la franchise. À côté de ça, j’ai regardé The Dictator de Sacha Baron Cohen dont je ne suis définitivement pas fan de l’humour et Braquage à l’ancienne avec Michael Caine et Morgane Freeman. Une comédie sans plus.

En revanche, je me suis fait deux expositions : Hélène de Beauvoir, la soeur de Simone au Musée Würth qui propose une rétrospective de l’artiste, de ses débuts et ses influences au fur et à mesure. Je la recommande. Hélène est moins connue que sa soeur, mais elle le mérite. Son oeuvre est vraiment intéressante : elle s’inscrit dans les mouvements de l’avant-garde de l’époque tout en explorant des thèmes comme le féminisme, les événements de mai 68. Un week-end à Paris et j’ai profité pour aller voir l’exposition Klimt à l’Atelier des Lumières dont j’ai déjà parlé sur le blog.

En revanche, j’ai lu une quinzaine de livres.

  • How to be a woman de Caitlin Moran : une déception tout de même. J’attendais beaucoup de cet ouvrage, mais, finalement, je n’ai pas été sensible aux sujets qu’elle aborde et la manière dont elle les aborde.
  • Eragon de Christopher Paolini : j’avais très envie de relire afin de continuer et terminer la série. Cependant, la lecture de ce premier tome s’est révélée houleuse. Je n’ai plus retrouvé la magie de ma première lecture.
  • La tétralogie des origines, Le château des millions d’années de Stéphane Pzbylyski : la science-fiction n’est pas un genre que j’ai l’habitude de lire mais auquel je m’essaie de temps à autre. Le plus souvent avec succès comme avec Sylvain Neuvel. Un gros coup de coeur pour ce premier tome.

  • Kamarades, La fin des Romanov, Tuez-les tous & Terre promise de Benoît Abtey, Jean-Baptise Dusséaux et Mayalen Goult : une série dont j’ai adoré l’histoire et le graphisme. Un de mes coups de coeur de ce mois-ci.
  • The Romanovs de Simon Sebag-Montefiore : je vous renvoie vers mon article pour connaître mon avis sur cet essai historique.
  • Le détail, Pour une histoire rapprochée en peinture de Daniel Arasse : les essais d’histoire de l’art de Daniel Arasse sont toujours très bien écrit et j’apprends toujours plein de choses.
  • Vladimir Vladimirovitch de Bernard Chambraz : une lecture en demi-teinte. Je m’attendais à quelque chose de différent. J’en parlerai plus en détail lors du mois russe, en décembre.
  • À l’ouest rien de nouveau d’Erich Maria Remarque : un des classiques autour de la Première Guerre mondiale. Une relecture qui m’a encore touché, chamboulé. Ce roman d’Erich Maria Remarque est celui qu’il faut lire à ce sujet.

  • Burn the fairytale d’Adeline Whitmore : je continue mon exploration de la poésie contemporaine avec Adeline Whitmore. Mais je suis réellement déçue. Je ne l’ai pas trouvé positif envers toutes les femmes.
  • La meilleure chose qui ne me soit (jamais) arrivée de Laura Tait et Jimmy Rice : finir le mois avec une petite romance. Elle est divertissante, mais pas transcendante. J’ai passé un bon moment, mais je n’en garderai pas un souvenir impérissable.

The Romanovs (2016) > Simon Sebag-Montefiore

The Romanovs were the most successful dynasty of modern times, ruling a sixth of the world’s surface for three centuries. How did one family turn a war-ruined principality into the world’s greatest empire? And how did they lose it all? This is the intimate story of twenty tsars and tsarinas, some touched by genius, some by madness, but all inspired by holy autocracy and imperial ambition. Simon Sebag Montefiore’s gripping chronicle reveals their secret world of unlimited power and ruthless empire-building, overshadowed by palace conspiracy, family rivalries, sexual decadence and wild extravagance, with a global cast of adventurers, courtesans, revolutionaries and poets, from Ivan the Terrible to Tolstoy and Pushkin, to Bismarck, Lincoln, Queen Victoria and Lenin.

Quasiment 700 pages sur l’histoire de la dynastie des Romanov, écrit en tout petit et en anglais… Pas facile de se lancer ! La famille impériale russe continue de fasciner, en témoigne cet imposant pavé de l’historien anglais Simon Sebag-Montefiore. Pour ma part, j’ai depuis longtemps un intérêt prononcé pour cette famille qui est restée de longues années au pouvoir, avant de connaître une fin tragique dont nous fêtons aujourd’hui même les cent ans. Jusqu’à présent, j’ai surtout lu des romans, mais jamais d’essais à proprement parler sur ce sujet. C’est désormais chose faite en venant à bout de cette petite brique.

Qui n’a pas été si terrible que ça, en définitif. Les je-ne-sais combien de pages et la taille de la police de caractère pour l’édition W&N ne m’ont pas abattu, car Simon Sebag-Montefiore sait intéresser le lecteur. De mes années d’études, j’ai pu remarquer une grande différence entre les essais historiques français et ceux écrits par des Anglo-Saxons. En France, les auteurs sont très sérieux dans leur ton, n’hésitant pas à faire de très longues phrases. Les Anglo-Saxons, en revanche, n’ont pas peur de rendre leurs écrits un peu plus vivants, avec parfois des touches d’humour. Ils donnent l’impression de moins se prendre au sérieux, tout en proposant des écrits largement documentés et scientifiques. Ils restent plus agréables à lire. The Romanovs raconte leur histoire, depuis leur avènement jusqu’à leur chute dans un style presque cinématographique, avec des petits suspens judicieusement aménagés. J’ai toujours eu envie d’en savoir plus et, au final, je me suis retrouvée à lire cinquante, cent pages, sans m’en rendre compte.

La mise en page a beaucoup joué, également. Le livre est divisé en acte et, au début, les principaux « acteurs » sont donnés avec un rappel de qui est la fille ou le fils de qui, les ministres, les alliances… Cela permet à chaque fois de replacer la multitude des personnes historiques qui gravitent autour des Romanov et la famille en elle-même. Un autre point tient aussi aux petites annexes, composées des portraits des principaux protagonistes, permettant de fixer plus facilement certains d’entre eux. Au final, même la manière dont le livre est construit participe au fait qu’il se lise facilement. Je ne dis pas rapidement, car il reste dense.

Et passionnant. Simon Sebag-Montefiore couvre toute la période des Romanov, de leur règne, en évoquant tous les tsars, des plus connus au moins connus. Il déconstruit certains mythes, aussi, en montrant leurs travers, leurs faiblesses, leurs passions… Il y a une certaine dimension psychologique dans cet essai qui permet de mieux comprendre les agissements des uns et des autres, les tensions et les complots politiques… Pour ma part, j’ai vraiment trouvé cet ouvrage très complet et l’auteur va réellement au fond des choses. Il exprime très simplement les enjeux politiques, les forces en présence, la géo-politique de l’empire russe… C’est un ouvrage qui, en définitif, reste accessible. Je ne suis pas forcément au point sur l’histoire de l’Europe, mais je n’ai eu aucun mal à suivre la chronologie, les principaux événements…

The Romanovs de Simon Sebag-Montefiore peut devenir un incontournable pour les passionnées de la famille impériale russe. Il est complet, brillamment écrit et il ne s’arrête pas uniquement à leur chute, comme bien souvent. Des différents essais historiques que j’ai pu lire cette année, il fait définitivement partie de mes recommandations.

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