Elizabeth Acevedo • Clap when you land (2020)

Clap when you land • Elizabeth Acevedo • Hot Key Books • Mai 2020 • 432 pages

Camino Rios lives for the summers when her father visits her in the Dominican Republic. But this time, on the day when his plane is supposed to land, Camino arrives at the airport to see crowds of crying people…

In New York City, Yahaira Rios is called to the principal’s office, where her mother is waiting to tell her that her father, her hero, has died in a plane crash.

Separated by distance – and Papi’s secrets – the two girls are forced to face a new reality in which their father is dead and their lives are forever altered. And then, when it seems like they’ve lost everything of their father, they learn of each other. Papi’s death uncovers all the painful truths he kept hidden, and the love he divided across an ocean. And now, Camino and Yahaira are both left to grapple with what this new sister means to them, and what it will now take to keep their dreams alive.

In a dual narrative novel in verse that brims with both grief and love, award-winning and bestselling author Elizabeth Acevedo writes about the devastation of loss, the difficulty of forgiveness, and the bittersweet bonds that shape our lives.

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J’ai découvert Elizabeth Acevedo il y a deux ans avec son premier roman, The Poet X. Il avait été une belle découverte entre des thèmes d’actualité et la forme, puisqu’il est rédigé sous forme de slam. L’année dernière, l’auteur a publié un deuxième roman, plus classique dans son écriture et abordant le thème de la grossesse chez les adolescentes, la volonté de s’en sortir de la part du personnage principal, de sa force et de son courage. Il m’avait peut-être moins convaincu que son premier livre, mais il restait agréable à lire. Elizabeth Acevedo vient de publier son troisième roman avec Clap when you land.

Ce nouveau roman n’est pas tout à fait le coup de coeur que j’espérai. Mon premier reproche est que l’intrigue a été sans surprise. C’est le troisième que le lis d’elle et je commence à comprendre la manière dont elle fonctionne, où elle veut amener son lecteur. Les grandes séquences se devinent rapidement. L’histoire m’a tout de même plu et j’attendais avec impatience que les deux soeurs puissent enfin se rencontrer. Il y a juste des moments, des passages d’intérêts inégaux. Le premier tiers m’a beaucoup plu, car il permet d’apprendre à connaître les deux personnages principaux, Camino et Yahaira, leurs caractères et leurs différents combats au quotidien. Cela s’est un peu plus corsé par la suite.

J’ai pu retrouver dans Clap when you land de très nombreux thèmes qui tiennent énormément à coeur à Elizabeth Acevedo. Ils sont également abordés dans The Poet X ou With the fire on high. Avec ce roman, j’ai souvent eu des impressions de déjà-vu, renforcées, dans mon cas, par le fait que je les lis dès leurs sorties et que l’auteur en publie un par an. Mes souvenirs sont encore frais, d’autant plus que The Poet X a été un énorme coup de coeur. Parmi les thèmes récurrents qui sont traités dans la bibliographie de l’auteur, il y a l’homosexualité chez les adolescents et la difficulté de vivre son orientation sexuelle, même à l’heure actuelle, l’absence d’une figure paternelle, parfois maternelle, la place des croyances, de la foi au quotidien, le poids des origines et de la culture, notamment celle de la République dominicaine. Souvent, les personnages viennent de ce pays, tout comme les parents de l’auteur. C’est un aspect du livre que j’ai particulièrement apprécié, car cette fois-ci, l’auteur propose une partie du livre qui se déroule en République dominicaine, grâce au point de vue de Camino. J’ai découvert ce pays et les difficultés qu’il rencontre, notamment avec une économie tournée exclusivement vers le tourisme, sans en redistribuer les bénéfices.

La condition des femmes est largement évoquée et j’ai trouvé cette partie très intéressante. Camino parle de ses rêves : celui de devenir obstétricienne dans un pays où les filles tombent enceinte très jeune ou sont prises dans les filets de la prostitution, de partir étudier à l’étranger… Des deux soeurs, Camino est celle que j’ai préférée, même si un monde nous sépare. Ma vie se rapproche plus de celle de Yahaira et, pourtant, sa soeur m’a bien plus touché dans les difficultés qu’elle rencontre, sa volonté de s’en sortir, malgré l’absence de la protection de son père.

Avec With the fire on high, Elizabeth Acevedo avait délaissé la forme poétique, qui était un aspect que j’avais adoré dans The Poet X. Elle y revient avec Clap when you land. Le point positif est que le lecteur a un accès direct aux sentiments des deux personnages. Il y a un côté très honnête, vrai dans ce style d’écriture. La poésie, qu’elle soit classique ou contemporaine, est un genre littéraire que j’affectionne tout particulièrement et dans lequel j’aime me plonger. Cependant, un aspect du style de l’auteur m’a un peu déçu. Le roman alterne deux points de vue. Or, à la lecture, je n’ai pas trouvé que les poèmes montraient leurs caractères, reflétaient qui elles étaient réellement. Il n’y a pas de réelles différences entre Camino et Yahaira et j’ai vraiment trouvé ça dommage. Parfois, si j’arrêtais ma lecture à un poème et non à un chapitre, il m’arrivait de ne plus savoir quelle soeur avait la parole.

Clap when you land n’est pas un coup de coeur. Il y a beaucoup d’aspects du roman qui m’ont laissé un sentiment mitigé. Cependant, cela reste dans la veine de ce que l’auteur sait faire et l’ensemble reste agréable à lire, avec des thèmes forts et bien traités.

Pour aller plus loin…

  • Ma chronique du premier roman d’Elizabeth Acevedo est disponible sur le blog. [Lien]

Johann Wolfgang Von Goethe • Les Souffrances du jeune Werther (1774)

Les Souffrances du jeune Werther • Johann Wolfgang von Goethe • Folio • 1774 • 240 pages

Manifeste exalté de l’impétueuse jeunesse, Les Souffrances du jeune Werther est le roman qui donna ses lettres de noblesse à Goethe. Le succès de cette oeuvre parue en 1774 fut étonnant pour l’époque et le personnage de Werther devint le symbole d’une génération entière. Quête d’absolu, transcendance de l’amour, lyrisme de la douleur… il s’agit bien là d’un des plus célèbres textes fondateurs du Romantisme. Werther, perché sur le pic solitaire de la passion qu’il éprouve pour Charlotte, est en proie au vertige. L’objet de son désir n’est autre que la fiancée de son meilleur ami, mais la pureté de son âme ne saurait tolérer l’idée même d’une trahison. Goethe ne se contente pas de mettre en scène un terrible dilemme, il livre une analyse extrêmement fine des tourments intérieurs de son personnage qui finira par se donner la mort. Mais le suicide de Werther n’est pas seulement la réaction suprême à un amour impossible, il résulte également d’un terrible constat d’échec : l’humain ne peut atteindre l’absolu, la souffrance est une fatalité à laquelle aucun être sensible ne peut se soustraire. Une oeuvre qui met en lumière la cruauté de l’existence, qui inflige à l’innocence son macabre cortège de désillusions.

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Je n’ai que très peu lu de littérature classique allemande. Les rares auteurs que j’ai lus se situaient plutôt dans l’entre-deux-guerre, comme Erich Maria Remarque et son « roman témoignage » sur la Grande Guerre, À l’ouest rien de nouveau, par exemple. Début 2020, j’ai commencé ma découverte de cette littérature par un recueil de poésie de Friedrich Gottlieb Klopstock (1724-1803). Goethe et lui font tout les deux partie du même mouvement littéraire qui se développe à la seconde moitié du XVIII siècle, le Sturm und Drang (Tempête & Passion). Ce dernier glorifie la nature et la sensibilité et il donnera naissance par la suite au romantisme qui touchera notamment la France et l’Angleterre. Ce seront des ouvrages comme La Nouvelle Héloïse (1761) de Jean-Jacques Rousseau et Les Mémoires d’Outre-Tombe (1848) de Chateaubriand, pour les précurseurs. Parmi les grands auteurs romantiques français, nous pouvons citer Victor Hugo, Alphonse de Lamartine. Pour les Allemands, nous pouvons évoquer les frères Grimm, Jacob et Wilhelm, E.T.A. Hoffmann, auteur de Casse Noisette, Goethe…

La littérature romantique n’est pas forcément celle que je recherche. Je ne suis pas sensible à l’expression excessive des sentiments et des émotions, notamment quand ils sont amoureux. J’avais envie de sortir un peu de ma zone de confort avec ce classique. Les Souffrances du jeune Werther, publié pour la première fois en 1774, s’inspire de la propre vie de Goethe, de son expérience pour créer le personnage de Werther et de Charlotte, ainsi que de leur relation. En effet, l’auteur était lui aussi amoureux d’une certaine Charlotte, épouse d’un de ses amis. J’ai trouvé que la manière de décrire les sentiments sonnaient relativement juste, même si, à notre époque, ils peuvent sembler un brin excessifs. Curieusement, je n’ai pas ressenti cette démesure dans la démonstration des sentiments amoureux. Je n’ai jamais levé les yeux au ciel ou pesté contre Werther. Bien au contraire, je me suis rapidement plongée dans cette histoire d’amour contrariée. 

En premier lieu, j’ai apprécié le choix d’un roman présenté sous la forme épistolaire. Quand nous savons que l’auteur s’est inspiré de sa propre vie, les lettres prennent une toute autre force. D’autant plus que Les Souffrances du jeune Werther a été écrit peu de temps après que cela soit arrivé à Goethe. Nous pouvons imaginer que ce soit le type de lettres qu’il a pu envoyer à un ami. Elles se lisent très bien et j’ai dévoré ce roman en une soirée. Le drame s’anticipe dès les premières pages, quand Werther raconte son émoi amoureux et la rapidité à laquelle il s’est attaché à Charlotte. Un deuxième indice est que le jeune homme éprouve tout intensément. Les signes sur la manière dont Werther compte mettre fin à son calvaire amoureux sont également donnés. Malgré cela, j’ai espéré un tout autre dénouement pour ce personnage que j’ai progressivement appris à apprécier et dont le tourment amoureux m’a (gentiment) pris de pitié. C’est un personnage touchant qui est certes le reflet d’une autre époque. Je ne pensais pas être sensible à ce roman, et pourtant, cela a été le cas. Je ne dirai pas non plus que le livre a eu un effet cathartique sur moi, mais j’ai espéré avec Werther. Il y a un côté prenant à cette histoire. Au moment de sa publication, pour la petite anecdote, Les Souffrances du jeune Werther a conduit de jeunes gens au suicide.

Je referme ce livre en l’ayant grandement apprécié. Pas tout à fait un coup de coeur, car certains passages ont été un brin trop longs à mon goût. Ma première expérience avec Goethe est plus que positive et cela me conforte dans mon envie de découvrir Faust, une autre de ses oeuvres littéraires majeures.

Sorties VO • Juillet 2020

Splinters of Scarlet • Emily Bain Murphy • Pushkin Children’s Books • 400 pages • 23 juillet

For Marit Olsen, magic is all about strategy: it flows freely through her blood, but every use leaves behind a deadly, ice-like build-up within her veins called the Firn. Marit knows how dangerous it is to let too much Firn build up—after all, it killed her sister—and she has vowed never to use her thread magic. But when Eve, a fellow orphan whom Marit views like a little sister, is adopted by the wealthy Helene Vestergaard, Marit will do anything to stay by Eve’s side. She decides to risk the Firn and uses magic to secure a job as a seamstress in the Vestergaard household.

But Marit has a second, hidden agenda: her father died while working in the Vestergaards’ jewel mines—and it might not have been an accident. The closer Marit gets to the truth about the Vestergaard family, the more she realizes she and everyone she’s come to love are in danger. When she finds herself in the middle of a treacherous deception that goes all the way up to the king of Denmark, magic may be the only thing that can save her—if it doesn’t kill her first.

The Years of the witching • Alexis Henderson • Bantam Press • 368 pages • 23 juillet

In the lands of Bethel, where the Prophet’s word is law, Immanuelle Moore’s very existence is blasphemy. Her mother’s union with an outsider of a different race cast her once-proud family into disgrace, so Immanuelle does her best to worship the Father, follow Holy Protocol, and lead a life of submission, devotion, and absolute conformity, like all the other women in the settlement.

But a mishap lures her into the forbidden Darkwood surrounding Bethel, where the first prophet once chased and killed four powerful witches. Their spirits are still lurking there, and they bestow a gift on Immanuelle: the journal of her dead mother, who Immanuelle is shocked to learn once sought sanctuary in the wood.

Fascinated by the secrets in the diary, Immanuelle finds herself struggling to understand how her mother could have consorted with the witches. But when she begins to learn grim truths about the Church and its history, she realizes the true threat to Bethel is its own darkness. And she starts to understand that if Bethel is to change, it must begin with her.

The Book of Lost Names • Kristin Harmel • Gallery Books • 400 pages • 21 juillet

Eva Traube Abrams, a semi-retired librarian in Florida, is shelving books one morning when her eyes lock on a photograph in a magazine lying open nearby. It’s an image of a book she hasn’t seen in 65 years: The Book of Lost Names. The accompanying article discusses the looting of libraries by the Nazis across Europe during World War II — an experience Eva remembers well — and the search to reunite people with the texts taken from them so long ago. The book in the photograph, an 18th-century religious text thought to have been taken from France in the waning days of the war, is one of the most fascinating cases. It appears to contain some sort of code, but researchers don’t know where it came from — or what the code means. Only Eva holds the answer. But will she have the strength to revisit old memories and help reunite those lost during the war?

A Peculiar Peril • Jeff VanderMeer • Farar, Straus & Giroux • 656 pages • 7 juillet

Jonathan Lambshead stands to inherit his deceased grandfather’s overstuffed mansion―a veritable cabinet of curiosities―once he and two schoolmates catalog its contents. But the three soon discover that the house is filled with far more than just oddities: It holds clues linking to an alt-Earth called Aurora, where the notorious English occultist Aleister Crowley has stormed back to life on a magic-fueled rampage across a surreal, through-the-looking-glass version of Europe replete with talking animals (and vegetables).

Swept into encounters with allies more unpredictable than enemies, Jonathan pieces together his destiny as a member of a secret society devoted to keeping our world separate from Aurora. But as the ground shifts and allegiances change with every step, he and his friends sink ever deeper into a deadly pursuit of the profound evil that is also chasing after them.

The Vanishing Sky • L. Annette Binder • Bloomsbury • 288 pages • 21 juillet

In 1945, as the war in Germany nears its violent end, the Huber family is not yet free of its dangers or its insidious demands. Etta, a mother from a small, rural town, has two sons serving their home country: her elder, Max, on the Eastern front, and her younger, Georg, at a school for Hitler Youth. When Max returns from the front, Etta quickly realizes that something is not right-he is thin, almost ghostly, and behaving very strangely. Etta strives to protect him from the Nazi rule, even as her husband, Josef, becomes more nationalistic and impervious to Max’s condition. Meanwhile, miles away, her younger son Georg has taken his fate into his own hands, deserting his young class of battle-bound soldiers to set off on a long and perilous journey home.

Kristin Harmel • The Winemaker’s Wife (2019)

The Winemaker’s Wife • Kristin Harmel • Gallery Books • Août 2019 • 385 pages

Champagne, 1940: Inès has just married Michel, the owner of storied champagne house Maison Chauveau, when the Germans invade. As the danger mounts, Michel turns his back on his marriage to begin hiding munitions for the Résistance. Inès fears they’ll be exposed, but for Céline, half-Jewish wife of Chauveau’s chef de cave, the risk is even greater—rumors abound of Jews being shipped east to an unspeakable fate.

When Céline recklessly follows her heart in one desperate bid for happiness, and Inès makes a dangerous mistake with a Nazi collaborator, they risk the lives of those they love—and the champagne house that ties them together.

New York, 2019: Liv Kent has just lost everything when her eccentric French grandmother shows up unannounced, insisting on a trip to France. But the older woman has an ulterior motive—and a tragic, decades-old story to share. When past and present finally collide, Liv finds herself on a road to salvation that leads right to the caves of the Maison Chauveau.

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La Seconde Guerre mondiale continue d’inspirer les auteurs. Malheureusement, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous et, parmi mes dernières lectures, j’ai eu quelques déceptions qui m’ont donné envie de m’éloigner pendant quelque temps des romans historiques. Mais c’était avant que Céline, du blog Le Monde de Sapotille, ne vienne me proposer une lecture commune de The Winemaker’s Wife de Kristin Harmel que nous avions toutes les deux remarqué. J’ai d’autres romans d’elle dans ma liste d’envie, notamment sa prochaine publication, The Book of Lost Names, annoncée pour juillet.

The Winemaker’s Wife transporte le lecteur dans le vignoble champenois, dans une petite ville entre Reims et Epernay. J’ai adoré cet aspect du roman. Tout d’abord, parce que j’ai eu la chance de pouvoir travailler six mois à Epernay pour découvrir et valoriser le patrimoine de ce territoire, riche en histoire. J’ai énormément appris sur l’histoire des grandes Maisons de Champagne, l’opiniâtreté des vignerons pour contrôler l’effervescence et la mettre en bouteille, tout le travail et le processus de fabrication du champagne. J’ai trouvé que c’était parfaitement bien montré dans le roman, tout en ne prenant pas excessivement le pas sur l’intrigue. J’ai également appris de nombreuses choses en lisant ce livre, comme le rôle joué par les vignerons champenois de De Vogüe, qui était à la tête du Comité Interprofessionnel des Vignerons de Champagne et de la Maison de Champagne Moët & Chandon, dans la Résistance.

Cependant, ce n’est pas l’unique aspect de ce roman que j’ai apprécié. L’intrigue est très prenante. Kristin Harmel alterne entre trois points de vue : Liv, en 2019, et Céline et Inès durant la Seconde Guerre mondiale. Les deux périodes sont intéressantes et se complètent bien. Les chapitres concernant Liv apportent des touches de suspense, au détour d’une phrase. Il y a un effet d’anticipation qui fait que je n’ai jamais pu lâcher le roman une seule seconde.

Je me suis rapidement attachée au personnage de Céline et j’ai réellement pris à coeur son destin. Une scène m’a particulièrement bouleversé. L’auteur me l’a fait ressentir jusque dans mes tripes. J’ai eu très peur pour ce personnage, j’ai été profondément révoltée par ce qui lui arrivait, en particulier. Malgré sa trahison, elle est restée une jeune femme touchante, forte et courageuse. J’ai eu un peu plus de difficulté avec Inès, notamment au début. Elle ressemble au cliché de la femme-enfant, boudeuse et capricieuse. Elle a un comportement qui est parfois insupportable et dangereux pour tout le monde, notamment quand elle demande à faire partie de la Résistance dans le restaurant de sa meilleure amie, rempli d’officiers nazis, par exemple, ou quand elle se lance dans une relation avec un collaborateur notoire. On sent que le drame viendra par elle dès les premières pages. Pourtant, c’est un personnage que j’ai appris à apprécier progressivement, car, malgré tout, elle essaie de bien faire, de rattraper ses erreurs. Je lui ai pardonné ses travers, ses défauts dans la mesure où elle a un aspect profondément humain et elle n’est pas foncièrement méchante. Je l’ai surtout senti perdue et dépassée par les événements qui la dépassent totalement.

The Winemaker’s Wife a été une lecture pleine d’émotions, tout au long des pages, mais que dire de la fin. Tout s’accélère, des décisions doivent être prises rapidement pour survivre. Dans les cinquante dernières pages, il est impossible de mettre le roman de côté, ne serait-ce qu’une minute. Ce final m’a laissé sans voix. De nombreuses révélations y sont faites. J’avais des doutes sur certaines, ayant cru déceler des indices dans les parties de Liv et sa grand-mère Edith. D’autres m’ont quelque peu laissé sans voix et la gorge nouée d’émotions, je l’avoue. J’ai versé quelques larmes durant ce dernier tiers. Je suis véritablement passée par toutes les émotions possibles durant ma lecture. Kristin Harmel les maîtrise parfaitement, sans en faire trop. Elle trouve le juste équilibre. The Winemaker’s Wife est un roman qui a été parfait sur toute la ligne.

Je ne connaissais pas du tout cette auteur avant de me lancer dans ce roman, et il a été une très bonne surprise. The Winemaker’s Wife a été un livre prenant et haletant, rempli d’émotions avec des personnages principaux touchants, attachants et profondément humains. Au-delà de ça, j’y ai aussi vu un bel hommage à la Champagne et à ses vignerons, à leur courage. Ce ne sera pas le dernier de l’auteur que je lirai et je pense que The Book of Lost Names rejoindra vite ma bibliothèque.

Pour aller plus loin

Lors de nos précédentes lectures communes, nous avons pris l’habitude de nous poser trois questions avec Céline. Les réponses peuvent contenir des spoilers. Pour retrouver l’article de Céline ainsi que ses réponses, je laisse le lien vers son article.

Qu’as-tu ressenti avec le fait qu’Inès passe du temps avec un collaborateur ? Je comprends ce choix de l’auteur d’introduire ce personnage d’Antoine. Cela donne un tableau plus complet de la France durant l’Occupation. Antoine est essentiel dans l’intrigue, apportant la touche dramatique. Cela ne veut pas dire que j’ai apprécié ce personnage, il est quelque peu le cliché du collaborateur, mielleux et détestable. J’ai vraiment eu du mal avec le fait qu’Inès se jette dans ses bras sans trop y réfléchir, par vengeance. Cela va aussi dans le sens de son caractère.

As-tu vu venir le twist à propos de grand-mère Edith ? Ce n’est pas forcément la révélation du livre qui m’a laissé sans voix. Il y a des indices qui laissent penser que grand-mère Edith n’est pas la personne qu’elle prétend être. Au fur et à mesure, les éléments se mettent doucement en place.

Que penses-tu de l’entrée en résistance de Michel, sachant que cela mettait les autres de la Maison Chaveau en danger ? C’est un choix que j’ai vite compris et je n’ai pas remis en question sa décision. Cette entrée en résistance semble cohérent avec le caractère de ce personnage. Devenir résistant va toujours de pair avec le fait de mettre son entourage en danger.

Stephanie Wrobel • Darling Rose Gold (2020)

Darling Rose Gold • Stephanie Wrobel • Berkley • Mars 2020 • 320 pages

For the first eighteen years of her life, Rose Gold Watts believed she was seriously ill. She was allergic to everything, used a wheelchair and practically lived at the hospital. Neighbors did all they could, holding fundraisers and offering shoulders to cry on, but no matter how many doctors, tests, or surgeries, no one could figure out what was wrong with Rose Gold. Turns out her mom, Patty Watts, was just a really good liar.

After serving five years in prison, Patty gets out with nowhere to go and begs her daughter to take her in. The entire community is shocked when Rose Gold says yes. Patty insists all she wants is to reconcile their differences. She says she’s forgiven Rose Gold for turning her in and testifying against her. But Rose Gold knows her mother. Patty Watts always settles a score.

Unfortunately for Patty, Rose Gold is no longer her weak little darling… And she’s waited such a long time for her mother to come home.

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Parmi les nouveautés 2020 que j’ai pu noter, Darling Rose Gold faisait partie de celles que j’attendais avec impatience. Le résumé m’avait captivé en mettant en avant une relation mère/fille atypique et malsaine. Stephanie Wrobel s’inspire d’une histoire vraie, celle de Dee Dee Blanchard et de sa fille Gypsy Rose. Même si certaines changent par rapport à cette affaire, le livre reste gênant.

Darling Rose Gold s’ouvre sur la sortie de prison de Patti Watts, cinq ans après sa condamnation pour traitements abusifs envers sa fille. Le livre enchaîne ensuite les points de vue entre la mère et la fille. J’ai beaucoup aimé ces changements de narrateur pour un certain nombre de raisons. La première est d’avoir les deux points de vue afin de connaître les justifications, la manière dont elles ont vécu les événements. J’espérai voir la différence entre la victime, Rose Gold, et sa mère. À première vue, il semble facile de reconnaître que Patti est un monstre, mais plus les pages se tournent, plus le statut de victime est remis en question pour sa fille. C’est un autre aspect du livre que j’ai apprécié mais que je développe plus loin. Le deuxième aspect intéressant de cette alternance est d’avoir une vision complète de l’histoire, de tout le passif existant entre la mère et la fille. Patti évoque ce qui se passe après sa sortie de prison, comment elle essaie de reconstruire une relation de dépendance avec Rose Gold et son petit-fils. Quant aux passages de Rose Gold, ils permettent au lecteur d’en savoir plus sur sa prise de conscience que sa mère l’empoisonnait. Elle raconte le procès et comment elle a essayé de se reconstruire après, comment elle a appris à se débrouiller seule alors qu’elle ne l’a jamais été.

Les changements de narrateurs permettent également de se rendre compte de la psychologie des personnages, de ce rapport de force qui se construit dans le présent. Patti se rend rapidement compte que Rose Gold a changé, et pas forcément pour le meilleur. Le lecteur sait ce qu’elle a vécu et elle se dévoile petit à petit. Ce n’est que progressivement qu’une autre facette d’elle se découvre. Ce n’est plus vraiment une victime et elle n’est plus prête à laisser sa mère la dominer une nouvelle fois. Cependant, j’ai trouvé que les chapitres de Patti étaient les plus malsains. Ils donnent une ambiance terrible au roman. Les premières phrases laissent supposer que ces cinq ans de prison l’ont changé, qu’elle est prête à prendre un nouveau départ avec sa fille. Pour autant, dès le début, des indices, des petites réflexions par-ci par-là laissent entendre qu’elle veut que tout redevienne comme avant. Certaines phrases sont glaçantes. 

Ce qui l’est d’autant plus est que la mère ne se rende pas compte du mal qu’elle a fait à sa fille durant quasiment toute sa vie. Elle n’arrête pas de se justifier, en racontant partout qu’elle est une très bonne mère à qui veut l’entendre. Cela peut déstabiliser, surtout qu’il n’est pas dit ou évoqué que Patti souffre d’un trouble pathologique, le syndrome de Münchhausen par procuration. Selon le Larousse, le patient va simuler une maladie, des symptômes pour réclamer des soins, une intervention chirurgicale. Quand le syndrome est dit « par procuration », la personne crée les symptômes chez un proche, notamment une mère envers son enfant, comme dans le cas de ce roman. J’ai été étonnée de voir que Patti n’était pas suivie durant son incarcération et après. Tout au long de ma lecture, mes sentiments envers cette dernière étaient ambigus, me mettant encore plus mal à l’aise face à cette relation mère/fille.

Les personnages constituent la meilleure partie de ce roman. Leurs psychologies, leurs comportements sont très bien développés. L’intrigue reste celle, conventionnelle d’une revanche. Cependant, les pages se tournent facilement, malgré la gêne que le lecteur peut éprouver tout au long de la lecture. En effet, insensiblement, le drame se noue et, à un moment donné, tout va exploser. La question est de savoir qui de Patti ou de Rose Gold arrivera à ses fins sans subir trop de dommages. C’est un roman qui se révèle prenant dès les premières pages. 

Darling Rose Gold n’a pas été le livre que j’attendais. En effet, malgré le résumé, la couverture laisse présager un ouvrage avec tout de même un espoir. Le roman reste difficile avec une ambiance malsaine qui peut mettre le lecteur mal à l’aise. 

Au Banc des Essais #3

Je reprends un type d’articles que j’ai délaissé depuis longtemps et dans lequel je présente différents essais que j’ai pu lire dernièrement. Pour le premier rendez-vous, j’ai mis en avant trois ouvrages féministes dont un classique. Le deuxième a été un peu plus fourre-tout avec deux essais de sociologie et un autre en histoire de l’art. C’est cette dernière thématique que j’ai décidé de mettre en avant.

Histoire de l’art • Ernst Hans Gombrich • Phaidon • 688 pages

Écrit au début des années 1950, il reste un des classiques de la discipline. En tant qu’historienne de l’art, j’en ai lu et relu des passages. L’auteur brosse une histoire de l’art allant de la période antique jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale. C’est une bonne introduction, écrite dans un style accessible et vivant. L’ouvrage permet de se familiariser avec les grands mouvements artistiques, les principales théories et les artistes…

Il présent aussi quelques biais. Gombrich ne s’intéresse qu’à l’art européen. Par exemple, l’art japonais n’est évoqué que dans sa partie qui a influencé les mouvements d’avant-garde de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle. C’est également le cas pour l’art africain qui est aussi un art complexe et intéressant. Gombrich n’évoque que très peu les artistes féminines. Les rares passages où elles sont évoquées (la seule qui me vient à l’esprit est Käthe Kollwitz, artiste de l’expressionnisme allemand) ne sont pas aussi développés que pour les hommes. Les gender studies et la redécouverte des femmes artistes ne se développent que vingt ans après, dans les années 1970.

Ways of looking, How to experience contemporary art • Ossian Ward • Laurence King • 176 pages

Laurence King est une maison d’édition de langue anglaise qui publie des ouvrages autour de la mode, du design, de l’histoire de l’art… Même les publications qui ne sont pas considérées comme des beaux livres sont de magnifiques objets, à la mise en page soignée et avec un papier glacé très épais. C’est un véritable plaisir de les avoir entre les mains. J’en ai trois de cette maison d’édition dont celui d’Ossian Ward. Ce dernier est critique d’art contemporain à Londres et il travaille actuellement à la Lisson Gallery.

L’ouvrage aborde l’art contemporain, souvent décrié et qualifié d’incompréhensible. Ossian Ward propose des pistes de lecture et de réflexion afin de mieux appréhender la création actuelle. Pour cela, il donne la méthode de la tabula rasa qui reste une démarche que nous utilisons dans le domaine des arts en général : prendre son temps devant une oeuvre, faire des associations d’idées, se renseigner sur le contexte… Une fois cette dernière présentée, l’auteur présente différentes catégories pour aborder l’art contemporain telles que l’art comme divertissement… Pour être honnête, ce n’est pas tant sa méthode que je retiens de ma lecture, plutôt que le côté déculpabilisant de ne pas toujours comprendre l’art contemporain qui ressort parfois de ce texte. Ossian Ward explique qui lui est arrivé de ne pas comprendre tout de suite le sens d’une oeuvre et qu’il lui arrive qu’il découvre ce sens plus tard parce que quelque chose lui a fait penser à cette dernière.

Sorties VO • Juin 2020

Agnes at  the end of the world • Kelly McWilliams • Little • 432 pages • 9 juin

Agnes loves her home of Red Creek–its quiet, sunny mornings, its dusty roads, and its God. There, she cares tirelessly for her younger siblings and follows the town’s strict laws. What she doesn’t know is that Red Creek is a cult, controlled by a madman who calls himself a prophet.

Then Agnes meets Danny, an Outsider boy, and begins to question what is and isn’t a sin. Her younger brother, Ezekiel, will die without the insulin she barters for once a month, even though medicine is considered outlawed. Is she a sinner for saving him? Is her sister, Beth, a sinner for dreaming of the world beyond Red Creek?

As the Prophet grows more dangerous, Agnes realizes she must escape with Ezekiel and leave everyone else, including Beth, behind. But it isn’t safe Outside, either: A viral pandemic is burning through the population at a terrifying rate. As Agnes ventures forth, a mysterious connection grows between her and the Virus. But in a world where faith, miracles, and cruelty have long been indistinguishable, will Agnes be able to choose between saving her family and saving the world?

A Declaration of the rights of Magicians • H.G. Parry • Orbit • 560 pages • 23 juin

It is the Age of Enlightenment — of new and magical political movements, from the necromancer Robespierre calling for revolution in France to the weather mage Toussaint L’Ouverture leading the slaves of Haiti in their fight for freedom, to the bold new Prime Minister William Pitt weighing the legalization of magic amongst commoners in Britain and abolition throughout its colonies overseas.

But amidst all of the upheaval of the early modern world, there is an unknown force inciting all of human civilization into violent conflict. And it will require the combined efforts of revolutionaries, magicians, and abolitionists to unmask this hidden enemy before the whole world falls to darkness and chaos.

Sister of Sword & Song • Rebecca Ross • Harper’s Collins Children’s Book • 480 pages • 23 juin

After eight long years, Evadne will finally be reunited with her older sister, Halcyon, who has been proudly serving in the queen’s army. But when Halcyon appears earlier than expected, Eva knows something has gone terribly wrong. Halcyon is on the run, hunted by her commander and charged with murder.

Though Halcyon’s life is spared during her trial, the punishment is heavy. And when Eva volunteers to serve part of Halcyon’s sentence, she’s determined to find out exactly what happened. But as Eva begins her sentence, she quickly learns that there are fates much worse than death.

The Court of Miracles • Kester Grant • Harper Voyagers • 464 pages • 2 juin

In the violent urban jungle of an alternate 1828 Paris, the French Revolution has failed and the city is divided between merciless royalty and nine underworld criminal guilds, known as the Court of Miracles. Eponine (Nina) Thénardier is a talented cat burglar and member of the Thieves Guild. Nina’s life is midnight robberies, avoiding her father’s fists, and watching over her naïve adopted sister, Cosette (Ettie). When Ettie attracts the eye of the Tiger–the ruthless lord of the Guild of Flesh–Nina is caught in a desperate race to keep the younger girl safe. Her vow takes her from the city’s dark underbelly to the glittering court of Louis XVII. And it also forces Nina to make a terrible choice–protect Ettie and set off a brutal war between the guilds, or forever lose her sister to the Tiger.

Mexican Gothic • Silvia Moreno-Garcia • Jo Fletcher Books • 320 pages • 30 juin

After receiving a frantic letter from her newly-wed cousin begging for someone to save her from a mysterious doom, Noemí Taboada heads to High Place, a distant house in the Mexican countryside. She’s not sure what she will find — her cousin’s husband, a handsome Englishman, is a stranger, and Noemí knows little about the region.

Noemí is also an unlikely rescuer: She’s a glamorous debutante, and her chic gowns and perfect red lipstick are more suited for cocktail parties than amateur sleuthing. But she’s also tough, smart, and has an indomitable will, and she is not afraid: Not of her cousin’s new husband, who is both menacing and alluring; not of his father, the ancient patriarch who seems to be fascinated by Noemí; and not even of the house itself, which begins to invade Noemi’s dreams with visions of blood and doom.

Cara Black • Three hours in Paris (2020)

Three hours in Paris • Cara Black • Soho Press • Avril 2020 • 360 pages

Kate Rees, a young American markswoman, has been recruited by British intelligence to drop into Paris with a dangerous assignment: assassinate the Führer. Wrecked by grief after a Luftwaffe bombing killed her husband and infant daughter, she is armed with a rifle, a vendetta, and a fierce resolve. But other than rushed and rudimentary instruction, she has no formal spy training. Thrust into the red-hot center of the war, a country girl from rural Oregon finds herself holding the fate of the world in her hands. When Kate misses her mark and the plan unravels, Kate is on the run for her life—all the time wrestling with the suspicion that the whole operation was a set-up.

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Three hours in Paris est le dernier roman de Cara Black, qui a l’habitude d’écrire sur la ville de Paris. Sa série, Aimée Leduc, compte plus d’une dizaine de tomes, chacun mettant en lumière ou une rue de la Ville Lumière. Cependant, adorant les romans policiers et d’espionnage se déroulant durant la Seconde Guerre mondiale, je me suis plutôt tourné vers Three hours in Paris, qui promettait une intrigue pleine de tensions et de dangers. 

Ce roman faisait partie de ma sélection des sorties en anglais que j’attendais avec impatience. Une femme, une mission impossible et un Paris occupé… Il ne m’en faut pas plus. Pourtant, j’ai enchaîné les déceptions sur de nombreux aspects du roman : les personnages, l’intrigue et sa construction et sur des points historiques. Énormément de choses semblent mal ficelées ou sont improbables. Je suis quand même allée jusqu’au bout pour savoir si l’un ou l’autre point pouvait s’améliorer. Et bien non…

Et je commence avec les personnages, car c’est un des pires aspects du roman, à mon avis. En premier lieu, il y a Kate, une Américaine qui a épousé un militaire gallois. Aucun lien ne se crée avec elle, malgré le drame qu’elle a vécu. Mais ce n’est pas ce que je retiens principalement à son encontre. C’est plutôt sa perfection en tant qu’espionne. Il est précisé à plusieurs reprises que son entraînement a été très sommaire et court, par manque de temps avant le début de sa mission. Et pourtant, après l’attentat manqué, elle se transforme en une super espionne qui sait d’instinct quoi faire, à qui parler… Ce n’est pas crédible du tout, surtout à la fin où elle fait mieux que le SS qui la poursuit et qui s’avère être le meilleur enquêteur de Munich. Le tout pendant presque trois jours et sans dormir. Pour le réalisme et la plausibilité, je cherche encore. Quant à l’enquêteur principal dépêché, et son acolyte antagoniste, c’est un florilège de clichés. Il y a un troisième groupe de personnages, qui sont les résistants. Parmi eux, il y a un traître. Très vite démasqué, aucune motivation ou explication n’est donnée sur les raisons qu’il l’ont poussé à agir ainsi.

Le deuxième point concerne l’intrigue. Le résumé donne l’impression que le lecteur va se plonger dans un roman plein de tensions. Cependant, je l’ai trouvée totalement absente. La course contre la montre et le jeu du chat et de la souris tombent à plat. Je n’ai pas ressenti de danger tout au long de ma lecture, ou que l’horloge tourne, et c’est ce que j’attendais de cette intrigue. Certes, les rebondissements s’enchaînent, mais le tout a un goût de trop, de too much. Surtout couplé avec le manque de crédibilité qui frappe tout le livre. À trop vouloir être dans l’exploit, l’auteur m’a perdu. J’aurai préféré moins d’actions et plus de réalisme, dans la mesure où je me suis lassée rapidement. Il y a aussi des actions qui ne paraissent pas plausibles dans le contexte comme envoyer un agent dans le seul objectif qu’il se fasse prendre et tuer pour qu’une autre mission puisse avoir lieu. Il y a certaines justifications qui sont le moteur de l’intrigue, mais qui ne semblent pas très claires et cohérentes. J’ai été presque soulagée quand le roman s’est enfin terminé. L’intrigue est parfois mal ficelée et Three hours in Paris passe presque pour un premier roman, alors que l’auteur en a plus d’une dizaine à son actif. Et dans le même genre.

Il y a un autre point du livre que j’ai détesté et qui m’a énervé. Cara Black utilise des mots en français à tout bout de champ et de manière intempestive. Je ne suis pas contre l’utilisation de mots en langue étrangère quand le sens apporte une nuance ou qu’il n’y a pas d’équivalent dans la langue utilisée. Mais je ne vois pas la différence entre une boulangerie et a bakery. Je ne sais pas à quoi pensait l’auteur pensait en faisant ça. Donner un côté parisien ? Pour un lecteur français lisant en anglais, ça frise le ridicule. La pire phrase que j’ai pu lire est celle-ci : « Merci, docteur », said Philippe, « didn’t mean to drop you in the merde« . On dirait une mauvaise blague, mais non, elle est bel et bien écrite dans le livre. S’il est traduit un jour, je pense que cet énorme défaut sera gommé. À la fin, dès que je tombais sur mon français balancé sans raisons, je m’énervais toute seule sur mon exemplaire.

Three hours in Paris est un roman que j’étais impatiente de découvrir, mais quelle déception ! Je n’arrive pas à lui trouver ne serait-ce qu’un point positif. Il a juste une jolie couverture et un résumé plein de promesses, qui ne sont pas tenues.

Megan Angelo • Followers (2020)

Followers • Megan Angelo • HQ • Janvier 2020 • 384 pages

When everyone is watching you can run, but you can’t hide…

2051. Marlow and her mother, Floss, have been handpicked to live their lives on camera, in the closed community of Constellation. Unlike her mother, who adores the spotlight, Marlow hates having her every move judged by a national audience. But she isn’t brave enough to escape until she discovers a shattering secret about her birth. Now she must unravel the truth around her own history in a terrifying race against time…

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Followers est le premier roman de Megan Angelo, publié en début d’année. Dystopie autour des technologies et notamment des réseaux sociaux, l’histoire est maîtrisée d’un bout à l’autre et fait froid dans le dos.

Deux points de vue s’alternent : celui d’Orla, dans les années 2010 et celui de Marlow, en 2051. Les changements de narrateur et d’époques ne sont pas toujours ma tasse de thé. À de rares exceptions, j’ai toujours l’impression qu’ils cassent le rythme de l’intrigue. Souvent, une trame me plaît plus qu’une autre. Followers fait partie des exceptions. L’alternance est bien maîtrisée et chaque partie est d’un intérêt égal. Les deux points de vue se complètent parfaitement et apportent, au fur et à mesure, les réponses aux questions que le lecteur peut se poser : qu’est-ce que « the Spill » ? Quel rôle ont joué Orla et Floss dans la situation actuelle ? Le format est parfait pour cette dystopie et permet de balancer l’avant/après, de mettre les deux en perspective. 

L’auteur nous propulse dès les premières pages dans le drame qui se noue. Le début m’a un peu dérouté, car je ne comprenais pas tout. Le tableau n’est pas complet, mais les réponses n’arrivent que progressivement. Il faut s’accrocher pour les premiers chapitres, mais après, il est impossible de mettre le roman de côté. Je voulais savoir jusqu’où Floss, Orla et Aston étaient prêts à aller pour devenir célèbre et le rester. Ils semblent n’avoir aucune limite, ils n’ont pas peur de choquer. Il y a de nombreuses scènes dans ce sens où ils n’ont même pas conscience de faire du mal aux autres, et pas seulement ceux qu’ils côtoient. Le premier qualificatif qui me vient à l’esprit quand je pense à eux est « égoïste« . Ils en deviennent presque effrayants et un seul d’entre eux s’en rend compte.

C’est un autre aspect du roman que j’ai apprécié. Il fait froid dans le dos, car il est criant de vérité. La partie où Orla prend la « parole » est un portrait de nos sociétés actuelles. Tout y passe : l’addiction à Internet et aux réseaux sociaux, la volonté de devenir influencer et célèbre, de le rester à tout prix alors qu’une autre personne rêve de prendre la place et est également prête à tout pour réussir… Il y a aussi une idée qui revient souvent dans Followers, c’est celle qu’une personne vaut mieux que ce qu’elle a, que les autres et qu’elle mérite tout, quitte à écraser, rabaisser les autres et être malheureuse une bonne partie de sa vie. J’ai trouvé que les trois personnages, Orla, Floss et Aston sont représentatifs d’une certaine catégorie de la population qui ne vit que pour son écran et les « followers ». 

La partie dystopique concerne le point de vue de Marlow. Il peut faire penser à un épisode de la série Black Mirror. Après cet événement appelé the Spill (l’idée de dévoiler, déballer), le rapport aux technologies change ainsi que celui aux réseaux sociaux. Pour éviter les débordements d’avant, le gouvernement contrôle Internet et propose un programme où des influenceurs, nommés par ce dernier, obéissent à un arc narratif selon des profils pré-établis, comme la mère de famille, par exemple, et en fonction des publics visés. Ils vendent, promeuvent des produits approuvés par l’État. Ils sont filmés quasiment vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Il y a un climat anxiogène dans cette partie. On sent le poids constant du regard du gouvernement dont l’un de ses objectifs est d’inciter la population à partager le plus possible, et des « followers » qui sont omniprésents.

L’auteur en profite pour évoquer le thème, le problème de la vie privée et de son respect en ligne. De nombreux aspects du roman tournent autour de cette problématique, que ce soit dans le temps présent du roman que dans le futur qui est proposé. Followers fait écho à l’actualité où cette question est au coeur des considérations.

Followers a été une énorme découverte et surprise. Je ne savais pas à quoi m’attendre avec ce roman à la couverture très colorée. Pourtant, le fond est loin de l’être, car il est plutôt sombre, proposant une vision du futur relativement pessimiste. Megan Angelo m’a passionné d’un bout à l’autre, et je referme le livre sur un coup de coeur. Malgré le fait que certains personnages peuvent apparaître détestables, leur destin intéresse. Le drame se noue et la curiosité l’emporte pour savoir quand et comment tout va finir par exploser. C’est un livre que je recommande.

Gerri Chanel • Saving Mona Lisa, The battle to save the Louvre and its treasures from the Nazis (2014)

Saving Mona Lisa, The battle to save the Louvre and its treasures from the Nazis • Gerri Chanel • Icon Books Ltd • 400 pages

In August 1939,  curators at the Louvre nestled the world’s most famous painting into a special red velvet-lined case and spirited her away to the Loire Valley as part of the biggest museum evacuation in history. Over the next six years, directors and staff would risk their jobs and in many cases their lives to protect the artworks and the Louvre palace not only from the personal appetites of the Nazi leaders but also from bombing, fire, flood, theft and the viciousness of German military reprisals. Saving Mona Lisa is the sweeping, suspenseful narrative of their battle.

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De mon cursus universitaire en droit et histoire de l’art, je garde un intérêt tout particulier pour des questions liées à la sauvegarde et à la protection des collections d’art et du patrimoine en temps de conflit, mais également à la restitution des biens spoliés. Cet ouvrage de Gerri Chanel, journaliste américaine, rend compte de son enquête autour du sort des trésors artistiques du Musée du Louvre, durant la Seconde Guerre mondiale. Un sujet qui me passionne, mais Saving Mona Lisa présente quelques défauts dont un titre un peu trop racoleur (qui fonctionne).

En effet, en commençant ce livre, je m’attendais à ce que cette oeuvre célèbre de Léonard de Vinci soit véritablement au coeur de l’ouvrage, le fil rouge de l’enquête. Ce n’est pas totalement le cas, car, pendant de longs chapitres, le tableau peut ne pas être évoqué, ou au détour d’une ligne. Cependant, ma « déception » a vite été oubliée, car Chanel aborde plutôt les collections du Louvre avec des focus un peu plus importants sur les chefs d’oeuvre comme la Victoire de Samothrace, la Vénus de Milo, La Liberté guidant le peuple de Delacroix… Cela ouvre un peu plus les perspectives et d’aborder également le travail des conservateurs et du personnel du musée. Pour finir sur les collections, j’ai trouvé un petit côté brouillon quand elle a commencé à évoquer d’autres musées qui ne rentraient pas dans la catégorie des musées nationaux ou la tapisserie de Bayeux, qui n’appartient pas au Louvre, mais au musée de Bayeux.

Un autre point qui m’a quelque peu déplu est les quelques erreurs qui sont glissées dans le texte, comme des mots de français mal orthographiés. Pourtant, dans la biographie de l’auteur, il est dit qu’elle a vécu cinq ans en France et qu’elle vit encore entre Paris et New York. Le débâcle au lieu de la débâcle, ça ne passe pas. Une autre erreur qui m’a horripilée au plus haut point est d’affirmer que Louis Eiffel est l’architecte de la tour qui porte son nom… Mon coeur s’est arrêté. De son nom complet, Alexandre Gustave Eiffel, ce dernier est ingénieur. Ce sont des petites choses au fil des pages qui, mises bout à bout, commencent à peser sur le bilan final.

Dans les divers avis que j’ai pu lire concernant ce livre, certains personnes ont pu louer la qualité des recherches effectuées par Gerri Chanel. Je me situe plutôt à contre-courant de cette position. En regardant la bibliographie, je me suis questionnée sur la pertinence de certains choix : Sleeping with the enemy: Coco Chanel’s secret war de Hal Vaughn, Lettre d’un voyageur de George Sand… Outre cet aspect, la documentation utilisée est vraiment fournie et intéressante. J’ai surtout perçu le livre comme permettant au grand public de découvrir cet aspect de la guerre et comment certains Français ont tout essayé pour protéger les collections muséales et les trésors qu’elles recelaient. Pour une historienne de l’art qui s’intéresse à ce sujet depuis de nombreuses années, j’ai trouvé l’ouvrage un peu creux.

Il est intéressant de voir que l’auteur parle des conditions de conservations et des difficultés du transport. Ce sont des problématiques qui sont encore d’actualité. Cependant, quand je dis que le livre est creux, je veux dire par là que rien n’est véritablement développé. Elle passe très vite sur des points que je trouve essentiel : les batailles juridiques, politiques et diplomatiques pour sauver les oeuvres, parant rapidement à cela en évoquant des réunions, par exemple, mais sans vraiment de notions de temps. Elle évoque tout aussi rapidement la politique culturelle de l’Allemagne nazie. Le rôle de Rose Valland est évoqué en un chapitre synthétique. Au final, je garde l’impression d’un ouvrage qui s’attache plus aux petits faits et aux anecdotes. Clairement, ce n’est pas un ouvrage scientifique.

Néanmoins, Saving Mona Lisa est une lecture que j’ai apprécié de faire, à défaut d’avoir appris réellement quelque chose de nouveau. Le style de l’auteur est prenant et elle a écrit son livre presque comme un roman, éliminant le côté ennuyeux que pourrait avoir ce genre d’ouvrage. Pour une première approche du sujet, il peut être intéressant de le lire. Le livre n’a pas été traduit en français.

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Pour explorer un plus le sujet, voici quelques recommandations de lectures autour de la protection de l’art durant la Seconde Guerre mondiale et les spoliations des collections nationales et juives. 

  • Monuments Men de Robert M. Edsel : ce livre est relativement connu, car il a fait l’objet en 2014 d’une adaptation cinématographique. Je l’ai lu il y a un moment, mais je l’avais trouvé très intéressant sur la nécessité de protéger l’art et le patrimoine, comment ils l’ont fait avec les moyens qu’ils disposaient alors que le conflit faisait encore rage… Il a écrit un autre ouvrage sur ce même sujet, mais plus spécifiquement sur l’Italie, Saving Italy: The race to ressue a nation’s treasures from the Nazis. Je suis incapable d’en parler à l’heure actuelle, ne l’ayant pas encore lu.
  • Le musée disparu : Enquête sur le pillage d’oeuvres d’art en France par les nazis de Hector Feliciano : une référence en la matière. Il est beaucoup plus poussé que le Gerri Chanel, ayant nécessité huit ans de recherches. Ce dernier a même pu retrouver quelques oeuvres qui avaient disparu.