Auteurs russes

GESSEN, Masha • The Man without a face, The unlikely rise of Vladimir Putin

The Man Without a Face is the chilling account of how a low- level, small-minded KGB operative ascended to the Russian presidency and, in an astonishingly short time, destroyed years of progress and made his country once more a threat to her own people and to the world

Handpicked as a successor by the « family » surrounding an ailing and increasingly unpopular Boris Yeltsin, Vladimir Putin seemed like a perfect choice for the oligarchy to shape according to its own designs. Suddenly the boy who had stood in the shadows, dreaming of ruling the world, was a public figure, and his popularity soared. Russia and an infatuated West were determined to see the progressive leader of their dreams, even as he seized control of media, sent political rivals and critics into exile or to the grave, and smashed the country’s fragile electoral system, concentrating power in the hands of his cronies.

As a journalist living in Moscow, Masha Gessen experienced this history firsthand, and for The Man Without a Face she has drawn on information and sources no other writer has tapped. Her account of how a « faceless » man maneuvered his way into absolute-and absolutely corrupt-power has the makings of a classic of narrative nonfiction.

Ce n’est pas la première fois que je parle du président russe sur Autumn & Latte à travers une chronique littéraire. Il y a quelques semaines, j’ai publié mon avis sur Vladimir Vladimirovitch de Bernard Chambraz, qui propose une biographie romancée de Poutine. Je n’ai pas spécialement gardé de bons souvenirs de cette dernière et je tente une dernière fois l’aventure avec The Man without a face, The unlikely rise of Vladimir Putin de la journaliste russe, Masha Gessen.

À lire également : Vladimir Vladimirovitch de Bernard Chambraz

Malheureusement, je ressors de cette lecture plutôt mitigée. Elle n’est pas inintéressante, mais il y a de nombreux points sur lesquels j’ai à redire et ce sont surtout ces derniers que je vais aborder un par un. Avant, je pense que je dois aborder la question de mes attentes concernant cet ouvrage pour comprendre ma déception sur cette biographie. Le sous-titre est The unlikely rise of Vladimir Putin. En soi, le sujet m’intéresse : savoir comme un presque inconnu est devenue le président de la Russie et se maintient  depuis près de vingt ans au pouvoir. Le programme semble intéressant et vendeur.

Or, ce n’est pas réellement ce que j’ai eu l’impression de lire. Je parle d’une biographie écrite par une journaliste russe. Je m’attends à un minimum d’objectivité, de présenter des faits sans montrer de préférences personnelles. Dès le départ, les positions de Masha Gessen sont claires et cela transparaît dans chacun des mots, à chacune des pages. Je partage son point de vue et je reste choquée par la corruption qui règne en Russie. Cependant, je n’aime pas qu’un auteur me force la main et m’impose son point de vue, et encore plus quand je lis un essai. Je veux en savoir plus, comprendre et surtout me forger ma propre opinion. C’est un de reproches que je formule à l’encontre de cet ouvrage. Il y a beaucoup trop de biais pour permettre au lecteur de se former une idée à soi. Masha Gessen amène trop d’émotions personnelles. Le livre n’est plus vraiment une biographique ou un essai politique, mais quelque chose qui se rapproche plus des mémoires de l’auteur avec quelques passages trop romancés.

J’ai lu quasiment la moitié et, p our un livre traitant de Vladimir Poutine, il est étonnant de voir qu’il apparaît très peu, au final, dans cette première partie. Il s’intègre dans une chronologie qui est celle des dernières années du régime communiste, sa chute et l’après. À vrai dire, j’ai vraiment apprécié ce côté très historique qui sont vraiment intéressants, surtout pour ce qui se passe après la chute du communisme et la manière dont la Russie s’est cherchée politiquement. Cependant, ce n’est pas l’objectif principal de l’ouvrage, ni même la raison pour laquelle je l’ai commencé en premier lieu. Le contexte est amplement développé et très présent. Cela permet de bien tout situer et de comprendre ce qu’a été la Russie après le communisme. J’en reviens au fait que ce n’est pas le but de ce livre et un décalage s’est ainsi crée.

Un des points qui m’a le plus gêné est l’absence de preuves concrètes. Masha Gessen base tout un ouvrage en pointant des coïncidences (certes, troublantes, je suis d’accord), des concours de circonstances des on-m’a-dit… Je suis désolée, mais ce n’est pas suffisant pour moi. J’ai besoin que le propos soit étayé par des preuves. De ce point de vue, je suis une pure juriste qui ne peut pas se contenter de ce que l’auteur présente. J’adore les notes de bas de pages, les documents, les bibliographies… Je nuance tout de suite mon propos également. Trouver les preuves et plus encore les publier doit aussi relever d’un véritable parcours du combattant ou d’une mission impossible. Masha Gessen a tout de même le mérite de pointer des choses qui vont pas dans son pays et dont nous ne sommes pas forcément au courant. The Man without a face, The unlikely rise of Vladimir Putin reste un ouvrage intéressant pour celui qui se passionne véritablement pour le sujet.

Pour ma part, je ne suis pas allée jusqu’au bout. Au final, ce n’était pas tant le fond que la forme qui m’a déçu. Les biographies et autobiographies ne sont pas ma tasse de thé et il arrive bien souvent que je ne les termine pas. De plus, ce livre n’est pas ce à quoi je m’attendais en le commençant. La lecture a parfois été laborieuse, le timing n’a pas été le bon… Je suis totalement passée à côté de cet essai.

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Mes 10 livres de 2018

En 2018, j’ai lu 122 livres, soit une dizaine de moins que pour 2017, mais j’ai dévoré de nombreux pavés, notamment de la littérature russe. En un an, cela représente 38.181 pages (merci Goodreads de tenir le compte).

En cliquant sur les titres, vous pouvez lire la chronique que j’ai publié sur le livre et avoir mon avis complet.

Quels sont les dix livres qui m’ont marqué durant 2018 et que je recommande les yeux fermés ?

1 – The Miniaturist de Jesse Burton

On a brisk autumn day in 1686, eighteen-year-old Nella Oortman arrives in Amsterdam to begin a new life as the wife of illustrious merchant trader Johannes Brandt. But her new home, while splendorous, is not welcoming. Johannes is kind yet distant, always locked in his study or at his warehouse office, leaving Nella alone with his sister, the sharp-tongued and forbidding Marin.

L’intrigue prend place durant l’âge d’or hollandais à Amsterdam. Elle est remplie de mystères, de secrets de famille et de non-dits qui en font un parfait page-tourner dans une ambiance lugubre des plus réussies.

2 – Lumikko de Pasi Ilmari Jääskeläienen

Au sein d’un petit village finlandais prospère une étrange société littéraire secrète composée de neuf écrivains réunis autour de la figure tutélaire de Laura Lumikko, auteur à succès d’une série de livres fantastiques pour la jeunesse. En pénétrant peu à peu dans l’intimité de cette société – grâce à un Jeu aux règles complexes permettant d’arracher la vérité aux membres de la société – Ella, une jeune professeur de finlandais aux ovaires déficients, découvre le sombre secret de leur inspiration. Pendant ce temps, Laura Lumikko disparaît, tandis qu’une étrange peste semble s’être abattue sur les livres de la bibliothèque : certains livres voient leur fin subtilement altérer…

Ce roman est peut-être l’un des ouvrages les plus bizarres que j’ai pu lire cette année. Dès les premières pages, je ne savais pas où l’auteur m’emmenait ou quel était son but… Je me suis laissée porter et j’ai adoré le fait que Jääskeläienen flirtait parfois avec le fantastique, brouillant très souvent les frontières avec la réalité. Encore une très belle atmosphère.

3 – Little Monsters de Kara Thomas

« Vous est-il déjà arrivé de vouloir quelque chose au point d’en mourir ?  » Quand elle emménage à Broken Falls, une nouvelle vie commence pour Kacey. Tout le monde ici est tellement gentil. Et elle se fait même des amies, Bailey et Jade, qui l’accueillent à bras ouverts. Mais, soudaine, ces dernières se montrent étrangement distantes. Et elles omettent de l’inviter à la plus grosse soirée de l’année. Kacey, décidée à confronter ses amies, n’en aura pourtant jamais l’occasion : après la fête Bailey disparaît sans laisser de traces. Broken Falls ne semble plus si chaleureuse. Surtout pour elle, la nouvelle. Kacey est sur le point d’apprendre deux choses très importantes : parfois, les apparences peuvent se révéler trompeuses. Et parfois, quand on est la nouvelle, il ne faut faire confiance à personne.

Mon premier Kara Thomas est sûrement pas mon dernier. L’auteur nous livre un des meilleurs thrillers psychologiques que j’ai pu lire cette année. L’intrigue est incroyablement menée et il faut se méfier des apparences. Elles sont souvent bien trompeuses.

4 – the princess saves herself in this one d’amanda lovelace

« Ah, life – the thing that happens to us while we’re off somewhere else blowing on dandelions & wishing ourselves into the pages of our favorite fairytales. » A poetry collection divided into four different parts : the princess, the damsel, the queen, & you. The princess, the damsel, & the queen piece together the life of the author in three stages, while you serves as a note to the reader & all of humankind. Explores lives & all of its love, loss, grief, healing, empowerment, & inspirations. 

Depuis Rupi Kaur et son premier recueil de poésie, je m’essaie de plus en plus à la poésie contemporaine. Durant l’année, j’ai découvert r.h. sin et amanda lovelace et je garde surtout cette dernière en mémoire. J’adore sa poésie féministe, bienveillante avec des thèmes qui me parlent.

5 – Nord et Sud d’Elizabeth Gaskell

C’est le choc de deux Angleterre que le roman nous invite à découvrir : le Sud, paisible, rural et conservateur, et le Nord, industriel, énergique et âpre. Entre les deux, la figure de l’héroïne, la jeune et belle Margaret Hale. Après un long séjour à Londres chez sa tante, elle regagne le presbytère familial dans un village du sud de l’Angleterre. Peu après son retour, son père renonce à l’Eglise et déracine sa famille pour s’installer dans une ville du Nord. Margaret va devoir s’adapter à une nouvelle vie en découvrant le monde industriel avec ses grèves, sa brutalité et sa cruauté. Sa conscience sociale s’éveille à travers les liens qu’elle tisse avec certains ouvriers des filatures locales, et les rapports difficiles qui l’opposent à leur patron, John Thornton.

Cela faisait des années que je souhaitais me lancer dans ce classique de la littérature anglaise. Chose faite ! J’ai apprécié chacune des pages, les personnages et la relation amoureuse qui se tisse doucement ainsi que la période historique.

6 – Bernie Gunther, Les ombres de Katyn de Philip Kerr

Mars 1943. Le Reich vient de perdre Stalingrad. Pour Joseph Gobbels, il faut absolument redonner le moral à l’armée allemande et porter un coup aux Alliés. Or, sur le territoire soviétique, près de la frontière biélorusse, à Smolensk, ville occupée par les Allemands, depuis 1941, la rumeur enfle. Des milliers de soldats polonais auraient été assassinés et enterrés dans les fosses communes. L’Armée rouge serait responsable de ce massacre. Goebbels, qui voit là l’occasion de discréditer les Russes et d’affaiblir les Alliés, décide l’ouverture d’une enquête. Le capitaine Bernie Gunther du Bureau des crimes de guerres, organisme réputé antinazi, est la personne idéale pour accomplir cette délicate mission.

2018 a été marqué par la perte de mon auteur préféré, Philip Kerr. J’ai lu plusieurs de ses ouvrages autour de son détective allemand cette année. Tous étaient très bons, mais Les ombres de Katyn m’a époustouflé. C’est un de ses meilleurs.

7 – The Romanovs de Simon Sebag-Montefiore

The Romanovs were the most successful dynasty of modern times, ruling a sixth of the world’s surface for three centuries. How did one family turn a war-ruined principality into the world’s greatest empire? And how did they lose it all? This is the intimate story of twenty tsars and tsarinas, some touched by genius, some by madness, but all inspired by holy autocracy and imperial ambition. Simon Sebag-Montefiore’s gripping chronicle reveals their secret world of unlimited rivalries, sexual decadence and wild extravagance, with a global cast of adventurers, courtesans, revolutionaries and poets, from Ivan the Terrible to Tolstoy and Pushkin, to Bismarck, Lincoln, Queen Victoria and Lenin.

En 2018, la Russie a été à l’honneur sur le blog à travers la lecture de nombreux classiques et des auteurs plus contemporains, des essais, des films… Cet ouvrage de Simon Sebag-Montefiore est un des meilleurs et des plus complets que j’ai pu lire sur les Romanov.

8 – La saga moscovite de Vassili Axionov

À travers les destinées des Gradov, grands médecins, grands militaires, et celles de petites gens qui les entourent, c’est toute la Russie qui respire… Comme elle peut, en l’une des périodes les plus dramatiques qu’elle ait connues : 1924-1953, dates du « règne » de Staline. Les Gradov sont des personnages bien romanesques, pris dans une vie quotidienne faite d’ambition, de dévouement, de contradictions, de passions, de rires. Les véritables sagas modernes sont, dans la littératures universelle, rarissimes. Celle-ci mérite bien son nom tant l’horizon qu’elle embrasse est vaste, tant sa phrase est exubérante et précise, tant ses personnages et leur fortune sont attachants. Telle est la magie d’un grand écrivain.

Lu sur les sages recommandations de V., les deux tomes de cette saga familiale m’ont passionné. Une fois commencé, elle est impossible à mettre de côté. J’ai toujours voulu savoir quel allait être le destin des membres du clan Gradov. Une fois la dernière page tournée, j’ai eu un énorme pincement au coeur de savoir qu’il n’y avait pas de troisième tome.

9 – Asking for it de Louise O’Neill

It’s the beginning of the summer in a small town in Ireland. Emma O’Donovan is eighteen years old, beautiful, happy, confident. One night, there’s a party. Everyone is there. All eyes are on Emma.

The next morning, she wakes on the front porch of her house. She can’t remember what happened, she doesn’t know how she got there. She doesn’t know why she’s in pain. But everyone else does.

Photographs taken at the party show, in explicit detail, what happened to Emma that night. But sometimes people don’t want to believe what is right in front of them, especially when the truth concerns the town’s heroes…

Le roman qui m’a le plus bouleversé et révolté cette année. Il est à mettre entre toutes les mains, car l’histoire est criante de vérité et encore et toujours d’actualité.

10 – Anna Karénine de Léon Tolstoï

La quête d’absolu s’accorde mal aux convenances hypocrites en vigueur dans la haute société pétersbourgeoise de cette fin du XIXe siècle. Anna Karénine en fera la douloureuse expérience. Elle qui ne sait ni mentir ni tricher – l’antithèse d’une Bovary – ne peut ressentir qu’un profond mépris pour ceux qui condamnent au nom de la morale sa passion adultère. Et en premier lieu son mari, l’incarnation parfaite du monde auquel il appartient, lui plus soucieux des apparences que véritablement peiné par la trahison d’Anna. Le drame de cette femme intelligente, sensible et séduisante n’est pas d’avoir succombé à la passion dévorante que lui inspire le comte Vronski, mais de lui avoir tout sacrifié, elle, sa vie de femme, sa vie de mère. Vronski, finalement lassé, retrouvera les plaisirs de la vie mondaine. Dans son insondable solitude, Anna, qui ne peut paraître à ses côtés, aura pour seule arme l’humiliante jalousie pour faire vivre les derniers souffles d’un amour en perdition. Mais sa quête est vaine, c’est une « femme perdue ».

Encore de la littérature russe pour terminer ce top 10 de mes meilleures lectures pour l’année 2018. Il n’est pas besoin de le présenter et j’ai enfin pris le temps de le relire. Il est toujours aussi exceptionnel et un régal à lire.

TOLSTOÏ, Léon • Anna Karénine (1886)

La quête d’absolu s’accorde mal aux convenances hypocrites en vigueur dans la haute société pétersbourgeoise de cette fin du XIXe siècle. Anna Karénine en fera la douloureuse expérience. Elle qui ne sait ni mentir ni tricher – l’antithèse d’une Bovary – ne peut ressentir qu’un profond mépris pour ceux qui condamnent au nom de la morale sa passion adultère. Et en premier lieu son mari, l’incarnation parfaite du monde auquel il appartient, lui plus soucieux des apparences que véritablement peiné par la trahison d’Anna. Le drame de cette femme intelligente, sensible et séduisante n’est pas d’avoir succombé à la passion dévorante que lui inspire le comte Vronski, mais de lui avoir tout sacrifié, elle, sa vie de femme, sa vie de mère. Vronski, finalement lassé, retrouvera les plaisirs de la vie mondaine. Dans son insondable solitude, Anna, qui ne peut paraître à ses côtés, aura pour seule arme l’humiliante jalousie pour faire vivre les derniers souffles d’un amour en perdition. Mais sa quête est vaine, c’est une « femme perdue ».

Classique de la littérature russe, Anna Karénine a été le seul que j’ai lu pendant longtemps. Même si j’en ai gardé des bons souvenirs, je n’étais pas allée au-delà de ma découverte de Tolstoï et de la culture russe. Je me suis rattrapée depuis ! À l’occasion du passage à Montpellier du ballet de Boris Elfman de Saint-Pétersbourg, j’en ai profité pour relire ce roman… Pour mon plus grand plaisir.

Anna Karénine fait partie des rares classiques que je relis avec plaisir et j’ai presque eu l’impression de le redécouvrir. C’est une histoire qui me touche à chaque fois. Souvent pour des raisons différentes. La première fois que je l’ai lu, c’était le couple Kitty/Levine qui m’avait captivé. Je l’avais trouvé presque parfait. À la relecture, ils le sont un peu moins que dans mes souvenirs. Ils ont aussi leurs failles et leurs imperfections. Durant ma lecture, c’était plutôt Anna et Vronsky qui m’ont intéressé, leur coup de foudre au premier regard, leur passion absolue et destructrice. J’ai abordé la manière dont Tolstoï aborde la folie de son personnage féminin. D’abord par touche, puis tout d’un coup.

La plume de l’auteur est parfaite. En premier lieu, les descriptions permettent au lecteur de visualiser parfaitement les lieux et les personnages, les différentes ambiances, tout en décrivant la société russe de la fin du XIX siècle. À chaque page, Tolstoï nous donne à voir le poids des convenances sociales qui écrasent les femmes et les mettent au ban de la société dès lors qu’elles sortent du moule. Anna l’illustre parfaitement. En choisissant de suivre son coeur, elle est sortie de la bonne société. Il nous montre parfaitement à quel point la décision d’Anna la rend parfois heureuse, mais également très malheureuse. C’est aussi l’hypocrisie qui règne dans cette société qui m’a frappé. Le personnage principal est autant admiré, un brin jalousé par certaines de ses connaissances. À côté de ça, elle est aussi traité en paria. Toute cette fresque sociale est un des aspects les plus fascinants de cette oeuvre monumentale et je pourrai parler pendant des heures durant de ce simple point de ce roman.

Et ce n’est pas le seul ! Je pourrai aussi consacrer de longues minutes aux différents personnages, notamment les principaux. Ce qui est également remarquable aussi concerne l’épaisseur qui est donnée aux personnages secondaires dans l’intrigue. Ils sont aussi bien construits qu’Anna ou Vronsky, par exemple. Au final, j’ai eu le sentiment de lire un véritable portrait de la société russe à cette époque et pas uniquement du point de vue des convenances sociales. Sont également évoquées les relations entre les différentes classes sociales. C’est passionnant et cela aurait pu se dérouler en vrai. J’adore ce genre de romans qui s’intéressent à parts égales aux personnages, à l’histoire et à la société dans laquelle l’intrigue prend place pour donner quelque chose de très réaliste. C’est un régal à lire, surtout avec la plume de Tolstoï.

De cette relecture, c’est surtout Anna que je retiens. Sa peine et sa détresse sont parfaitement retranscrites ainsi que toutes les émotions présentes dans le roman. Un autre sentiment que j’ai ressenti tout au long de ma lecture est une horrible attente en pressentant le drame qui arrive inéluctablement. Les graines de ce dernier sont plantées dès les premiers chapitres. J’ai adoré le parallèle entre la première rencontre entre Anna et Vronsky et la fin de leur histoire d’amour et la manière dont le drame monte crescendo. Cependant, j’aurai aimé que le roman s’achève sur cette dernière scène. La tension dramatique est à son apogée et cette chute clôt parfaitement le roman. La dernière partie serait presque en trop à mon avis, elle gâche un peu ce qui s’est passé avant.

Il n’en reste pas moins qu’Anna Karénine est un énorme coup de coeur. J’avais envie de le relire depuis des années et c’est désormais chose faite. Plus encore, je me sens prête à me lancer dans Guerre & Paix, dont je n’ai pas encore tenté la lecture.

GOGOL, Nicolas • Nouvelles de Pétersbourg (1842)

« L’assesseur du collège Kovaliov se réveilla d’assez bonne humeur. Il s’étira et se fit donner un miroir dans l’intention d’examiner un petit bouton qui, la veille au soir, lui avait poussé sur le nez. À son immense stupéfaction, il s’aperçut que la place que son nez devait occuper ne présentait plus qu’une surface lisse ! Tout alarmé, Kovaliov se fit apporter de l’eau et se frotta les yeux avec un essuie-mains : le nez avait bel et bien disparu !… Il s’habilla séance tenante et se rendit tout droit chez le maître de police. » Kovaliov retrouvera son nez à la suite d’aventures fort étranges.Et si, conclut Gogol, « ce qu’il y a de plus étrange, c’est qu’un auteur puisse choisir de pareils sujets, vous aurez beau dire, des aventures comme cela arrivent en ce monde, c’est rare, mais cela arrive.« 

Le 6 décembre étant la Saint Nicolas, fête importante dans l’Est de l’Europe, le programme pour ce mois en l’honneur de la Russie propose de mettre en avant un auteur (ou autre) dont le prénom est Nicolas (Nikolaï). Je n’ai pas pu passer à côté de l’envie de lire et découvrir un nouvel auteur russe. Je reste dans les classiques avec Nicolas Gogol et ses Nouvelles de Pétersbourg.

Le point commun de ces nouvelles est qu’elles prennent toutes place à Saint-Pétersbourg. Une des premières choses qui me vient à l’esprit après cette lecture est l’aversion de Gogol pour cette ville. Elle transparait dans chacun de ses mots et il est intéressant de voir comment sa haine pour cette dernière se trouve également être sa source d’inspiration. De ce point de vue, les descriptions qu’il en fait me rappelle celle de Londres à l’époque victorienne avec une ambiance très brumeuse, proche de l’eau. Ici, la Neva. Certains passages donnent l’impression d’une capitale malsaine. En lisant les différentes nouvelles, c’est plutôt flagrant, car la folie prend ses origines au sein des rues de Saint-Pétersbourg. Elle en est la principale cause, la raison des malheurs des différents personnages. J’ai adoré l’atmosphère qui se dégage de ce recueil. Elle est loin de la vision idéalisée que j’avais de cette ville.

Ces courts textes de Gogol ont aussi ravivé d’autres souvenirs littéraires. Il y a eu Le Horla de Guy de Maupassant, notamment pour Journal d’un fou. Le portrait m’a rappelé ce magnifique et terrible roman d’Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray. Au final, je serai bien incapable de choisir l’une ou autre des nouvelles, car elles sont de qualité égale et chacune m’a plu pour des raisons bien précises et diverses. La perspective Nevski, par exemple, commence par une magnifique description de cette rue. J’ai eu l’impression d’y être et qu’elle prenait vie devant mes yeux. Pour Le nez, c’est la dimension à la fois tragique et comique du texte qui m’a charmé. Au final, Nouvelles de Pétersbourg est un immense coup de coeur.

Je continue ma découverte des auteurs russes que j’ai commencé cet été. Ils auront marqué mon année 2018 et ils m’accompagneront sûrement les prochains mois. Pour Gogol, cette première immersion dans son oeuvre littéraire est plus que positive et je compte m’attaquer à d’autres de ses ouvrages.

PRIVALOV, Kirill • Bienvenue chez les Russes (2008)

Plus de vingt-cinq ans après son tout premier ouvrage satyrique, Un Soviet au pays de Tonton paru chez Robert Laffont, Kirill Privalov signe un nouvel opus. Sa plus acérée décrit cette fois-ci la Russie, son pays natal, qu’il croque avec sarcasme. Ayant vécu plus de vingt ans à l’étranger, le héros revient en Russie et se retrouve surpris par son propre pays. Convoquant des souvenirs, des scènes burlesques et improbables du quotidien, il parvient à rendre palpable la Russie aux sentiments contrastés : un pays surprenant, où tous les repères sont chamboulés. Kirill Privalov nous embarque sans ménagement au plus près du peuple russe, aussi étonnant pour un Occidental que touchant. Un livre bourré d’ironie, et sans compromis.

Quoi de mieux que d’ouvrir le bal de ce mois russe avec un livre s’intitulant Bienvenue chez les Russes ! ? Kirill Privalov est un journaliste russe qui a fait vingt ans de sa carrière à Paris avant de retourner à Moscou. Il raconte ses aventures, le choc culturel pour lui qui s’est habitué à la vie et aux coutumes françaises.

En soi, Bienvenue chez les Russes ! a tout pour être une bonne lecture et ouvrir en grande pompe ce mois dédié à la Russie. Malheureusement, je n’en garderai pas un très bon souvenir. Le livre raconte de nombreuses anecdotes sur ce qui a pu arriver à l’auteur dès son retour à la Mère Patrie, tout en faisant la comparaison avec sa vie parisienne. Ce programme aurait pu être très intéressant, car je suis française et je comprend de quoi il parle, à quoi il fait référence et à quel point la vie et les habitudes de Moscou peuvent différer de nos manières de faire.

Au départ, je trouvais ça très drôle la façon dont il évoquait ses aventures en Russie. Kirill Privalov a beaucoup d’humour et il a l’art de la formulation. Il sait se montrer percutant quand il faut et il arrive en quelques situations cocasses, parfois rocambolesques à nous dépeindre la Russie et sa société, de montrer ses spécificités. Au début, j’ai vraiment trouvé ça très drôle. Je me suis souvent fait la réflexion que certaines situations étaient hallucinantes et j’ai continué à lire.

Cependant, au bout d’un moment, je me suis un peu lassée. Je n’ai plus trouvé le livre aussi drôle qu’aux premières pages. Le côté humour, un peu hallucinant des situations que l’auteur décrit devient presque trop rocambolesque. J’ai eu l’impression que l’auteur a forcé un peu trop le trait. Du coup, Bienvenue chez les Russes ! a perdu en crédibilité au fil des pages. Je n’ai plus su si c’était vrai ou exagéré pour faire rire le lecteur. Peut-être que ça se passe réellement ainsi en Russie. Il y a certaines choses que je suis encline à croire comme la conduite des Russes, en regardant les dash cam présentes sur Youtube. D’autres aspects m’ont laissé plus sceptiques, même si je ne peux pas vraiment juger.

Je suis vraiment déçue par ce roman/essai/mémoire, même en ayant aucune attente particulière le concernant. Je l’ai pris par hasard à la médiathèque.

GALINA, Maria • L’Organisation (2009)

URSS, 1979, à la veille des Jeux Olympiques. En cette période de stagnation, la vie est rude : pénurie de biens, queues interminables et suspicion partout. Rosa, 17 ans, accepte à contrecoeur un emploi au service sanitaire du port, bureau SSE/2. Ce qu’elle est censée y faire n’est pas évident, et ce ne sont pas ses collègues revêches qui vont l’aider à y voir plus clair. Peu importe, entre deux rapports à saisir, Rosa s’évade sur les traces d’Angélique, marquise des anges… Il y a bien Vassili, le « spécialiste » du SSE/2, mais ce qu’il raconte n’a aucun sens : que sont ces parasites de deuxième catégorie qu’il traque ? Quel lien avec les cadavres atrocement mutilés découverts par la police ? Et quelle est cette ombre qui la suit dans la nuit ? En découvrant le véritable rôle du SSE/2, Rosa va vivre une aventure qui surpasse de loin celles de son héroïne préférée…

En attendant le lancement officiel du mois russe en décembre prochain, je tâte un peu le terrain en avance. Notamment pour savoir vers quels auteurs me diriger. Maria Galina est une auteur russe contemporaine dont je n’ai jamais entendu parler jusqu’à présent. Je me suis perdue dans les méandres de son Organisation grâce à sa couverture colorée et à son résumé qui rappelle un peu Ghostbuster et les chasses aux fantômes. Un bon programme en perspective !

En refermant ce livre, je suis un peu déboussolée. Clairement, ce roman ne m’a pas laissé indifférente, mais de là à dire que j’ai adoré, ce serait peut-être exagéré. J’ai eu tout au long de l’intrigue une relation d’amour/haine avec ce livre. Des éléments qui ont pu me plaire pendant quelques pages pouvaient m’énerver après. Ça a été surtout le cas des personnages qui passent d’intéressants à agaçants, puis j’ai eu envie d’en savoir plus sur eux. Ils sont parfois attachants et bien souvent, je me suis retrouvée prise entre deux positions contradictoires.

Je peux aussi ramener ça à l’intrigue. J’ai pu avaler des pages entières en le trouvant absolument génial et voulant toujours en connaître davantage. À d’autres moments, j’ai été à deux doigts d’abandonner ma lecture. Je n’ai jamais eu de demi-mesure avec ce roman.

Il m’a aussi fait connaître quelques frustrations. Maria Galina a l’art de passer du coq à l’âne sans prévenir. J’ai été souvent prise au dépourvu, me demandant si je n’avais pas raté quelques pages. J’ai relu un certain nombre de paragraphes pour voir quelle était la suite logique. Il n’y en a pas ou pas toujours. C’est un style parfois déroutant. Deuxième frustration également avec la fin du roman, où j’ai eu le sentiment que beaucoup choses sont restées en suspend.

Cependant, il y a quelque chose dans ce roman que je ne saurai décrire et qui a su me charmer, faisant pencher la balance vers le positif. Est-ce l’univers ? Il est original et, en quelques mots, l’auteur arrive parfaitement à créer un monde avec une organisation, des objectifs à atteindre… Il y a aussi un réalisme social qui m’a plu. Le contexte historique et social est passionnant et il s’en ressent dans chacune des pages : l’atmosphère un peu lugubre, le moral au plus bas, les magasins quasiment vides… Ce sont autant de petit plus qui, au final, font que je garde tout de même une bonne impression de ce roman.

Pour une première immersion dans la littérature russe contemporaine, je ne suis pas déçue. Maria Galina a su me transporter dans son monde et me faire vivre aux côtés de son Organisation. Il s’agit malheureusement de l’unique roman traduit en français de l’auteur.