Russie

GESSEN, Masha • The Man without a face, The unlikely rise of Vladimir Putin

The Man Without a Face is the chilling account of how a low- level, small-minded KGB operative ascended to the Russian presidency and, in an astonishingly short time, destroyed years of progress and made his country once more a threat to her own people and to the world

Handpicked as a successor by the « family » surrounding an ailing and increasingly unpopular Boris Yeltsin, Vladimir Putin seemed like a perfect choice for the oligarchy to shape according to its own designs. Suddenly the boy who had stood in the shadows, dreaming of ruling the world, was a public figure, and his popularity soared. Russia and an infatuated West were determined to see the progressive leader of their dreams, even as he seized control of media, sent political rivals and critics into exile or to the grave, and smashed the country’s fragile electoral system, concentrating power in the hands of his cronies.

As a journalist living in Moscow, Masha Gessen experienced this history firsthand, and for The Man Without a Face she has drawn on information and sources no other writer has tapped. Her account of how a « faceless » man maneuvered his way into absolute-and absolutely corrupt-power has the makings of a classic of narrative nonfiction.

Ce n’est pas la première fois que je parle du président russe sur Autumn & Latte à travers une chronique littéraire. Il y a quelques semaines, j’ai publié mon avis sur Vladimir Vladimirovitch de Bernard Chambraz, qui propose une biographie romancée de Poutine. Je n’ai pas spécialement gardé de bons souvenirs de cette dernière et je tente une dernière fois l’aventure avec The Man without a face, The unlikely rise of Vladimir Putin de la journaliste russe, Masha Gessen.

À lire également : Vladimir Vladimirovitch de Bernard Chambraz

Malheureusement, je ressors de cette lecture plutôt mitigée. Elle n’est pas inintéressante, mais il y a de nombreux points sur lesquels j’ai à redire et ce sont surtout ces derniers que je vais aborder un par un. Avant, je pense que je dois aborder la question de mes attentes concernant cet ouvrage pour comprendre ma déception sur cette biographie. Le sous-titre est The unlikely rise of Vladimir Putin. En soi, le sujet m’intéresse : savoir comme un presque inconnu est devenue le président de la Russie et se maintient  depuis près de vingt ans au pouvoir. Le programme semble intéressant et vendeur.

Or, ce n’est pas réellement ce que j’ai eu l’impression de lire. Je parle d’une biographie écrite par une journaliste russe. Je m’attends à un minimum d’objectivité, de présenter des faits sans montrer de préférences personnelles. Dès le départ, les positions de Masha Gessen sont claires et cela transparaît dans chacun des mots, à chacune des pages. Je partage son point de vue et je reste choquée par la corruption qui règne en Russie. Cependant, je n’aime pas qu’un auteur me force la main et m’impose son point de vue, et encore plus quand je lis un essai. Je veux en savoir plus, comprendre et surtout me forger ma propre opinion. C’est un de reproches que je formule à l’encontre de cet ouvrage. Il y a beaucoup trop de biais pour permettre au lecteur de se former une idée à soi. Masha Gessen amène trop d’émotions personnelles. Le livre n’est plus vraiment une biographique ou un essai politique, mais quelque chose qui se rapproche plus des mémoires de l’auteur avec quelques passages trop romancés.

J’ai lu quasiment la moitié et, p our un livre traitant de Vladimir Poutine, il est étonnant de voir qu’il apparaît très peu, au final, dans cette première partie. Il s’intègre dans une chronologie qui est celle des dernières années du régime communiste, sa chute et l’après. À vrai dire, j’ai vraiment apprécié ce côté très historique qui sont vraiment intéressants, surtout pour ce qui se passe après la chute du communisme et la manière dont la Russie s’est cherchée politiquement. Cependant, ce n’est pas l’objectif principal de l’ouvrage, ni même la raison pour laquelle je l’ai commencé en premier lieu. Le contexte est amplement développé et très présent. Cela permet de bien tout situer et de comprendre ce qu’a été la Russie après le communisme. J’en reviens au fait que ce n’est pas le but de ce livre et un décalage s’est ainsi crée.

Un des points qui m’a le plus gêné est l’absence de preuves concrètes. Masha Gessen base tout un ouvrage en pointant des coïncidences (certes, troublantes, je suis d’accord), des concours de circonstances des on-m’a-dit… Je suis désolée, mais ce n’est pas suffisant pour moi. J’ai besoin que le propos soit étayé par des preuves. De ce point de vue, je suis une pure juriste qui ne peut pas se contenter de ce que l’auteur présente. J’adore les notes de bas de pages, les documents, les bibliographies… Je nuance tout de suite mon propos également. Trouver les preuves et plus encore les publier doit aussi relever d’un véritable parcours du combattant ou d’une mission impossible. Masha Gessen a tout de même le mérite de pointer des choses qui vont pas dans son pays et dont nous ne sommes pas forcément au courant. The Man without a face, The unlikely rise of Vladimir Putin reste un ouvrage intéressant pour celui qui se passionne véritablement pour le sujet.

Pour ma part, je ne suis pas allée jusqu’au bout. Au final, ce n’était pas tant le fond que la forme qui m’a déçu. Les biographies et autobiographies ne sont pas ma tasse de thé et il arrive bien souvent que je ne les termine pas. De plus, ce livre n’est pas ce à quoi je m’attendais en le commençant. La lecture a parfois été laborieuse, le timing n’a pas été le bon… Je suis totalement passée à côté de cet essai.

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3 documentaires autour de la Russie sur Netflix

Ce mois russe touche quasiment à sa fin et, aujourd’hui, c’est un article sur les documentaires évoquant la Russie que nous publions. Netflix en propose trois… Petit tour d’horizon.

Inside Russia’s toughest prisons

For the first time, three prisons across Russia unlock their doors to an international film crew. Go inside a top security facility where cannibals, terrorists and killers live out the rest of their days, to Russia’s oldest prison, to a Siberian prison camp where temperatures linger at 50 below. Inside Black Dolphin prison, a cannibal reveals his crime, divulging how he boiled, fried and ate his victim. In infamous Vladimir Central, a convict opens up about killing his brother-in-law for disturbing his daughter’s peaceful night’s sleep. Inside Siberian Prison Camp 17, two friends are about to go their separate ways.

De l’univers carcéral russe, je connais surtout les tatouages et quelques-unes de leurs significations. Je me doutais également que les prisons dans ce pays ne sont pas une partie de plaisir. Ce documentaire confirme mes soupçons. De ce point de vue, je dois dire que ce dernier ne m’a pas réellement apporté de connaissances supplémentaires. J’ai même pensé que, parfois, celui qui a réalisé ce reportage a cherché le sensationnel, notamment dans la première partie.

Au final, j’ai préféré la présentation de la dernière prison sur les trois évoquées. Elle donne certes une meilleure image de ce milieu où la discipline est toujours de mise et l’isolement est le maître mot. Cependant, ce passage me semble plus nuancé, plus à visage humain. J’ai largement apprécié cette dernière partie qui semble un peu plus éloignée des clichés habituels.

La fortune cachée de Poutine

Ce film soutient que Vladimir Poutine a utilisé des manoeuvres politiques et des hommes de main impitoyables pour assurer son pouvoir et augmenter son immense fortune.

Un deuxième documentaire porte sur la manière dont l’actuel président de la Russie s’est enrichi au fil des années et sur le système de corruption étatique. Ce dernier point est ce qui m’a le plus passionné que de savoir à quoi ont servi les fonds détournés dans la mesure où nous pouvons nous en douter. Cependant, sur quelques aspects, c’est un reportage intéressant. Il permet de mieux comprendre l’économie de la Russie et la raison pour laquelle, par exemple, les Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi ont coûté plus cher en terme d’infrastructure que les devis initiaux.

De ce point de vue, le documentaire est bien fait, car il montre les divergences entre le discours officiel et la réalité. Il est intéressant de voir les deux points de vue et cela renforce le propos du réalisateur qui est de montrer la corruption au sein du gouvernement. Il est juste dommage que certains passages viennent se glisser et qui n’apportent pas grand chose.

Empire of the tsars

British historian Lucy Worsley travels to Russia to investigate the 300-year reign of the Romanov dynasty.

Des trois documentaires, Empire of the stars est celui que je retiens. Il se rapproche le plus de mes centres d’intérêts. Il évoque la famille des Romanovs à travers certaines de ses grandes figures : Pierre le Grand, Catherine de Russie… Il y a quelques mois, j’ai lu The Romanovs de Simon Sebag-Montefiore et ce documentaire apporte des visuels qui ont pu parfois me manquer. J’ai voyagé avec ce dernier, car il montre les palais, ce à quoi ressemblait un bateau de l’époque, la mode…

Il est vraiment bien fait, malgré quelques partis pris. Il est impossible d’évoquer la totalité des monarques que compte cette dynastie. Je comprends les choix effectués et ce documentaire semble être une bonne introduction à celles et ceux qui veulent en apprendre sur cette famille.

À lire également : The Romanovs de Simon Sebag-Montefiore

Playlist • Place rouge

Place Rouge • Le Concert Soundtrack

Concerto pour violon en ré majeur • Pyotr Iliytch Tchaikovsky

A rumor in Saint Petersburg • Anastasia Cast

The Neva flows • Anastasia Cast

Stay, I pray you • Anastasia Cast

Journey to the past • Anastasia Cast

Swan Lake, Op. 20, Acte II, n°10 • Pyotr Ilyitch Tchaikovsky

Nutcraker Suite • Pyotr Ilyitch Tchaikovsky

In the dark of the night • Anastasia

Kalinka • Les choeurs de l’Armée rouge

Valse n°2 • Dmitri Shostakovitch

Once upon a December (piano version) • Anastasia

Waltz of Flowers (The Nutcracker) • Pyotr Ilyitch Tchaikovsky

Pas de deux (The Nutcracker) • Pyotr Ilyitch Tchaikovsky

CHAMBRAZ, Bernard • Vladimir Vladimirovitch (2015)

Pendant une année, Vladimir Vladimirovitch Poutine, homonyme du président russe, consigne la vie de son double dans trois cahiers. Le cahier rouge raconte son enfance puis son entrée au KGB. Le gris retrace ses cinq années comme agent secret en Allemagne puis sa lente métamorphose en homme de l’ombre dans les années 1990. Le noir décrit sa vie depuis son accession à la présidence.

Pour cette journée consacrée à un personnage emblématique de la Russie, comment ne pas parler de l’actuel tsar, pardon, président ? Omniprésent, il est difficile de ne pas connaître Vladimir Vladimirovitch Poutine, qu’il soit admiré ou condamné. Si je me situe dans cette deuxième catégorie, je dois avouer qu’il m’intrigue tout de même. Pourtant, je n’avais pas envie de me lancer dans une biographie, même s’il en existe un certain nombre. Mon choix s’est tourné vers ce roman de Bernard Chambaz qui me semblait relativement original.

Publié pour la première fois lors de la rentrée littéraire 2015, l’auteur propose un roman à deux avec deux Vladimir Vladimirovitch Poutine. Le premier est un simple citoyen russe, homonyme du président et le deuxième est ce même président russe. L’intrigue commence juste après la défaite de l’équipe de Russie au hockey lors des Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi. Notre simple Vladimir, qui, pour plus de facilité, sera appelé V1 à partir de maintenant, est marqué par la tristesse de V2, le président donc. C’est un peu l’excuse, le point de départ pour démarrer une biographie de Poutine, romancée et à travers les yeux d’un autre homme.

Malheureusement, je reste dubitative sur ce roman. La partie de V1 ouvre le roman et elle est loin d’être intéressante. J’ai espéré une critique ou au moins un instantané de la société russe à travers ce personnage. Cependant, il se révèle mou et plus intéressé par sa relation avec sa voisine et ses carnets où il compile la vie de V2 que par toutes autres choses. Peut-être les Jeux Olympiques… J’ai rapidement commencé à sauter ces chapitres pour lire les carnets qui sont la partie biographique du roman… Là où j’ai encore placé quelques espoirs…

Ils commencent par l’enfance du président et je suppose qu’ils se terminent au mois jusqu’à cette fameuse scène des Jeux Olympiques. Pour être honnête, je n’ai même pas réussi à terminer ce roman et ce deuxième aspect du livre. Ce n’est pas tant le style de l’auteur qui m’a dérangé que le contenu. Le parti pris de romancer la biographie, d’essayer de ne pas s’arrêter aux seuls faits bruts en montrant les sentiments, les caractères des différents intervenants ne me dérangent pas. Cela humanise quelque peu le président russe, pouvant parfois mettre mal à l’aise le lecteur. Quant au contenu, rapidement, je me suis lassée, parfois ennuyée de lire les carnets. Je me suis rendu compte que je n’avais pas vraiment d’intérêt pour cette biographie et pour certains aspects de la vie de Vladimir Poutine. Je m’intéresse plus à la manière dont il est arrivé et resté au pouvoir tout ce temps, par exemple.

Vladimir Vladimirovitch est une déception. Je n’ai pas réussi à finir ce roman et je ne le recommande pas.

TOLSTOÏ, Léon • Anna Karénine (1886)

La quête d’absolu s’accorde mal aux convenances hypocrites en vigueur dans la haute société pétersbourgeoise de cette fin du XIXe siècle. Anna Karénine en fera la douloureuse expérience. Elle qui ne sait ni mentir ni tricher – l’antithèse d’une Bovary – ne peut ressentir qu’un profond mépris pour ceux qui condamnent au nom de la morale sa passion adultère. Et en premier lieu son mari, l’incarnation parfaite du monde auquel il appartient, lui plus soucieux des apparences que véritablement peiné par la trahison d’Anna. Le drame de cette femme intelligente, sensible et séduisante n’est pas d’avoir succombé à la passion dévorante que lui inspire le comte Vronski, mais de lui avoir tout sacrifié, elle, sa vie de femme, sa vie de mère. Vronski, finalement lassé, retrouvera les plaisirs de la vie mondaine. Dans son insondable solitude, Anna, qui ne peut paraître à ses côtés, aura pour seule arme l’humiliante jalousie pour faire vivre les derniers souffles d’un amour en perdition. Mais sa quête est vaine, c’est une « femme perdue ».

Classique de la littérature russe, Anna Karénine a été le seul que j’ai lu pendant longtemps. Même si j’en ai gardé des bons souvenirs, je n’étais pas allée au-delà de ma découverte de Tolstoï et de la culture russe. Je me suis rattrapée depuis ! À l’occasion du passage à Montpellier du ballet de Boris Elfman de Saint-Pétersbourg, j’en ai profité pour relire ce roman… Pour mon plus grand plaisir.

Anna Karénine fait partie des rares classiques que je relis avec plaisir et j’ai presque eu l’impression de le redécouvrir. C’est une histoire qui me touche à chaque fois. Souvent pour des raisons différentes. La première fois que je l’ai lu, c’était le couple Kitty/Levine qui m’avait captivé. Je l’avais trouvé presque parfait. À la relecture, ils le sont un peu moins que dans mes souvenirs. Ils ont aussi leurs failles et leurs imperfections. Durant ma lecture, c’était plutôt Anna et Vronsky qui m’ont intéressé, leur coup de foudre au premier regard, leur passion absolue et destructrice. J’ai abordé la manière dont Tolstoï aborde la folie de son personnage féminin. D’abord par touche, puis tout d’un coup.

La plume de l’auteur est parfaite. En premier lieu, les descriptions permettent au lecteur de visualiser parfaitement les lieux et les personnages, les différentes ambiances, tout en décrivant la société russe de la fin du XIX siècle. À chaque page, Tolstoï nous donne à voir le poids des convenances sociales qui écrasent les femmes et les mettent au ban de la société dès lors qu’elles sortent du moule. Anna l’illustre parfaitement. En choisissant de suivre son coeur, elle est sortie de la bonne société. Il nous montre parfaitement à quel point la décision d’Anna la rend parfois heureuse, mais également très malheureuse. C’est aussi l’hypocrisie qui règne dans cette société qui m’a frappé. Le personnage principal est autant admiré, un brin jalousé par certaines de ses connaissances. À côté de ça, elle est aussi traité en paria. Toute cette fresque sociale est un des aspects les plus fascinants de cette oeuvre monumentale et je pourrai parler pendant des heures durant de ce simple point de ce roman.

Et ce n’est pas le seul ! Je pourrai aussi consacrer de longues minutes aux différents personnages, notamment les principaux. Ce qui est également remarquable aussi concerne l’épaisseur qui est donnée aux personnages secondaires dans l’intrigue. Ils sont aussi bien construits qu’Anna ou Vronsky, par exemple. Au final, j’ai eu le sentiment de lire un véritable portrait de la société russe à cette époque et pas uniquement du point de vue des convenances sociales. Sont également évoquées les relations entre les différentes classes sociales. C’est passionnant et cela aurait pu se dérouler en vrai. J’adore ce genre de romans qui s’intéressent à parts égales aux personnages, à l’histoire et à la société dans laquelle l’intrigue prend place pour donner quelque chose de très réaliste. C’est un régal à lire, surtout avec la plume de Tolstoï.

De cette relecture, c’est surtout Anna que je retiens. Sa peine et sa détresse sont parfaitement retranscrites ainsi que toutes les émotions présentes dans le roman. Un autre sentiment que j’ai ressenti tout au long de ma lecture est une horrible attente en pressentant le drame qui arrive inéluctablement. Les graines de ce dernier sont plantées dès les premiers chapitres. J’ai adoré le parallèle entre la première rencontre entre Anna et Vronsky et la fin de leur histoire d’amour et la manière dont le drame monte crescendo. Cependant, j’aurai aimé que le roman s’achève sur cette dernière scène. La tension dramatique est à son apogée et cette chute clôt parfaitement le roman. La dernière partie serait presque en trop à mon avis, elle gâche un peu ce qui s’est passé avant.

Il n’en reste pas moins qu’Anna Karénine est un énorme coup de coeur. J’avais envie de le relire depuis des années et c’est désormais chose faite. Plus encore, je me sens prête à me lancer dans Guerre & Paix, dont je n’ai pas encore tenté la lecture.

ABTEY, Benoît, DUSSÉAUX, Jean-Baptiste & GOUST, Mayalen • Kamarades : La fin des Romanov (2015) ; Tuez-les tous (2016) ; Terre promise (2017)

Petrograd, début 1917. Ania et Volodia se sont rencontrés au coeur de l’agitation révolutionnaire qui secoue la ville, et sont instantanément tombés amoureux. Mais, en dépit de leurs sympathies communes pour la révolution, tout les sépare. Lui est un simple soldat cosaque sorti du rang, elle est en fait la princesse Anastasia Romanova, fille du tsar… En ces temps troublés, leur route va croiser celle d’un autre militant, personnage trouble dont ils ignorent qu’il va jouer un rôle décisif dans les événements : Joseph Vissarionovitch Djougachvili, alias Staline.

Aveline m’a transmis le virus des bandes-dessinées. Elle m’a recommandé La mort de Staline en début année que j’ai énormément apprécié. Je reviens avec une nouvelle série autour de la Russie, parfaite pour le programme du jour sur les Romanov.

À lire également :  La mort de Staline de Fabien Nury et Thierry Robin

Kamarades est une série qui se développe en trois tomes : La fin des RomanovTuez-les tous et Terre promise. L’intrigue commence quand la famille impériale russe, les Romanov, s’est vu destituée de son trône par la Révolution d’Octobre 1917. Elle s’inspire largement de l’Histoire. Durant ces trois livres, le lecteur peut croiser un certain caporal allemand du nom d’Adolf, un futur écrivain français s’appelant Malraux… Ce sont autant de clins d’oeil et de références à la grande histoire, à la culture de cette époque. J’adore quand les auteurs font des renvois à d’autres événements historiques, culturels, plaçant ainsi l’intrigue dans un contexte plus grand. Cela donne plus d’épaisseur au tout, une certaine crédibilité. J’aurai presque pu y croire si les preuves n’étaient pas là de l’assassinat des Romanov.

L’intrigue est vraiment bien menée au fil des différents opus. Heureusement que j’avais la série complète sous la main, car je l’ai enchaîné sans aucune interruption. Il faut avouer que les auteurs ont mélangé à merveille l’Histoire, des complots politiques et courses contre la montre. C’est rythmé, prenant et, une fois commencé, impossible à lâcher. Je me suis facilement attachée à cette famille qui fuit son pays et qui espère toujours y retourner. Les auteurs ont su lui donner un visage humain. Il y a toujours des rebondissements, de nombreux événements qui viennent changer la donne. Par ailleurs, pour les deux premiers tomes, Benoît Abtey et Jean-Baptiste Dusséaux ont démontré leur maîtrise parfaite du cliffhanger. Sans en faire trop, ils distillent juste la bonne dose de suspens pour se jeter sur le tome suivant.

À lire également : The Romanovs de Simon Sebag-Montefiore

Ce billet ne serait pas complet sans évoquer les illustrations de Mayalen Goust. J’ai beaucoup aimé ses dessins, très fins, mais surtout les couleurs utilisées pour les passages en Russie avec des dominantes de bleu et blanc, qui rappellent les couleurs de la monarchie, et ce rouge qui les éclabousse, couleur du sang et du communisme. Ce sont des contrastes qui sont lourds de sens, avec de grandes symboliques. J’apprécie énormément quand le visuel est au service, répond aussi au contenu. Les passages se déroulant en dehors de la Russie ont des couleurs plus douces, moins tranchées.

Je suis tombé par hasard sur cette bande-dessinée durant l’été, alors que je préparais le Mois russe. Elle a été une bonne surprise. Kamarades est un coup de coeur et je suis bien incapable de choisir un tome qui se démarquerait des autres tant la qualité est égale d’un livre à l’autre. Il faut donner sa chance à cette série qui mérite d’être plus connue.

GOGOL, Nicolas • Nouvelles de Pétersbourg (1842)

« L’assesseur du collège Kovaliov se réveilla d’assez bonne humeur. Il s’étira et se fit donner un miroir dans l’intention d’examiner un petit bouton qui, la veille au soir, lui avait poussé sur le nez. À son immense stupéfaction, il s’aperçut que la place que son nez devait occuper ne présentait plus qu’une surface lisse ! Tout alarmé, Kovaliov se fit apporter de l’eau et se frotta les yeux avec un essuie-mains : le nez avait bel et bien disparu !… Il s’habilla séance tenante et se rendit tout droit chez le maître de police. » Kovaliov retrouvera son nez à la suite d’aventures fort étranges.Et si, conclut Gogol, « ce qu’il y a de plus étrange, c’est qu’un auteur puisse choisir de pareils sujets, vous aurez beau dire, des aventures comme cela arrivent en ce monde, c’est rare, mais cela arrive.« 

Le 6 décembre étant la Saint Nicolas, fête importante dans l’Est de l’Europe, le programme pour ce mois en l’honneur de la Russie propose de mettre en avant un auteur (ou autre) dont le prénom est Nicolas (Nikolaï). Je n’ai pas pu passer à côté de l’envie de lire et découvrir un nouvel auteur russe. Je reste dans les classiques avec Nicolas Gogol et ses Nouvelles de Pétersbourg.

Le point commun de ces nouvelles est qu’elles prennent toutes place à Saint-Pétersbourg. Une des premières choses qui me vient à l’esprit après cette lecture est l’aversion de Gogol pour cette ville. Elle transparait dans chacun de ses mots et il est intéressant de voir comment sa haine pour cette dernière se trouve également être sa source d’inspiration. De ce point de vue, les descriptions qu’il en fait me rappelle celle de Londres à l’époque victorienne avec une ambiance très brumeuse, proche de l’eau. Ici, la Neva. Certains passages donnent l’impression d’une capitale malsaine. En lisant les différentes nouvelles, c’est plutôt flagrant, car la folie prend ses origines au sein des rues de Saint-Pétersbourg. Elle en est la principale cause, la raison des malheurs des différents personnages. J’ai adoré l’atmosphère qui se dégage de ce recueil. Elle est loin de la vision idéalisée que j’avais de cette ville.

Ces courts textes de Gogol ont aussi ravivé d’autres souvenirs littéraires. Il y a eu Le Horla de Guy de Maupassant, notamment pour Journal d’un fou. Le portrait m’a rappelé ce magnifique et terrible roman d’Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray. Au final, je serai bien incapable de choisir l’une ou autre des nouvelles, car elles sont de qualité égale et chacune m’a plu pour des raisons bien précises et diverses. La perspective Nevski, par exemple, commence par une magnifique description de cette rue. J’ai eu l’impression d’y être et qu’elle prenait vie devant mes yeux. Pour Le nez, c’est la dimension à la fois tragique et comique du texte qui m’a charmé. Au final, Nouvelles de Pétersbourg est un immense coup de coeur.

Je continue ma découverte des auteurs russes que j’ai commencé cet été. Ils auront marqué mon année 2018 et ils m’accompagneront sûrement les prochains mois. Pour Gogol, cette première immersion dans son oeuvre littéraire est plus que positive et je compte m’attaquer à d’autres de ses ouvrages.