Vers une vie sans sucre… L’expérience de Nicole Mowbray

Journaliste trentenaire aimant profiter de la vie, Nicole Mowbray a arrêté du jour au lendemain de manger du sucre – y compris les édulcorants – et tout ce qui en contient. Tout a changé pour elle : sa silhouette, sa peau, son sommeil, sa santé et jusqu’à ses relations avec sa famille et ses amis. Car on le sait aujourd’hui : le sucre n’est pas bon pour la santé. L’OMS a recommandé que l’on réduise de moitié la consommation de sucre, qui est de plus en plus considéré comme une substance addictive, au même titre que l’alcool et le tabac. Dans ce livre qui est à la fois un témoignage, une enquête et un guide pratique, Nicole Mowbray raconte en détail comment elle a procédé pour son sevrage, ses difficultés, mais aussi tous les bénéfices qu’elle en a retirés. Elle interroge de nombreux spécialistes (nutritionnistes, cardiologues, psychologues), donne quantité d’informations pratiques sur ce que l’on peut continuer à manger, et nous montre que si elle l’a fait, tout le monde peut le faire.

Nicole Mowbray est une journaliste qui a écrit pour des magazines féminins et qui, du jour au lendemain, a arrêté de consommer du sucre sous quasiment toutes ses formes (raffiné, fructose…). Ce nouveau mode de vie séduit de plus en plus, en témoigne les nombreux articles de blogs qui y sont dédiés ou les livres publiés sur les bienfaits d’un régime hypoglycémique. Celui de Nicole Mowbray en est un parmi tant d’autres. Danièle Gerkens a aussi écrit un ouvrage dans la même veine, par exemple.

Pourquoi et comment en suis-je venue à me pencher sur le sujet, outre sa certaine popularité ? Depuis quelques mois, je cherche à réellement améliorer mon hygiène de vie, de manière durable et, plus particulièrement, en changeant mes habitudes alimentaires. J’avais vaguement entendu parler de ce nouveau courant du no sucre ou no sugar, mais s’en savoir exactement en quoi il pouvait m’être bénéfique. L’OMS a pourtant recommandé de réduire, dans un premier temps, sa consommation de sucre, responsable de nombreuses maladies cardio-vasculaires, de diabètes et autres. Je me suis retrouvée avec ce livre entre les mains pour simplement me renseigner et je le termine plutôt convaincue d’entreprendre une telle désintoxication au sucre et de faire le premier pas vers une vie sans sucre.

Nicole Mowbray parle de sa propre expérience tout au long du livre : comment plus jeune, elle était totalement accro aux sucreries et aux délices sucrés comme les desserts ; ou comment en grandissant, elle se récompensait par des gâteaux, des pâtisseries, des barres chocolatées… Au final, du moment où se levait, jusqu’à celui du coucher, elle ingérait une quantité énorme de sucre alors que, parfois, elle pensait manger sainement. A travers sa prise de conscience, il y a aussi eu la mienne. Je ne mange peut-être pas autant de sucreries qu’elle, me passant aisément de dessert, ni même de manière aussi régulière, mais j’en mange tout de même beaucoup trop pour mon bien.

En lisant son expérience, j’ai apprécié son honnêteté. En effet, elle ne cache rien des difficultés à supprimer totalement le sucre de son alimentation après des années à en dévorer, mais aussi des effets secondaires de son sevrage et auxquels elle ne s’était pas préparée (nausées, grosses fatigues, baisses d’énergie…), renforçant l’idée que le sucre est une véritable drogue. Elle donne quelques conseils dont certains vont à l’encontre de ce qu’elle a pu faire. Par exemple, elle a arrêté véritablement du jour au lendemain alors qu’elle en consommait régulièrement. Elle explique qu’il vaut mieux réduire progressivement le sucre. Son ouvrage est également ponctué de quelques interventions de nutritionnistes, de coach sportifs, de dermatologues qui viennent appuyer ou compléter les propos de la journaliste, lui donnant une certaine légitimité.

Pour autant, si je pense me lancer dans un tel régime (elle vend plutôt bien les effets positifs qu’il a eus sur elle : un meilleur teint, un meilleur sommeil, une petite perte de poids…), ce n’est pas pour tout de suite. J’attends de me renseigner plus en avant en lisant peut-être d’autres ouvrages et l’expérience d’autres blogueuses dans le domaine. J’ai aussi envie de faire les choses bien.

Je garde aussi à l’esprit que ce livre, No sucre, est un premier lieu le compte-rendu de l’expérience d’une personne qui n’est pas une spécialiste de la nutrition et de la santé, d’où ma volonté d’attendre, de comparer d’autres récits, de voir la manière dont d’autres personnes ont tenté de réduire leur consommation de sucre… Cependant, il constitue une bonne entrée en la matière pour celles et ceux qui souhaiteraient se lancer pour avoir quelques idées sur la réalité de ce régime hypoglycémique. Je suis tout de même convaincue de l’intérêt de réduire ma consommation de sucre après lecture et il se peut que je vous reparle dans quelques temps du no sucre, à travers d’autres ouvrages et, peut-être, de mon expérience personnelle. Je ne reste pas fermée à cette éventualité.

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Magic Cottage (1986) | James Herbert

 » Nous pensions avoir trouvé le refuge idéal, un cottage perdu au coeur de la forêt. Il était sans doute un peu délabré, mais tout à fait charmant et si paisible… C’est là que la magie a commencé. Midge et moi, nous avons atteint des sommets de créativité dans nos domaines respectifs : elle a peint des toiles extraordinaires et je me suis mis à jouer de la guitare comme un dieu ! Quant à l’amour qui nous unissait, c’est devenu la magie suprême… Mais, comme toute médaille a son revers, le cottage avait lui aussi son mauvais côté. Et c’est là qu’intervient la mauvaise magie… Aujourd’hui encore, j’ai de la peine à croire que des choses aussi terrifiantes aient pu arriver. Et pourtant… « 

Le mois d’Octobre vient de se terminer et Halloween est déjà derrière nous. Pourtant, mon envie de lectures terrifiantes, qui m’empêchent de dormir la nuit est encore là pour quelques jours encore. Noël prendra bientôt le relais. Je suis relativement exigeante en ce qui concerne les livres d’horreur avec qui je n’ai pas toujours facilement peur, même quand j’ai envie de frissonner, de me cacher sous la couette. En revanche, je ne peux tout simplement pas regarder des films d’horreur sans être traumatisée pendant plusieurs jours… C’est donc avec plaisir (et obligation) que je me rabats sur les œuvres littéraires. Cette année, je tenais à essayer un ouvrage de James Herbert qui est connu pour être un maître de l’horreur anglais. Les divers avis étaient globalement bons, mais, malheureusement, je suis très déçue par ma première immersion dans l’univers de l’auteur.

Tout simplement parce que je m’attendais à mieux. J’avais à l’esprit quelque chose de beaucoup plus sinistre concernant les romans de James Herbert. De plus, le résumé avait ce je-ne-sais-quoi qui avait capturé mon attention. Je voulais savoir de quoi il en retournait exactement et, a priori, l’intrigue semblait bien partie pour me plaire et, pourquoi pas, être un coup de cœur. 

J’ai un petit faible pour les sombres secrets qu’une maison peut receler, cette vie propre qui l’anime. C’est souvent le point de départ de nombreuses histoires qui sont parmi les plus épouvantables (Amytiville en est un très bon exemple ou Poltergeist Autant de films que je n’ai jamais osé voir, d’ailleurs). J’étais curieuse de savoir quels cadavres dans le placard Gramary pouvait receler, cacher. Toutefois, la vérité est que je n’ai pas eu la patience d’attendre pour le découvrir, car je n’ai pas terminé Magic Cottage. J’ai dû lire les deux tiers… Mais pour une bonne raison.

Durant ces quelques pages, à aucun moment, je n’ai eu une vision de pure horreur de ce qui pouvait arriver ou d’un déchaînement de forces plus ou moins obscures, de noirs secrets. Je ne me suis pas dit que ce n’était pas le genre de livres à lire avant de filer au lit… Il ne se passait pas grand chose de véritablement intéressant ou d’effrayant. L’intrigue semblait être une succession de moments dignes de contes de fées, saupoudrée de la démonstration du bonheur conjugal. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire une comparaison avec le Disney Blanche Neige et les Sept Nains avec la présence d’un grand nombre d’animaux autour et dans la maison, qui tournent autour de Midge. C’est son mari, Mike, qui relève les petites choses un bizarres voire angoissantes (pour lui, uniquement). Ces petites phrases éparses, juste parfois des petits indices, auraient dû créer une ambiance un peu différente, plus oppressante. Plus encore, n’auraient-elles pas dû réveiller ma curiosité, mon attention ?

En tout cas, en ce qui me concerne, l’auteur n’a pas réussi. Ces petites incursions dans un monde autre n’ont pas fait leur effet. Je suppose que l’intention de James Herbert était de créer une attente psychologique pour le lecteur qui se pose les mêmes questions que le narrateur, Mike : et si ce n’était qu’une hallucination ? La magie existe-t-elle vraiment ou existe-t-il une explication logique ? Pourquoi Midge semble-t-elle avoir changé ? Pour moi, ça n’a pas pris. Je n’ai pas ressenti cette attente qui est parfois plus terrible que le dénouement final (sauf peut-être dans Hex de Thomas Olde Heuvelt, enfin traduit en français, où l’attente équivaut le final. Si vous aimez vous faire peur, jetez un oeil sur celui-ci…. Impossible de fermer l’œil pendant quelques jours après l’avoir découvert). Herbert n’a pas réussi à me faire tourner les pages de son Magic Cottage. Ma référence en la matière reste La Dame en noir de Susan Hill. Si l’adaptation est dans la pure veine des films d’auteur (oui, je l’ai vu), j’ai tremblé d’une manière totalement différente avec le livre où Hill a vraiment su créer une ambiance sombre, torturée, pesante et… très glauque alors qu’en définitif, il y a très peu de rebondissements tout au long du roman. James Herbert n’a pas eu ce talent. 

Au final, Magic Cottage m’a laissé sur ma faim, car, au lieu d’y être de plus en plus passionnée, ma curiosité s’est émoussée progressivement, même en apprenant que leurs voisins faisaient partie d’un groupe aux idées particulières. En plus d’une attente psychologique qui tombe à plat, arrivée aux deux tiers du roman, je n’avais toujours pas une idée claire de l’intrigue que l’auteur déroulait sous mes yeux. Il n’y avait toujours pas de rebondissements, de révélations qui changeaient tout. Rien qu’une publicité pour le bonheur à deux (avec quelques phrases un brin sexiste de la part du narrateur) et des envolées lyriques, pour la vie à la campagne proche de la nature, pour la prévention contre les drogues… Mais l’intrigue, le fil rouge, l’élément déclencheur… Je les ai attendus et un peu trop longtemps à mon goût, donnant aucun rythme au livre. Ce fut une lecture plate et, oui, je l’affirme, ennuyeuse. Je n’ai pas eu le courage de voir si Magic Cottage s’améliorait en allant vers la fin. 

Ce n’était pas la lecture terrifiante et parfaite que j’espérais pour Halloween. Pourtant, Le secret de Crickley Hall me tente toujours autant, même si le résumé laisse penser à une variation de celui que je viens de lire. Les avis semblent aussi dire qu’il est bien meilleur que Magic Cottage. Une deuxième chance peut être envisagée, mais programmée pour l’année prochaine ! En attendant, je continue ma recherche du livre qui me fera trembler pour Halloween cette année. Si vous êtes dans ce cas également, je réitère ma recommandation : Hex de Thomas Olde Heuvelt qui vous tiendra éveillé(e)s toute la nuit avec son ambiance malsaine. 

Mon parcours universitaire un brin chaotique du bac à la fin de ma deuxième licence

S’il y avait bien une chose à laquelle je n’étais pas préparée alors que j’allais passer mon bac et que le mot « orientation » était dans toutes les bouches, c’est ce qui allait arriver après l’obtention de ce sésame pour les études supérieures, que mon avenir ne sera pas tout tracé et que rien, absolument rien ne sera un long fleuve tranquille. Je ne suis pas de celles et ceux qui on trouvé rapidement leurs voies ou leurs vocations.

En même temps, au fond de moi, qu’est-ce que je savais à dix-huits ce que je désirais faire de ma vie ? Dans mon lycée, avec une filière littéraire, on nous parlait des grandes prépas (khâgnes, en premier), des études de droit ou de commerce. Les grandes voies pour les classes moyennes cultivées, en somme. Pour ma part, mon choix s’était porté (à défaut ?) sur le droit. Parce que c’était une filière prestigieuse. Que je me voyais déjà une grande avocate… Ou magistrate… Ou dans les institutions européennes… Ou dans les banques et places financières… Peu importait, j’avais trois ans, après tout, pour affiner mon fameux projet professionnel. Finalement, ce fut cinq années que j’allais passer en droit à tenter de décrocher une licence (que j’ai…).

Je n’étais pas préparée à l’échec qui allait se produire, je le confesse. Le problème était que j’avais choisi une filière qui me correspondait pas du tout. Sans que personne me le dise. J’ai encore et toujours l’impression que l’orientation des lycéens après l’obtention de leur bac n’est pas autant prise au sérieux qu’elle le devrait. Certes, il y a des journées portes ouvertes qui permettent de donner une idée de la filière, des rencontres avec des anciens élèvres… Les professeurs mentionnent brièvement le CIO. J’ai participé à un certain nombre de ces événements car ce que vanter un certain nombre de personnes n’était peut-être pas fait pour moi, au final, et je me suis trompée dans mon orientation. Un fait que je regrette encore aujourd’hui, d’ailleurs.

J’ai commencé à sérieusement m’intéresser à mon avenir lors de ma troisième année de droit. Après cinq années dans cette filière (ma mère m’a obligé à terminer ce cursus), et deux universités différentes (Strasbourg et Lyon), il était temps de voir la vérité en face : le droit et moi, c’était terminé. Définitivement. Il n’y aura pas de master en droit pour moi et sans regret !

Cette année fut décisive non seulement dans ma vie privée (savoir que j’allais enfin changer d’air me faisait doucement remonter la pente de ma dépression et de mes troubles du comportement alimentaire) que professionnel et estudiantine. J’ai aussi beaucoup réfléchi à mon orientation. A Lyon, j’ai eu la chance de participer à des ateliers d’orientation, où les groupes étaient souvent constitués d’étudiants en droit de différents niveaux qui envisageaint un changement de filières. Ces ateliers m’ont aidé d’une manière que je n’aurai jamais cru possible. La première chose était que je n’étais pas la seule à envisager de quitter le droit. C’était très rassurant et réconfortant. Le deuxième point était qu’à travers des tests de personnalités, l’énumération de nos centres d’intérêts et les discussions avec les intervenants, j’ai pu mieux comprendre et cerner mon profil, cibler mes attentes, ce que j’attendais d’un travail et à déterminer un nouveau parcours universitaire.

Du coup, j’ai osé sauter le pas alors que bon nombre de personnes de mon entourage me prenaient pour une folle de recommencer ainsi, de zéro au regard d’où j’étais arrivée. Mais, oui, j’ai tenu bon et j’ai commencé une nouvelle licence, dans une toute autre filière. Je me suis rendue compte tardivement, après mon Erasmus en Irlande où l’inscription la moins chère s’élevait tout de même à plus de 5.000 euros l’année, pour les étudiants non boursiers alors que je paie un peu moins de 500 euros pour mon année en France, que nous étions pas si mal lôtis, en fait. Je pestais contre notre système d’orientation mais je crois sincèrement qu’en France, nous avons une chance folle : nous avons le droit à l’erreur, de changer d’avis, de faire une autre première année dans un autre département. Pour ma part, je ne regrette pas ce changement et d’avoir tout repris du début, même si j’allongeais de quelques années mon parcours universitaire et mon entrée dans le monde professionnel.

Je me suis embarquée dans une licence d’Histoire de l’art. Un changement du tout au tout mais j’ai redécouvert le plaisir d’étudier, de ne jamais me contenter du cours en dévorant des ouvrages d’art. Je me suis placée dans les cinq premiers de ma promotion, inimaginable en droit ! Le sujet me passionnait et j’étais plus confiante sur mes chances de réussite. C’était une très bonne décision, qui m’a donné la possibilité de réaliser trois de mes rêves les plus fous en ayant la chance de partir en Erasmus : j’ai vécu en Irlande, j’ai pu faire la Saint Patrick à Dublin et j’ai fréquenté une des meilleures universités anglo-saxonnes et d’Europe, le Trinity College de Dublin. J’ai obtenu ma deuxième licence. Dorénavant, c’est un nouveau chapitre qui s’ouvre à moi… J’ai intégré un master !

Une chambre à soi (1929) | Virginia Woolf

« Je sais vous m’avez demandé de parler des femmes et du roman. Quel rapport, allez-vous me dire, existe-t-il entre ce sujet et une « chambre à soi ? », interroge Virginia Woolf en ouverture d’une conférence sur le féminisme qu’elle dispensa aux étudiantes de l’université de Cambridge. Avec une irritation voilée d’ironie, Virginia Woolf rappelle dans ce délicieux pamphlet comment, jusqu’à une époque toute récente, les femmes ont été savamment placées sous la dépendance spirituelle et économique des hommes et, par voie de conséquence, réduites au silence. Il manquait à celles qui étaient douées pour affirmer leur génie de quoi vivre, du temps et une chambre à soi. »

Ecrit en 1929, Une chambre à soi est le résultat des réflexions de Virginia Wool sur les femmes et le roman. Considérée comme une des grandes écrivaines féministes de la première moitié du XX siècle, il serait réducteur de la voir uniquement sous ce prisme. Ce serait courir le risque de passer à côté de ses qualités littéraires indéniables.

Cet essai se déroule comme une promenade. Tout d’abord, elle commence par une douce balade poétique au bord de l’eau lors d’une belle journée d’automne, puis dans les rues de Londres où l’auteur imagine les vies, les espoirs de ces femmes inconnues qu’elle croise et dont peu d’hommes s’intéressent dans leurs écrits ou leurs opinions. C’est avec cette première marche à Oxbridge, une université imaginaire inspirée d’Oxford et Cambridge, que Virginia Woolf ouvre son ouvrage. Ce premier chapitre m’a rendu un peu confuse sur ce qu’allait être la suite.

Je n’ai pas l’habitude de lire des essais dont le style se rapproche bien plus de celui de l’oeuvre littéraire romanesque que de l’ouvrage scientifique qui expose de manière peut-être un peu plus brute les idées. Pourtant, cela n’atténue en rien les propos de l’auteur et leur force dès lors qu’on choisit de se laisser porter par ses réflexions et ses choix stylistiques. Je pense qu’il ne faut pas tout de suite se heurter au fait qu’elle n’entre pas tout de suite dans le vif du sujet de cette chambre à soi, des femmes écrivains et pas seulement celle du XX siècle. Elle montre aussi le processus créatif, de la réflexion et ce n’est pas inintéressant d’avoir ainsi un aperçu de la manière dont une auteur de sa renommée travaille.

Man Ray, Virginia Woolf, 1935

Elle nous propose une autre balade, celle-ci littéraire et qui se déroule dans une bibliothèque et au fil des ouvrages qui retiennent son attention. A partir de là, elle va commencer à véritablement entrer dans le coeur de son sujet, tout en rendant hommage aux femmes de lettres, certaines qui ont été oubliées comme d’autres plus connues. Elle analyse les oeuvres de Charlotte Brontë, Jane Austen, par exemple. Elle se concentre sur leur manière d’écrire, leur rapport aux hommes tout autant que sur les conditions dans lesquelles elles ont peu écrire leurs ouvrages, proclamant que les femmes écrivent moins bien que les hommes car elles n’ont pas cette chambre à soi « dont la porte est pourvue d’une serrure« .

J’ai été convaincue par son argumentation, même quasiment cent ans plus tard. Une chambre à soi, pour reprendre les termes de l’auteur, me semble quelque chose de fondamental, d’essentiel en 2017. Pour autant, une des forces de cet essai est la capacité de Virginia Woolf à nous faire prendre conscience de cette pièce à nous, de la chance que nous pouvons avoir d’avoir ce lieu où nous pouvons nous adonner, en tout tranquilité, à nos activités intellectuelles, culturelles sans être dérangé, un endroit où nous pouvons avoir un moment de tranquilité et d’intimité. Finalement, au fur et à mesure de la lecture, le titre du livre prend toute son ampleur. Ce fut à mon tour de me poser des questions. Et si Jane Austen avait eu son lieu à elle, au lieu d’écrire dans un salon commun où elle devait s’interrompre dès lors que des visiteurs entraient et cacher son manuscrit, à quel point Orgueil & Préjugés serait-il différent de celui que nous connaissons aujourd’hui et qui est pourtant considéré comme un chef d’oeuvre de la littérature classique anglaise ?

Pour continuer sur la place des femmes dans la vie littéraire et culturelle des sociétés, Virginia Woolf imagine une soeur à William Shakespeare et elle lui invente une vie avec le même don que son illustre frère. Cependant, c’est une femme. Je n’arrive pas tellement à m’expliquer pourquoi son exemple m’a autant marqué. Sûrement parce que ça sonne terriblement juste, que quelque part, elle nous raconte une histoire d’injustice que nous avons toutes pu vivre à un moment donné. A titre personnelle, cette anecdote inventée me rappelle une question que j’ai très souvent croisé dans les différentes lectures féministes que j’ai pu faire ou dans les documentaires vus : en tant que femme, ai-je les mêmes chances que les hommes dans la vie ? J’ose imaginer que oui. Virginia Woolf termine d’ailleurs son ouvrage/intervention en reprenant cette histoire, dans un très beau passage qui nous enjoint de reprendre le flambeau de cette soeur de Shakespeare.

Cette soeur de Shakespeare mourut jeune… Hélas, elle n’écrit jamais le moindre mot. (…) Or, j’ai la conviction que cette poétesse, qui n’a jamais écrit un mot (…) vit encore. Elle vit en vous et moi, et en nombre d’autres femmes qui ne sont pas présentes ici ce soir, car elles sont en train de laver la vaisselle et de coucher leurs enfants. Mais elle vit ; car les grands poètes ne meurent pas ; ils ont des présences éternelles ; ils attendent seulement l’occasion pour apparaître parmi nous en chair et en os. Cette occasion, je le crois, il est à présent en votre pouvoir de la donner à la soeur de Shakespeare. Car voici ma conviction : si nous vivons encore un siècle environ (…) et que nous ayons toutes cinq cent livres de rente et des chambres qui soient à nous seules ; si nous acquérons l’habitude de la liberté et le courage d’écrire exactement ce que nous pensons (…) alors l’occasion se présentera pour la poétesse qui était la soeur de Shakespeare de prendre cette forme humaine à laquelle il lui a si souvent fallu renoncer.

Une des premières questions qu’elle se pose également et qui sera un deuxième fil rouge est la suivante : « Pourquoi un sexe est-il si prospère et l’autre si pauvre ? » La relation femme/homme l’intéresse beaucoup et elle en a une vision très égalitaire. Toutefois, ce n’est pas tant ce qui m’a marqué dans ce livre. C’est plutôt la manière dont elle appréhende les hommes. Il y a un passage étonnant où elle lit des ouvrages écrits par des hommes sur les femmes où ils invoquent notre sensibilité trop débordante, nos capacités intellectuelles plus limitées… Elle est en colère contre leurs écrits et leurs opinions, contre le fait qu’elle ne peut accéder à la bibliothèque sans une lettre d’introduction ou de recommandation car ce n’est pas un lieu pour les femmes… Cependant, elle n’a absolument rien contre eux. Elle ne formule aucune attaque virulente ou violente à leur encontre ou à clamer que les femmes seraient mieux sans eux. Je m’attendais à plus de véhémence mais Virginia Woolf fait preuve d’une certaine élégance, parfois teintée d’ironie que j’ai beaucoup apprécié.

Pour une première découverte de l’oeuvre de Virginia Woolf, je n’aurai pas pu mieux tomber. Une chambre à soi est un court ouvrage passionnant et qui porte à réflexion, extrêmement bien écrit, avec beaucoup de poésie. Il faut prendre le temps de découvrir le texte, de le faire sien doucement. Je ne compte pas m’arrêter là pour l’oeuvre de Virginia Woolf. Elle a plutôt été productive, écrivant romans et nouvelles. Son mari a également publié ses lettres et son journal à titre posthume et je m’y attarderai aussi.